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LES PATATES

Les patates servent à la nourriture de l’homme et à celle des animaux, Non seulement on nourrit les moutons, les porcs et les bêtes à cornes avec les patates, mais encore on les engraisse. On les donne cuites ou crues ; cuites, elles peuvent former la moitié de la ration du bétail ; crues, le quart seulement, car les patates crues renferment un mauvais principe, qui agit défavorablement sur les intestins des animaux. Les chevaux consomment aussi les patates avec goût. Enfin, avec les patates on fabrique un bon empois et de l'alcool ou whiskey.

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ESPÈCES ET VARIÉTÉS. — Les variétés de patates sont très nombreuses ; mais on les range en trois grandes classes 1° les patates rondes, nommées fatrarques ; 2° les patates rondes et longues, appelées vifelottes ; 3° les patates plates et longues, nommées parmentières, Parmi les différentes variétés, nous distinguons les patates tardives et les patates hâtives. Les patates tardives se cultivent sous tous les climats où les céréales réussissent ; et les patates hâtives sont plus répandues, parce que leur végétation est plus courte et demande moins de chaleur.

CLIMAT. — La culture de la patate réussit d'autant mieux que le climat est plus tempéré : sous les ciimats très chauds, elle réalise peu de produits, à moins qu’on ne lui donne un sol qui conserve une humidité constante, ce qui est très rare,

On a essayé plusieurs fois la culture de la patate dans les: pays chauds. Dans les sols secs, la patate pousse bien ; elle fait de petits tubercules, mais le développement de ces tubercules est arrêté par la sécheresse. Si, au bout d’un certain temps, il survient une pluie, ces petits tubercules ne grossissent pas, mais ils s’en forment d’autres, et lorsque vient le moment de faire la récolte, on voit beaucoup de tubercules, mais tous très petits.

Sous les climats humides, les patates sont exposées à. pourrir.

Notre climat est un de ceux qui conviennent le mieux à cette culture.

SOL.—La patate demande un sol très meuble et conservant une humidité constante, mais non surabondante. II faut que l’ameublissement du terrain soit complet ; sans cela les tubercules éprouveront trop de difficulté à soulever la terre qui les recouvre, et grissiront beaucoup moins.

Dans les sols argileux, la patate réussit bien, pourvu que l’ameublissement soit suffisant et que le terrain soit bien égoutté.

Dans les terres fortes et très humides, le produit est très faible et de mauvaise qualité.

Das les terres légères, le produit est encore faible, mais d'excellente qualité.

Les meilleurs terrains sont les sables gras, les sables schisteux, les terres nouvellement défrichées, et les vieilles prairies retournées, pourvu que le sol soit meuble.

La patate vient bien dans les sols qui ne renferment pas de chaux, mais elle réussit encore mieux dans ceux qui en contiennent.

PLACE DANS LA ROTATION.—La patate est une plante sarclée, qui aime à trouver un sol riche et qui demande beaucoup de sarclages. Elle convient donc parfaitement aux terrains infestés de mauvaises herbes et elle les nettoie très bien. C’est pour cela qu’on doit placer la patate au commencement de la rotation, après une plante qui n’a pu nettoyer la terre; on la fait suivre d’une autre plante qui exige un sol riche, comme les céréales. Dans certains terrains on cultive la patate plusieurs années de suite sur le même sol ; on voit des sols qui portent cette plante pendant dix à vingt ans de suite, et les produits sont encore assez abondants. Cependant cette longue succession n’est pas sans donner lieu à de mauvaises conséquences.

En effet, on remarque, dans ce cas, que la patate dégénère, diminue de grosseur, est plus sujette à pourrir et que, malgré les fortes fumures qu'on lui applique, son produit va toujours en diminuant. Il vaudrait donc mieux adopter une bonne rotation et ne cultiver la patate que tous les quatre ou cinq ans sur le même champ.

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ENGRAIS ET AMEND£MENTS.—La patate aime à trouver dans le sal des engrais d’une décomposition facile et peu riches en matières animales. Si nous faisons brûler des patates, nous trouvons dans les cendres une très grande quantité de potasse, avec un peu de phosphate et quelques autres substances en plus petite proportion. D'après cela, les engrais les plns convenables à la patate sont ceux qui contiennent le plus de potasse, comme les cendres, les eaux de lavages, les résidus des savonneries, Les fumiers d’étables conviennent au:si; mais on a remarqué que, lorsque les patates viennent en contact avec le fumier, elles sont plus sujettes à pourrir, surtout quand on cultive les patates dans des terres argileu-es. Sur les terres légères, la présence du fumier d’étables n’est pas autant à redouter. Dans tous les cas, on ne déposera jamais le fumier dans les sillons où l’on doit semer les patates. Le meilleur mode de fumure est de mettre le fumier sur le sol et de l’enterrer par le labour de préparation. On emploie généralement 40 à 45 voyages de fumier par arpent.

