LE PALAIS*^ LES HOSPITALIÈRES
laquelle il n'était cependant point condamné. Mieux valait prendre l'essor, être soi-même, et rendre ain. i néccsaire la démolition ultérieure de l'œuvre delà restauration. Quoiqu'il en soit, cette œuvre en elle-même avait remplacé des abords d'une saleté iocr(H yable , encombrés de boutiques sombres et laides.
La grande salle dont noos vous avons relraoé Thistoire » a 49 mètres 30 c» de long sur 17 mètres de large. Ses vastes développe» ments, à l'abri de sa belle charpente , se prêtent à merveille aux cérémonies publiques qui* souvent déjà y ont déployé leurs pompes et leurs magnificences. C'est là qu'aboutissent toutes les pièces destinées an service delà cour. Au milieu , voici la salle des audiences solennelles et de la première chambre civile-, c'était là qu'était autrefois la chapelle du Palais rétablie en 1008 , avec laquelle la prison était en communication^ pour que les détenus pussent assister aux offices religieux. La salie du coin à gauche aujourd'hui deuxième thamlbre civile et des appels de police coT' reeîionnelle était le siège du pr^Wdtal Jugeant tour à tour comme einéehaussée (tribunal de première instance ) , et comme cour d'appel des tribunaux inférieurs do ressort. Vis-à-vis s'ouvrait la porte conduisauL à la juridiciion dea eaux et forêts, lù où siégeait naguère le Iribuuul de première insiauce. Uéleclion chargée de jiiger les questions d'impôt , tenait ses audiences dans le greûe actuel de la cour. Quant à la juridiction consulaire , nous avons VU qu'elle avait son hôtel particulier dans la rue de la Mairie* A l'extrémité, à droite» là où est la salle de la cour Rassises » U bureau des finances composé des trésoriers de France Jugeait les matières financières , domaniales, etc.; en face se trouve aujourd'hui la salle de l'ordre des avocats, corps distingué qui a toujours su conserver intacte sa renommée de science , d'indépendance et de probité.
lies HMi^itAiièrefl.— Cette cc<mmunauté se trouve sur le plan ^t~Didier en face du Palais, au n^20, Ces religieuses qui occupaient avant la révolution un autre couvent près des Halles, reçoivent dans leur maison on certain nombre de pauvres malades de leur sexe; elles admettent aussi moyennant une rétribution convenable des malades plus aisées dont la lanté exige des soins particu-
146 L*BGLI8£ SAtNT-MDICB*— LA REGRÀTTBR»
liers. Elles tenaient autrefois un pensionnat de jeunes demoiselles. Eliea donnent aujourd'hui rinâtruclion aux. Mes pauvres.
I.^Eslùie BalnMMteri église paroissiale, était située sur . ronplacement qu*oocupe aujourd'hoi la maison 7 » foraiant le coin du plan et de la rue St^Didier ; elle n'offrait rien de rèmarqiiable. Son clocher en pierre était surmonté d'une toiture pointue
en charpente et ardoise.
Vendue nalioiialemcnt , elle n'a été démolie que depuis quelques années. Aux jours de fêtes solennelles on décorait son sanctuaire d'une tapisserie donnée par le Chapitre de la ville de Langres dont saint Didier avait ete evcque. Cette tapisseriesur laquelle étaient brodées les armoiries du Chapitre et qui représentait plusieurs traits de la vie du saint , fait aujourd'hui partie du mobilier municipal» etflguredans toutes les fêtes qui exigent un certain appareil d'échafaudages.
