LES RAVES ET LES NAVETS
La culture et l’utilisation de ces racines ont une si grande ressemblance que nous ne pouvons les séparer pour les étudier. Ces plantes possèdent cependant quelques caractèrés distinctifs, que nous allons signaler.
Les navets, plus souvent nommés choux de S'am ou navets de Suède, se distinguent par leurs racines plus sèches et plus nourrissantes, et par leur feuillage d’un vert plus pâle.
Les raves, plus souvent désignés sous le nom de rabioules sont très aqueuses, ont une végétation plus rapide que e navet, et leurs feuilles sont d’un vert foncé et couvertes d'u : poil fin, serré et raide.
Ces racines servent à l’alimentation de l’homme et des animaux : mais, pour l’homme, on donne la préférence aux navets. On calcule qu'environ 400 Ibs de navets ou 500 1bs de rabioules équivalent, comme nourriture, à 100 Ibs de foin. Données aux vaches laitières, ces racines augmentent la secrétion du lait, et le beurre qu’on en fait prend une couleur jaune des plus agréables. Cependant, si elles forment exclusivement la nourriture des vaches, le lait devient amer ; mais on peut corriger ce défaut en remplacant une partie des navets et des raves par quelque autre fourrage. Les bœufs et les porcs à l’engrais se développent très bien avec cette nourriture. Si l’on sert une ration de ces racines aux brebis qui nourrissent, elles donnent un lait plus abondant et plus fortifant.
ESPÈCES ET VARIÉTÉS. — Dans l'espèce appelée navet, la variété la plus généralement cultivée,est le navet de Suède, reconnaissable à sa peau et à sa chair jaune et serrée et à son goût agréable et sucré. Onenaformé plusieurs sousvariétés que l’on distingue ordinairement à la couleur de leurs collets ; les unes ont un collet rose ; les autres, un vert et un certain nombre, un jaune.
Parmi les raves, nous avons /a rave jaune d'Ecosse ; racine de grosseur moyenne, chaïr et peau jaunes, collet vert ; la rave Norfolk blanche, racine assez grosse, chair et peau blanches ; la rabioule propement dite, chair et peau blanches, collet verdûtre.
SOL. — Ces plantes demandent un terrain meuble, que l’eau peut pénétrer facilement,mais qui ne se dessèche jamais tout à fait pendant toute la durée de la végétation. C'est dans le sol calcaire que ces plantes paraissent donner leurs plus abondants produits ; le sol argileux vient en deuxième lieu, le sable humifère en troisième, et le sable d'alluvion
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CLimar.—Les navets et les raves réussissent sous les climats dont l’atmosphère est fréquemment humide et brumeuse, En dehors de ces climats, ces plantes peuvent donner parfois des produits abondants, mais ils ne sont jamais assurés. Dans les années de sécheresse, ces plantes sont souvent détruites complètement. Leur végétation est, dans cette circonstance, tellement lente qu’elles ne peuvent résister aux attaques d'un petit insecte très vorace, appelé puce où puceron ; c’est l’alfise des naturalistes.
PLACE DANS LA ROTATION.—Les raves et les navets ne viennent bien que sur les terrains abondamment fumés. Pendant leur croissance, ces plantes demandent de nombreux sarclages ; ce qui permet de nettoyer entièrement le sol. De sorte que leur place dans la rotation doit être au commencement de la liste ; elles conviennent parfaitement avant toutes les céréales.
PRÉPARATION DU sOL.—Ces racines aiment un sol meuble et assez profond. Dans le: terres légères, naturellement profondes, on se contente d’un labour ordinaire au printemps ; mais, dans les sols de consistance moyenne et dans les terres fortes, on fait en automne un premier labonr profond de ro pouces environ ; puis un deuxième labour, mais léger au printemps ; on peut exécuter cette dernière opération au moyen de scarificateurs, et on la fait suivre de hersages et de roulages assez nombreux pour ameublir parfaitement la surface.
