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EXPLOITATION DES PRÉS FAUCHÉS

Le foin est consommé, soit comme fourrage vert o1 comme fourrage sec ; on donne le premier aux bestiaux gardés à l’étable pendant l'été, et on conserve le second pour l’hivernement. IL'époque la plus convenable pour récolter le foin, c’est lorsque les plantes qui forment la prairie, sont en pleine floraison. Les tiges possèdent alors la plus grande somme possible de matières nutritives et fournissent le fourrage le plus abondant. En le fauchant avant cette époque, on y perd sur la quantité et sur la qualité.

Les animaux de l’espèce bovine demandent un foin moins mûr que les chevaux ; les vaches, les moutons et les bœufs

à l’engrais veulent un foin fauché au commencement de la floraison ; les chevaux et les bêtes de trait en général préfèrent un foin fauché en pleine floraison.

Le fauchage s'opère comme pour les prairies artificielles. On fauche aussi près de terre que possible ; c’est le moyen de ne pas perdre de produits.

Après le fauchage, vient le fanage ; c'est une opération importante qui demande beaucoup de tact de la part du cultivateur. On reconnait l'herbe bien fanée à sa couleur verte, à sa souplesse et à son parfum, Le foin gris ou jaunâtre, ou cassant ou de couleur sombre, a été biûlé par le soleil ou avarié par des plu'es fréquentes.

Lorsque la température est favorable, on étend ou l’on retourne dans l'après-midi le foin fauché avant 9 heures du matin, et l’on ne retourne que le lendemain après-midi celui qu’on fauche depuis 9 heures jusqu’au lendemain à la même heure, Vers le soir on ramasse le foin et on le met en veillotes, avant la tombée de la rosée. Le lendemain, lorsque la rosée est disparue, on ouvre les veillotes sans les éterdre, et, dans l'après-midi, le foin est bon à entrer. Le foin ainsi fané sèche suffisamment, tout en restant souple et en conservant son aiôme et ses feuilles, qui sont la partie la plus nourrissante de la plante.

Dans les prés tourbeux, le fanage n’est pas le même, Trois heures de soleil suffisent pour sécher le foin, qui est alors bien meilleur que si on le laissait sécher plus longtemps. Après ces trois heures de séchage, on le met en veillotes où il subit une légère fermentation, qui le radoucit, le rend d’une digestion plus facile et modifie favorablement les principes nutritifs qu’il contient.

Ces deux modes de fanage diffèrent essentiellement de ceux que l’on pratique ordinairement, mais aussi :l faut

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avouer que l’on fait assez rarement de bon foin, Comme aliment, le foin très sec n’est pas meilleur que celui qu'on a entré un peu humide,

Si, dans le cours du fanage, il survient une pluie, on ne touche ni aux andains, ni aux veillotes. On s’empresse de ramasser, avant la pluie, le foin étendu. Lorsque le mauvais temps a cessé, on ouvre les veillotes et l'on retourne les andains. Il n'y a aucun doute que la pluie enlève au foin étendu sur le sol une partie considérable de ses principes nutritifs. Cette perte est d'autant plus grande, que le foin est plus sec et plus étendu ; elle est très légère sur les veillotes et sur les foins fraîchement fauchés.

Dans les pays humides, on a adopté pour faire sécher le foin une méthode particulière qui aurait sans doute son utilité dans toutes les contrées, lorsque les pluies fréquentes viennent retarder les travaux de la fenaison. Cette méthode consiste à mettre le foin en très grosses veillottes fortement et également foulées, le lendemain du jour où on l’a fauché, La fermentation se déclare bientôt dans ces veillottes, et, lorsque la chaleur qu’elle dégage est assez forte pour qu'on la sente à la main, on ouvre immédiatement les veillottes. Le foin se refruidit et quelques heures de sokil suffisent pour le sécher convenablement et permettre de l’entrer aussitôt ; il devient brun, sucré et tiès savoureux ; 1l conserve toutes ses feuilles et possède une odeur miellée qui plait aux animaux. Si l’on n’ouvre pas les veillottes au moment précis, tout le foin sera gâté.