La paroisse de Sl-Didier oomptalt avant la révolution 1,800 com* muniants. Les deux cimetières de cette paroisse qui étaient contigus ont forme le plan actuel de St-^Didier. L'ancien cimetière a formé la partie N.-O. , le nouveau , la partie plus rapprochée de l'église et du Palais. Au milieu de ce dernier , se trouvait un puits autour duqud ou allait en procession chanter un Libéra au jour des Morts*
Mm mesMiiterle«— a Textrémité de la rue Si-Didier , à droita» se trouve la rue de la JUgraiierie » nommée aussi dans des Utrea de la Regueîerie » sans doute parce qu'elle était liabitée autrefois
par les revendeurs ou frippiers que dans le langage populaire on nomme encore regrattiers. Nous verrons du reste en poursuivant notre course que ces honorables industriels n'ont pas compléicment abandonne le 1 lieu Ue de leurs anciens exploits. Le minage se tenait très anciennement au bout de cette rue près l'hôtellerie Si-Jacques ; l'article suivant semble même nous autoriser a croire qu'il »'y tenait avant le xiv" siècle , et ce ne fut qu'en 1626 qu'il -fût transporté, comme nous l'avons vu » dans la rue Ifeuve*
mtâMmm êm Mb*— ia me qui se prolonge dans Taxe do la me
MAISON DU PU(.— V1SILLB8-B0UCH£IUS8.— P£TlTS-léSUITS8. 147
dé la Regraiterie , à gauche , n'est autre que celle du MouUi^à^ Vent dont nous avons parié à la patje i2i; dans celle rue, sur la main droite en descendant , au n<» 1 , existait autrefois une maison nommée la maifon du Fin , parce qu'elle était une succursale de l'abbaye de ce nom , située près de Poitiers. Un traité avec Fabbé et les religieux de cette abbaye ayant été fait sur Tordre du lol par son sénéchal de Poitou au mois de février 1301 et confirmé par lettrée pateotes de Pbilippe^le-Bel , du même mois, le lol resonça par ce iiaité à la rente de 14 livres que lui payait l'abbaye, sooa le eonditlon que lui et ses successeurs seraient à l'avenir , conjointement avec l'abbc cl les religieux , propriétaires par indivis du droit de minage. Depuis ce ii aiié les boisseaux servant de talons étaient marqués d'une fleur de lys et des armes de i'ahbaye du Pin et gardés à Poitieiâ dans la maison du jptii.
WSellle^Jittweliaricg»— Suivons la rue de ce nom ainsi appe-' lée paroe qu'avant 1421', époqneà laquelle Charles VU ordonna que la boucherie serait établie en face de l'église Ste-Radesonde , la bondierie se tenait dans cette rue , alors dépendante de la paroisse de St-Cybard ; déiournons à gauche et suivons le zigzag qui nous conduira au plau des FeUts-Jésuites*
l.oM PctiiN-jé«altcfi aujourd'hui la Provldcncp. — Nous avons dit l'origine de ce nom à propos du Lycée (\. page 26). C'était là que se trouvait le coUége dit des Pm« Jémites d'iftbeniia euPeiâf Jdniîtet » lequel a donné son nom an plan lui-même* Les fondatloos débourses Mtes par la veuve OUamers et par N. Graoley^ aimonoent que cette couvre avait été appréciée et encouragée par nos voisins d'outre^mer auxquels elle était du reste plus spécialement utile«
Cet établissement qui s'annonce par une humble façade décorée d'une porte carrée à moulures , surmontée d'une niche vide , se trouve dans la rnc de la Prévôté. Après l'expulsion des Jésuites, il fut consacré à former le dépôt ofllciel des mendiants, vagabonds et gens sans aveu que fournissait la géRéralité de Poitiers, et dont il était «Kactement défrayé par Iw soins de la maréchaussée, el c^dlall ceqol lui avait fiiit donner atant la vévoluyeo, par suite
LA PRÉTOTl^.
d'une analogie asseï Imparfaite cependant » le nom de B4€ê$rê^ La chapelle detRervie par les Capucins qai y célébraient liabltueU»> ment l'olBce dlvia » était ocverte an public.
Les bàtimenls fiont habités actuellement par les Dames de la
Providence ({Ui consacrent leurs soins pieux à l'educalioa des petites ûlles pauvres»
lAPi^Tdlé. — A Textréraité de la me de la Pré?ôlé, sur la droite y étaient les bâtiments et prison de la Prévôté. L'hdiel en face porte seul ce nom aujourd'hui, malgré Tasile qu'il demie ans
pieux instituteurs du peuple. Vous ne serez peut-être pas fâché, cher lecteur , de savoir ce qu'étaient auUefois ces magistraU si redoutés que Ton appelait les prévôts.