ENGRAIS ET AMENDEMENTS.—-De toutes les racines fourragères, à l'exception du panais, la rave et le navet sont celles qui exigent le plus de potasse et de chaux dans les sols, et, si ces derniers en sont dépourvus, il faut les leur donner au moyen des engrais qui en renferment en plus grande quantité. Les chaulages et les marnages sont d’abord indispensables dans les terrains privés de chaux ; ensuite on applique des os broyés, des cendres, de la suie, des superphosphates ; mais tout cela ne doit pas nous dispenser d'employer les fumiers d’étables:, que l’on répand à la proportion de 45 à 50 voyages de l’arpent.
On calcule que 100 lbs de feuilles et de racines récoltées enlèvent au sol 43 lbs de fumier,
Les navets et les raves aiment à croître au sein de l’abondance, et ordinairement on les cultive presque immédiatement sur le fumier, suivant un mode de préparation que nous verrons bientôt.
SEMAILLES.— Lorsque le terrain est préparé d’une manière convenable, on trace des s\lons au butoir, espacés de 24 à 26 pouces. Dans ces sillons on dépose la fumure ; ensuite, encore au moyen du butoir, on fend les monticules qui séparent chaque sillon ; en rejetant la terre sur la fumure, on forme par là de nouveaux monticules sur le sommet desquels on répand la semence après les avoir aplanis par un léger roulage. Les racines des navets et des raves semés immédiatement sur le fumier y puisent une nourriture abondante, qui hâte leur développement et leur permet de résister avec plus d'avantage aux attaques des pucerons, C’est pour arriver au même résultat que plusieurs cultivateurs écossais recueillent avec soin le purin qui s'échappe des tas de fumier, l’étendent d’une égale quantité d’eau et en arrosent les monticules qui viennent d’être ensemencés.
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Ce liquide communique non seulement aux graines une humidité qui active leur germination, mais encore leur présente une nourriture toute préparée dont les jeunes plantes profitent avec le plus grand avantage.
Les navets ont une végétation plus lente que les raves ; il faut par conséquent les semer plus tôt, d'ordinaire on les sème vers la fin de mai ; tandis que les semis de raves se font rarement avant la fin de juin. Le moment le plus favorable pour faire ces semis, c’est lorsque la terre n'est pas sèche et qu’il y a apparence de pluie. C’est dans cette circonstance que la germination est plus rapide.
Si l’on n'avait pas à redouter les ravages des insectes, les graines de navets et de raves sont tellement fines, qu'une livre suffirait amplement pour ensemencer un arpent ; mais il faut faire la part des insectes,et, dans la pratique ordinaire, on ne met jamais moins de 2 Îbs par arpent.
SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION., — Pendant le cours de la végétation, les navets et les raves demandent des sarclages et des éclaircissages. Le premier sarclage s'exécute à la gratte, lorsque les jeunes plants ont trois ou quatre feuilles ; le second se fait à la houe à cheval entre les lignes et à la gratte sur les lignes, quand les plantes ont poussé deux feuiiles de plus. Deux ou trois jours après, on éclaircit de manière à laisser une distance de huit à dix pouces entre chaque plant. Si l’on a du purin à sa disposition, ou quelques autres engrais liquides, un 2:rosage après chaque sarclage favorisera beaucoup le développemeit des racines. Ordinairement deux sarclages suffisent ; cependant, si la croissance des mauvaises herbes l'exige, il faudra augmenter le nombre des sarclages. Dans tous les cas, tout sarclage doit cesser lorsque les feuilles des plantes couvrent la terre,
RÉCOLTE. —- On arrache les navets et les raves le plus tard possible, et, comme ces racines résistent bien aux gelées de l'automne, on peut n’en faire la récolte que dans les derniers jours d'octobre. La seule précaution à prendre, c'est de faire l'opération dans un beau temps sec. L’arrachage s'exécute à la main, en tirant les racines par les feuilles. A mesure que les plantes sont arrachées, on coupe toutes les feuilles et les radicules et on débarrasse les grosses racines de la terre qui peut les recouvrir. Ainsi préparés, les navets et les raves se conservent mieux dans les caves. Avant d'entrer le produit, on le laisse exposé quelque temps à l’air libre, afin que son écorce puisse bien sécher.
