‹ Le guide du voyageur à PoitiersChapitre 30 sur 32 · SAlNT-MICHItL. — SAlNT-KiLAlRB-LE-GlA!ll · texte numérisé non relu

SAlNT-MICHItL. — SAlNT-KiLAlRB-LE-GlA!ll

eflîcace en outre contre « le mal et passions de ventre ; « il prétend aussi que ce fût « Theomasthus, merveilleux en sainteté, évéque de la cité de Mooiacentze , qui, ayanl laissé son évéché,on ne sait pourquoi , s'en alla demeurer dans la cité de Poictiers , et étant mort il fut mis et enseveli , près l'église et Tabbaye de St- Hilaire ; j'estime , » dit l'annalisti^ , << que ce soit l'un des tom-r beaux de la chapelle St-Barth»'leniy. H y a d'autres tombeaux , et aucuns disent que ce sont les sépultures dos père et mère de suiut Barthélémy. »

Au-dessus de la porte dont le style ne manquait pas de caractère , on lisait l'inscription suivante , les lettres étaient renversées comme la pierre sur laquelle elles étaient gravées:

IC REQUIESCIT NECTARIUS... ISTES (Antisies),

Ici repose Nectaire évçque

C'est un monument d'une haute importance et qui prouve à notre avîs que ce saint évéque de Poitiers fût enterré dans cette ciiapelle ou du moins prèsd'elle* Il vivait vers l'an 3 0 de J.-G., le propriétaire actuel de la chapelle de St-Barthélemy prétend qu'il existait sous cette chapelle un cavëau dans lequel il y avait autrefois un tombeau. Cette chapelle vient d'ctrc dcarolic (]uia 1851).

Élalnl-Micliel»— Laruc de St-llilairo nous eondiiit naturelle- * ment à la place plantée de tilleuls qui précède l'antique et véné^ rable collégiale de St-Uîlaire. Cette place était autrefois un cimatièreoù, plus anciennement encore, existait une petite église paroissiale de Si^Miehel qui figure dans un titre de 1083 et qui fut supprimée par le Chapitre dont elle dépendait , on isi^,

fi^alnt«iillAlrn-le-CifAnil. — . Monaslètc crlel)re dès <on origine à cause du saint personnage qui lui donna son nom , celui de St-lidairc l'ut érigé vers le x*" siècle eu colléf^'iale. Son chapitre fut aussitôt comblé de dons et de faveurs qui ne ftrent que s'augmenter et qui Justifiaient bien cette expression populaire ^«c/iapîtr» des Riches. Et en effet , ses privilèges étaient Immenses , son domaine considérable, ses droits fort étendus» Sa juridiction corn-

SAINT-HItAIBE-LE-GRAND» SI 5

pronaîlles trois paroisses deSlo-Triaise , St-Pim'c-ï'Hospitaltci vi Notre-Dame de la Chandclièrc , et il était lui-nièinc, en vertu des bulles papales et des ordonnances de nos rois, atfranchi de la juridîciion épiscopate, municipale et civile. C'était en signe de leur complète indépendance de l'évéque qne les diândines avaient coûta me » ditHm , lorsque le prélat entrait dans l'église , de Jeter sur ses mains un ruban violet. C'était une manière , assurément fort ingénieuse, de lui faire entendre que là il avait le^mains liées. La li;intc faveur dont le cliapitrc avait été l'objet de la part des papes et des rois, l'avait sans doute déterminé à adopter pour armoiries celles du Saînt-Siégei;t du roi de France accolées. Le chapitre exerçait les droits seigneuriaux de haute , moyenne et basse justice sur le bourg de SuHilaire. Les limites de ce bourg seraient tracées sur notre plan par une ligne partant de Pmt-Àchard, passant par la VisHaiion, Tancien couvent deô Urmlines (rue des Hautes-Treilles, entre 8 et lO) , les Naîles , les

'(V-J*i7icr5 , le carrefour du Calvaire ^ la porte de Tûow,et secoulinuaut le lonç de Venccinlede la ville jusqu'à Pont-Aeliard. Ce cliapilre était exentpi des droits de forges cxerc«'S par le seigneur du iief d'Ànguitard (v* ce mot page 152), et Louis XI » avait défendu , par respect pour les précieuses reliques de St-Hilalru » ique les criminels passassent sur l'étendue du bourg.

Tous ces privilèges s'expliquent, lorsqu'on sait que tes comtes de Poitou furent dès Torlglne abbés do St*Rilaire et que les rois de France héritèrent de ce titre en prenant celui de comtes de Poitou. C'est ce qui faisait tenir par les gdbeurs du temits, un proptts fort peu gracieux, pour l'honneur de la reine et du roi, si ce propos eut été autre ciiose qu'un méchant jeu de mots.

Lorsque les comtes de Poitiers se disaient installer abbés de Si^ Hilaire , Tarchevéque de Bordeaux et l'évéqne de Poitiers mettaient entre leursmainsunelance et un étendard. Cecérémonial fut pratiqué à l'égard de Hicbard-Cœur-de-Lion« C'étaient U faut Tavouer des insignes fort peu abbatiaux , mais ils suffisaient bien à un abbé plus accoutunu' aux joutes des tournois et des camps, qu'à la récitation des heures canoniales. C'était par compcnsM lK ii peut-être, que la banniCre de St-llilaire servait d'étendard a la ville de Poitiers dans les conobats. Plus tard, lorsque les rois de

«AlHT-BILAnil-CC-aEAl».

