CONSERVATION DES RACINES
Conserver les racines fourragères, c'est les empêcher de
germer, de pourrir et de geler. Les soins de la conservation durent sept mois dans nos localités, c’est-à dire, depuis le moment où les bestiaux quittent les pâturages jusqu’à celui où ils y retournent le printemps suivant, Pour bien conserver les racines, il faut les préserver ou les garantir de la gelée, de la chaleur et de l'humidité et les soustraire à l’action de la lumière. Cette conservation s'obtient ou dans des silos ou dans des caves.
1° CONSERVATION EN SILOS, -- On a recours aux silos lorsque les caves ne sont pas a5sez spacieuses pour contenir toute la récolte des racines. Il existe plusi: 1r5 manières de construire is silos : voici celle qui nou: paraît la meilleure : on choisit un terrain bien sec, tout À fait À l'abri des infltrations des eaux extérieures ; on y creuse une fosse, large de 5 pieds, profonde de 11 à 12 pieds, et d’une longueur déterminée par la quantité de racines qu'on doit y déposer. On remplit cette fosse de racines jusqu’à environ deux pieds et demi au-dessus de la surface du sol et on leur donne à peu près la forme d’un tas de boulets, c’est-à dire que les côtés font un angle de 45 degrés. On recouvre ensuite les racines avec la terre que l’on a extraite pendant le creusage de la fosse. Lorsque cette couverture est terminée, on fait autour du silo une fosse d'environ deux pieds de profondeur et éloignée de 18 pouces de la base du silo, La terre retirée en creusant cette deuxième fosse, est encore jetée sur le silo, de manière que les racines soient couvertes d’environ deux pieds de terre, suivant les exigences
des différentes racines, car toutes ne sont pas également
sensibles à la gelée ; les patates le sont plus que les autres plantes, elles demandent une couverture d’au moins deux pieds d'épaisseur. Pour les carottes et les betteraves, une couverture de 112 pied suffira ; pour les navets et les raves, 14 à 15 pouces ; si la terre est argileuse, on pourra diminuer l'épaisseur de la couverture, car l’argile est moins pénétrable par la gelée que le sable. On devra durcir la terre en la battant fortement, et, comme ce battage ne s'exécute bien que si la terre renferme une certaine humidité, on ne fera cette opération qu'après une pluie. Dans tous les cas, il importe beaucoup qu'il ne se produise aucune crevasse dans la couverture. Il n’est pas nécessaire d'ajouter que les racines mises en silos doivent être bien sèches et bien saines ; autrement, elles ne formeraient bientôt qu’un tas de pourriture,
En faisant la couverture du silo, on fabrique des soupiraux ; pour cela, on se sert de tuyaux de drainage, et l’on en met deux bout à bout. Ces soupiraux affleurent les racines par un bout, et la face extérieure de la couverture par le haut ; on pratique ces soupiraux de chaque côté du silo, un à tous les vingt pieds.
Dans les silos, comme dans les caves, les racines amoncelées entrent bientôt en fermentation et laissent échapper une certaine quantité d’humidité qui, trouvant un passage facile dans les soupiraux, se dégage au dehors sans exposer les racines à la pouriiture. A l’approche de l'hiver, on bouche les soupiraux avec de la paille, et l’on recouvre toute la surface du silo avec de la paille ou du fumier pailleux. Quelquefois on met une légère couche de paille au fond des silos et une autre sur les racines, avant de les couvrir de terre. Cette paille empêche la terre de s’introduire entre les racines. C’est une bonne précaution, mais elle n’est pas indispensable,
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Malgré toutes les mesures prises, il arrive encore quelquefois que la surface des racines ensillées sont atteintes par la gelée, ‘Tant que ces racines ne dégèleront pas, il n’y a rien à craindre ; mais en dégelant, elles laissent échapper beaucoup d’eau, et alors les racines saines sont exposées à pourrir. Pour éviter cet accident, dès que la terre commence à dégeler au printemps, on découvre le silo et on enlève les racines gelées.
On fait très souvent des silos de la manière suivante : dans un terrain sec, on creuse une fosse très profonde, dont les parois sont maintenues par un mur en madriers, en briques ou en pierre ; souvent elles n’ont aucun support. On dépose dans cette fosse les racines, à mesure qu’on les récolte, jusqu’au niveau du sol; sur le sommet, on place une couche de paille de six pouces de profondeur que l’on recouvre de deux pieds de terre environ. Quelquefois, lorsqu'on veut conserver les patates pendant longtemps, on met une couche de sable sec au fond du silo, puis on met une couche de patates, ensuite une seconde couche de sable et une seconde couche de patates, et ainsi de suite jusqu’au niveau du sol. On termine ce silo de la même manière que le précédent. On conserve ainsi les patates pendant deux ans, et après ce laps de temps, lorsqu'on les retire, elles sont aussi fraîches et aussi bonnes que lorsau’on les a ensillées.
