LA AUE DE LA MAIRIE* W
nms dans lei détails sur chaque faculté quand roceaBlon s'en piéaenteni dans le cours de la promenade que nous allons poursnhrre.
La rue de la Mairie , en l'an VII rue de la Munieipàliîé 9 après aToIr été auparavant la rue de la Maison-Commune , et auparavant encore la rue de V Intendance , s'appclnit , dès le xm* siècle, rue de VA^nilherie (de Aguilhcrid) , sans doute du nom d'une maison ainsi nommée, vendue mercredi après l'octave de la Pentecôte, 1267 (Cjuin), laquelle avait appartenu ii Guillaume L'AîguilIicr , d'une famille municipale qui a donné un maire à la ?IUe de Poitiers en 1609*
Sur la main gauche , au numéro 8, éfxistait un portail asses remarquable par ses sculptures. C'était le portail d'entrée de lliôtel de la Juridieiion eomulaire , juridiction équivalente an tribunal de commerce actuel. Vous verrez ce portail au parc de Blossac, où il a été transféré en 18*8.
M. Létang notre éditeur n'a pas voulu suivre son yJeux voisin dans les hasards de son pèlerinage , et il a birn fait. Vous verrez plus tard que si le soit du libraire eût été lié au sort du pauvre monument , au lieu d'un magasin brillant et achalandé , ce serait une échoppe misérable et déserte qu'il tiendrait aujourd'hui.
La maison Farran, coupée en 18&1 par l'établissement de la Cité du commerce, était , sous M. de Blossac, YBÔtel de fitilendance, qui n'avait point de local ofQcicllement affecté aux besoins du service et de radrainistration. *
ï.a rue St-François, qui participait, nous le croyons du moins, au nom de ?a voisine f dp aguilhetiàj ^ ne nous offre rien qui mérite de fixer notre attention.
Tournons à droite, suivons la rue des Cordeliers, ainsi nommée du consent qui existait autrefois, et dont l'église subsiste encore entière dans Fintérleur dé la maison n* 15 » à droite.
■.es Cordeliers OU Franciscains vinrent s'établir à Poitiers en
1267, dans une cliapelle dite de Sle-Cathcrine ^ sous la protection de Hugues de Lusignan (probablement Hugues XI Le Brun) et de Guy, sii c de Cognac et d'Arcîiiac , son frère , leurs fondateurs. Nous ignorons où était située cette chapelle. Dufour pense que ce devait étro près la rue du Chaudron-'d^Or, dans le pâté de mai-
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soDs qui se trouve coDtigu à celui des Cordeliers au sud, et il parait inclibé à penser que le véritable fondateur de ce couvent est Alphonse, frère de saint Louis, comte de Poitou. En 139^, après la suppression des Frères des Sacs on de la Pénitence (les Fratrieelles on Prévosts) , lesquels d'ailleurs n'occupaient plus leur ancien monastère, ce dernier situé près la rue actuelle de^ Cordeliers, fut concédé par l'évéque Gautier et son chapitre aux • nouveaux religieux, qui virent s'augmenter leur imporlance au bout de peu d'années, de telle sorte qu lis possédaient une crande partie de l'espace compris entre les rues actuelles des Cordeliers , éf» Jacobim f de V Eperon et du Chatidron^d'Or. C'est à ce couvent que se rattache un des faits les plus importants de notre histoire politique et religieuse, la suppression de l'ordre si fameux des Templiers. Lorsque le pape Clément V , d'accord avec Pbilippe-le-Bel , son protecteur, vint à Poitiers en 1306, pour traiter cette grave affaire, il y séjourna pendant près de . seize mois , et il habita dans le couvent des Cordelier?, tnndis que le roi se tenait aux Jacobins. Ils communiquaient enseinblii secrètement au moyen d'un passage pratiqué dans ce but entre les deux couvents. Ce fut là que Clément V ût venir le grand maître Jacques Molay , qui accourut de l'ile de Chypre avec plusieurs des grands dignitaires de son ordre. C'est après avc^r en des oorifé*renées avec le pape, que le chef des chevaliers du Temple se rendit à Paris où il fut bientôt arrêté. Lorsque l'affaire s'instruisit régulièrement , le pape manda devant lui 72 chevaliers , et leur fit subir un interrogatoire après lequel il les renvoya à Paris. Vous savez le reste : Jacques Molay mourut sur un bûcher, ajournant devant le tribunal de Dieu les juges qui ravaieui condamné , et laissant à l'histoire une énigme dont le mot mystérieux nous échappe.