RENDEMENT. — On calcule sur un rendement moyen de 350 à 400 minots par arpent de raves et de navets, mais dans les bonnes cultures et lorsque la première végétation des plantes n’a pas été entravée, les produits dépassent très souvent ces chiffres.
LE TOPINAMEOUR
On a fait, dans notre Lays, de nombreuses expériences sur la culture du topinambour, et toutes ont démontré que cette culture est non seulement possible sous notre climat, mais encore très profitable et très avantageuse. Cependant le topinambour est resté en général sans culture suivie, et les novateurs n’ont pas encore réussi à le généraliser dans l'agriculture canadienne.
Les essais de cette culture ont fait constater que le topinambour épuise très peu le sol, ne craint pas les mauvaises
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herbes, résiste aux plus fortes gelées, n’est attaqué par aucune maladie et n’a pas d’ennemi particulier parmi les insectes, Cette plante est aussi nourrissinte que la patate pour les vaches laitières, les bœufs de travail et à l'engrais, les moutons et les chevaux. Les porcs refusent d’abord cêtte nourriture; mais lorsqu'ils y sont habitués, ils en deviennent si avides qu'ils bouleversent le terrain pour s’en procurer.
ESPÈCES ET VARIÉTÉS.—Nous ne connaissons qu’une espèce de topinambour, c’est le fopinambour commun, qui comprend deux variétés : le rowge, à écorce rougeâtre ou blanc-rose et à chair jaunâtre, et le Jaune, à peau jaunâtre et à chair blanche, il est plus petit que le premier.
SOL.—De toutes les plantes cultivées, c’est le topinambour qui se montre le moins exigeant sur le choix du terrain. Tous.les sols lui sont bons, pourvu qu'ils ne contiennent pas une humidité surabondante et qu'ils ne soient pas tout à fait imperméables. Aussi, dans les pays où l’on se livre à cette culture, le topinambour sert à utiliser certains terrains stériles, pierreux, graveleux ou formés d’un sable aride sur
lesquels les autres plantes cultivées ne pourraient réussir, Cependant on comprend que, dans ces sols de rebut, le produt du topinambour ne peut pas être aussi abondant que dans les terres bien préparées et de bonne qualité, Cette plante donne ses meilleurs produits dans les terrains légers et secs, mais fortement fumés.
CLimat.—Le topinambour ne redoute ni les grands froids, ni les chaleurs excessives, ni les longues sécheresses. Il est vrai que, pendant le jour, les feuilles semblent quelquefois se faner sous les rayons d’un soleil trop brûlant, mais elles reprennent leur vigueur pendant la nuit, et la végétation
continue, Le manque d’eau ne paraît pas même diminuer le rendement des tubercules. Les pluies fréquentes, et de longue durée, pourraient diminuer le produit du topinambour, si le sol ne possédait pas la fertilité voulue.
PLACE DANS LA ROTATION.—Une fois que le topinambour s’est emparé d’un terrain, il faut plusieurs années pour le détruire. Le moindre tubercule laissé dans le sol produit sûrement une tige. Cette plante peut occuper le même champ pendant dix à quinze ans, et son produit ne diminue pas beaucoup, pourvu qu’on lui procure une légère fumure de temps à autre. Aussi, généralement, le topinambour n'entre dans aucun assolement particulier. On lui consacre une certaine étendue de mauvaise terre, et il y reste tant qu'il donne quelques produits ; mais on a constaté que ce mode de culture amène la dégénérescence de la plante. Par conséquent, il vaudrait mieux soumettre le topinambour à une rotation particulière; on pourrait le placer le premier dans la rotation, les patates viendraient ensuite, et les céréales en troisième lieu. Les patates, venant après le topinambour, ont pour effet de détruire toutes les mauvaises herbes et de laisser le sol parfaitement nettoyé.
