MALADIES DES CÉRÉALES
Les différentes céréales que nous venons d'étudier sont sujettes à de nombreuses maladies qui, dans certains cas, rendent la récolte nulle. Sans ces maladies, le cultivateur obtiendrait de ses grains près du double du produit qu'il en retire ordinairement. Ces maladies sont engendrées par trois causes principales: 1° par les insectes; 29 par les agents atmosphériques, et 3° par des plantes parasites qui naissent sur la céréale, se nourrissent de sa sève et même la remplacent complètement. Cette cause est la plus fréquente, et c’est pour s'opposer à ses ravages que l’on doit rechercher le plus ardemment les meilleurs préservatifs.
MALADIES PRODUITES PAR LES INSECTES. — Les insectes es plus destructeurs de céréales sont : /es larves du hanneton,
qui mangent la racine des plantes ; celles-ci alors jaunissent et périssent ; puis nous avons les /maces, les lombrics ou vers de terre, le taupin des moïssons, le céphus où porte-scie. Ces insectes coupent les racines, rongent le collet, ou dévorent l'intérieur des tiges et des épis. Far
Le cultivateur est presque impuissant contre ces insectes, qui deviennent tiès dangereux lorsqu'ils se multiplient beaucoup. On conseille néanmoins de répandre sur le sol un mélange composé de suie et d’un peu de sel commun, des amendements calcaires et des cendres vives. Mais une bonne culture est sans contredit le meilleur remède contre les insectes. Un terrain riche et bien ameubli et des semences choisies avec soin et bien préparées donnent toujours des plantes vigoureuses, et ces plantes résistent avec avantage aux attaques meurtrières des insectes.
MALADIES PRODUITES PAR LES INFLUENCES ATMOSPHE- RIQUES. — Ces maladies sont causées par les gelées tardives, la grèle, la pluie continue au moment de la floraison, et les rosées persistantes lorsque le grain vient de se former.
Il arrive quelquefois des rosées si abondantes qu’elles imbibent complètement les grains non encore mûrs, et si le soleil paraît avant que cette rosée soit tombée, il chauffe trop subitement la plante, et il se produit alors la maladie qui fait le grain échaudé. On peut prévenir cette maladie en forçant la rosée à tomber plus tôt. Pour cela, avant le lever du soleil, il suffit de frapper les plantes, et ce choc fait tomber la rosée, Ce travail est bien facile à exécuter: on passe une corde sur le travers du champ, deux hommes la tiennent chacun par un bout et la trainent sur les épis ; la rosée tombe et l’échaudement n’est plus à craindre.
Quant aux inaladies produites par la grêle et les gelées
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tardives, on comprend que le cultivateur est impuissant à les guérir et à les prévenir.
MALADIES PRODUITES PAR LES PLANTES PARASITES. — Ces maladies sont produites par de petits champignons tellement fins, qu’il est impossible de les voir à l'œil nu. Ces champignons engendrent la carie, la rouille, le charbon et l'ergot. Ce sont surtout les graines qu'ils attaquent; la rouille seule ne s'implante que sur la tige et les feuilles. On a observé que ces champignons apparaissent surtout lorsqu’à un mois de juin très sec succède un mois de juillet chaud et pluvieux. Ils naissent sur l’épiderme des céréales, le soulèvent, le rompent, et répandent au dehors une poussière que l’on considère comme leurs semences ; ils épuisent la plante en se nourrissant de sa sève ; souvent même ils la déforment et l’empêchent de porter des graines,
Les causes qui en favorisent le plus le développement sont le manque de lumière solaire, les changements trop subits de température, la stagnation de l’eau, une sécheresse prolongée, une humidité trop constante, des semis trop drus, et des printemps et des automnes trop pluvieux. Ces causes ont d'autant plus d’effet que la plante est plus jeune et n’est pas régulièrement nourrie, et que le terrain est trop riche.
Parmi les champignons parasites, il y en a qui se développent dans l’intérieur de la plante, comme la carie, le charbon et l’ergot. Ces champignons n'apparaissent au dthors que lorsqu'ils ont consommé toute la matière des grains. D’autres se développent à l’extérieur, comme les rouilles, les sphéries, les puccinies, les érysiphés, les stilbosphores.
