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CHAPITRE XL

Le Laboratoire humain.

61. Les matériaux mis par la nature au service de l'homme sont pour la plupart à l'état brut. Le minerai de fer enfoui dans le sein de la terre n'est utile à personne. C'est lorsqu'il est extrait de la mine, fondu et purifié aux grands fourneaux, puis transformé en acier, qu'il est prêt à être utilisé pour la confection d'instruments et d'appareils indispensables. Avant de devenir un meuble de prix, l'arbre doit d'abord être abattu, scié, raboté, assemblé et poli. Le diamant, lorsqu'il sort de la mine, est couvert d'une couche opaque qui doit d'abord être enlevée, puis il est taillé et poli. Ce n'est qu'alors qu'il devient une pierre précieuse.

Mais toutes ces transformations sont bien simples si on les compare aux changements nécessaires pour faire passer un aliment ou un breuvage à l'état de cellules, d'organismes, de corps vivants. De tous les procédés de la nature, le plus étrange, le plus compliqué et le plus mystérieux est sans contredit celui qui change un morceau de pain ou un fruit, en éléments reconstitutifs du corps humain.

C'est surtout à l'appareil digestif que revient l'honneur d'accomplir cette admirable métamorphose. La digestion n'est autre chose que la transformation des produits alimentaires, de façon à les rendre propres à la réfaction de notre corps. Nos aliments doivent entrer dans notre sang avan*: de pouvoir être mis à la disposition des cellules ouvrières. Or un

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grain de blé, une pomme, un morceau de pain ne peut entrer dans le sang; il ne peut même pas, sous cette forme, entrer dans le corps. La nourriture qui est dans la bouche ou dans l'estomac est encore en dehors du corps. Avant qu'elle puisse y entrer et s'y assimiler, elle doit être transformée au point de pouvoir passer dans le sang et dans la lymphe à travers les parois du canal alimentaire.

Le laboratoire vivant dont les organes préparent les matérieux nécessaires à la reconstitution du corps, c'est l'appareil digestif.

Chez l'homme il a deux ouvertures : l'une, d'entrée qui est la bouche ; l'autre, de sortie qui est l'anus.

Après la bouche se succèdent le pharynx, l'œsophage, l'estomac, l'intestin grêle et enfin le gros intestin.

L'atelier de Triage.

62. La bouche ou cavité Duccale peut être appelée la salle de triage, ou salle préparatoire. Les papilles du goût jouent le rôle de receveurs. La langue, les joues, les lèvres sont les trieuses, tandis que les dents et les glandes salivaires font la fonction de meunières ou de meules à broyer.

Les papilles du goût sont secondées dans leur travail par celles de l'odorat et par la vue. Les aliments qui passent l'inspection de ces trois experts peuvent être certains d'être assimilés.

La surface de la langue est couverte de petites élevures appelées papilles. Elle est occupée à l'arrière par une dizaine

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L'Atelier de Triage.

Le Laboratoire humain.

de ces élevures disposées en forme de V, le V lingual. C'est là que réside le sens du goût. Les saveurs douces sont perçues à l'extrémité de la langue, les saveurs acides sur les

2 c ô tés, et les saveurs

amères à la base. Un bon nombre de saveurs que nous croyons percevoir par le sens du goût le sont réellement par le sens de l'odorat. Un a 1 i ment qui n'a ni goût ni saveur est presque sans effet sur le corps. L'estomac n'en fait aucun cas.

Le professeur Pawlow, physiologiste russe bien connu, a étudié très attentivemen t l'influence des sens sur la digestion, par des expériences faites sur des chiens. Il introduisait des aliments dans leur estomac par u n e ouver ture artificielle ;

WSrô ((!)) Jiïti 'JS&siffiï ^sque l'opération était

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meil, la sécrétion du suc gastrique était très faible durant plusieurs heures ; mais lorsque le savant préparait de la viande

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sous les yeux de l'animal, le suc gastrique apparaissait dans les cinq minutes et en abondantes sécrétions.

Le fait que les papilles du goût ont été placées dans la première salle de l'appareil digestif indique assez clairement l'importance du rôle qu'elles ont à jouer. Mais à voir manger certaines personnes, on dirait qu'elles n'ont aucun sens du goût : la nourriture ne reste qu'un instant dans leur bouche, d'où elle est immédiatement précipitée dans l'estomac.

Pour être profitable à l'économie, un repas devrait être une source de jouissance, mais il ne devrait jamais se prolonger jusqu'au point où l'on se sente rassasié. Une personne manquant d'appétit devrait attendre que la faim paraisse, au lieu de manger par devoir ou pour agréer à son entourage. Cette recommandation s'adresse spécialement aux personnes qui, durant des semaines entières, conservent une langue épaisse, chargée de germes et de leurs poisons. Faute de sauter un repas ou deux, elles perdent tout le plaisir de la table et privent leur corps d'un stimulus naturel et salutaire.

