‹ Le guide du voyageur à PoitiersChapitre 27 sur 32 · LES JACOBINS · texte numérisé non relu

LES JACOBINS

prêcheurs» Les enfanta de Si* Dominique furent appelés & Poitiers, de 1217 à 122S, par l'évéque Goillanme IV da nom, et ce fut le doyen de l'église cathédrale , Philippe, depuis évéqne à son tour , qui futleurprincipalbienfaiteorenleurdonnant l'église dite de 5f«

Christop]ie , dont la cure fut réunie à Nutre-DaiiK -du-Palais.Nous ignorons la situation de celte église, mais nous devons présumer qu'elle n'était pas éloignée de remplacement occupé par le monastère (les Jacobins. Aux dons de Philippe, la reine Blanche ajouta cdui d'une place dont les religieux Ûrent la cour de leur maison. Une note, que nous possédons, assure que l'église des Jacobins fut bâtie par les seigneurs de Morthemer et de Gouhé. La date n'en est pas fixée.

Hugues du Puy du Fou , sénéchal de Poitou , sous Âliénor et Philippe-Auguste, et Valence de l^usignan, sa mère ayant été inhumés dansréglise,denouvellesdonationslui furent faites, vX plus tard en 1410, Guy de Lusignan , comte de la Marche et d'An^oulême, étant mort à Poitiers, y fut aussi enterré et sur sa tombe on représenta son image en cuivre qui fut détruite par les protes** tants... du cuivre , cela pouvait se fondre Un demi-siècle auparavant, cette église des Jacobins avait reçu de nobles dépomllea. C'étaient celles d'une partie des chevaliers et écuyers qui avalent succombé dans les plaines de Maupertuis (19 septembre 135C) , et parmi lesquels nous citerons le duc de Bourbon , le maréchal de Clermont, un Rochechouart , un La Rochefpucault , etc.; leurs armoiries furent peint**/& comme aux Cordeliers aûn de perpé^ iueile méfMire»., Que sont devenus les religieux chargés de prier sur ces tombes , que sont devenues les voûtes qui les abritaient 1 Tont a disparu au souffle des révolutions , et chaque Jour en passant sur ces pierres de la vole publique, nous foulons aux pieds la cendre ignorée de ces grands d'autrefois qui expièrent au moins par une mort glorieuse leur impétueuse folie.

Nous avons vu à l'article des Cordeliers page 140, que pendant le séjour que til le roi Philippe-le-Bel , a Poitiers , à Toccasion de lagrandeaDairedela suppression des Templiers, il s'établit a uxJa* cobins d'où il pouvait communiquer facilement et secrètement à l'aide d'un passage intermédiaire avec le chef de l'église.

Avant la dernière bourrasque politique qui balayf ie monastère

LES lAGOBIlfS,

des Jacobins » et trois ans avant le fameux pillage protestant de 1562» ce monastère avait eu le privilège d'une émeute huguenote à la suite de laquelle son église avait été saccagée. C'était le 27 mars 15ô9 , le lendemain do Jour de Pâques. Le mal fut grand , il entraîna tics pertes consid*^rables et provoqua de rigoureuses réprésaillcs, qui n'erapèchirent point le renouveilemenl de ces actes coupables trois ans apix'».

Les bâtiments ébranlés par ces attaques successives, résisitèrcnt pourtant encore pendant de longues années ; mais à la An du XVII* siècle il fallut songer à les reconstruire, La première pierre ne fut cependant posée que le 22 mars 1714, après avoir été bénite par l'évéque de Poitiers. L'église qui s'ouvrait en face delà {grande porte était vaste et élevée i nous avons vu son autel et son ii l aliic dans la chapelle de la paroisse à réalise cafh duilc. De noiiibrenscs stalle? se dcveloppaieiU <lans ic elin'iu en avant de l'autel. Elles étaient occupées plusieurs fuis dans l'année par les membres de l'Université en grand costume , qui venaient y célébrer leurs cérémonies et processions spéciales. Le monastère des Jacobins était en effet le véritable oheMieu de notre université » et c'était là dans une vaste salle qui leur était destinée , que les membres se réunissaient quand Texigeaient les circonstances.