Sur les terres légères, les vases et les curures de fossés sont d’excellents engrais. ‘

Sur les terres fortes, les sables conviennent très bien. Les chaulages et les marnages produisent aussi d'excellents effets.

PRÉPARATION DU SOL. —= La patate demande un terrain profondément et parfaitement ameubli, quelle que soit la nature du sol. Si la terre est argileuse, il faudra faire un labour profond en automne et un labour ordinaire au prin temps, et tracer des sillons au moment de semer. Si la terre est légère, le labour profond est aussi nécessaire ; si le sol n’a jamais été labouré profondément, il faudra exécuter le labour profond en automne, parce qu’on ramène alors des

terres stériles à la surface et que les terres ont besoin d’être soumises à l'influence de l'air ; mais si le labour profond a déjà été exécuté, on le répètera au printemps. Dans tous les cas, pour que la patate puisse grossir et donner un bon produit, il faut qu’elle végète au milieu d'une grande masse de terre meuble, afin qu’elle ait moins de difficulté à soulever cette terre.

Les labours profonds ont encore un autre avantage ; dans les terres argileuses, ils permettent aux eaux de s'infiltrer plus profondément et de ne pas faire tort aux patates ; dans les terres légères, ils permettent aux racines d’aller puiser dans les couches profondes l'humidité qu’elles ne trouvent plus à la surface. Pour donner une idée des avantages que l’on peut retirer des labours profonds, voici quelques chiffres que nous fournissent des expériences faites avec le plus grand soin.

On a pris un terrain d'à peu près %{ d’arpent ; on l’a labouré à quatre pouces de profondeur ; on l’a ensemencé en patates, et il a produit 5400 lbs de tubercules. A côté de ce terrain, on en a choisi un autre absolument semblable ; on Va labouré à 8 pouces de profondeur, et il a donné 6500 Ibs de tubercules, On a encore labouré un troisième champ tout à fait semblable aux deux précédents, mais à une profondeur de 12 pouces, et le produit a été de 8,240 Ibs de tubercules. La différence de production que nous constatons ici, suivant la profondeur des labours, se fait sentir sous tous les climats et dans tous les terrains, et toujours dans la même proportion.

SEMAILLES. — On peut propager les patates de quatre manières différentes : par la graine, par la bouture, par la plantation des yeux seulement et par la plantation des tubercules eux-mêmes.

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Si on emploie les graines, il faut qu’elles soient bien mûres, Mais le semis des graines ne donne pas un produit convenable dès la première année ; ce n'est qu’à la seconde récolte que les patates atteignent une valeur passable, Il n'est donc pas avantageux de recourir à ce mode de semis. On appelle boutures des tiges que nous plantons. Les boutures de patates sont des tiges produites par les tubercules que nous plantons dans le sol ; elles donrent un bon produit, mais elles exigent tant de travail que les dépenses sont à peine compensées par les produits, Ce mode n'est pas non plus recommandable.

La plantation des yeux se fait quelquefois, quoique assez rarement, Ce mode réalise une grande économie, puisqu'après avoir enlevé les yeux, il reste encore des patates bonnes à manger ; mais en plantant ces yeux, la plante est toujours faible et son produit peu abondant, de sorte que la plantation des yeux ne doit se ‘aire que dans les années où les patates sont excessivement rares,

Le quatrième mode de propagation, c’est-à-dire la plantation des tubercules mêmes, est celui que l’on pratique généralement. C’est aussi le plus facile et celui qui donne les produits les plus abondants. Tout le monde est unanime à admettre ce fait, mais on diffère beaucoup d'opinion sur la grosseur des morceaux de tubercules que l’on doit planter. Certains agriculteurs prétendent que les patates rondes valent mieux que les patates coupées. Ce qu’il y a de certain c’est que plus le morceau est gros, plus le produit est abondant, et l’on va facilement comprendre pour quelle raison. Pendant les premier jours de son existence, le germe de la patate se nourrit aux dépens de la patate elle-même, c'est-à. dire aux dépens de la patate qu’on a plantée. Si cette patate mère est trop petite, elle ne pourra fournir qu’une faible

nourriture à la jeune plante, et celle-ci, par conséquent, ne poussera que misérablemeut et ne prendra toujours qu'un développement peu considérable ; tandis que, si la patate mère est grosse, elle procurera une nourriture abondante à la jeune plante, et cette dernière se développera avec vigueur