Qfant au foin recueilli sur les prairies inondées périodiquement, il est souvent impossible de le faire sécher sur place. Comme il est ordinairement couvert de boue, on le transporte à mesure qu’on le fauche sur des terrains élevés et gazonnés, où on le laisse exposé à la pluie pour le

laver. Après cela, on le traite comme les autres foins, Si ce foin n’a pas été lavé par la pluie, on le passera dans une machine à battre avant de le servir aux animaux, afin de faire disparaitre la vase sèche qui le recouvre. Sans cette précaution, les matières terreuses intr. duites dans l'estomac des animaux avec le fourrage produiraicnt des inflammations intestinales d’une nature fort dangereuse,

L'hérbe fauchée vers le milieu de l'été repousse bientôt, surtout si quelques pluies bienfaisantes viennent immédiatement après le fauchage favoriser la croissance des plantes ; de sorte que, très souvent, il serait possible de faire une seconde coupe, moins abondarte, il est vrai,que la première ; mais cette seconde coupe, récoltée dans l'arrière saison, sèche difficillement. La fenaison est alors entravée par des pluies fréquentes et abondantes, Aussi préfère-t-on ordinairement la faire pât rer sur place, à moins cependant que l’on veuille en faire des silos.

Plusieurs cultivateurs ont adopté la méthode de botteler leur foin sur le champ avant la rentrée. Si l’on n'a pis à son service un grand nombre d'ouvriers, ce bottelage retarde la rentrée et l’on s'expose à être surpris par les pluies qui, tombant sur le foin, lui font perdre beaucoup de sa valeur nutritive. Le bottéluge n'est pas à dédaizner, mais on ne doit le faire qu’à l'abri du mauvais temps ; et pour cela, on peut choisir les jours de pluie.

Si, après la récoite du foin, on fait pacager des animaux sur une prairie, on choisira les jours de beau temps; car, lorsque la température et le sol sont humides, les animaux défoncent la surfaee du sol et détru sent beaucoup d'herbe. Les moutons seuls font exception à cette règle. Dans tous les cas, les prairies ne doivent recevir les bestiaux qu: lorsque l'herbe est bien repoussée. On les ôte

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aussitôt que l'herbe est rasée, Autrement, les bestiaux rongeraient jusqu'aux collets des plantes, ce qui nuirait beaucoup au produit de l’année suivante. Le pâturage temporaire doit cesser un mois environ avant l'arrivée des froids de l’hiver, afin de laisser à la prairie le temps de se couvrir d'une bonne couche d’herbe, qui la préservera contre les fortes gelées de l'hiver.

La seconde manière d'utiliser le foin des prairies, c’est la consommation en vert, c’est-à-dire qu’on fauche le foin à mesure qu’on en a besoin et qu'on le fait consommer immédiatement, Ce mode est préférable au pâturage en ce que, sur une même étendue, on recueille un plus grand volume d'aliment et qu’on nourrit plus d'animaux, qui, par conséquent, produisent plus de fumier, Les animaux nourris à la stabulation d'été donnent un fumier qui, en quantité et en qualité, ‘eprésente une valeur double de celui produit par les animaux nourris au pâ'urage.

La stabulation continuelle, c’est le plus sûr moyen d’arriver à la perfection dans l'entretien du bétail ; c’est aussi le mode suivi dans les pays où l’on a réalisé les plus grands progrès dans l’art agricole. Mais on ne l'introduit pas tout d'un coup dans la culture ; on ne peut y arriver que par degré et en préparant tout d'avance pour en retirer le plus de profits possible, La stabulation complète est avantageuse surtout lorsqu'on a à sa disposition une nourriture abondante, riche et variée pour toute l’année, et des logements spacieux, bien aérés, bien écla‘rés et construits spécialement dans le but de préserver les animaux contre les inteméries et contre les ardeurs du soleil, tout en leur procurant l'air et la fraicheur dont ils ont besoin. Dans ces conditions, la stabulation augmente grandement les profits nets du bétail. Avec la même quantité de nourriture, los

bêtes de boucherie engraissent plus vite, et les vaches laititres donnent un lait plus abondant, sans compter un volume de fumier égal à quatre fois celui des animaux nourris au pâturage, Le mouton seul ne réussit pas à la stabulation.

Pour les animaux nourris à l’étable, on fauche le foin aussitôt que les épis commencent à se montrer ; ce qui permet, dans nos localités, de faire trois coupes par année.

On adopte quelquefois une troisième méthode pour l'exploitation des prairies naturelles: on fait alterner le pâturage avec le fauchage, c’est-à-dire qu’on les laisse en pâturage une année, et qu’on les fauche l’année suivante, Voici les avantages que l’on retire de cette méthoïe : dans un pâturage, les graminées qui doivent atteindre une certaine longueur avant de fleurir, ne peuvent jamais se reproduire par leurs propres graines ; elles s'épuisent et disparaissent plus ou moins rapidement. Le fauchage, au contraire, leur laisse toujours prendre leur plus grand développement, et quelques-unes d'entre elles mûrissent assez pour laisser tomber, tous les ans, une certaine quantité de graines sur le sol. En faisant alterner le pâ'urage et le fauchage, on maintient donc ia vigueur de la prairie.