Dès l'origine de l'université de Poitiers , dès 1431 , les premiers exercices s'étaient faits aux JacoLnus , et ce fut dans ce sanctuaire de la iïCicncc que se firent aussitôt les cours de la faculté de théologie» plus tard divisés en deux cours fort nombreux, dont le deu* lième se fit au collège de l'université appelé collège de Sainte- Marthe, Ces cours qui dans les derniers temps devaient être suivis pendant trois années sans compter les deux années préalables de philosophie , étalent faits par des religieux de Tordre, parmi lesquels on a compté des professeurs doués d'un véritable talent. Au bout des trois années, ou moyennant dispense, après detix années de théologie, on était admis au Séminaire où l'on recevait les ordres sacrés. Quant aux grades dans la faculté » il fallait les conquérir en outre par des épreuves et des thèses publiques. Ces épreuves étaient nombreuses avant que l'on put atteindre au doctorat. Il fallait pour avoir le droit de couvrir son chef du bonnet de docteur se faire recevoir maitre ès-arts ( v . page 1 57 ) , puis subir deux

J92 INSTITUTION DE S. VIiNCEN T-DE-PAOL.—SALLE DES CONCERTS.

examens sérieux, puis soutenir une thèse solennelle (la thèse tontof ttre). Au bout de deux années pendant lesquelles il fallait as* sister à toutes les thèses et y argumenter, sans pK judice dos trois

thèses personnelles mineure et majeure ordinaires cl opporluni' que (la sorbonique de Paris) , on était enfin admis à soutenir la th^se aulique. CN'tait comme lions l'avons dit dans l'éirlise de Sainte- Opportune [in Scholis Opporhmicis ) , qu'avaient lieu les actes pour les grades de la faculté de théologie; nous en avons dit les motifs, page 107 . L'université assistait en corps à ces thèses et la cérémonie 8*ouvrait par un discours latin de quelques phrases que prononçait un enfant en costume ecclésiastique et qui commençait toujours par ces mots Rerlor magnifiée , proccres acndemiœ sapienfissimi t haccainui a sublilissimi , omniumque oïdinum auâitores ornntissitni , etc. Les dragées dont l'npprenti orat»Mir était ordinairement bourré, après la représentatioD , n'étaient pas sans doute ce qu'il goûtait le moins dans le chef-d'œuvre d'élo* quence du soutenant.

Les docteurs en théologie, tous ecclésiastiques, portaient sur leur soutane une épitogc , ou camail en fourrure d'hermine, c'é tait le grand costume de la faculté. r>lU' avait son bedeau parliculier dont la masse d'argent pur repiésenLait un clocher gothique orné d'ogives de tiède? et de découpures gracieuses.

Au moment de la révolution , les Pèrn: J.ieobins étaient réduits à six religieux y compris le prieur. Us fournissaient des prédicateurs à la ville.

instlSaSlan de ««tnt viaeent-de-FMl. — Dans une partie

des anciens bâtiments occupés autrefois par les Jacobins, existe aujourd'hui un établissement libro d'instruction secondaire sous le titre et la protection de saint Vincent de Paul. Il eat tenu par des ecclésiasti fiies et reçoit de l'intervention morale du chef du diocèse de précieux encouragements qui sont ei^méme temps une solide garantie pour les familles. -

0»lle de* ConcertA.— A l'extrémité de la rue Baurbon^Or" •

léans, un bâtiment d'assez triste apparence, porte sut sa façade cette inscription : Salle des Concerts, Depuis plusicw* auuees

LA RUS' DE L'ÉmOII.

déjà ces motri soiU traces an crayon en attendant le burin... qui ne viendra pas. Et que viendrait-il faire? Hier cette salle retenu tissait encore du bruit des instruments, exécutantsous une habile direction de riches symphonies, mais demain que sera-t-elle? Nous rignoTons y et ce doit être. Nous sommes une centaine de braves gens pouvant réclamer un droit égal sur cet inmieuble commun. C'est plus qu'il n*en faut assurément pour que Vaccord soit difTlcile à établir enlre toutes lea parties».,. Après cela, /aites donc du communisme.