1° ROUILLE DES CÉRÉALES. — La rouille des champs est un champignon qui attaque toutes les céréales, tout particulièrement l'orge et le blé, et assez souvent l’avoine,
Lorsque la rouille est arrivée à sa maturité, elle laisse échapper une poussière jaunâtre, qui tombe sur les tiges et les feuilles et qui bientôt, par son exposition à l'air, se colore en jaune de rouille. Alors ce champignon se nourrit de la sève de la plante, et lorsqu'il est abondant, il prend une si grande quantité de cette sève que la plante manque elle-même de nourriture et qu’elle reste toujours petite, maigre et fort peu productive.
Les céréales les plus exposées à la rouille sont surtout celles qu’on a semées tard ou qui ont été retardées dans leur végétation sur des champs ombragés et humides, à la suite des pluies ou des brouillards suivis d’un soleil ardent. Si la rouille attaque les plantes pendant qu’elles sont encore jeunes, il arrive souvent que le dommage n’est pas considérable, parce que des pluies abondantes viennent en débarrasser les plantes ; mais si la végétation est avancée, si, par exemple, l’épi est formé, ce dernier restera chétif et ne donnera presque pas de grain, et la paille sera de mauvaise qualité.
La rouille ne se guérit pas. Il arrive quelquefois, comme nous venons de le dire, qu’une bonne p'uie nous en débarrasse, Dans tous les cas, un bon système de culture peut l'empêcher beaucoup de se produire ; les amendements calcaires, les cendres et les engrais de ferme sont d’excellents préservatifs contre la rouille ; l’assainissement du terrain produit de bons effets. Dans quelques pays, on met un peu de sel dans les engrais et l’on prétend que cetté substance préserve les plantes de la rouille.
2. ERGOT. — L’ergot est une des maladies les plus singulières des graminées ; il attaque le blé d'inde et surtout le seigle, On lui donne le nom d’ergot à cause de sa ressemblance avec l’ergot d’un coq. L’ergot est une excroissance
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dure, compacte, cassante, cylindrique ou angulense, présentant à peu près la forme d’une corne obtus:, ordinairement blanche ou grise à l’intérieur, et, à l'extérieur, d’un noir tirant sur le violet. Cette excroissance occupe la place du grain et sort d’entre les glumes. Nouvellement formé, l'ergot est mou et exhale, lorsqu'on l’écrase, une odeur de miel altéré ; peu à peu il se solidifie et s’allonge.
L’ergot est un véritable champignon qui se produit : re dans les années pluvieuses, sur les seigles provenant de graines non mûres; 2° sur les terrains fatigués par un retour trop fréquent du seigle ; 3° sur les plantes dont la végétation s’est faite avec difficulté, et 4° sur les seigles frappés de la grêle. Que le terrain soit humide et ombragé ou qu’il soit maigre et sablonneux, l’ergot se propage aussi bien dans l’un comme l’autre cas ; les saisons pluvieuses favorisent sa propagation.
Le grain ergoté est généralement gris à l’intérieur et noir à l'extérieur ; il est plus gros et plus léger que le bon grain. Le champignon de l’ergot, en se développant, fait disparaître toute la matière farineuse du grain et la remplace par différentes substances, dont quelques-unes sont très mauvaises dans la nourriture des animaux et de l’homme même ; nous y trouvons, par exemple, un poison très actif appelé ergotine, de l’ammoniaque, une matière azotée et une matière huileuse. Le grain ergoté ne peut pas servir de nourriture à l’homme ni aux animaux, à cause de l’ergotine qu'il contient. L’ergotine s'attaque surtout aux os et les gangrène ; une fois la maladie déclarée, il est impossible de la guérir. Certaines régions de la France ont été quelquefois victimes d’épidémies terribles qu'on a attribuées à l'usage du seigle mêlé d’ergot.
On peut diminuer la production de l’ergot par un bon
choix et une bonne préparation des semences, Pour cela on passe le grain au crible à plusieurs reprises, et, comme le grain ergoté est plus léger que le bon grain, la séparation est facile à faire. Si on remarquait qu'il reste encore quelques grains ergotés, on pourrait terminer le triage à la main, On doit faire ce triage avant d'envoyer au moulin du grain ergoté, puisque ce grain constitue une nourriture dangereuse,
3. CHARBON OU NIELLE, — Le charbon attaque surtout les organes de la reproduction, c’est-à-dire les fleurs et les grains. Le grain charbonné ne contient plus de matière farineuse ; celle-ci est remplacée par une poussière noire, qui a fait donner à cette maladie le nom de carbon.