Ils furent primitivement les délégués des comtes et gouverneurs des provinces pour rendre la justice et percevoir les impôts en leur nom. Hugues Capot les réduisit à ce dernier rôle en kiatituant jugei les sénéchaux et baillis. Mais Philippe Auguste ajant créé un prévdt des grands maréchaux chargé de réprimer excès des gens, de guerre et qui ne put suffire à son oifice» Il fui autorisé par Louis Xi en 1494 à se choisir^ lieutenants dans les provinces, jusqu'à ce que le roi lui-mêii^c crut devoir les nommer directement» cequi les lendil prouiplement indépendants. En 1614, leur autorité ne s'exercje cependant encore que sur les gens de guene, puis bientôt sur certains criminels civils qu'ils doivent saisir et conduire aux sénéchaux et baillis , avec leaquels Ils ne Jugent concurremment qu'en 1644. La rude beiogne que lear confient leséditset qu'exigent les soins d'unepolioe donllls étaleni à peu prés seuls chargés dans les campagnes, la prompUtnde de leurs arrêts, la célérité de leur exécution , tout contribue à jeter une crainte salutaire dans les cœurs, et aussi à entourer d'une auréole plus qu'imposante la personne des prévôts. Ils sont, disent les édits, cousins et écuyers en titre du roi, ils portent l'habit court, le manteau à collet, le chapeau à plumes, le bâton de commandement argenté à la main» et Tépée au côté; lisent a»600 livres d'appointements. Leurs archers sont vêtus de la ca« saque aux armes du roi et du prévôt. Us sont astdstésde deax conseillers, lieutenants de robe courte» aux appointemevia de tJWk
livres, d*un conseiller assesseur , d'un conseiller procureur , d'un grr.fTîcr , de detix exempts, aux appointements de 300 livres j de 20 ou 30 archers , aux appointements de 200 livres.
Après la division des pouvoirs des prévôu» il y eut à Poitlefs prévôté royale et maréctuiussée avee prévôt provincial (pour la province); puis un prévôt général (ponr la généralité]» Ce titre a disparu avec tant d'autres elioces à l'époque de la lévôlntion. Mais la restauration le fit revivre on instant dans les premières années de son règne , et ce ne fut pas ïe prétexte le inoins habilement exploité par les passions politiques d'alors contre le gouvernement dont elles ne wnibattaiont, disaient-elles, que les excès et les fautes... forts de rcxpérience passée nous ajouterons, el le principe. On a lieu de croire que le grâcieux édifteo dont vous voyez la riche façade étaler sous vos yeux le luxe de sa brillante architeelore, fut dès l'origine rhôlel du prévôt, l'hôtd de la prévôté doDl elle porte encore le nom. « C'est d'elle» sans doute* que parlent les registres: de l'Hôtelnle^Ville quant ils disent que c'est en 1539 que le sieur Berthelot commença à faire construire cette belle maison au-dessus des Trois-Uols. » Telle était l'opinion d un de Hos devanciers. 11 avait vu les armoiries de René Berthelot sur les écussons lisses ou indecînlTrables qui se Irouve à rinlriirur du monument. C'était une erreur. On appliquait à la maison de la Prévôté ce ^i ne se rapporte ^réellement qu*à une maison située phis bas t sur la main gauche , dans la rue de la Chaîne , au n^ 21. Cet hôtel fort renarquable aussi « est masqué sur la rue par des eoostmetions phis récentes. Il porte les écussons parfoîtement conservés de son constructeur.
La Prévôté qui offrf aux regards sa luxuriante richesse, son exubérante profusion de i)roderie8, d'arabesques, de feuilles de vigne et de grappes de raisin, de guirlandes de fleurs, de fiîtirines, de syrèncs , de since^ cl nri milieu de loulcela, Tdi^ive dei^enfiee, mêlant sa courbe fléchissante et panachée aux cintres surbaissés, aux lignes droites , raldes et croisées » aux meneaux à nervures prismatiques , peut être cité comme un type du genre d'afcbitectQre adopté au xvr siècle. C'est du reste un échantillon fort précieux de ce style , en raison de la parfàite conservation de l'ensemble et de la plupart des détails. Nous ne parlerons pas de la
erotx moderae» fort maladroitement plaeée an sommet da portail.
