CHAPITRE XXI
Le Soin des Enfants.
Les enfants constituent pour un peuple la plus belle des richesses. Certains pays, — la France entre autres, — privés volontairement des "gracieux contingents qui devraient sans cesse envahir les berceaux," voient leur population diminuer à vue d'ceil. C'est là un grave péril que des hommes généreux s'efforcent de conjurer, et qui, s'il n'est pas enrayé, menace l'existence de la patrie. D'autres peuples, — comme le Canada français, — qui ont conservé une admirable fécondité, voient ces "troupes fraîches" décimées par une mortalité infantile alarmante. Pour faire un peuple fort, moral, instruit, il faut d'abord que ses familles aient des enfants, mais il faut aussi qu'elles sachent les garder.*
Malheureusement, l'hygiène de l'enfance est une science inconnue de la plupart des jeunes ménages. Il est donc urgent de populariser les connaissances essentielles à la conservation de l'enfance, surtout durant les douze premiers mois de l 'existence.
Dans la moyenne, le dix pour cent des petits entants meurt durant le premier mois de leur existence. C'est durant la première année que la mortalité infantile est le plus grande. Les causes de décès les plus communes durant la première année sont les suivantes : débilité constitutionnelle, maladies intestinales, coqueluche, convulsions, rougeole et pneumonie.
*Voycz la Note insérée à la fin de ce chapitre.
Le Guide de la Santé.
irritants.
Nous passons ci-après en revue les moyens les plus propres à conserver la vie de l'enfance.
Médecines. — L'emploi des médicaments ne doit jouer qu'un rôle très effacé dans le soin des enfants. Beaucoup plus importante est la part de l'hygiène, de l'alimentation, du vêtement, de la ventilation et des soins en cas de maladie. L'estomac d'un enfant est très délicat, et supporte mal des médecines. Dans la majeure partie des maladies aiguës, les enfants se remettent sans l'emploi des médicaments.
Le bain. — Jusqu'à la chute du cordon, baignez l'enfant dans de l'eau à 100 degrés Fahrenheit et dans une chambre chauffée ; rincez le corps avant de le sécher ; évitez les savons Le bain doit être donné chaque jour. Sans être indispensable, la baignoire est le meilleur ustensile. Pendant les six premiers mois, l'eau doit être à 98°. Rafraîchissez-la légèrement avant de terminer le bain. Après six mois, diminuez chaque mois d'un degré jusqu'à ce que vous arriviez à 90°, en rafraîchissant l'eau rapidement vers la fin du bain. Après la seconde année, donnez à l'enfant une friction rapide à 80°, et séchez-le promptement et vigoureusement. La plupart des enfants aime l'eau froide et elle leur est favorable.
Le poids. — A sa naissance, l'enfant pèse en moyenne sept livres et demie. A partir de la seconde semaine, il devrait augmentai ^ jusqu'à une demi-livre par semaine du-
rant les six premiers mois ; ensuite, l'augmentation est plus lente. Au bout des cinq
premiers mois, le bébé devrait avoir doublé son poids, ce qui veut dire qu'il devrait peser quinze livres. Le fait qu'un bébé est très gras n'est pas toujours la preuve qu'il est en bonne santé. Les bébés très gras sont plus susceptibles au croup et à d'autres maladies.
Le Vêtement. — Le vêtement le plus chaud et le plus con-
Le Soin des Enfants. 205
fortable d'un nouveau-né est la flanelle. Jusqu'à ce que le bébé puisse s'asseoir, tenez-le sur vos genoux pour lui faire sa toilette ; repliez ses langes sur ses pieds, mais pas sur sa tête. Le maillot ne devrait être ni trop serré ni trop libre. Les bras et les jambes doivent avoir quelque mouvement. Veillez à ce que ses langes ne soient pas retenus par des boutons ou de grandes épingles de sûreté, qui fassent pression dans le dos. On peut se servir de la bande abdominale pendant trois ou quatre mois, quoiqu'elle ne soit pas nécessaire aussi longtemps. D'habitude, on met trop de vêtements aux enfants et on les couvre trop durant leur sommeil.
Alimentation. — En attendant la montée du lait qui tardera environ quarante-hui heures, l'enfant doit être mis au sein toutes les quatre heures. Après cela, nourrissez-le toutes les deux heures et demie durant le jour et deux fois durant la nuit. Si l'enfant est fort et vigoureux, et que le lait de la mère ne soit pas suffisant les premiers jours, il faut y suppléer par un mélange de une cuillerée à thé de crème sur sept d'eau tiède. Evitez les thés et les décoctions. Par contre, donnezlui fréquemment de l'eau tiède à boire. Au bout de six semaines nourrissez-le toutes les trois heures. La plupart des enfants sont nourris trop souvent, et par conséquent suralimentés. Un grand nombre de ceux que j'ai examinés étaient affligés d'une dilatation d'estomac provenant de cette cause.
