‹ Le guide du cultivateur ou Cours d'agriculture [microforme]Chapitre 57 sur 113 · DUX · texte numérisé non relu

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plongés dans la plus affreuse disette par suite des ravages de cette maladie. ‘C’est généralement en juillet et en août, disent MM. Girardin et DuBreuil, que cette singulière affection envahit les champs ; on s’en aperçoit immédiatement à l'aspect du feuillage, qui pâlit d’abord, jaunit ensuite, et se couvre de taches brunes ; ces taches s’éten dent peu à peu sur divers points de la tige, s'agrandissant incessamment ; enfin, les feuilles et les tiges se dessèchent, et toute la plante offre une teinte noirâtre. Les tubercules des plantes avariées sont presque toujours attaqués euxmêmes ; ils commencent à s’altérer dans la région voisine du poirt d'insertion : on voit d'abord quelques points rougeâtres sous l’épiderme ; la quantité de ces points augmente rapidement, et bientôt toute la périphérie des tubercules est colorée en brun jusqu’à une profondeur de plusieurs millimètres sous l’épiderme ; cette coloration se propage insensiblement vers le centre. Plus rarement, l’altération débute dans quelque région profonde, en marchant vers la périphérie.”

On croit généralement que cette maladie est produite par l’altération de la sève des liquides qui nourrissent la plante, et surtout des liquides azotés, en un mot que ce n’est qu’une simple fermentation. Cette fermentation se propage dans les tubercules et donne naissance à une foule de petits champignons, qui se nourrissent aux dépens de la patate. Cette croyance paraît être très fondée ; en effet, on remarque que plus la saison est humide, plus les patates pourrissent, et plus dans les terrains frais que dans les terrains secs. Quelquefois, on pense que la patate est exempte de pourriture, quand on voit tout à coup apparaître cette maladie après de gros orages.

Les fumiers d’étables semblent favoriser la pourriture des

patates, et c'est pour éviter cet inconvénient que nous avons dit plus haut de ménager ces sortes de fumiers dans les plantations de patates et de faire alors usage de cendres et d’autres matières analogues.

Plusieurs agriculteurs prétendent que la gangrène humide ou la pourriture n’est pas contagieuse et que, si les patates pourrissent dans les caves, ce n’est pas parce qu’elles viennent en contact avec des tubercules malades, mais parce qu'elles contenaient auparavant les germes de la maladie, D'ailleurs, c’est un fait certain qu’on a vu des tubercules sains sur lesquels se trouvaient collés des morceaux de patates pourris. Mais, pour plus de sûreté, on séparera au moment de l’arrachage, les tabercules sains d'avec les malades et l’on jettera ces derniers ; puis, on laissera sécher sur le champ les patates saines et on les saupoudrera de plâtre ou de chaux au moment de les encaver ; Z; minot de plâtre ou de chaux suffit pour 26 minots de tubercules, Il faut que ces substances soient réduites en poudre bien sèche ; elles absorbent l'humidité surabondante des patates et empêchent l’altération de la sève.

On n’a pas encore trouvé de moyens infaillibles pour préserver les patates contre cette redoutable maladie. Tout ce que l’on peut faire, c’est d’en diminuer les ravages et même de les annuler complètement, en choisissant bien la semence et en suivant de bons procédés de culture. Ainsi, on doit toujours employer pour la plantation des tubercules bien mûrs et non malades. Ici les variétés hâtives doivent avoir la préférence sur les variétés tardives, parce que les premières ont a peu près achevé leur maturation à l’époque où la maladie commence à sévir avec quelque violence. Au lieu de ne cultiver que des variétés mûrissant toutes à la même époque, certains cultivateurs plantent leurs patates à

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trois époques différentes ; de cette manière, 1ls sont toujours sûrs de conserver intacte une partie notable de leur récolte. On diminue encore les effets de la grangrène humide en plantant des tubercules ronds et pesants sur des terrains sablonneux, profonds, parfaitement meubles et perméables, frais sans être humides. Dans les terres fortes et humides, les tubercules qui se trouvent à une certaine profondeur sont tous al.érés, tandis que ceux qui sont plus près de la surface sont rarement atteints. De sorte que nous pouvons conclure de ce fait que, si l’on fait des labours profonds, l'humidité sera abaissée et les patates pourriront moins. Il y a aujourd’hui de nouvelles espèces de patates qui ne pourrissent pas, nous ferions bien de nous en procurer ; ce sont les espèces suivantes : Zarly Rose, Garnet, Eureka et Surprise. Enfin, au moyen de certaines substances, on peut préserver jusqu’à un certain point les patates de la pourriture. Voici quelques recettes à ce sujet : on prend 5 à 6 minots de patates, que l’on fait tremper pendant une demi-heure dans un liquide composé de 20 gallons d’eau, de 20 Ibs de chaux, de 64 lbs de sel et de 4% onces de coupzrose bleue, et après les avoir asséchées suffisamment, on les plante. Ce procédé est suivi en Angleterre. Un agriculteur français, M. de Romand, préserve ses patates de la maladie en plan: tant les tubercules entre deux couches de charbon de bois. Un enfant muni d’un sac contenant cette poussière en dépose, dans le sillon ouvert par la charrue, une petite poignée à !a place où doit être placé le tubercule reproducteur. La seule précaution qu'il y ait à prendre c’est de comprimer légèrement le sol avec le dos de la main. Les femmes qui sont ordinairement employées à la plantation, déposent le tubercule à l'endroit indiqué par le petit tas de charbon. Un autre enfant, marchant à leur suite, place une