France vinrent visiter l'abbaye , ils reçurent eu y entrant , dea mains du trésorier, chef du chapitre , le surplis , Taumusse et la chape inaigoea de leur dignité. Cette cérémonie singulière eut lieu Aroccasion de lairisite des roia Charles VII (1453), Henri 111 (1577 ), Henri IV (1602), Lôuis XIU (1614), et Louis XIV (1660). Ce dernier [étant mineur] , ne fit pas le serment d'usage de maintenir les privilèges du chapitre.

Par imitatioQ sans doute , les principaux barons du Poitou , les seigneurs de Lusignan , Parthenay , Chàlelleratilt , cl Couiie , tinrent à honneur de se faire recevoir chanoines honoraires de St- Hilaire,et ils assistaient à l'office vélos 46 la soutane du sorplia el de Taumosse comme les titulaires.

Le premier dignitaire après l'abbé (le roi de France) , était le trésorier qui , ainsi que le doyen deuxième dignitaire du chapitre offîciait avec les gants et la miUe. Nous avons vu que le trésorier était ciiancelicr-né de l'universitc. Le2G juin, on cclcbiait avec pompe avant la révolution , la translation des reliques de St-Hi* laire, c'est-à-dire la commémoration de la découterte de sa sé-pulture par St-Fridolin. La veille de cette fête le corps de ville de Poitiers estorté par la milice bourgeoise, allait avee solennité an» lumer nne lanterne au haut du clocher* et d'heure en heure pendant la nuit , à partir de Y Angélus, on sonnait les cloches. Cette coutume a clé présentée par les uns, coniiiic une allusion au globe de feu miraculeux qui apparut à Clovis, par les autres , et c'est notre avis, comme un souvenir des phares que Ton allumait autrefois À l'occasion de certaines fêtes pour guider dans les ténèbres les nombreux pèlerins qu'elles conviaient desoontréea lointaines. L'église de St-Hilaire était fréquentée par des milliers de visiteurs qu'appelaient hi dévotion et le désir de gagner les larges Indulgences attribuées par les papes aux pratiques spéciales accomplies dans l'église du grand docteur, et nuLanimenl à i'aàbii»tance à la messe du pardon , après matines.

Quoiqu'il en soit, cet usage aboli en 1790 , repria sous la Restauration , n'est plus aujourd'hui observé que par ia louable persévérance du sacristain , dont la main isolée, sans appareil , sans pompe, place incognito dans le clocher désert une humble lan-

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terne. Les cloches retentifiseni encore cependant jusqu'à 10 heures. C'est pour elles aujourd'hui l'heure du couvre-feu.

Le chapitre de St-H Maire après une possession loneue et suivie de ses immunités, privilèges et domaines , fut lui-même exproprié et aboU lorsque la conflAcalion révolationaaire établit un nouveau droit de propriété à son usage. Ses membres furent dispersés ; son antique abbatiale fut vendue aux enehères et si elle fut conservée pins tard» c'est qu'il fallait une église paroissiale pour remplacer celles qui se groupaient autrefois autour de leur vaste métopole.

Après avoir retracé l'histoire du chapitre royal de St-Hilaire , occupons-nous de son église. Elle existait à une époque très reculée, car elle figure dans le drame historique dont le dénouement eût lieu en 507 , dans les plaines de Yoclades. En effet , ce fut an-dessus de l'église de Saint* Hiiaire que dût s'élever le globe de feu dont parlent les chroniques i et dont rapparitlon subite contribua à la victoire que Fimpétueux Clovis remporta contre son adversaire Alaric. Ce fut en mémoire de cette lumière miraculeuse que le vainqueur concéda aux moines de Saint-Hilaire le champ de bataille où il avait vaincu, et un grand nombre d'autres terres. Il fit même, sur la demande de l'abbé I riilulin et de l'évéque de Poitiers Adelplûus» rebâtir l'église dans des proportions pins vastes» et ce fut alors que le corps de St-Hilaire fut exhumé et placé dans un tombeau neuf. Néanmoins, des auteurs rapportent à l'année &90 seulement l'élévation hors de terre du corps de Saint-Hilaire. On sait que c'était alors la forme employée p^ l'Église pour designer aux prières des fidèles les précieuses reliques dont elle proclamait ainsi la sainteté.

Brûlée par les Sarrazins en 732, lorsque, sous la conduite d'Abder-Haman , ils ravagèrent le Sud de la France , avant d'al- ])er 80 faire écraser à quelques lieues de là par Charles-Martel, dans les plaines d^ Moussala-la-BataillCt elle fut reconstruite, puis dé nouveau détruite par les Normands, vers S63« Ce fut alors que les reliques de Saint-Bllalre furent soustraites à la rage des Infidèles. Plus tard, à la fin du ix« siècle, ces reliques furent transportées parles soins du comte d'Auvergne, tuteur du comte de Poitou, au Puy en Yelay, dont sou frère était évéque.