Vous remarquerez , sans doute , que malgré sa situation à l'intérieur d'une ville fortifiée , la demeure du noble seigneur cache sous le manteau paciliqur» de son ornementation délicate et frêle le squelette guerrier d'une sorte de forteresse avec ses tours et ses tourelles. Riea n*y manque , pas même le luxe d'un moucharaby qui du aommet du corps central de TédiAee semble protéger la porte d'entrée et les fenêtres des deux étages, l/arddtecture eit en cela l'expression exacte de la société d*aiors. EîentAt l'Idée d^ trônera la forée matérielle. Les guerriers bardés de fer, les châteaux, garnis de créneaux puissants disparaîtront: la féodalité expU rante a reçu , il est vrai , du sonflle chevaleresque de Frant^ois la vie l'phfrnèrc qui l'anime encore; mais ce n'est plus qu'une sorte de cadavre que l'on pare de fleurs> comme l'architecte de notre monument a paré son csnTre des dehors trompeurs d'une force inutile et factice. '
Notre album exptime, d'une manière fort heureuse , rallianoe que nous avons essayé de yous faire saisir et qui mérite Totre aU tention.
Si nous voulons visiter l'intérieur de cet établissement où les frères des Ecoles chrétiennes tiennent un pensionnat nombreux et des classes gratuites pour les enfants pauvres , il faut traverser le porche voûté qui conduit à la cour. Les croisées sont du même genre que celles de la façade , leurs pilastres sont décorés de griffons. A droite une galerie en bols est sonlenne par quatre odoanet formées d'une réunion de petites colonnes à nervures prismaliques s'enroulant autour du noyau de la colonne principale dont elles font comme nne sorte de colonne torse d'un aspect fort étrange. Nous avons remarqué ce système de décoration dans la galerie extérieure du château d'O vron , bâti par ( laude de (juuffler , grand écuyer de France sous Henri II (xvi* siècle \ Les appartements n'ont rien qui réponde à la richesse de la façade, ils sont grands mais sans aucunes décorations ni sculptures.
Les maisons situées à côté de la PrMU , ont un caractère qui doit porter à croire qu^elles ont été bfttles à la mémo époque» et que peut-être même elles étalent un annexe de l'hôtel du Prévôt.
RUE M LA millÊ.— Ll WMU ISl
mae de 1» Chaîne* — Elle tire sans doute son nom de son Tolsinage avec les prisons de la Prévôté dans lesquelles étaient dé* posés les crimiaels. Faisons quelques pas dans cette rue à pente " rapide, mal pavée, mal aérée, étroite et rendue moins large encore par le surplomb des étages des maisons qui la bordent, c'est un échantillon précieux de Poitiers du xvr siècle , et vous pouvez vous faire une idée à peu près exacte de sa physionomie aux temps passés. Chez elle » en effet les traditions du moyen âge vîtent encore , nous ne disons pas sur les murs, mais sur les charpentes de ses maisons de bois et d'ardoise ; chez elle Teau de iou- Tenc« de la civilisation moderne n'a pas encore effacé les rides de son lïront vieilli...
An n« M sur la gauche, un h6tel se distinguait au xvi* siècle entre ses humbles voisines , Il accuse à rintérieur le bon goût et la sdence de son constructeur.
René Bcrthelot, seigneur de 1 ief-Clairet , licencié ès lois, lieutenant criminel h la sénéchaussée présidiale de Poitiers, et l'un des boiiriîeois de cette ville, fut élu maire rn 1579. Se? armoiries étaient « d'orà^ aigletteséployées d'azur membrées de gueules, »
La rue de 2a Chaîne aboutit aux Trois^Raii,,. « Le hasarda sou<* > vent bien de l'esprit et derà-propos », nous disait à ce sujet un malin.-* « Oui, citoyen... Surtout quand il plaçait la rue de la » Clkilfie dans la section de la liberté,». L'amalgame Incohérent » de ces mots antipathiques exprimait assurément,» d'une ma^ » nlère très juste et très énergique , la physionomie d'une Irisle » époque et le genre de liberté qu'elle avait fait à nos pères »...
li« Pilori.— Retournons sur nos pas, suivons la rue à gauche^ elle se nomme rue du Trottoir et conduit à la place du Pilori» Cette place où se tint avant la révolution (1181) le marché qui y avait été transféré depuis que la démolition de la tour du beffroi en avait privé le plan de Notre-Dame, était, ainsi que Tlndique son nom, le lieu consacré aux exécutions crlmineiies. C'est là que pé* rirent le plus souvent de grands coupables, maisquelqucfois aussi ces pauvres soldats des causes vaincues, dont la politique fait des martyrs 1 1
AKGUITARD
Depuis «laèlques années » dfs planlatlom ont été fhites sur cetta place, elle a élé nivelée , embellie, et H ne lui reste pliis de ses
triste souvenirs qu'un nom qu'elle a failli échanger en IS iO contre celui du inalhfMircux général Berthon, exécuté en 1822 pour s'être
' mis à la téte ilu mouvement insurrectionnel de Thouars.