Rcpreriims notre course et revenons sur nos pas. Suivons la rue de VEperon , autrefois du Grand-Eperon , qui commence à cet hôtel décoré sur le flanc d'une grille de fer. L'hùlel de la Barré (c'était son nom) fut l'hôtel de l'intendance pendant Vadministralion de M. Boula de Nanteuil. Nous sommes heureux de trouver en passant roccasion de citer ce magistrat dont fë zèle et la charité sont consacrés à Poitiers par la maunili(iuc médaille qui lui fui offerte au uuiade la cité reconnaissante qu'il avait su protéger contre la terrible disette de 1785.

La rue qui vient couper en diagonale la rue de VEperon cet la rue de VAncienne'CoTnédie , ainsi nommée de la salle de spectacle qui s'y trouvait autrefois et qui a été remplacée par la maison n« 10; c'était un monument fort laid, fort sale, fort enfumé, sans décoration, sans machines, il avait été formé avec les restes d'un ancien jeu de paume , et il en avait tous les défauts. On ne peut imaginer rien de plus triste et de plus maussade. La troupe des Comédiem, comme on disait alors, était à peu près.permanente et jouait ordinairement l'opéra.

Nons sommes toujours dans la rue de VEperon. Voici encore jun hôteL,, c'est celui de notre éditeur qui ne demande pas mieux que d'jétre le' vôtre, si vous avez à lui offrir un produit agréable et de bon débit. Allons , si peu que vous ayles à communiquer au public des observations politiques, des réflexions littéraires , des impressions de voyage (et certes celui tpie nous faisons ensemble doit vous fournir ample matière à impressions) , entrez sans crainte, dites un petit motet... vous serez imprimé.

Vous serez encore fort bien accueilli , si vous voulez vous Join* dre à l'un de nos meilleurs et plus vieux amis, au directeur de

SAmT^PORCBAIRB.

VAheillp de la Vienne, pour coniliattre avec lui los principes délétères qui menacent d'une dissoluUou prochaine notre société malade.

Les rues du Chaudron-d'Or et de la Galère (noms qui leur viennent d'enseignes de bonUques) notu ramèneront à la plaee <f ilm«f • Sulyons sa face nord, et repassons devant la salle de , spectacle, aa-dessons de la méridienne qui fait le bonbeur des membres de cet ordre régulier que les historiens modernes appellent indilVéremment JVdre du cherche-midi ou des chevaliers du soleil. "Nous avons oublié de vous dire la première fois, que celte salle de spectacle avait été construite sur remplacement où se trouvait la boucherie et la poissonnerie qui fut occupée, après leur translation sur la place Notre-Dame, par le poidf le l{ot , établissement de vérification légale pour certaines marchandises soumises à certains droits. La maison qui ftiit le coin de la me dû Plat'â^Etain et de Sî-Porehaire^ était il y a déjà longues années » occupée par un orfèvre nommée Mervache , dont la femme enterrée vive dut à la bague de prix qui avait tenté la cupidité d'un fossoyeur ) la deuxième moitié d'une existence fort longue et fort bien remplie.

Nous sommes sur le plau de St-l^orchaire. En face de Téglise , un peu au nord , on rcyait il n'y a pas très longtemps une pierre plate recouvrant un égoût danslequel venaient s'engoufifrer les eaux des rues voisines; C'était ce que l'on décorait du nom bien pompeux de Ponf de Si'Porehaire. Cette rîclieMe d'expression avait avantageusement servi plus d'une fois, disent les traditions e«cfcof<lières, les pauvres enfant-prodigues de la Hasoclie. Des pères barbares , des tuteurs endurcis , n'avaient pu résister à la menace d'un dernier acte de désespoir , fort peu redoutable assurément dans la rue St-Porchaire, mais qui à cent lieues de là prenait les proportions gigantesques d'un véritable suicide.

st-PorchAire autrefois paroisse la plus considérable de Poitiers, comptait avant la révolution 3,000 communiants, et possédait

de même que celle de St-Germain une école primaire gialuile de garçons. C'était ce qu'on appelait les petites écoles. Saint-Porchaire , l'un des premiers abbé de Saint-Uiiairo-le-

SAINT-PORGHàttS.

Grand , contemporain de Grégoire de Tours , fonda vers la fin du Vl* siècle le monastère qui prit son nom, devint un prieuré dépendant primitivement de Tabliaye royale et plus tard , et sous la GonditiOD de eertaioes redevanees , (ut loumis à l'abbaye de Boorgueil. En dernier lien « il était réuni an Peîit-^éminairê,

Les reliquesda patron de cette église ont été découvertes en teiB dans ta crypte de la chapelle de Sainî^aw>eur , située de Tautrc côté de la rue; elles étaient renfermées dans un sarcophage en - pieu PS (ic petite dimension, taillé en forme de chevalet, portant cette inscription :

IN hoG TvMYLo RqleSci SeS PoRGHRluS.

