SOL
sols argileux ou argilo-calc ires, profonds et ne conservant pas d'humidité stagnante, Quelquefois, cependant, on voit de beau trèfle sur des terrains sablo-argileux et même sableux ; mais c’est seulement lorsque la température a été humide ou que la couche arable repose sur un sous-sol argieux, capable de retenir une quantité suffisante d’humidité. Dans les sols imperiméab'es, le trèfle rouge est peu product.f, et, quoiqu'il soit vivace, 1l y vit à peine deux ans.
La présence du calcaire dans le sol favorise beaucoup la production du trèfle. Néaimoins, cette plante réussit bien mal, que quefois même pas du tout, dans les terrains fortement ca!caires ; mais de tou; les sols les plus funestes au trèfle, c'est le sol imperméable. Dans les terres neuves, malgré leur grand: rich:sse, le trèfle rouge ne réussit qu’après la disparition de leur acidité, c'est-à dire sept ou huit ans après leur mise en culture,
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PLACE DANS LA ROTATION.— Le trèfle rouge craint beaucup les mauvaises herbes, surtout le chiendent, et cela d'autant plus, que le sol est plus pauvre et que la plante a moins réussi. C’est pour cette raison qu’on ne peut faire venir le trèfle qu'après une culture qui nettoie le sol et l’enrichit en même temps. Les cultures sarclées, comme les patates, les betteraves, les carottes, les panais, sont par conséquent les meilleurs précédents pour le trèfle rouge, que l'on sème alors dans une céréale du printemps. Le trèfle ne conserve ses précieuses qualités comme plante amiéliorante que dans les sols secs ; sur les terrains pauvres, il détériore la terre au lieu de l’améliorer.
Toutes les espèces de culture viennent bien après le trèfle, mais surtout le blé, l’avcine et les patates ; l’orge et le seigle réussissent moins. On ne peut cultiver le trèfle sur le même champ que tous les huit ans au moins. Il faut laisser s'écouler un certain nombre d’années entre chacune de ses récoltes sur le même terrain, sous peine de voir le produit diminuer graduellement. Il semblerait que cette plante enlève promptement au sol les matières salives particulières dont elle a besoin, et qu’il faille un temps suffisant pour qu’il s’en forme de nouvelles sous l'influence des agents atmosphériques.
PRÉPARATION DU SOL. — Comme le trèfle se sème dans une céréale de printemps, on lui donne la même préparation qu'à cette dernière. Il exige un sol profondément ameubli ; cependant il réussira mal si l’on pratique un labour profond expressément pour lui, car la terre pauvre tirée du sous-sol nuit à la végétation du trèfle. Le labour profond doit se donner pour la culture sarclée qui vient immédiatement avant cette jlante.
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ENGRAIS ET AMENDEMENTS, — Le trèfle tire de l’atmosphère une quantité considérable d'ammoniaque et d’acide carbonique, mais il prend dans le sol ses principes minéraux, qui consistent surtout en potasse, en soude et en chaux. Il faudra donc lui donner des engrais qui contiennent ces derniers principes, comme les cendres vives ou lessivées, le plâtre, les os en poudre, les composts formés de terre, de chaux ou de marne et de sel ordinaire, les urines de l’homme et des animaux, les matières fécales, etc. Ces engrais sont confiés à la terre avant ou après les semailles, ou déposés sur les feuilles des plantes pendant la végétation, On emploie ce dernier mode pour épandre le plâtre et les engrais liquides. Le plâtre est distribué dans la proportion de deux minots à l’arpent, et les cendres, de dix-huit minots.
Quelquefois, en automne, on donne au jeune trèfle une couverture de fumier pailleux. Cette couverture est un bon préservatif contre les gelées ; mai-, au printemps suivant, il faut enlever avec le râteau les pailles qui restent étendues sur Je champ; autrement, elles deviendraient nuisibles à la production du fourrage.
Les chaulages sur les terres pauvres en chaux favorisent beaucoup la productior du trèfle, La meilleure manière d'appliquer la chaux, c’est d’en faire un compost avec des levées de fossés, des balayures de cour et des mauvaises herbe;, le tout arrosé avec du jus de fumier ou avec des urines.
SEMAILLES.—On reconnait la bonne graine de trèfle à son écorce brillante et à sa couleur jaune, mêlée de bleu ; celle qui est terne ne mérite aucune confiance, Le meilleur moyen d’avoir de la bonne graine, c’est de la récolter soimême. La première année de sa végétation, le trèfle ne donne qu’un produit insignifiant ; afin de ne pas perdre le
rendement de cette première année, on sème toujours le trèfle avec une autre plante, ordinairement avec une céréale de printemps. C'est avec l'orge, le blé, le seigle et le sarrasin que le trèfle fait le plus de progrès ; l’avoine lui est moins favorable ; avec le lin, il réussit aussi bien qu'avec l'orge. Ces céréales, tout en donnant un bon produit, protègent le trèfle pendant sa première année de végétation. Sous les climats humides, on sème le trèfle huit à dix jours après les céréales ; sans ce retard, le trèfle prendrait le dessus sur ces dernières et diminuerait leurs produits d’un tiers. Mais cette précaution est u‘ile sous les climats secs ou simplement frais. Dans ce cas, on sème le trèfle presque aussitôt après la céreale, et on l’enterre par un simple roulage.