Sans quitter le PUori ,si vous vous placez dans Taxe de la rue C/oche-Pme ( Cloche- Verte ) ^ ainsi nommée de quelqu'enseigne d'auberge ou de boutique existant dès avant l&69>voas apercevrei à main droite, au coin d'un paté de maison , et sur un arrière plan, un petit pavillon percé d'une fenêtre carrée. A côté de celte fenêtre , ne voyez-vons pas (et si vous ne la voyez pas avec vos ytux à vpus, joignez-y ceux de votre oplicicn) , ne voyez-vous pas un fer de mulet encastré dans la maçonnerie? Voici rhisloire de ce fer. Quelques années avant la révolution , un muletier chargé de
' conduire des sacs de poudre , avait eu Tinprudence d'attacher son mulet dansjla rue Cloche-Perse à quelque distance delà, une étincelle qui Jaillit du pavé frappé par le pied de ranimai , provoqua une explosion immense. Le mulet disparut , nuls une de ses Jambes lancée avec violence contre la fenêtre de la maison que vous voyez , l'enfonça complètement , et c'est en souvenir de cet accident que le fer allaché à celle jamhc a été placé près de la fencircqui fut victime de de sa brusque visite. Un ébranlement général du quartier fut la conséquence de TelVroyable tonnnie du Jupiter-Muletier, mais il n'y eut aucun autre malheur à déplorer. Àussi les habitants s*empres8èrent-llâ, pour rendre grâce à la Ste-Vierge de sa miraculeuse protection , d'élever à la mère de Dieu un monument de leur reconnaissance. C'était une statue de Marie , placée au fond d'une nlcbe que décoraient des bouquets et des cierges. Une inscription rappelait en outre le fait qui avait donné lieu à celte pieuse manifestation de la foi de nos pères. Ce monument fut brisée par la révolution. La maison de buis où il se trouvait , a été récemment remplacée par une maison en pierres,
ABsiiltor«* — Nous sommes dans la rue des Fiageolu , ainsi nommée peut'^îre de Jean de la Flageolh , lieutenant de Guillaume de Taveau (litre de 1386). 11 existait autrefois dans
LE PLA« BB l'IÉTOILB. 153
cette rae m Jeu de Paume dit le Jeu de Paume des Flageolles ; il fut dcUuil au commencement de juillet 1712. A rextréralté de cette«rue, en tournant h droite, au n^ 9, nous apercevons une maison dont le caractère et les souvenirs qu'elle rappelle sollicitent quelques réûexions. C'était là ce qu'on appelait la maison des Piaidi d^AnguiXatd^ les Fief , Bourg et tour d^Anguitard, Cette toar , 86l(H^ quelques notes historiques , avait été coostroite en 1824 par le maire de Poitiers , Jean Guichard (la corruptIOD du langage expliquerait suffisamment la métamorphose de ces noms en celui-ci , An-Guitard ). Elle existe encore dans la maison Ti9 9, qui fut la maison de la famille Brumauld de Beauregard , et que nous vous conseillons de visiter, si Vobligeance de son propriétaire vous le permet. C'est en effet dans ses caves et souterrains que vous pourrez prendre une juste idée de celte enceinte roniaine et vi&igQthc casematée par nos vainqueurs pour se défendre contre ceui qui allaient les vaincre à leur tour* Ce fut l'aapeçst étrange de ces constructions gigantesques • qui frappa si vivement Tardente Imagination de lean Brumauld de Beauregard / et qui lnspU*a au futur prélat, qui devait être Thonneur de Tépiseopat et du si^ d'Orléans , ce goût prononcé qu'il manifesta dès sa plus tendre jeunesse pour les études archéologiques. Le fief, bourg et tour d'Anguitard possédait autrefois plusieurs • droits dans la ville de Poitiers, les bourgs de St-Hilaire et de Montierneuf exceptés, droits qui étaient déjà tombés en désuétude en t4lO , et qui portaient principalement sur les fours» les forges et les ferrages de chevaux. Le ressort de cette nwyennê futtiee comprenait à rintérieur de Poitiers le pâté de maisons en^ davé entre les rues des Fioffêoles » des Gaillards , de 5ie-qpi>oriune , des QwUre^VenU , de SUCyhard^ et la place entière du Pilori, Cette juridiction n'était point exercée en 1789.