On se corrigerait peut-être de l'habitude déraisonnable de manger à la hâte si l'on réfléchissait qu'il n'y a pas de papilles gustatives dans l'œsophage ni dans l'estomac. La physiologie du goût prouve clairement que l'intention de la nature était que les aliments demeurassent dans la bouche aussi longtemps qu'ils continuent à stimuler les papilles du goût. Le bol alimentaire n'est prêt à être avalé que quand le goût des aliments a presque disparu. Le plaisir de manger ne consiste pas tant à avaler qu'à mastiquer les aliments et à en percevoir les saveurs. Quand l'acte de la manducation s'accomplit normalement, les nerfs se détendent, le sang circule librement et tout le corps sent un bien-être général.

Le mastication des aliments en fait ressortir la saveur, et par conséquent stimule le goût. C'est là la fonction des trente-deux jolies et solides meules blanches qui ornent notre bouche. Aussi longtemps que le bol alimentaire n'est pas complètement trituré et ingéré de salive, le goût persiste ; mais cette opération terminée, il disparaît. Essayez cette petite expérience avec une noisette, une croûte de pain ou une pom-

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me. Les enfants auxquels on enseigne à manger lentement et à mastiquer proprement sont moins sujets que les autres aux maux de gorge et aux obstructions nasales.

On ne saurait trop insister sur une mastication complète, car elle, est en relation intime avec la santé. Des aliments qui autrement seraient très indigestes deviennent ainsi digestibles. Mais pour manger convenablement il faut faire un effort de volonté, un acte de caractère.

La mastication stimule les six glandes salivaires et augmente la sécrétion du suc digestif, et cela d'autant plus que la nourriture est plus sèche. Non seulement la salive humecte la nourriture et rend la déglutition (l'acte d'avaler) possible, mais elle convertit l'amidon en sucre ou maltose.

Les papilles du goût trient la nourriture, et les dents, la langue et les glandes salivaires la préparent pour le département suivant dans la fabrique vivante. Alors elle doit ê.re avalée. Cet acte s'appelle déglutition. Avaler est très facile, et pourtant c'est une action très compliquée, nécessitant le travail harmonieux d'environ soixante muscles. Mais comme elle est en grande partie involontaire, nous ne pensons pas beaucoup à ces muscles.

63. Dans l'adulte le canal alimentaire a une longueur d'environ trente pieds. Il est à peu près dix fois plus long que le tronc. Dans les animaux carnivores il est beaucoup plus court.

Il y a plusieurs stations d'arrêt le long du canal, où des changements nécessaires de la nourriture ont lieu. Chaque partie du canal et chaque point d'arrêt a un nom spécial et a à remplir une fonction spéciale. Il y a d'abord la bouche, ou entrée ; deuxièmement, le pharynx ; troisièmement, un long passage rond, appelé gosier ou œsophage, quatrièmement, une grande station d'attente, appelée l'estomac ; cinquièmement, un vrai canal, un canal très sinueux d'à peu près vingt pieds de long, appelé le petit intestin; sixièmement, une jonction, ayant la forme d'un sac, appelée caecum ; septièmement, un grand canal d'à peu près six pieds de long passant autour du canal sinueux, appelé le grand intestin, ou le côlon ; huitièmement,

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le terminus, ou rectum, fermé par un muscle à l'anus. Deux canaux plus petits se vident dans l'intestin près de l'estomac. J /un vient du fuie et l'autre vient du pancréas.

Le canal alimentaire est situé derrière le larynx, les poumons et le cœur, descendant à travers les deux chambres principales du tronc, — la poitrine et l'abdomen. Avec sa grande station d'arrêt, l'estomac, et ses nombreuses circonvolutions il occupe presque tout l'espace de l'abdomen. Il se fait un passage complet à travers le corps. Il est doublé dans toute sa longueur de la membrane muqueuse ou, comme on l'appelle parfois, la peau intérieure. En regardant nos lèvres on peut voir où la peau extérieure finit et où la peau intérieure ou membrane muqueuse commence.

Dans la première section du canal alimentaire, la bouche, il y a les dents, la langue et les amygdales ; c'est là que se vident les conduits des glandes salivaires.

64. Les dents concourent au travail de la digestion, broyant et triturant la nourriture. Ceci s'appelle mastication.

Les premières dents de l'enfant sont de courte durée, et sont appelées dents de lait ou temporaires. Les premières dents de lait apparaissent vers le sixième mois. A la sixième ou septième année presque toutes les dents permanentes les ont remplacées. Chaque dent permanente, en croissant, pousse devant elle la dent de lait, et finit par la faire tomber.

Les incisives du bas ou médianes apparaissent d'abord, puis leurs correspondantes supérieures, ensuite les incisives supérieures latérales et puis les incives inférieures latérales. Les canines supérieures, appelées dents d'œil, et les canines inférieures ou dents d'estomac, apparaissent ordinairement du dix-huitième au vingt-quatrième mois. Toutes les mo'.a'.res font ordinairement leur apparition avant ou pendant la troisième année.