ENGRAIS ET AMENDEMENTS, — Il est vrai que le topinanbour produit beaucoup avec peu d'engrais, mais cette propriété n’exclut pas l’emploi de fumier, et son rendement est d'autant plus élevé que la fumure a été plus abondante. On lui donne les mêmes engrais qu’aux patates.
PRÉPARATION DU SOL. — Le topinambour cultivé sur un sol qui lui convient, ne demande qu’un seul labour de préparation, donné généralement au printemps. Ce labour est suivi de hersage et de roulage, et l’on procède ensuite à la confection des sillons. Dans les terrains un peu plus
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consistants, on pratique deux labours, l’un profond à l'automne et l’autre moyen au printemps.
SEMAILLES, — On fait la plantation du topinambour le plus tôt possible au printemps. Dans les terres sèches, on l’exécute même avec avantage en automne ; la rusticité de la plante s'y prête facilement, son produit n’en est que plus abondant, et les travaux de culture sont mieux répartis.
On ne propage le topinambour que par la plantation des tubercules ; sous notre climat, il ne produit jamais de graine, On choisit toujours les gros et les moyens tuber cules ; l'emploi des petits provoque la dégénérescence de la racine, On ne plante que des tubercules entiers ; ceux qui sont coupés ne donnent qu’un faible produit. L'opération se fait de la même manière que pour les patates, mais on espace plus les topinambours et on les enterre un tiers de moins. Les sillons sont placés à trente pouces de distance les uns des autres; entre chaque tubercule, on laisse un espace de 20 à 22 pouces, et l’on emploie 18 minots de tubercules par arpent.
SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION.—Quoique le topinambour ait une végétation des plus vigoureuses, il demande néanmoins quelques travaux d'entretien, non pas tant pour lui que pour le terrain qui le porte. Ainsi, quinze jours environ après la plantation, on donne un hersage assez énerg que pour détruire les mauvaises herbes qui ont commencé à se développer. Plus tard, lorsque toutes les plantes sont sorties de terre, on donne un premier sarclage, puis un deuxième et même un troisième, si le nettoiement du sol l'exige. Tous les sarclages se font à la houe à cheval. On pratique aussi un ou deux rechaussages.
La deuxième année, si on a semé à neuf, les travaux d'entretien se font de la même manière ; mais, comme on
se contente très souvent de laisser quelques. tubercules dans le sol à chaque récolte, pour la propagation de l’espèee, la régularité des lignes est nécessairement disparue, Dans ce cas, on donne les sarclages et les rechaussages à la gratte, et même on éclaircit en arrachant les pieds qui sont trop rapprochés,
RÉCOLTE, — La récolte du topinambour s'opère en deux fois; vers la dernière quinzaine de septembre, on récolte d'abord les tiges, on les fait sécher et on les entre pour les
employer à la nourriture du bétail. Le coupage des tiges
s'exécute à la faucille, à environ dix pouce$ au-dessus de la surface du sol. Un mois plus tard, on arrache les tubercules de la même manière que les patates ; mais comme les topinambours sont exposés à pourrir dans les caves, il vaut mieux ne les arracher qu'au fur et à mesure qu’on en a besoin, On arrache tous les jours la quantité nécessaire, jusqu'à ce que l'hiver arrive avec ses grands froids et ses fortes gelées. Alors on arrête l’arrachage pour recommencer le printemps suivant, aussitôt que la terre est sufhsamment dégelée. En hiver, les topinambours gèlent, mais si on les laisse dans le sol qui les a produits, ils dégèleront lentement au printemps et resteront aussi vermeils qu'ils. l’étaient à l’automne précédent.
RENDEMENT,. — Le produit du topinambour est excessivement variable ; il dépend surtout de la nature du terrain qui le porte. Certains sols ne donnent pas plus de 90 minots à l’arpent, même da::s les années les plus favorables, Dans d’autres terrains, au contraire, le produit atteint assez souvent 700 minots ; mais, en moyenne, on peut compter sur un rendement de 300 minots par arpent.
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