Dans le fauchage continu, quelques plantes rampantes, de bonne qualité, comme le trèfle blanc et autres, sont étouffées par des végétaux à tiges droites. En recourant à l'alternat, on procure à ces plantes rampantes ‘e moyen de se développer et de bien tapisser le fond de la prairie.

RENDEMENT.—Le produit d’une prairie naturelle varie beaucoup, suivant la qua'ité et ia richesse du terrain, la quantité d'humidité qu’il possède, le climat, et la nature des herbes qui la constituent. On considère comme bon rendement moyen 4,500 lbs de fourrage sec par arpent, soit 2

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tonnes ou 300 bottes, et comme rendement faible 1,000 Ibs en une seule coupe. La moyenne ordinaire ne dépasse pas 3,000. Les prairies fauchées pour les besoins de la consommation de l'été peuvent, sous une température favorable, par exemi}.le lorsqu'il pleut peu de temps après le fauchage, peuvent, disons-nous, donner iusqu’à 7,000 lbs de fourrage sec par arpent, ou l'équivalent en fourrage vert.

DURÉE.-—La duréed’uneprairie naturelle est pourainsidire illimitée, mais il vaut mieux la labourer de temps à autres, afin de faire servir à la production des autres plantes cultivées les principes fertilisants qui se sont accumulés dans la couche supérieure du sol, Cependant ce défiichement n’est utile que lorsque le produit devient très faible.

Certaines prairies paraissent usées et se couvrent de mousse. Le manque de soins pendant que'ques années est souvent la cause de cet état de choses. Avant de labourer ces prairies, on travaille à les rajeunir. Pour cela, on les herse énergiquement au printemps ; on leur donne une bonne fumure, composée principalement d’engrais en poudre et li uides ; on y sème, même après le hersage, quelques-uns des mélanges recommandés pour la formation de ces prairies. Alors les prairies rep'ennent souvent leur vigueur, et la mousse disparaît, Mais s’il arrive que, malgré ces soins, le produit n’augmente pas d’une manière sensible, ce qu'il y a de mieux à faire c’est de soumettre le sol à la culture régulière, quitte à former de nouveau la prairie quelques années pius tard.

On doit néanmoins conserver certaines prairies même lorsque le produit est faible, de crainte de perdre plutôt que de gagner ; ce sont les prairies inondées périodiquement, ou celles situées sur le penchant des côteaux ou le long des cours d'eaux rapides. Dans ces différentes condtions, le

gazon serré qui couvre la surface du sol, empêche la terre végétale d’être emportée au loin et donne un profit net tou- , jours plus élevé que si le champ était labouré.

Une prairie formée avec tous les soins voulus et bien entretenue, peut occuper le sol très longtemps; mais il arrive toujours un moment où la terre est fatiguée et refuse de produire le foin. Une bonne prairie naturelle donne un produit raisonnable pendant une douzaine d'années en moyenne. S'il s’est accumulé dans la couche supérieure une quantité considérable de principes fertilisants, on peut en obtenir plusieurs produits successifs sans engrais, quand on utilise ces principes pour les autres réccites. La richesse du sol est quelquefois tellement grande, que les céréales qu'on y cultive ordinairement sont exposées à se pencher sur la terre. Les cultures qui réussissent le mieux après une prairie, sont les plantes sarclées, mais sans engrais. L'année suivante, on sème une céréale, également sans engrais ; l’avoine est celle dont le succè; est plus assuré; très souvent, à la troisième année, on y met du blé, sans engrais. Dans tous les cas, on fait croître ensuite une culture nettoyante avec engrais ; Car le cultivateur doit prendre soin de ne pas épuiser les matières fertilisantes contenues dans ces terrains. Après cette culture nettoyante, on sème du blé, de l’orge ou du lin, avec lesquels on mélange les graines fourragères capables de former une nouvelle prairie,

Dans le défrichement des prairies naturelles, il ne faudra pas oublier que le gazon, qui forme la suiface, contient beaucoup de terrain acide. On améliorera la production d'une manière sensible en neutralisant cette acidité par l'emploi de la chaux, des cendres vives, etc.

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