C'est au séjour du pape Clément V à Poitiers que se lie naturellement le récit d'un événement mémorable dont la partie la plus dramatique se passa dans les caveaux de l'église même des Cordeliers , au dire d'un chanoine de Londun qui nous en a laissé
le récit, d'après la déclaration d'un écuyer du pape qui en avait été témoin. On le trouve aussi dans la chronique d'Antoniua , archevêque de i lorence.
LES CORDËLIERS* |^
Gauthier de Bruges , religieux cordelier dont nous avons parlé
page 78 , à l'arlicle des évêques de Poitiers , avait été placé sur le siés^c épiscopal de celte ville sous le gouvernement de Nicolas lil. Une dibci'isbiun s'étanl élevée enlre Bertrand de Goth , archevcqne de Bordeaux , cl l'aiclievcque de Bourges, qui prétendaient tous les deu&^àla primatie de l' Aquitaine (l'archevêque de Bourges s'intitule encore primat des Aquitaines , quoique Té- Téqoe de Poitiers soit soffragant de Bordeaux)» Gaulhier de Bruges crut devoir reconnaître la suprématie de Farcheréque de Bourges, et il agit en conséquence. Bertrand de Gotli étant monté sur la chaire de St-Pierre , sôus le nom de Clément V, le pape n'oublia point les griefs de rarchevèquc, et il eut le tort d'en tirer vengeance en déposant le vertueux et savant évéque de Poitiers. Gautlîier de Bruges, aussi humble qu'il était savant, aussi soumis qu'il était vertueux , obéit au chef de Téglise et se retira dans son couvent des Cordeiiers , à Poitiers (t306}« L'année suivante il mourut le Jour de saint Vincent, (1306); mais avant son décès il appela de la sentence de déposition prononcée contre lui , « à Dieu et aa futur concile , et ordonna que la cédule appella- » toire qu'il auait faicte et escritc de son appellation fust mise » entre ses^ mains avec son corps en sa sépulture après son tres- » pas , ce qui fut faict. » Et eurent lieu « de crands miracles. »
Lorsque Clément V vint à Poitiers pour y traiter avec Philippele-Bel la grande question de la suppression des Templiers « on » ini mita , comme le dit feu euesque Gautiés , duqael il veit la » sépulture, auoit ordonné à la fin de ses lours*.* Le pape fui » curieux de veoir laditte cédulle et commanda qu'on fist onver- » ture de laditte sépulture, pour avoir la cédulle : ce qui fut faict , » mais ne fut lors possible de pouuuir retirer de la main dudit » euesque laditte cédulle , sans la rompre ; ce qui fut rapporté au » pape. î-equrî enjoignit aux messagers de faire jnionctions audit » euesque trespa&sé, 8ou& peine d'ioohedience , de lascher laditte » cellule» auec promesse de la remettre après icelle leue » en sa ».maiD. On fist le commandement du pape, et incontinent, par » miracle , ledit euesque entrouurit la main , et lasdia laditte » cédulle; laquelle fut veue et leue par le pape , et tantost après » remise en laditte main dudist euesque qui la lesierra comme
LES GORDELIEBS.
9 elle estoit auparaoant > àmA ledit pape fot fort eeMil • et non » sans cause $ et des lors flst faire voe plus honorable sépulture
» audit euesque , qu'elle n'eâtoit , et se repentit bien de lui auoir » oslé son éuesché, »
Un autre chroniqueur raconte que ce fut un archidiacre du pape qui fut chargé de reqjiérir la remise de Tacle d'appel et qui la reçut en scd mains; mais que lorsqu'il voulut sortir du caveau il fut arrêté par une force secrète et irrésistible qui le retint comme ôtagy» Jusqu'à ce que la cédule d'appel eut été restituée à l'appelant*
Quoiqu'il en soit , ce qui est certain, c'est que Client V reconnut noblement son injustice et quMl rendit, à la mémoire du bienheureux IGauthier les honneurs d uue réparation justement méritée.
