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CHAPITRE XVI

Thé, Café, Tabac et Opium.

Que faut-il penser, au point de vue physiologique, de nos boissons chaudes à la mode: le thé et le café?

Depuis un certain nombre d'années, de savants chimistes et physiologistes ont soumis le principe actif de ces plantes à une sévère analyse. Voici la découverte qu'ils ont faite : le thé attaque le système nerveux, en affaiblissant la cellule nerveuse. Chaque tasse de thé fort contient de un et un et demi à trois grains (de 0 gr. 06 et 0 gr. 09 à 0 gramme 19) de théine (ou de caféine) et de onze à vingt pour cent de tannin. Or la caféine est un poison pour les cellules ouvrières, et le tannin entrave les tissus alimentaires dans le travail de la digestion.

Le thé n'est pas un aliment ; il ne renferme aucunes propriétés nutritives. C'est un stimulant ; il exerce sur les cellules l'effet d'un coup de fouet.

Après qu'on a fait usage de thé durant quelques années, il est facile de constater que la santé est atteinte dans son énergie vitale. Les nerfs sont affaiblis ; on se sent atteint de nervosité; les mains tremblent; on a des maux de tête; le cœur a des caprices, des palpitations; on manque de sommeil.

L'habitude de boire du café donne lieu aux menus constatations: c'est le même larron qui, sons un autre nom, est entré dans l'économie, sauf que le café ne renferme pas autant de tannin que le thé. Il y a plus de caféine dans une

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livre de thé que dans une livre de café ; mais on boit le café plus fort que le thé, ce qui fait que les résultats sont à peu près les mêmes. Le café renferme un peu de graisse, mais elle est indigestible, de sorte que le café non plus ne peut jouer aucun rôle dans l'alimentation.

Le thé et le café ne sont pas seulement des voleurs d'énergie, ce sont aussi des menteurs. Introduits dans l'estomac, ils lui font accroire qu'il n'a plus besoin d'aliment ; en enlevant le sentiment de la faim, ces boissons poussent le consommateur à s e nourrir i n s u ff isamment. Qui n'a pas ent e n d u la

Quand vous buvez du thé, vous introduisez un voleur dant votre corps.

phrase proverbiale du buveur de thé : "La faim me prend ; prenons une tasse de thé." Ce lieu commun n'est pas une plaisanterie.

Vous vous sentez effectivement plus fort après avoir pris une tasse de thé ou de café; mais c'est parce que vous avez été le jouet d'un habile cambrioleur qui vous fait croire qu'il vous a donné quelque chose quand il vous a volé ce que vous aviez. Le stimulant vous fait vivre sur votre force d'épargne. Si vous le laissez faire, il épuisera votre compte de banque. Mais comment remplacer des boissons chaudes devenues si populaires et considérées comme une partie indispensable de nos repas? Dans plusieurs pays, on a commencé depuis quelques années à livrer au commerce des produits destinés

Thé, Café, Tabac et Opium.

à remplacer le café de Java et le thé de Chine. Ce sont des produits à base de céréales diverses, torréfiées et additionnées d'une certaine proportion de sucre ou de malts. Sans renfermer l'arôme spécial des thés et des cafés ordinaires, ces succédanés les remplacent fort bien au point de vue de l'élément liquide nécessaire au corps, tout en évitant les dangers renfermés dans les infusions à la mode.

Le Tabac devant la Science.

Quel est le dossier de l'habitude du tabac au tribunal de la science? Elle le condamne non pas ' seulement comme rienteur et comme voleur, &

mais comme meurtrier.

Le tabac, introduit en *

en France par P. Nicot, ne se jette pas sur les j

cellules ouvrières armé d'un poignard, et il ne les tue pas instantanément, mais il se glisse furtivement au milieu d'elles pour les empoisonner à petit feu. A sa première apparition dans le corps, cet intrus produit une telle commotion parmi les cellules qu'elles prennent mal et, pour se débarrasser de cet inconnu désagréable, elles font un eport héroïque au risque d'expulser tout le contenu de l'estomac. Les ouvrières du cerveau sont prises de vertige ; celles des muscles se mettent à trembler ; le mal tête se déclare ; une sueur froide perle sur votre front ; votre cœur bat précipitamment. Toutes les ouvrières du corps étant engourdies, le travail de la machine humaine est momentanément arrêté.

Les

cochons burent l'eau d'.

vingt-sept en moururent.

tabac cl.