21S 8AmT-HlLÂlE£-LE-GEAND.

Ce ne fut qu'en 1657 qu'une portion du crâne et lliamerDi do bras gauche furent transférés avec grande pompe à Poitieis. Ces reliques sont depost-cs dans le reliquaire placé h i^auclie de l'autel. Ce reliquaire était, avant la révolution de 1793, d'une richesse merveilleuse, mais il fut alors dépouillé de see plus précieux ornements. Un témoin oculaire, qui a tu mettre dans la balance les décorations en argent doré, anacbées par la cupidité à ce meuble sacré, a constaté qu'elles pesaient quinie livres. RecoustiLiite après ces incendies répétés, l'église actuelle fut recommencée au siècle, par l'architecte Gaailier Coorland , sur les ordres d'Adèle d'Angleterre, femme d'Ebles-îe-Manzer , comte de Poitou, et terminée par Agnès de Bourgogne, troisième femme d« Guillaume 111, comte de Poitou et duc d'Aquitaine. Elle fut dédiée le l*' noyembre 1049, avec beaucoup de solennité. Treiie archevêques et évéques asdstalent à cette imposante cérémools. Cette église se ressentit nécessairement des vicissitudes de flirtons du chapitre royal, et elle fut \ictime, comme tant d'autres, des ravages des protestants, ces Iconoclastes des temps modernes, dignes précurseurs des démolisseurs de 1793!

Cette église remarquable présentait, entre autres singularités, une grande nef surmontée de six d6mes semblables à celui qui existe encore au-dessus du sanctuaire , et flanquée de six eoUal^ raux de divers diamètres^ dont l'existence est encoro accusée par les restes mutOés de cette CBuvre colossale. Ihi baut de ces dômes, percés à leur sommet d'une ouverture ronde, on jetait sur la fidèles, au jour delà Pentecôte, des ileurs et de larges pains à cacheter ornés de dessins particuliers, qu'on appelait jjewfecofeawx, Hecueillis avec un pieux empressement, ces objets étaient conservés comme le rameau béni des Jours saints«

Le sixitae d^me , encore existant , était séparé de cetui qn^s remplacé lors de la restauration du culte une voûte en brique embrassant tout le diamètre de l'église. Une sorte de second tiani* septs formait cette ligne de séparation.

Maintenant, supposez que cette nef, aujourd'hui plus large qu^ loneue, soit prolongée de quatre fois sa longueur; supposez qu'audessus d'elle, s'élève un dôme circonscrit dans son diamètre» et

SAINT-HlLAlRfi-LE-GRAMI». 219

que ce âftmefloU reproduit dans les ^Ire antree travées; supposez les six collatéraux surmontés eux-mêmes de voûtes soutenues par de solides arceaux, éclairées par un demi -jour que fournissaient les fenêtres romanes à évasement intérieur; restituez k ces colûmies de la nef, élancées encore malgré l'eufouissemeat de leurs socles, les deux mètres d'élévation que les remblais des ardiitectes de Fempire leur ont enlevés; dans un espace double de la longueur de la graode nef actuelle, places des stalles brillantes^ un jubé, des autels» des .décorations somptueuses, et vous aurez une idée imparfaite encore de cette immense basilique. Ceux qui l'ont vue au temps de sa splendeur assurent cependant que la multiplicité de ces piliers, de ces voûtes, de ces arcs, placés dans des axes ditrérents, jetait une certaine confusion qui empêchait de distinguer au premier coup-d'œil, au milieu d'une aorte de péle-méle arehltectural, Fensemble du plan, l'idée génératrice. Tout cet ensemble néanmoins était foijt grandiose , et se prolongeait Jusqu'au coteau de Pont-Aebard , de telle sorte que le^an actuel et la rue qui le borne étaient occupés par l'église et par le passage couvert qui conduisait aux salles de la justice seigneuriale. Du côté du coteau, un pignon sans décoration formait la façade où existait une porte qui ne s'ouvrait que j our certaines solennités. Le portail était placé sur le côté, presque dans J'axe de l'avaut^dernière travée, U était précédé d'un parvis qui était , dit-on , décoré autrefois des lions symboliques. Ce portail « oonstvuit de 144S à 1475 par Robert Poitevin , trésorier du ebapltre, était renuuquable par ses jolies sculptures, qui représentaient des apôtres et des saints. U lut honiblemeut mutilé par les protestants.

Un fort beau clocher en pierre , le plus élevé des clochers de la ville , existait en 15^0 , époque à laquelle il s'écroula. U fut sans doute alors rémplacé par la flèche en cbai^pente qui , avant la ré-> vobitioa , reiifnrmait o^mn^e celle de SaintiB-^ladegonde , les petilee doehes dites les primet^ Le clocher actuel était surmonté alofs d'une toiture plus gracieuse et plus élevée , terminée par une lanterne, mais il ne contenait pas les cloches qui étaient trop grosses et trop lourdes.

Vendue natioualement, l'égUse de St-Hilaire , doot Tac^udica-

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