Le corps de Gauthier de Bruges avait été déposé dans un tombeau élevé devant le grand autel. Nous avons des raisons de croire que ces précieux restes seraient facilement retrouvés et qu'U entre dans les intentions du prélat qui occupe aujourd'hui le siège de Gauthier de Brugei d'en faire faire la recherche et de déposer ces^ cendres oubliées dans un lieu plus digne d'ellee»
L'égliisc des Cordelicrs reçut après la funeste bataille de J/aupertuis (Poitiers, 19 septembre 1356) les dépouilles mortelles d'un grand nombre de clievaliers et écuyera tués da-is celte rude journée. Parmi eu\, nous citerons le duc d'Athènes, connétable de France; l'évéque de Chàlons , Jean de Bourbon , etc.» etc. Les armoiries de tous ces nobles guerriers furent peintes éngranârêlief et décorèrent le funèbre asile qui n*a pas su tes protéger contre le temps et l'oubli.
On ne toit aujourd'hui , dans l'église , qui sert de salle de gymnastique, que deux cpitaplies, et elles sont étrangères au grand fait de la bataille de Poitiers; la première est celle d'Audry Marchand , conseiller et chambellan de Charles VI et Charles VII , prévôt de Paris . mort à Poitiers le jour de Sainte-Anne, 1439. La seconde, est celle de Jean d'Aubigné, écuyer , licencié ès lois, mort le 20 août 1519.
Avant la révolution, on voyait au milieu du ehœur un magnifique tombeau de marbre noir servant de piédestal à deux statues
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en bronze qui représentaient un duc et unedndiesse de Mortemart. Cette famille avait sa sépulture dans Téglise des Cordeliers. U ne reste de ce monument que des souvenirs et un dessin déposé à la bibliothèque publique. Âen Juger par cette représentation, il était fort remarquable*.
Si vous pénétres dans Tintérieur de la maison n* 15 , à gauGhe, sous le porebe , vous verrez la porte de Tancienne église. Elle a conserve sa tribune dont le cintre inférieur était fermé autrefois par un tambour en bois que nous avons vu à l'église cathédrale dans le collatéral gauche et qui masque la porte donnant sortie vers le presbytère. Les deux confessionnaux peints , qui se trou-* vent dans le collatéral droit de la même église , flanquaient autrefois ce tambour aux Cordeliers: ils étaient l'œuvre d*un des Irèrea lais du couvent.
L'autel était à laroinaiiieet placé en avant du chœur des moines. La boiserie qui le garnissait et les stalles ont ëlé uUlitées à l'époque de la révolution dans l'église de Sainte-Radegonde*
Le magasin des poudres de la ville était voisin des Cordeliers, ce qui faillit causer de grands malheurs , lorsqu'en 1678 , le feu prit au couvent et y ût beaucoup de dommage. La bibliothèque faillit être consumée.
Presque un demi-siècle auparavant (1627), tandis que le roi
Louis XUl léisait le siège delà Rochelle^ le Grand Gooseil, pour se
rapprocher de lui, se réunit à Poitiers, et ce futanx Gordelleia
qu'il tint ses séances.
Les Cordeliers, auxquels on donnait le titre de j)ére<, avaient
pour supérieur un Gardien, Ils étaient , ainsi que les Carmes et les Jacobins , afllliés à l'université^ Ils fournissait aussi des prédicateurs à la ville. C'était à eux qu'appartenait , avant la révolu- * tion , le triste privilège d'assister les criminels que la justice des hommes livrait au bourreau. A cette époque» ils n'étaientplus que six religieux dans leur couvent.
Presque vis-à-vis de l'ancien monastère des Cordeliers se dresse la façade méridionale du Palais de justice; ce monument mérite notre attention.