Dans les terrains légers, on sème le trèfle lorsque la céréale est sortie de terre et qu’elle a atteint une longueur de deux pouces environ. Ce retard permet à la céréale de protéger le sol et les graines contre les sécheresses. Quelquefois, cependant, on sème le trèfle après la récolte des céréales, et, si cette récolte a eu lieu de bonne heure, on réussit très bien avec ce mode de culture. Après la rentrée des céréales, on herse énergiquement, on répand la semence et on roule pour l’enterrer.
Le trèfle demande à êire très peu enterré. De nombreuses expériences ont démontré que sur 100 graines de trèfle enterrées à 312 pouces, pas une seule n’a levé; enterrées à 212 pouces, 27 seulement ont levé en 13 jours; enterrées à 1 pouce, 93 ont levé en 9 jours, et enterrées à 14 pouce, 97 ont levé en 6 jours. D'après ces données, si le sol est compacte, si l’on sème de bonne heure et si le terrain est déjà couvert d’une végétation active, il faudra n’enterrer la graine de trèfle qu'à 14 pouce; tandis que sur les terres légères, si l’on sème tard au printemps ou
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Les semis de trèfle se font toujours à la volée et très serrés. Quand les semis sont clairs, les tiges deviennent plus longues, plus grosses et donnent un fourrage de qualité inférieure, tandis qu'avec des semis serrés, le fourrage récolté est plus succulent et plus estimé du bétail,
Quant à la quantité de semence, elle varie suivant diverses circonstances. Ainsi, par exemple, on sème plus dru dans les terrains légers, pauvres et infestés de mauvaises herbes. Si la graine est de très bonne qualité, on emploie neuf à dix livres par arpent dans les terrains argileux, riches et bien préparés ; mais sur les sols sablorneux ou pauvres, on sème jusqu’à 20 lbs par arpent. En moyenne, on peut semer 12 lbs par arpent.
Quelquefois, après une ou deux récoltes de fourrage sec, on transforme la prairie artificielle en pâturage, et pour rendre ce dernier abondant, on ajoute au trèfle rouge une petite quantité de trèfle blanc et de bonnes graminées, telles que le mil et le franc-foin. On ajoute encore du trèfle blanc au trèfle rouge, quand on veut faire une prairie artificielle sur une terre légère. Le trèfle blanc conserve bien le sol et contribue beaucoup à en maintenir la fraicheur. Pour obtenir le même résultat, aussitôt qu’on a enlevé la céréale dans laquelle on a semé le trèfle rouge, on applique à la terre une bonne fumure en couverture.
SOINS PENDANT LA VÉGÉTATION. — Au printemps qui suit l’année de l’ensemencement, dès que les feuilles sont bien développées, on plâtre le trèfle à raison de deux minots à l’arpent. Pour exécuter cette opération, on choisit un temps calme, couvert, autant que possible après une petite pluie, ou le matin, ou le soir à la rosée, mais jamais avant
une forte pluie; car l’eau laverait les feuilles du trèfle et diminuerait les effets du plâtre.
On applique aussi quelquefois le plâtre en automne, mais il parait avoir alors moins d’effet. On préfère généralement le plâtrage du printemps. Si, à cette dernière saison, le terrain manque de richesse, ce que l’on reconnait à l'absence de vigueur de la végétation, on emploie les engrais énumérés plus haut.
Il arrive assez souvent que les sécheresses détruisent les jeunes trèfles dès le commencement de leur végétation. On peut remédier en partie à cette perte en hersant le sol aussitôt après la récolte des céréales, en semant de nouveau le trèfle, en roulant pour l’enterrer et en lui donnant un bon plâtrage pour activer la végétation, Dans les automnes favorables, les seconds semis réussissent bien en général. Lorsque les gelées de l'hiver ont soulevé le sol, les jeunes plantes se trouvent en partie déchaussées aussitôt que la terre est dégelée au printemps; pour les empêcher de périr, on roule la nouvelle prairie dès que le terrain est assez ferme pour supporter le poids des chevaux.
RÉCOLTE, — Lorsque la céréale a été récoltée de bonne heure et que le trèfle est bien développé, on peut, dès le premier automne, le faire raser par les animaux pendant quelques jours ; mais ce pâturage est toujours dangereux. Dans tous les cas, il faut donner au trèfle le temps de repousser avant les froids de l'hiver.