autre poignée de charbon sur le tubercule. La charrue n’a plus alors qu’à tracer un nouveau sillon pour recouvrir le tout de la terre qui doit assurer la végétation. C’est un travail long, mais très avantageux au succès de la culture.

On a encore deux autres procédés pour préserver les patates de la pourriture. D'après le procédé Masson et Brunet, on fait tremper les tubercules pendant deux heures dans de l’eau acidulée d'acide sulfurique (28 gallons d’eau et 17 onces d'acide sulfurique) ; on les roule ensuite dans de la chaux vive en poudre et on ajoute de plus à chaque tubercule, lors du plantage, une légère pincée du même caustique. Cette manière de traiter les patates les préserve de la maladie et donne en même temps un produit plus abondant. Dans le second procédé, on emploie le sel ordinaire, qui a la propriété de préserver les patates de la pourriture,. On fait une saumure faible et l’on y fait tremper les patates pendant trois heures.

On jette généralement les patates pourries. Cependant on peut en faire usage pour la nourriture des animaux; elles ont un mauvais goût, mais elles ne sont pas malfaisantes ou nuisibles à la santé de l'animal. On pourrait faire disparaître ce mauvais goût, mais les frais de manipulation sont trop considérables.

RÉCOLTE.—On reconnait que le moment de la récolte est arrivé lorsque, vers l’automne, les tiges et les feuilles jaunissent et se flétrissent ; si on arrache les tubercules, on remarque que leur peau est alors épaisse. Il est vrai cependant que les tiges flétrissent souvent avant la maturité de la patate, par exemple, quand il survient des gelées hâtives avant que la patate soit mûre, parce qu’une fois que les tiges sont desséchées, il n’y a plus de végétation. Dans ce cas, les tubercules n’ont pas toujours complété leur matu-

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rité ; mais on pourra néanmoins les récolter, car ils pourront faire leur organisation intérienze dans les caves. L'époque de la maturité de chaque espèce de patates n’est pas toujours la même, La nature du sol avance ou recule cette maturation. ( lesquels les patates müûrissent le plus vite ; viennent ensuite

e sont les terrains humifères dans

les terrains sablo-calcairo-argileux, le sable d’alluvion, la terre forte et enfin la terre blanche calcaire. Il y a une différence de 8 à 15 jours entre le premier et les derniers de ces sols. Dans le sol humifère les patates müriss:nt plus tôt, parce que c’est un sol qui garde plus de chaleur que les autres, et, dans les sols calcaires, elles müûürissenit très tard, parce que ces sols sont très froids et ne se réchauffent que très peu, même dans les plus fortes chaleurs.

Sur les petites fermes, on arrache les patates à la gratte, et, sur les grandes, on se sert du butoir ou mieux de l’arrache-patates. Ce dernier instrument met tous les tubercules à nu ; il ne s’agit que de les ramasser, ce qui simplifie beaucoup le travail. Dans tous les cas, on doit faire suivre l’arrachage d’un coup de herse énergique sur le travers des sillons ; ce hersage a pour effet d'amener sur la surface du sol les tubercules qui ont échappé à l’action de l’arrachepatates.

A mesure qu'on arrache les patates, on les met en tas étendus et peu élevés, et lrsqu’el'es sont. bien sèches, on les rentre le plus tôt possib'e ; car les tusercules qui sont exposés trop longtemps au soleil, verdissent et prennent un très mauvais goût.

RENDEMENT. — Le produit des patates dépend de nombreuses circonstances. Par conséquent, il est difficile de préciser le rendement. Dans tous les cas, lorsque les conditions culturales sont favorables, le produit peut atteindre

jusqu’à 320 minots par arpent, mais bien souvent il n'est

que de 150 minots et quelquefois même il est encore inférieur à ce chiffre. En moy:nne, un minot de patates pèse 65 lbs.

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