138 Le Guide de la Santé.

Mais si l'expérience est renouvelée, les cellules ouvrières finiront par se soumettre ; elles accepteront l'usurpateur et feront leur possible pour tolérer sa présence. Alors le fripon a gain de cause, et il peut détruire et saccager tout à son aise. En effet, votre corps devient le théâtre d'un lent empoisonnement qui embrasse les cellules de l'estomac, des intestins, du foie, de la peau et même du cerveau. Petit à petit, mais d'autant plus sûrement, la digestion périclite; le foie, le cœur, les poumons s'affaiblissent ; les pores de la peau s'encrassent; la force de volonté, la rectitude de jugement et la pureté de conscience s'altèrent; le caractère perd sa noblesse et son désintéressement.

L'habitude du tabac irrite la gorge, affaiblit les cordes vocales, et provoque fréquemment le cancer des lèvres et de la gorge.

Il y a des années, l'auteur de ces lignes habitait dans le voisinage d'un fermier qui cultivait le tabac. Un jour d'automne, après avoir fini sa récolte et lavé les feuilles de son tabac, le fermier versa l'eau dont il s'était servi dans l'auge où ses trente cochons engraissés venaient se désaltérer. Il en résulta que tous ses animaux, qu'il comptait vendre avec profit dans le courant de la semaine, tombèrent malades, et qu'il en mourut vingt-sept.

Fermez au tabac l'accès de votre demeure si vous désirez conserver un corps sain et un esprit lucide. Un jeune homme qui se met à fumer et à chiquer restera mal développé de taille, inférieur de thorax et de puissance mpsculaire, aura le cœur faible, et n'atteindra jamais la perfection physique à laquelle il avait le droit d'aspirer. Il aura le teint jaune et l'expression terne ; il perdra la mémoire, et sera plus attiré vers les plaisirs inférieurs que vers les nobles causes.

La cigarette tue, bon an mal an, des milliers de jeunes gens. Partout et toujours, le tabac est un destructeur impitoyable.

L'Opium.

Un autre ennemi mortel des cellules du corps humain, c'est l'opium. On obtient ce liquide d'un pavot cultivé en Asie.

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L'opium renferme un poison appelé morphine, de Morphée, le dieu du sommeil. L'opium est elassé dans les narcotiques, parce qu'il endort, assoupit, engourdit, hébète.

La morphine se prend quelques fois pour amortir la douleur ; mais on ne devrait y avoir recours que quand la douleur n'est pas supportable sans cela, et alors même seulement sur prescription médicale.

La douleur est un avertisseur envoyé par les nerfs pour annoncer qu'il y a péril en la demeure, c'est-à-dire danger de mort pour les cellules. La morphine, en endormant les cellules, fait cesser leurs cris, mais elie n'écarte pas le danger, et n'apporte pas de remède. L'avertissement a cessé, mais ce qui n'a pas cessé, ce qui continue, c'est l'inflammation, la congestion, le mal quelconque qui faisait crier les cellules. L'opium est en définitive un de ces faux prophètes dont parle l'Ecriture sainte, et qui disent : "La paix, la paix, quand il n'y a pas de paix."

Des personnes qui ont reçu du soulagement en recourant à l'opium, continuent à en user après même que le mal a disparu. Elles continuent à droguer les cellules jusqu'à ce qu'elles deviennent les esclaves d'un maître cruel et despotique.

Un grand nombre de jeunes mères de famille ont recours à des sirops renfermant de l'opium pour tranquilliser leurs bébés et les empêcher de crier. Rien n'est plus dangereux peur les tendres organes de leurs nourrissons. Cette malheureuse pratique a fait périr des milliers de petits enfants et laisse des traces funestes sur des centaines de mille autres qui ne sont pas morts. On a vu un bébé tué par une seule goutte de laudanum, préparation à base d'opium.

De même que l'alcool et le tabac, l'opium affaiblit la volonté et altère le caractère : la personne qui s'y adonne devient soupçonneuse, rusée et peu véridique.

Ceux qui se font une juste idée des grâces et des trésors de l'organisme humain hésiteront, — une fois renseignés sur les effets délétères des poisons énumérés dans ce chapitre, — a les introduire dans leur économie et à se livrer sans défense

Le Guide de la Santé.

à la merci d'une bande de filous et de meurtriers, quelle que soit d'ailleurs la respectabilité dont ils jouissent dans la société. Connaître son corps, c'est l'aimer et le protéger contre tout venant.

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