Ges restes précieux reposent aojourd'hui dans l'église parois» tiale de Saint-I^rchaire. Avant la révolution ils étaient exposés

dans une belle châsse en ar£?ent, en une vaste niche à droite du grand autel. Cet autel n'était pas le même que celui d'aujourd'hui. Saint or chaire et ^Tofre-Dame se sont partagé l'au loi en marbre des Bénédictins de St-Cyprien, Saint'Porchaire a pris pour lui seul les boiseriesde^r-Didter et une statue de la Viei^e, provenant de Saint*Hilaire*

Cette église est une œuvre du XVI* siècle. Ses deux nefli sont séparées par des eolonnes cylindriques sans etiapiteaux, sur lesquelles retombent les nervures des voûtes, ce qui leur donne l'aspect de véritables paiiniers; elle n'offre rien de remarquable. On peut dire même que sa construction eî^ldiâgracieuae et qu'elle aulorisc k condamner sans appel le système des églises à deux nefs dont elle offre un exemple benreusement asses rare sous le rapport archi* tectonique aussi bien que sous le rapport de la convenance pour les cérémonies du culte catholique.

Elle était autrefois décorée de peintures et de monuments funéraires élevés dans les cliapellesou retraits pratiqués dans les murs latéraux , en l'honneur de personnages éminents. Parmi enx on compte (Ips savants distingués, et entr'autrcs des membres de la famille de Blacwod qui adonné à la malheureuse reine d'Ecosse, Marie Stuart, l'un de ses plus fidèles et de ses plus ardents défensenrs, Âdam de Blacwod , conseiller au présidial de Poitiers.

196 SAIMT-POfiCHAiaB.

Tousees monuments ont disparu du sol sur lequel ils devaient

briller ci perpétuité, pour transmettre aux généraiUms à venir la mémoire devS hommes du passé. L'histoire seule peut conserver la trace effacée de leur existenre éphémère.

A défaut des sculptures murales qui décoraient Saint' Porchafre» cette égliiïe peut montrer avec orgueil les tableaux qu'elle possède, car elle est sans contredit la moins pauvre en ce genre. Nous citerons r/ftvenlîon de la sainte Croix^ en face de la chaire, tableau de Vécole de Boucher , ou du moins de son époque. Les' figures du second plan rappellent sa manière. Le dessin est bon. Il serait facile de restaurer ce h'ihlcau, et il faudrait le faire promplcmenl. En attendant, on devrait le tirer de robscurité où il se trouve placé. Dans la quatrième arcade , à gauche, un évéquc présentant à sainte liadegonde des reliques , est un tableau qui n'est pas sans mérite. Nous avons déjà parlé à propos de Montiemeuf^ de la sainte famille placée dans la troisième arcade de l'église Saint- PoTchaire , que nous regardons comme pouvant avoir des rapporta avec la ]oUe toile qui existe dans la chapelle de la Vierge , à Montierneuf (v. p.ilO). La descentede Croù:, reléguée dans lati iLuiie, est une composition régulière , le dessin en est bon , la tête du Christ est remarquable, et la plupart des tètes sont fort belles. Ce tableau , qui est dans un étal déplorable , mériterait d'être rentoilé. U est signé, Jean Boucher , bitur , inven, et fecU 1618.

La tour qui sert de façade et de contrefort à l'église appartient seule à la construction primitive et accuse le faire des arehiteclea dn XI* siècle. Elle se compose , outre le portail à plein dntjre et à moulures en damier (on échiqueté) , de trois ordres d'arcatures romanes superposées, bouchées aux 1*' et 2* étages. Le plein de la maçonnerie présente en quelques parties l'opus reticulatum. Le 3® étage est sépare des deux premiers par une corniche portant sur des modillons variés représentant des Ûgures d'animaux. Chaque face de la partie supérieure est divisée en deux grandes baies dans lesquelles sont inscrites des arcades géminés. Le tout est surmonté d'uqe toiture obtuse sur laquelle s*élevait avant la dernière restau* ration du monument , une campanile empruntée naguère à l'église des Augustins.