De même que pour l'animal, c’est du jeune âge surtout que dépend le développement plus ou moins grand que prend une plante. Si, dans le jeune âge, la nourriture est insuffisante, la plante et l'animal restent chétifs, et tout le reste de la vie s’en ressent. Partant de ce principe incontestable, les meilleurs agriculteurs recommandent fortement de planter de gros tubercules entiers ou tout au moins des tubercules moyens entiers ; ou encore si nous coupons les patates, 1l faut que les morceaux soient très gros. On a fait de nombreuses exsériences à ce sujet. On a planté, dans les mêmes circonstances, à côté les unes des autres, de grosses patates entières, de grosses patates coupées en deux, de moyennes patates entières, de moyennes patates coupées en deux, et de petites patates, Dans toutes les expériences, on a toujours constaté que les meilleurs produits sont donnés par les patates les plus grosses ou par les morceaux de patates les plus gros. Voici les conclusions générales que nous devons tirer de ces expériences :

1. Il faut choisir toujours le plus pesant tubercule pour la plantation.

2. Si les patates sont rares, on peut couper les gros tubercules en gros morceaux, et cette opération doit se faire plusieurs jours avant la plantation, afin que la plaie sèche avant que la patate soit plantée. Et encore on ne réussit que dans les terrains bien égouttés. On a remarqué que les morceaux

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3: On pourra aussi employer des tubercules de grosseur moyenne, et même de petits tubercules ; mais alors il faut les rapprocher plus les uns des autres que si nous plantions de gros tubercules.

4. Pour conserver l'abondance et la quelité des produits, il faudra changer de temps en temps les patates de terrains, c’est-à-dire qu’on p'antera dans les terres légères des patates venant de terres fortes, et dans les terres fortes les patates venant de terres légères ; par ce moyen, les patates des terres fortes, généralement trop pleines d’eau, voient ce défaut disparaître, tandis que les patates de terres légères voient leur volume augmenter en terre forte.

5. Si le terrain est pauvre, il faudra employer des patates plus grosses et non divisées, que s’il est riche, afin que la jeune plante ne puisse pas manquer de nourriture.

6. Il faut que les tubercules plantés soient sains, non affaiblis et qu’ils n'aient pas germé dans les caves avant la plantation, ni souffert du froid Pour empêcher les patates de germer, on les remue de temps en temps. Un bon moyen de conserver la force végétative des tubercules que nous devons planter et même de l’augmenter, consiste à mettre ces tubercules dans un grenier ou dans une batterie ; exposés à l'air et à la lumière, ces tubercules font de petits germes verts, courts et très vigoureux.

7. Quand on plante des tubercules coupés, il est très bon de répandre de la chaux sur la plaie.

On plante les patates au printemps, plus tôt dans certaines terres, et plus tard dans d’autres. Dans tous les cas, il faut attendre que les gelées soient passées, car les jeunes pousses sont très sensibles au froid, L'époque la plus favo-

rable pour la plantation des patates s'étend depuis le 15 mai jusque dans la première semaine de juin. Il faudra commencer la plantation des patates dans les sols les plus exposés à la sécheresse, dans les terres légères, par exemple, et la terminer dans les terres fortes. On doit retarder la plantation des patates le moins possible, car plus ilya retard, moins le produit est abondant.

On plante toujours les patates en lignes. Les sillons seront éloignés de 2 pieds au moins, l’un de l’autre, et l’espace entre les tubercules sera assez considérable pour que les plantes ne se nuisent pas ; mais il ne faut pas qu’on perde de terrain. Généralement on laisse 12 pouces entre chaque pied. Cependant si l’on plante de gros tubercules, il faudra que cet espace soit de 15 à 18 pouces. Suivant la grosseur et l’espacement des tubercules, on met de 12 à 15 minots par arpent. En général, il n’est pas avantageux de trop rapprocher les tubercules. Cette plante aime à être assez enterrée ; dans les terres fortes, on recouvre les patates d'environ 4 pouces, et dans les terres légères d’environ 6 pouces.