MjB plan do l'Etoile.— Il a pris son nom , soit de sa forme, résultant de sa .situation au point de réunion de quatre rues qui y aboutissent en diagonale , soit du signe (étoile dot sur champ dtaxwrj qui se trouve sculpté en relief sur la façade de la maison 2, et à laquelle 11 peut servir aii^ourd'hui d*enseigne* An coin du plan » formé par la rue de la Tiiê^Naire (n* 13), re-
l'école db oboit*
marqiipz un nouvel échantillon du style du xvi* siècle, dans C68 fenéires percées aîix encoignures de la maison qu'elles décoraient en l'éclairant et en donnant jour sur deux puinls difTérents. *
La rue de VEtoile s'est appelée rue de Ste-Opportune , à cause de la proximité de l'église de oe Dom, et rue de V Hôtel-' ViêUp à cause de rétablissement de ce nom qui était où se trouTe maintenant le siège de l'aeadémie, dont noua allons vous dire ridstoire.
li'Ecole de Droit. — Ce nom absorbe tous les autres, et, Il faut le dire , il a eu dans le passé un retentissement qui explique la popularité actuelle dont il jouit.
î.e bâtiment que vous voyez n'est point assurément de ceux qui peuvent iixer l'attention » à moins que ce ne soit dt^ns un sens peu favorable à leurs auteurs, et tout ce que nous pouvons faire pour lui c'est de n'en rien dire. Il a été agrandi, rapiécé à di* Terses époques, lorsqu'il était affecté au service des pauvres ma- ^ lades, et il a été récemment complété par le corps de (àcade, pour qne l'on put y loger la Faculté des Lettres, que Poitiers possède, et la Faculté des Sciences, qu'il ne possède pas.
Maintenant, à tout seigneur tout lionneur. Nous voulons parler du représentant de l'université actuelle, du rbef de l'académie , du recteur enfin , dont le cabinet , les bureaux^ ainsi que la salle dans laquelle 11 préside les réunions du conseil académique , sont situés au premier étage du corps de bâtiment du centre. Si vous avet quelques cooimanications à lui faire, quelques diplômes à lui réclamer, quelques difficultés universitaires à lui soumettre, entres dans la eour. Les murs vous diront , en kur langage indicateur, les corridors et les escaliers que vous devez suivre pour péncîlrer jusqu'à lui. Le icz-dc-chaussce du corps de bâtiment en face , au fond de la cour, est à peu près exclysivcmeut allecté à l'Ecole de Droit. C/est là que sont la salle de? Pas-Perdns et celle des exercices publics , où vous pourrez voir le buste en hronae de M. Boncenne, l'illustre doyen de récole, dont ttoas vous avons parlé à propos de la place dÂrmei ( page 16 )• Ce buste , œuvre du fameux statuaire David (d'Angers), a été placé dans cette salle, où retentit pendant si lor^u mps la paroleélo-
L'tfcOLB DE raOIT. 165
qucnte du maitre , par la reconnaissance de ses élèves. Ce monument, simple, digne, honore c-eax qui l'ont élevé, aussi bien que rhomine qui sut l'in^pirci . Plus loin sont les salles du conseil, dd la bibliothèque et des cours , et au-dessus le secrétariat.
Disons maintenant ce que fut autrefois cette école et ce qu'elle est aujourd'hui.