Les colonnes du portail qui soutiennent les archivulleâ sont

SiU«T-PORCHAIR£. 197

lourdes et écrasées « leors cbapiteaun hUtoriés sont déeorés d6 scolptures curieuses. A droite on voit au milieu d'un médaillon

ovale (sorte devesica piscis)^ un personnage deiiout, vétu d'une longue tunique, vu de face, les bras en cj'oix. Autour du médailloQ on lit cette inscription :

UIG DANIEL DOMINO VINOT CCETUII LEOlftlIUV.

Çette inscription est remarquable par remploi simultané de Vu romain et de l'u semblable à un «» grec, minuscule renrersé.

D'après cette inscription et d'aprt^s les pourctraicts des lions à gueules béantes qui servent comme de supports au médaillon, il n'est pas douteux que ce ne soit Daniel dans la fosse aux lions. El, en effet , le sculpteur s'étaut trouvé géné sans doute par l'espace accordé à son ciseau pour représenter sur le même plan Vatsem" blée léonine an complet (cfctum leoninam)» s'est cm aotorisé à rejeter deux de ses redoutables membres sur le chapiteau de la colonne à gauche; mais afin que les Tisiteurs peu Initiés à la Connaissance de son histoire naturelle spéciale , ne pussent se méprendre sur ses véritables intentions, il a eu le soin d'écrire à côté de SCS liuns , en majuscules romaines , le mot leones. Et , en vérité, la précaution n'était pas inutile , au dire de bon nombre de méchants critiques, qui prétendent y voir de gros chats.

Pour mettre le sculpteur et les critiques d'accord , nous dirons que si TEcriture ne Ta pas dit, Tartlste a pensé que le prophète eut maille à partir ayec cette espèce particulière de lions que le blason, sous le nom de {ton; léopardés , devait bientôt dessiner sur les bannières des preux.

On ne peut donc douter que le personnage élevé dans U s airs qui présente un vase à Daniel no soit le prophète Habacuc portant au condamné la nourritiire préparée pour ses propres moissonneurs* ( Daniel , ch. xnr , vers. 32 et suiv. }

Au-dessus dn portail, un bas^rdlef compris dans un cadre en chanflrein , orné de moulures en damier, est tellement fruste qu'on n'oserait affirmer quel est le sujet qu'il représente. Cependant , on pourrait y voir encore Daniel , les lions, l'oiseau qui plane au-dessus du prophète, le roi reconnaiasable à ses riches vêtements, qui

SAINT-POBCHAIRE

vient le ?• jour pleurer sur le prophète (vers. 39), dont on aperçoit dans un groupe les coupables accusateurs.

En dehors de ce sujet tiré de l'Ancien Testament , on voit sur un des chapiteaux du portail les deux oiseaux symboliques buvant dans le même calice , emblème si souvent reproduit par les sculpteurs du moyen âge.

Pour être juste et pour fournir au visiteur le plaisir d'une interprétation moins facile, nous devons faire remarquer que la représentation des lions sculptés sur le portail de Saint-Porchaire pourrait bien exprimer la pensée de la juridiction qui appartenait à certaines églises, et dont les actes extérieurs se formulaient inter leones.

Voici comment s'expliquerait ce système. 11 existe dans certaine* églises d'Italie , à la porte principale, des colonnes de forte dimension reposant sur des lions. La disposition de ces colonnes rappelle, selon des antiquaires fort compétents, le trône de Salomon , et io-

Googl

SAtnT-POftGaAlES

dique le siège sur lequel s>xen*ait jadis le pouvoir de la juridiction pontificale inier leones. Dans les églises plus petites, dont les dimensions ne se prêtaient pas h de erandes décorations, la même idée a pu se reproduire sur une échelle réduite , dans les petits iions qui, au lieu de supporter la colonne étaient supportés par elle ôo bien ont été sculptés sor les chapiteaux eux-mêmes* Et oomnie ces figures pouvaient être peu apparentes , eu même peu exactes» il est arrfTé quelquefois que l'on a inscrit au-dessous le nom de ranimai qu'elles représentaient ou qu'elles étaient censées représenter, afin que nul n'iunoràt que c'était là que s'exerçait la juridiction ecclésiastique. [Voir ci-dessus,)

Nous avons vu, du reste, la représentation inéciisable de ces emblèmes en avant de la façade de l'église de Ste-Radegonde^et elle existait à l'église cahédrale p. 51 et 89 )•

8«r l*un des pilastres, on Ut un fimgnient dlnsorlptlon romaine» Lu fin. du mol memwiœ et le oommenoement du mot olerme , indiquent asses qu'elle était gra'vée sur un tombeau dont le eippe a été pris et incorporé dans la construction de la tour.