Les sillons se font soit à la gratte, soit à la charrue. Dans la grande culture, on doit toujours préférer le travail de la chairue. Voici comment on opère : on passe la charrue à deux oreilles pour ouvrir le sillon, on dépose les tubercules au fond de ce sillon, et l’on enterre en passant une seconde fois la charrue à deux oreilles dans les monticules qui séparent les sillons. C’est le mode le plus recommandable pour les terres légères.

Quand il s’agit de terres fortes, les patates seraient trop enterrées en suivant ce mode ; il vaut mieux passer la charrue sur le travers des rangs, ou bien enterrer les tubercules légèrement à la gratte. Il ne faut pas jeter négligem-

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ment les tubercules au fond des sillons ; mais on doit les déposer soigneusement, à la main, le germe en lair. De cette manière, la germination est plus régulière et les jeunes plantes ne s’épuisent pas avant d'arriver à la lumière.

SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION. — Comme nous l'avons déjà dit, les patates sont des plantes sarclées que l’on sème généralement sur un soi qui a été infesté par les mauvaises : herbes et qui reçoit en outre une fumure contenant beaucoup de graines de mauvaises herbes. Par conséquent, les patates exigent beaucoup de soins, et parmi ces travaux d'entretien ce sont les sarclages qui sont les plus importants. Pour satisfaire aux exigences de la patate,voici comment les bons agriculteurs agissent dès que les jeunes plantes commencent à sortir de terre, c’est-à-dire quinze jours, ou trois semaines, ou même un mois après la plantation. On donne aux patates un premier sarclage. Ce sarclage consiste simplement à faire passer une herse légère sur le dos des sillons ; cette opération brise la crcîte qui s’est formée à la surface, détruit les mauvaises herbes qui se montrent déjà la tête, donne plus de facilité aux germes tardifs de paraître à la lumière, et divise les touffes des patates. Ensuite on laisse la plante végéter à son aise jusqu’à ce que toutes les lignes des patates soient très bien dessinées et faciles à distinguer ; alors on donne un second sarclage, mais cette fois-ci c’est la gratte qui fait l'opération, ou bien la houe à cheval, si on en a une; puis on répète ce travail autant de fois que le netto‘ement du sol l'exige. On a remarqué que plus les sarclages sont faits profondément, plus le développement des tubercules est considérable ; c’est l’ameublissement constant du sol qui favorise ce développement. Pour que les sarclages aient toute l'efficacité désirable, il faut qu'ils soient exécutés en temps sec.

Dans la pratique ordinaire, chaque sarclage est suivi de ce qu’on appelle le rechaussage. Cette opération consiste, comme on le sait, à amasser une certaine quantité de terre au pied de la plante. Le rechaussage n’est pas absolument nécessaire à la végétation des patates, et, d’après de très bonnes expériences, on a constaté que, dans certains ter- ‘rains, les patates rechaussées ont produit moins que les patates non rechaussées. Cependant cette observation ne doit pas nous faire abandonner le rechaussage. D'abord, dans les terres fortes et surtout dans celles qui s'égouttent difficilement, les patates rechaussées sont alors plus soulevées et se trouvent, par conséquent, soustraites aux excès d'humidité ; puis, dans les terres légères, le rechaussige conserve plus de fraîcheur au pied des plantes ; enfin le rechaussage est encore avantageux dans toutes les terres.

On doit faire la culture de la patate avec le plus d’écouomie possible, mais sans rien négliger; il faut toujours préférer faire l’arrachage des patates avec des instruments mus par les chevaux qu'avec la gratte. Or, pour exécuter un bon travail avec ces instruments, il faut que les patates soient rechaussées. Ordinairement deux rechaussages suffisent ; le premier rechaussage est toujours léger et se pratique après le premier sarclage, à la houe à cheval ou à la gratte ; le second est très énergique et se donne après le second sarclage, à la houe ou à la gratte. Ces deux rechaussages peuvent se faire aussi avec le butoir perfectionné ordinaire.

Plusieurs agronomes recommandent fortement de suppri mer les fleurs des patates aussitôt qu’elles paraissent, afin, disent-ils, d'augmenter les produits. Quand on cultive la patate au moyen des tubercules, les fleurs sont inutiles, puisqu'on n’a pas de graines pour la semence. Or, ces fleurs se nourrissent aux dépens des sucs de la plante, Par consé-

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quent, si nous supprimons les fleurs, nous faisons refluer dans les tubercules une plus grande quantité de sève, et les tubercules recevant plus de nourriture deviennent plus gros. Cependant, lorsque la main d'œuvre nécessaire pour supprimer ces fleurs coûte trop cher, il vaut mieux ne pas faire ce travail.

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