On fait la récolte du trèfle pendant l'été de la deuxième année de son existence. On fauche d’abord le trèfle avant sa floraison, en deuxième lieu lorsqu’une partie des fleurs sont ouvertes et en troisième lieu lorsque toutes les fleurs sont ouvertes. La première façon donne un fourrage d’excellente qualité et très recherché par les moutons et les animaux à
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l'engrais, mais moins abondant ; elle permet aussi de faire deux coupes dans la même année, La troisième façon procure un fourrage plus abondant, moins tendre, plus nourrissant et plus propre à la nourriture des animaux de travail, Enfin, dans la deuxième époque, on obtient un fourrage qui tient le milieu entre les deux piécéilents,
On opère la récolte du trèfle à la faux ou à la faucheuse,. Dans les deux cas, il faut couper les tiges aussi près de tèrre que possible, sans toutefois endommager le collet des plantes. Si on laisse les chaumes longs, on perd beaucoup sur la récolte du fourrage. On sait que toutes les plantes se fauchent mieux le matin, à la rosée. Par conséquent, on consacrera la première partie de la journée au fauchage, et le reste au fanage et aux charroyages, ou à d’autres travaux importants,
En fanant le trèfle, il faut le manipuler avec soin, de manière à lui conserver le plus grand nombre de feuilles, et pour cela on ne doit l’exposer ni aux pluies, ni aux rayons d’un soleil trop ardent. Pour faire un bon fanage, on laisse quelquefois le trèfle en andains ou plutôt dans la position que lui a donnée la faux ou la faucheuse, et, lorsque sa surface paraît sèche, on le retourne pour en compléter la dessication ; après quoi on le met en tas ou en veillotes vers le soir. Le lendemain, lorsque la rosée est tombée, on ouvre ces veillotes et on les entre dans l'après-midi.
La rapidité du fanage dépend de plusieurs circonstances ; entre autres, de la température, de la circulation de l'air et de l’âge des plantes quand on les fauche. La dessiccation est d'autant plus lente que les plantes ont été fauchées plus jeunes, que les rosées sont plus abondantes, que les pluies sont plus fréquentes, que le soleil est moins ardent et que le vent est moins fort, Au commencement de la fenaison,
il faut au moins deux jours pour bien faire sécher le trèfle, tandis qu’à la fin une journée suffit ordinairement. Si, pendant le fanage, il y a apparence de pluie prochaine, on se hâte de mettre en veillotes le fourrage étendu sur le champ, mais on ne touche pas à ce'ui qui est en andains ou en tas. La prudence veut que l’on mette en veillotes, tous les soirs, le fourrage qui a subi un commencement de dessiccation, c'est-à-dire celui qui a été fauché dans l'après midi du jour précédent et le matin suivant jusqu’à dix heures de l’avantmidi.
Règle générale, le meilleur fourrage de trèfle est celui qui a été mis en veillotes et préservé ainsi des rosées. Le bon fourrage n’est pas celui qui a subi une dessiccation complète, mais plutôt celui qui n'a perdu que son humidité surabondante. Le trèffle rentré parfaitement sec se conserve bien, il est vrai, mais il est dur, coriace, d’une mastication et d’une digestion difficiles, et les animaux ne l’aiment pas et en profitent peu.
Dans quelques cultures, on a l'habitude de botteler le trèfle avant de le rentrer. Le bottelage permet de loger une plus grande quantité de fourrage dans le même local, mais cette opération retarde un peu les charroyages, à moins que l’on ait assez d'ouvriers pour que les voitures n’attendent pas les botteleurs. Dans tous les cas, le bottelage ne doit pas se faire pendant les heures les plus chaudes de ja journée, car le produit est alors très sec, et le moindre froissement qu’on lui imprime détache un grand nombre de feuilles, qui sont plus nourrissantes et plus succulentes que les tiges.
DURÉE DU TRÈFLE — Le trèfle rouge est une plante très vivace ; mais, à partir de la troisième année qui suit le sémis, il disparaît graduellement du terrain et est remplacé par les mauvaises herbes, quelquefois même par le chiendent. Il
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ne faut jamais attendre pour labourer une prairie de trèfle que la plante disparaisse d'elle-même ; car cette mauvaise habitude causerait des pertes aux cultivateurs, appauvrirait le sol et favoriserait la propagation des plantes nuisibles, Pour remédier à ces inconvénients, les bons praticiens ne conservent leurs prairies de trèfle que pendant deux ans ; ils font une ou deux coupes, suivant le climat ; pendant la deuxième année, et immédiatement après, ils labourent leurs prairies, pourvu toujours que le sol soit suffisamment humecté.
RENDEMENT. — On estime que le trèfle peut donner en moyenne 5,000 Ibs de fourrage sec par arpent sur un sol riche, de bonne qualité et bien préparé ; mais, très souvent, le produit ne dépasse pas 3,000 Ibs, soit 200 bottes. Dans les circonstances les plus favorables, le rendement peut atteindre jusqu’à 7,000 Ibs, c’est-à-dire un peu plus de 450 bottes.