Ce champignon attaque indistinctement le blé, l'orge, l’avoine, le blé d’inde, etc. On reconnaît que la plante est malade, même avant l'apparition de la poussière noire, à un dépérissement général de la plante ; le bout des feuilles se dessèche, le grain ne talle pas ou talle moins même dans les terrains très riches ; les tiges charbonnées sont généralement d’un vert plus pâle. Le charbon est dommageable surtout à l’avoine et à l'orge, mais il attaque moins fréquemment le blé ; les blés de printemps y sont plus sujets que les blés d'automne ; les blés imberbes plus que les blés barbus.
On voit des grains charbonnés sous tous les climats ; mais le charbon se développe plus particulièrement sous les climats chauds et humides, Les causes les plus ordinaires de la production de ce champignon sont de retour trop fréquent d’une plante sur le même champ, la préparation incomplète du sol, les semis trop tardifs, des terres appauvries, des alternatives de pluies et de‘ grandes chaleurs, un recouvrement trop épais des graines, des semences mal
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choisies, ou provenant de récoltes non müries, enfin toutes les causes qui amènent dans la plante un état de souffrance, l'affaiblissent et la disposent à contracter le charbon.
On détruit les semences du charbon par les mêmes moyens que nous indiquerons pour la carie.
4. Carte. — Le champignon de la carie attaque aussi les organes de la reproduction; mais il a des caractères tout à
‘fait différents de ceux du charbon. Le grain carié laisse
échapper une mauvaise odeur de poisson gâté, ce qu'on n’observe pas dans le charbon; et les grains cariés sont sont plus gros que les grains charbonnés.
La carie en veut surtout au blé, et c’est la plus redoutable des maladies dont il est atteint : le blé d'inde est aussi attaqué de la carie, “iais plus rarement ; on ne l’a pas encore observée sur l'orge, ni sur l’avoine. Les blés barbus y sont aussi sujets que les blés imberbes. On remarque cependant que les blés d'automne sont moins cariés que ceux du printemps. Le grain carié ne contient plus aucune matière farineuse ; tout a été changé en une masse compacte de couleur grisâtre, À mesure que le grain grossit, cette masse pert de sa dureté, prend une couleur plus foncée et devient pulvérulente, et, lorsque le champignon est complètement mûr, tout l’intérieur du grain est rempli d’une poudre brune assez semblable à la poussière qui remplit les champignons appelés vesces de-loup, arrivées à leur maturité. La poussière contenue dans le grain carié n’a aucune odeur ; mais, si on l’écrase entre les doigts, elle répand, comme nous l'avons dit, une odeur très sensible de poisson pourri. Pendant le battage cette possière adhère au bon grain; et sion emploie ce grain comme semence, le champignon de la carie passe avec la semence et pénètre bientôt dans les épis de la nouveile récolte pour se propager à son aise,
La farine provenant du blé carié est d'autant plus âcre qu’il existe plus de grains cariés.
Pendant le battage, les grains cariés dégagent une poussière abondante, ce qui est cause que les ouvriers ressentent une foite démangeaison dans les yeux et une irritation très sensible dans l’estomac.
On détruit les semences de la carie par un procédé appélé chaulage. On fait transporter le grain qu’on veut chauler dans de l’eau et on l’assèche ensuite avec de la chaux. C’est le premier procédé qu’on a employé pour détruire la carie et le charbon; mais, comme ce moyen n’est pas toujours efficace, on a fait d’autres expériences pour t'ouver des substances qui auraient pour effet de détruire les semences de la carie et du charbon, sans détériorer le grain, et l’on est parvenu à résoudre le problème. On a trouvé plusieurs substances qui ont répondu à l’attente ; il n’y a plus que l'embarras du choix. Aïnsi, on a la couperose bleue ou suifate de cuivre, l’acide arsénieux ou arsenic ordinaire, le sel marin et le sulfate de soude ou sel de glauber. De toutes ces substances, la plus simple, la plus économique, la moins dangereuse et la plus efficace, c’est la dernière, c’est-à-dire le sulfate de soude. Le sulfate de cuivre est un poison, de même que l’arsenic et le sel marin ; en les employant en grande quantité, on peut détruire toute une végétation. Voici comment on opère avec le sulfate de soude pour faire le chaulage du blé.