Au bout de trois mois, il n'est pas nécessaire de nourrir un enfant entre dix heures du soir et six heures du matin. Nourrissez à heure fixe. Si le bébé crie une demi-heure avant son repas, donnez-lui quelques cuillerées à thé d'eau tiède. C'est souvent la soif qui fait pleurer les bébés. A neuf mois, l'enfant n'aura pas besoin de plus de quatre repas par jour, et au bout de la première année, trois repas suffiront. Après le sixième mois, une chose excellente sera de donner à l'enfant une ou deux cuillerées à thé de jus d'orange douce, deux fois par jour, entre les repas. A neuf mois, augmentez la portion ou remplacez-la par de la pomme râpée, de la pomme cuite au four ou de la marmelade de pruneau. Pendant la seconde année, il faudrait lui donner la moitié du jus d'une
206 Le Guide de la Santé.
orange douce deux fois par jour. Le meilleur moment est à dix heures du matin et à quatre heures du soir.
Ce changement de nourriture sera beaucoup plus favorable à l'enfant que de le nourrir plus fréquemment. La pomme râpée peut remplacer le jus d'orange. On peut aussi lui donner du jus de citron additionné d'une quantité raisonnable de sucre. L'enfant à la mamelle doit téter de quinze à vingt minutes; en règle générale, un sein suffira pour cela. Ne laissez pas l'enfant sommeiller ou s'endormir le mamelon dans la bouche. C'est une mauvaise habitude.
La nourriture de la mère doit être abondante et nourrissante. Mais elle doit éviter le thé, le café, la bière et toutes les boissons alcooliques. La mère qui nourrit n'est pas tenue de se priver de fruit. Un fruit qu'elle peut prendre sans inconvénient ne fera pas de tort à l'enfant. Ce qui excita l'enfant et lui donne la colique, c'est le souci, la fatigue, les excitations et la colère chez la mère.
S'il faut recouvrir à la nourriture artificielle, la meilleure est le lait de vache coupé d'eau. Bon nombre des préparations livrées au commerce sont absolument impropres à l'alimentation des jeunes enfants. C'est surtout le cas des céréales maltées et du lait condensé. Les enfants élevés avec ces produits sont fréquemment atteints de scorbut et de rachitisme. Très peu nombreux sont les enfants qui ne prospèrent pas au lait de vache convenablement dilué. Si ce lait ne va pas à l'enfant, c'est que la dilution doit être modifiée. Un peu d'attention suffira pour trouver la juste proportion, et pour permettre à l'enfant de prospérer et de grandir.
Le lait de vache contenant beaucoup plus de caséine ou d'albuminoïdes que le lait humain, cela rend la dilution nécessaire : par contre, comme il renferme moins de lactose ou sucre de idit, il faut y ajouter du sucre.
De la première à la sixième semaine, ajoutez quatre parties d'eau pour une partie de lait ; pendant les six semaines suivantes, trois parties d'eau ; pendant six semaines encore, d'eux parties; et de là jusqu'à l'âge de neuf mois, parties égales d'eau et de lait. A neuf mois, l'enfant peut prendre du lait pur. Il est prudent de bouillir l'eau.
Le Soin des Enfants. 2O7
A la naissance, l'estomac d'un enfant peut contenir une once de liquide soit deux cuillerées à soupe. Sa capacité s'augmente de une once par mois durant les six premiers mois. Au bout de quatre semaines, l'enfant pourra prendre quatre cuillerées à soupe d'aliments par repas. Sucrez le lait de vache avec de la cassonnade ou sucre brun. Employez toujours du lait frais et provenant de plusieurs vaches plutôt que d'une seule.
Du lait près d'aigrir est une fréquente source de maux d'entrailles chez les enfants nourris artificiellement. A moins d'avoir de la glace ou un bon réfrigérateur, il faut préparer chaque repas séparément. On peut se servir d'une bouteille, mais il vaut mieux nourrir à la cuiller. Il n'y a pas de perte de temps à tenir propres une cuiller et une casserolette en émail. Si vous faites usage d'une bouteille, employez le modèle Hygéia.
Pour être sûr d'avoir du lait frais, procurez-vous-en le matin et le soir, si possible. Pour faciliter l'emploi du lait de vache, nous allons donner ci-dessous un certain nombre de formules allant jusqu'au dixième mois. La quantité indiquée chaque fois est celle d'un repas.
Une bonne manière de se procurer de la crème, est de placer le lait dans un ustensile en verre où vous le laissez reposer quatre ou cinq heures dans un endroit frais. La crème obtenue au bout de ce temps renferme douze pour cent de graisse.