Eh bien ! ce monument le plus complet et le mieux conservé des types rares, fournis par l'architecture du Xl«8i( rie , a failli disparaître en 184a sous de fâcheuses préventions. Des luttes vives s'en* gagèrent au sein du congrès archéologique , réuni en ce moment à Poiiiefs , entre les antiquaires eomervaieuri et l'àutorité munie!pale d^alors qui mirait de bonne foi , nous en sommes certain » que cette question était une question de sûreté publique. Déjà même, l'emplacement destiné à recevoir les matériaux de la tour était officiellement désigné jl'adjudicaLion de la démolition du monument était consommée, lorsqu'une dépêche ministérielle arrêta l'œuvre de destruction.

A la suite d'expertises contradictoires , l'édifice classé parmi les monuments historiques fut presque miraculeusement arraidiéà la pioche et an marteau.

Le malade eondambé à mourir de par la sentence de quelques membres de la façulté maçonnière , déclaré de fort bonne constitution physique par d'antres , le tout suivant Tusace iniint moiial ^ que conservent avec tant de respect les successeurs d'Hiiipocrateet de GaiUcn , fut enûu , à tout hasard , confié aux soius du médecin

liES HALLES

ordinaire des moframenUi historiques, M. Joly, l.elenn«. UàbiUié â

trailcr de tels sujtits, connai^saiU à fond leur teinperammcnt et les précautions hyqicniqncs qo'ils exigent,wlui-ci fît tout simiikmpn^ usage de sa îiiélliudc mt'di(\'ile , et , grâce au ministfp. de l'intérieur qui paya les frais du traitement, il sut garantir à notre vieii ami et à sa compagne inséparable qui lut tombée avee lui , de longues années de vie et de santé*

On n'a point entendu dire en elfet depuis lors » que la eompiexioa si délieate do pauvre condamné ait été le moins du monde altérée. Et cependant plusieurs hivers ont d( j à passé sur sa tcte chenue. Espérons que ses joyeux carillons annonceront plus tard à noh arrière-petits neveux, la bienvenue en ce monde des arrière-petits enfants de ces ingrats qui ne lui avaient accordé que 2i heures d'oistenceii

Joignes vos vorax eut nôtres» ami lecteur « et putssieiF-voaB dans clnquanleansencora venir eonslAteravecnous qu'ils ontélé «xnaeés.

i.em Halles. — En quittant St-Porchaire , non? repasserons de nouveau devant la Salle de Spectacle. Tmirncz la tcte et voyez cette petite toureUe à cul-de-lampe, qui est soudée à l'angle de cette maison de commerce. C'était ainsi que nos pères établissaient les escaliers qui donnaient accès do premier an deuxième étage. C'était gracieux à Tettérieur, c'était peu gênant à l'intérieur* Nous avons ebaogé cela* Ce que nous faisons , vaot-il beaucoup mieux ?

Suivons la face ouest de la place , puis la rue des Halles , ainsi nommée de l'hôtel et établissement qui y existaient dès le xn*8iècle. Ce fut en efTet en 1188 que Geoffroy Uerland obtint de Hichardteur-de-Uon la permission d'établir une balle, où les marohands» qui venaient à la foire du carême » seraient tenus de vendre leurs marebandisea, moyennant un droit de location. L'un de ses descendants, Herbert Berland , ayant été foit prison* nier par les Anglais , lorsqu'ils s'emparèrent de Poitiers , sous le commandement du comte de Derbv, lut à peu près ruiné par la rançon qu'il lui fallut î)aver, et fut pour Tindemniffer de ces pertes que le roi iMiiiippe de Valois, par lettres dimnccs à Paria le 10 décembre 1347 , ordonna que la foire qui se tenait pour la

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