L'origine de la Faculté de Droit remonte à liSl , époipie à laquelle, ainsi que nous l'avons dit à rarticle de VSÔtel-de^Ville , page 1 35, eut lien l'institution de l'université de Poitiers , dont
la Faculté' de Droit civil et canonique faisait partie. Elle jouit dès rorigine d'une répufation méritée, que lui valurent la science de ses professeurs et le soin qui fut apporté par ce corps éminent à se recruter parmi les supériorités réelles du temps. Le nombre, des élèves grandit avec la renommée de l'école , et il s'éleva à un chiiTre tel que ce devint à Poitiers une véritable puissance, avec laquelle il fallut plus d'une fois compter sérieusement, mais qui rendit aussi des services quand on dut s'adresser à son eourage.
Nous ne dirons pas avec quelques écrivains , que ce fût à ces services spéciaux que les étudiants de Poitiers devaient le droit de porter répée , droit dont ils usaient et abusaient avant la révolution. Ce droit était commun aux étudiants de tontes les universités, sans doute parce que ces étudiants étant censés « vivre noblement, » comme on disait en style légal et officiel, jouissaient àa privilège qu'avait la noblesse de porter Tépée. S'ils furent en anssi hant renom, si la Faculté produisit de doctes magistrats, de savants professeurs, des littérateurs distingués, n'allés pas croire qu'il n'y edt pas de nombreux maraudeurs , joueurs de ri« boute et autres , faisant l'école buissonnièrc et manquant à l'appel. Nous avons vu déjà la malicieuse plaisanterie de l'enseigne du jeu de paume de /'Fyfude, Rabelais nous dit aussi que les étudiants du xvi* siècle étaient de loif^ir et np savaient à quoi passet le temps f et avant la révolution on savait faire son droit enbottes, c'est-à-dire ne paraître à l'école et même à Poitiers , que pour prendre les inBcHpHùns d^alars ; cela se fait encore..* à Paris. Les épreuves du reste n'étaient pas très rudes. Les examens se fài* saîent en t^l«d flèches chaque professeur; les thèses seules se soutenaient en public dans la salle des cours qui était comme
l'ecolc de droit.
nous l'ayons dit la grande salle actuelle de THètel-de^Vllle , et datant un seul professeur , les réunions de la Faculté n'ayant lien
que pour les thèses de licence niar<;uantes et pour le doctorat : dans ce cas le présidial , les trésoriers de 1 laiicc et le corps de ville étaient irivii ; et certes ce devait être fort amusant pour eux. Passe encore ptmr Ip y>résidial , c'était son affaire , peut-être ntéme pouvait-îl trouver ià quelque chose à.... apprendre i mais les trésoriers, mais le corps de ville
Avant la révolution le grand costume de la Faculté de droit eonsistaitdans une simarre noire sur laquelle était posé un long manteau d'étamine écarlate arec une épi toge et une donblnre d*hermine.
En 1789, la Faculté de droit de Poitiers fut supprimée ainsi que les autres établissements d'enseignement public. Le siècle des lumières innées n'avait pas besoin de conserver le feu sacré... Maïs après les jours d'exil , noire école fui rappelée par le décret du 4* Jour complémentaire au XU , et elle fut soleunellement installée dans Tancien Hôtel-Dieu , par le tribun Chabot (de TAllier) , ijispeeteur général des écoles de droit , le 33 Juin 1809.
Voici quelles sont actuellement les chaires de cette école ; une de Droit romain, — trois de Code civil , — une de Procédure civile et législation criminelle , une de Droit commercial,-une de Droit administratif.
Outre ces cours obligatoires qui sont faits par sept professeurs titulaires et par deux professeurs suppléants, d'autres cours facultatifs complètent ce remarquable enseignement.
Les étudiants en droit formaient autrefois une oorpoiation redoutable par flon esprit de corps et par Thumeur querelleuse d» ses membres. A sa téte , étalent placés un Prévôt et soa lUutê~ nant , choisis par la corporation parmi les plus mauvaises têtes et les meilleures lames. Ces héros du suffrage de leurs pairs étaient chargés de soutenir au besoin l'honneur du corps contre tous tenants , et c'était un genre de thèse qui leur convenait mieux que tout autre» car ils étaient plus assidus aux cours de la salle d'escrime qu'à ceux de la faculté. La rivalité Incessante qui régnait entre l'école et les oCBciers de la garnison , l'infériorité asses ordinaire de ces derniers dans le Jeu dangereux dont ils étaient