On prend pour chaque minot de blé que l’on veut chauler,
834 à 9 onces de sulfate de soude, qu'on fait dissoudre dans “rois pintes d’eau ; ensuite, par chaque minot de grain, on prend 2 Ibs de chaux vive que l’on fait fleurir ; pour cela, on met la chaux dans un panier, qu’on plonge dans une cuve d’eau, on la retire et on la jette sur le sol où elle
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fleurit facilement. Ou -bien encore on suit un autre procédé : on fait dissoudre 18 lbs de sulfate de soude ou sel de glauber dans 25 gallons, ou une quantité proportionnelle. Si on n’a pas beaucoup de grain à chauler, la dissolution doit se faire quelques heures d'avance, et on l’agite fréquemment pour faciliter la dissolution. Le liquide ainsi préparé peut se conserver pendant toute la durée des semailles. On fait fleurir la chaux comme il a été dit plus haut. Lorsque la dissolution est effectuée et que la chaux est fleurie, si l’on suit le premier procédé, on dépose un minot de blé dans une grande cuve et on arrose le grain avec la dissolution de sel de glauber, pendant qu’un homme le remue avec une pelle; ce travail se continue jusqu’à ce que le grain soit bien humecté. On assèche le grain avec la chaux que l’on a fait éteindre auparavant. Pour que la chaux s'attache bien à chaque grain, il faut le remuer à mesure qu’on le saupoudre. On chaule ainsi chaque minot séparément, et en peu de temps on peut préparer toute la semence. On prépare en une seule fois tout le blé que l’on destine aux semences, si rien ne nous empêche de le faire ; cependant il faut prévenir l’échauffement ; et l’on évite cet accident en étendant le grain en couche mince.
Si l’on suit le second procédé, on chaule 2 minots à la fois ; on fait absorber, toujours par l’arrosage, 2 à 214 pots de dissolution par 2 minots, et l’on a le soin d’'humecter tout le grain en le remuant à la pelle. L’'assèchement du grain se fait encore avec de la chaux ; chaque tas doit recevoir trois à quatre lb: de chaux.
Quoique la rouperose bleue et l’arsenic soient des poisons, il peut arriver quelquefois qu'on soit forcé de les employer. Du reste, le sulfate de cuivre n’est pas un poison violent. On a vu des poules manger des grains trempés
dans de la couperose bleue sans en être incommodées. Cependant les hommes et les animaux ne doivent pas suivre cet exemple, pour eux l’empoisonnement serait certain.
La couperose détruit les germes de la carie et du charbon bien plus sûrement que le sel de glauber; mais on ne doit employer pour le chaulage ou le sulfatage des blés que la couperose de bonne qualité, celle qui se présente en beaux cristaux d’un bleu transparent ; les cristaux d’un bleu terne n’ont pas autant d'effet. Voici comment on opère :
On prend 2 onces de couperose bleue qu'on fait dissoudre dans 2 pots d’eau ; on met un minot de blé dans une petite cuve et on jette la dissolution par-dessus le grain. On ajoute de l’eau claire jusqu'a ce que le grain soit recouvert d’une couche de liquide de 20 pouces d’épaisseur, et alors on enlève les grains qui surnagent. On doit laisser tremper le blé pendant 12 heures ; car il a été parfaitement prouvé par des expériences que, lorsque le grain ne trempe que la moitié de ce temps, il conserve encore des germes de carie et de charbon. Après ce trempage, on retire le blé, qu'on fait égoutter dans des paniers ; ensuite on lave le grain en plongeant une fois les paniers dans l’eau ; on le fait égoutter une seconde fois et on l’étend pour le faire essorer ou bien on l’assèche avec de la chaux.
On ne doit pas employer plus de 134 once de couperose bleue par minot anglais, ou 2 onces par minot canadien ; car, autrement, on s’exposerait à faire brûler le germe du blé. Un peu de sel ordinaire ajouté à la couperose en augmente les effets.
Quant à l’arsenic, il est d’un emploi si difficile, et c’est un poison si violent qu’on ne devrait jamais s’en servir pour le chaulage des grains, quoique son efficacité soit plus grande encore ; non seulement l’arsenic détruit les germes.