Une troisième espèce de silo, plus simple que les précé dents, est souvent employée sur les fermes où l’on cultive beaucoup de racines. Sur les champs mêmes où les racines ont poussé, on creuse, de distance en distance, des fosses rondes dont la profondeur ne dépasse pas un pied et le diamètre 8 pieds. Ces fosses sont plus ou moins rapprochées, suivant l’abondance de la récolte. A mesure qu’on
récolte les racines, on les jette dans ces fosses, que l’on remplit jusqu'à environ 4 pieds au-dessus du sol, en donnant aux tas la forme d’un cône ; par-dessus les tas on place deux à trois pieds de paille que l’on recouvre de deux pieds de terre, et l’on fait en sorte que le terrain soit en pente tout autour du silo, afin de chasser au loin les eaux de pluie. Le sommet du cône seul reste à découvert ; on le ferme par un gros bouchon de paille. Cette ouverture fait l'office de ventilateur, donne issue aux vapeurs produites par la fermentation et empêche la chaleur intérieure de s'élever. Chacune de ces f2sses peut contenir 40 minots de racines.
Dans ces différents silos, si les racines sont saines &: si elles n'ont pas été contusionnées ni atteintes de la gelée, elles se conserveront très bien jusqu’au mois d'avril et même jusque dans les premiers jours de mai. En général, les racines mises en silos conservent plus longtemps leur fraicheur que celles que l’on dépose dans les caves.
2° CONSERVATION DANS LES CAVES.—Une bonne cave doit être creusée dans un sol bien sec et à l’abri des infiltrations des eaux. On fait le pavé en bois ou en terre battue ; mais, dans tous les cas, il faudra le recouvrir de sable ou mieux d’une couche de charbon de bois en poudre. On pratique dans une cave de bons ventilateurs que l’on peut ouvrir ou fermer à volonté, suivant le besoin. La porte est placée au sud. Pendant les fortes gelées, on ferme toutes les ouvertures, même les ventilateurs. Les meilleures caves sont plus ou moins enfoncées dans le sol, parce que les racines sont alors moins exposées à souffrir des gelées.
Si, en entrant les racines, on remarque que quelques-unes. sont humides ou qu’elles ont été atteintes de la gelée, on ne doit pas les mettre dans les caves avec les autres racines,
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parce qu’il n’en faut qu’une petite quantité pour faire pourrir tout le contenu de la cave. Il faut éviter également d’entasser les racines sur une trop grande épaisseur; la hauteur des tas re doit pas dépasser six à huit pieds. Si la cave est spacieuse et la récolte des racines abondante, on pourra établir au centre de l'appartement et courant dans le sens de la longueur, une allée destinée à faciliter le service. (Cette allée divisera la cave en deux parties à peu p'ès égales et sera assez large pour que la circulation puisse se faire sans obstacle. ‘Tous les huit pieds, à droite et à gauche de cette allée, on ménagera des allées plus petites ou simplement une cloison, de manière à divser la cave par carrés à peu près d’égale superficie. De plus, lorsqu’une cave doit recevoir une grande quantité de racines, il faut la pourvoir d’un bon système de ventilation.
Quelques soins qu'on ait apportés dans le séchage des racines, après la récolte, il se produit toujours une légère fermentation, accompagnée de chaleur, aussitôt-qu’elles sont amoncelées dans les caves. Il se forme d’abondantes vapeurs, et, si ces vapeurs restent à l’intérieur, elles se condenseront dans un temps plus où moins long, et la partie supérieure des tas deviendra humi le. Dans ces circonstances, on conçoit facilement que la pourriture s’introduira bientôt dans les tas et qu’elle détruira une bonne partie des produits. Avec un bon système de ventilation, capable de chasser les vapeurs au dehors, ce danger n’est pas à craindre. Pour arriver à cette fin, avant d’entrer la récolte, on couvre le fond de la cave d’une petite couche de branches sèches sur une épaisseur d'environ six pouces, ou bien on remplace les branches par des tuyaux de drainage croisant chaque carré et ayant leurs bords éloignés d’un pouce environ ; et, au milieu de l’espace qu’occupe chaque tas, on pose debout
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deux ou trois autres fagots ou quelques tuyaux de drainage, qui feront l'office d’une cheminée par laquelle s’échapperont toutes les vapeurs produites par la fermentation. Enfin, de distance en distance, on installe des tuyaux de bois qui transporteront les vapeurs jusqu’au-dessus de la toiture. Grâce à cette ventilation, la chaleur intérieure sera moins forte, la fermentation plus faible, et la conservation des racines plus certaine.
L'époque la plus critique pour les racines, c’est le laps de temps qui s'écoule depuis leur rentrée jusqu’à l’arrivée des grands froids de l’hivér. Si on réussit à leur faire franchir cet espace sans accident, les racines se conserveront parfaitement jusqu’en avril et même jusqu’en mai. A l’arrivée des grands froids, il faut fermer hermétiquement toutes les ouvertures, même les ventilateurs, et pour cela on ne ménagera pas les calfeutrages. Dans le but encore d'assurer leur conservation, on devra manier les racines avec précaution pour leur épargner la moindre contusion, car les contusions engendrent la pourriture. Malgré toutes ces sages mesures, on n'empêche pas touj rurs les racines de germer dans les caves. A l'exception des patates, les racines germées ne sont pas malsaines, mais leur valeur nutritive diminue, tandis que les patates germées sont très Gangereuses ; le germe contient même un poison qui peut affecter sérieusement la santé. On ne doit donc consommer les patates germées qu'après avoir enlevé les germes et, autant que possible, les avoir fait cuire.
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