Si la mastication est nécessaire pour les aliments, elle l'est aussi pour les dents. Faute de s'occuper à broyer nos aliments, celles-ci commenceront à se gâter. Comme tous les autres organes du corps, elles ne conservent leur vigueur qu'à condition d'être soumises à la loi du travail.

Si on les prive de l'exercice en ne prenant que des aîi-

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ments tendres, ou si l'on avale sa nourriture avant de l'avoir mastiquée, les dents, privées d'occupation, sont exposées a la carie, c'est à-dire a une décomposition prématurée. D'autre pari, il est bon de se souvenir que les dents n'ont pas été faites pour casser des noix, pour couper du lil ou pour mâcher du verre.

La surface de la dent qui sert à mâcher s'appelle couronne. C'est cette partie qui est couverte d'émail. La seconde partie, ou collet, est sous la gencive. La troisième partie, ou racine, est solidement attachée dans l'os maxillaire. Un petit nerf et un petit vaisseau sanguin courent dans la racine de chaque dent.

Dès qu'il nous manque une dent, la nourriture ne peut plus être mastiquée convenablement. Si nos dents sont en mauvais état, la nourriture entre mal préparée dans le canal alimentaire. Si elles ne sont pas nettoyées, les restes d'aliments qui s'y attachent fermentent et forment un acide qui ronge l'émail de la dent et amène la carie. Sitôt que le nerf de la dent est exposé à l'air ou attaqué par les germes, le mal de dent se déclare. La raison pour laquelle le mal de dent est plus douloureux que tant d'autres maux, c'est qu'on ne peut presque rien faire pour le soulager. La seule chose à faire c'est de charger un dentiste de remplir le trou qui s'est formé ou de faire disparaître le nerf.

L'aspect de la denture d'une personne est un bon indice de son caractère. Si la porte d'entrée d'une maison est brisée ou renversée, il y a là un signe certain de négligence ou de paresse chez le propriétaire.

L'habitude de nettoyer ses dents régulièrement conserve la louche indemne de mausaises odeurs, les dents blanches et nés, et prévient la carie prématurée, qui est une indication d vieillesse prématurée.

L'atelier de Pétrissage.

66. L'ingestion (\v> aliments terminée, par la double opéra ion de la préhension et de la mastication, le bol alimentaire esl prêt «à passer par une deuxième opération qui s'accomplit

dans l'estomac, ou. si vous voulez, dans l'atelier de pétrissage.

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L'estomac est une vaste poche musculaire située en dessous du diaphragme et suspendue obliquement, de telle façon que le partie gauche ou supérieure est cachée sous les côtes tandis que la partie droite est couverte par le foie. L'ouverture supérieure, qui le fait communiquer avec l'œsophage, s'appelle le cardia; l'ouverture inférieure, qui s'ouvre sur le duodénum, est appelée pylore, de deux mots grecs, qui signifient gardien de la porte. Chacune de ces deux ouvertures est fermée par une valve : la valve cardiale et la valve pylorique.

Grâce à trois couches de muscles, l'estomac est capable de se contracter dans toutes les directions. La couche extérieure le contracte dans sa longueur ; la couche moyenne, dans le sens de sa largeur, et la couche intérieure, obliquement. Cette dernière est garnie d'une couche muqueuse ou peau humide et veloutée présentant un grand nombre de replis qui lui permet de s'étendre en même temps que l'estomac. Elle contient des millions de glandes ouvrières sécrétant la pepsine, le mucus et le suc gastrique. La travail accompli en un jour par ces glandes est simplement merveilleux : elles ne sécrètent pas moins de cinq à dix pintes de suc gastrique par jour, soit à peu près le dixième du poids du corps entier. Ce qui n'est pas employé pour la digestion des aliments est réabsorbé par le corps, un des nombreux exemples de l'économie pratiquée par la machine humaine.

Cinq minutes à peu près à partir du moment où les centres du goût dans le cerveau sont ébranlés par la vue ou la pensée de la nourriture, le suc gastrique commence à dégoutter comme une pluie fine des parois de l'estomac. Vers le même moment, le mouvement de l'estomac commence lentement et s'accélère peu à peu jusqu'à ce que la bouillie alimentaire, suffisamment brassée, est prête à passer dans le troisième atelier, l'intestin. C'est là le mouvement péristaltique de l'estomac, mouvement qui se continue aussi longtemps qu'il renferme des aliments, mais qui peut s'arrêter si l'estomac est trop fatigué ou trop chargé.

L'opération qui se poursuit dans l'estomac, où les aliments sont réduits en bouillie sous l'action puissante du suc gastrique, est non seulement mécanique, comme dans la bouche.

PLANCHE V. Estomac et Duodénum.

Le foie et la plus grande partie des intestins ont été omis ici, pour exposer la position des reins et de l'estomac.

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