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Le cultivateur doit savoir se rendre maître de l'emploi de son temps ; autrement, l’agriculture devient un esclavage. L'homme d’exécution juge si bien les choses, que les ouvriers. se passent facilement de sa présence, sans que le travail en souffre. ‘Tout dépend de l’organisation et du tact avec lequel il juge le travail exécuté dans un temps donné. Il est véritablement partout, car ses gens savent que, lorsqu'il arrivera, son attention se portera sur tout, sur la qualité et la quantité d'ouvrage fait depuis sa dernière visite, et non pas seulement sur l’activité factice que les ouvriers déploient quelquefois en présence du maître, comme cela se voit assez souvent.
LA PRUDENCE ET LA MODÉRATION DANS SES DÉSIRS. — Ce sont encore deux qualités indispensables au cultivateur. En agriculture, les succès rapides sont très rares, mais aussi il n’y a pas d'industrie où les profits soient plus certains. On n'arrive pas à la fortune tout d'un coup, mais on y arrive sûrement. Et voilà pourquoi on cherche à placer ses capitaux dans l’industrie agricole de préférence à toute autre, parce qu’on sait que là ils seront moins en danger.
L'homme qui sait régler ses dépenses de manière à ne pas compromettre les revenus de sa culture, qui est modéré dans ses désirs et qui ne se lance pas dans de grands travaux avant d’avoir auparavant prévu le résultat, et sans. s'être assuré les moyens de les exécuter convenablement, cet homme, disons-nous, possède le criterium le plus sûr d'accroître sa fortune dans la carrière agricole. Ce cultivateur n’abandonne rien au hasard, ce n’est qu’à pas lents qu’il s'avance dans la voie des améliorations ; il s'appuie sans cesse sur l'expérience acquise et se montre toujours disposé à modifier ses idées, lorsque, par l'observation des faits, il reconnaît qu’elles étaient erronées, Mais ic‘ sous le pré-
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texte de modifications, il faut bien se garder de tomber dans un grave défaut, commun surtout chez les jeunes cultivateurs, savoir : le manque de persévérance. Toute innovation devra être pesée, étudiée et vérifiée par l'expérience avant d’être introduite dans la culture. Enfin le cultivateur se montrera améliorateur, mais en n’adoptant que les améliorations qui ont déjà fait leur preuve.
L’HADILETÉ MANUELLE. -— En parlant d'améliorations, nous sommes naturellement porté à faire connaître une autre qualité importante chez un cultivateur: l’habileté manuelle, Ordinairement le cultivateur de progrès éprouve beaucoup de difficultés à faire accep'er les outils ou les nouvelles méthodes de culture. Les hommes d’un certain âge surtout se cramponnent opiniâtrement aux anciens usages, se moquent des novateurs agricoles et se contentent de rester toujours apprentis ou novices. Sans froisser leurs employés ou lès brusquer, les cultivateurs qui veulent réussir dans leurs améliorations, expriment simplement le désir d'essayer chez eux ce qui donne de bons résultats ailleurs ; ils exposent leurs raisons, tout en ayant presque l’air de consulter leur personnel ; ils écoutent les objections avec bienveillance en s’efforçant de les réfuter, et indirectement ils provoquent l’essai par la persuasion. Si ces moyens ne suffisent pas, ils font eux-mêmes le travail et ils démontrent par là que la chose est possible. Alors il est bien certain que les ouvriers ne voudront pas passer pour plus maladroits que leur maître, et aussitôt l'innovation deviendra un fait accompli.
Malheureusement il peut arriver que les maîtres n'ont pas l’habileté manuelle désirée. Alors ils tâcheront de s'assurer les services de jeunes gens intelligents et les engageront petit à petit à employer les procédés et les instru-
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ments nouveaux, Mais, dans tous les cas, que les maîtres
ne capitulent pas ; qu'ils exigent, au contraire, l'exécution D du travail et qu’ils le surveillent pour qu’il soit bien fait. ne LA PERSÉVÉRANCE.—La persévérance est une précieuse du F qualité qui fait qu’un homme marche vers le but qu'il s’est D pris proposé. L'homme persévérant n'est généralement pas E duit pressé de jouir ; il met le temps au nombre de ses éléments E Iles de succès. Il ne faut pas confondre la persévérance avec vob l’obstination, Ces deux dispositions se ressemblent sous h le p: plusieurs rapports ; mais la rectitude du jugement sait deb parfaitement établir la différence qui existe entre elles. La { celle première poursuit un but raisonnable et possible ; la seconde à L n’est pas toujours sûre d'atteindre le but qu’elle poursuit, dépe mais elle veut y arriver à tout prix. Avec un bon jugement, danç on évitera cet écueil. Il n’y a pas de succès possible en M eve agriculture pour le cultivateur qui manque de persévéranc.:; à duit car bien souvent il abandonnera des travaux alors qu’il était D 6sts sur le point d'atteindre le but qu'il avait visé ; il reculera les p quand il devrait avancer. Pour réussir en agriculture, il faut DS ktio toujours marcher de l'avant, comme le soldat sur le champ M borre de bataille. D men L’ÉCONOMIE.—L’économie est indispensable dans toutes | nent les situations de la vie, dans toutes les industries, car c’est alim cette qualité qui nous offre le moyen le plus sûr de succès; Æ augn mais nulle part, comme en agriculture, elle ne constitue une MS Il pe condition plus essentielle au succès de l'exploitation et à rées l’aisance de la famille, M dépe Tous les produits de l’agriculture ne sont pas des profits unc Il faut d’abord prélever sur ces produits une partie de leur l femn valeur pour rencontrer les frais de production, c’est-à-dire $ som les dépenses que l’on fait pour obtenir ces produits. Ces Æ le < rais de production forment une portion du capital d’ex* ruin
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ploitation lui-même ; ce qui reste représente le rendement de la terre, que nous pouvons regarder comme la redevance que le fermier doit à son propriétaire, ou comme le revenu du propriétaire, si celui-ci exploite lui-même. Après avoir pris cette redevance, s’il reste encore une partie des produits, cette balance représente le profit net de la culture. Il est presque impossible au cultivateur qui ne tient pas une comptabilité très exacte, de dire dans quelle proportion le partage doit se faire ; il en est de même pour la valeur des frais de production, celle du rendement de la terre et celle du profit net de la culture.
Lorsqu'un cultivateur se laisse entraîner par le goût des dépenses, on peut être certain qu'il court sans cesse le danger d'entamer son capital, en croyant n’employer que son revenu. Tout accroissement du capital d'exploitation produit par la culture elle-même, c’est-à-dire par l’économie, est sûrement accompagné d’une forte augmentation dans les produits ; mais toute diminution dans le capital d’exploitation amène un décroissement rapide dans le revenu de la terre. Les dépenses de culture ne comprennent pas seulement les déboursés qui se font en argent; elles comprennent encore celles qui se déguisent sous forme de denrées alimentaires et de travaux. Toutes ces dépenses, en général, augmentent les charges ou les obligations des culttvateurs. Il peut y avoir gaspillage dans la consommation des denrées et dans l’exécution des travaux, aussi bien que dans les dépenses en argent. C’est pour cela qu'il importe tant à un cultivateur de confier l'administration du ménage à une femme économe, qui sache mettre de l’ordre dans la con. sommation des denrées alimentaires. Faute d'économie, le capital d’exploitation diminue graduellement, et une ruine complète est le résultat de cette diminution.