Du Premier au Quatrième Jour-'
Crème 1 cuillerée à thé.
Eau bouillie 7 cuillerées à thé.
Du Cinquième Jour la fin de la Seconde Semaine-'
Crème 2 cuillerées à thé.
Lait I/2 cuillerée à thé.
Eau de chaux Yz cuillerée à thé.
Sucre brun 35 grains (2 grammes Va ) .
Eau bouillie 2 cuillerées à thé.
Le Guide de la Santé.
Troisième et Quatrième Semaines:
Crème 3 cuillerées à thé.
Lait i ui1lerée à thé.
Eau de chaux lA cuillerée à thé.
Sucre brun presque 1 cuillerées à thé.
Eau bouillie 3-4 cuillerées à thé.
Deuxième Mois:
Crème i à 1V2 cuillerée de table.
Lait 2 cuillerées à thé.
Eau de chaux presque 1 cuillerée à thé.
Sucre brun 1 cuillerée à thé.
Eau bouillie 435 cuillerées à thé.
Pour avoir la mesure de la quantité exacte de sucre, demandez à un pharmacien de vous la peser ; placez cette quantité dans une cuiller à thé et servez-vous-en comme échantillon.
Le lait de l'enfant doit être chauffé et maintenu à la température de 100 pendant qu'il boit. Pour cela, il faudra quelques fois placer fréquemment là bouteille ou le bol dans un récipient renfermant de l'eau chaude.
Cinquième Mois (nourrissez toutes les trois heures et demie) :
Crème 1% à 2 cuillerées de table.
Lait 2 à 3 cuillerées à thé.
Eau de chaux 1 cuillerée à thé.
Sucre brun 1% cuillerée à thé.
Eau bouillie 5à6 cuillerées à thé.
Cinquième Mois (nourissez toutes lest trois heures et demi) :
Crème 2% cuillerées de table.
Lait 1 cuillerée à thé.
Eau de chaux 1 forte cuillerée à thé.
Sucre brun environ 2 cuillerées à thé.
Eau bouillie 6 cuillerées à thé.
Du Sixième au Dixième Mois:
Crème 3 à4 cuillerées à thé.
Lait V/2, à 2 cuillerées à thé.
Eau de chaux 1V2 cuillerée à thé.
Sucre brun environ 2^ cuillerées à thé.
Eau bouillie 7 à 10 cuillerées à thé.
Le Soin des Enfants. 209
Si l'enfant se porte bien, on peut après le sixième ou le septième mois, remplacer une partie de l'eau des formules ci-dessus par de l'eau d'avoine ou de l'eau d'orge. Pas d'amidon avant le sixième mois. Augmentez très graduellement la quantité de mois en mois.
Si l'enfant a la digestion difficile, il faut diminuer les proportions indiquées et distancer davantage les repas. Un enfant robuste, doué d'une bonne digestion, demandera au contraire que les quantités indiquées soient augmentées plus rapidement.
Si vous désirez changer le régime d'un enfant pour le mettre au régime du lait de vache, commencez par la plus faible dilution et allez en augmentant jusqu'à ce que les organes digestifs soient accoutumés au nouvel aliment. D'une façon générale, évitez de changer brusquement le régime du bébé.
Si votre nourrisson est au lait de vache, veuillez observer les points suivants :
La présence de caillots dans les selles, ainsi que la colique, sont l'indication du fait qu'il y a trop de lait pur, c'est-à-dire trop de protéides ; il faudra donc en réduire la proportion pour un certain temps, quitte à augmenter de nouveau.
Des selles aigries indiquent qu'il y a trop de sucre, et peut-être trop de graisse. Réduisez la quantité de sucre et de crème.
Des selles d'une odeur désagréable et blanches indiquent trop de graisse (de crème).
Un vomissement venant immédiatement après le repas est la preuve d'un repas trop copieux; ou l'enfant a le ventre trop serré, ou il a été trop brusquement remué.
Des vomissements de lait suri, coagulé, ou -de liquide transparent arrivant une ou deux heures après le repas, sont la preuve qu'il y a trop de graisse dans le lait.
Si l'enfant n'a pas l'air satisfait après le repas, augmentez d'abord la quantité puis ensuite la force nutritive.
C'est une grave erreur de changer l'alimentation d'un enfant tous les deux ou trois jours.
15 — P G Freneh
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La Colique infantile. — C'est une des plus grandes épreuves du premier âge. Il n'est guère probable qu'elle continue au-delà du troisième mois. Elle est due à l'indigestion et à un excès de caillots ou de protéides dans le lait. Elle peut aussi provenir de chagrin, de fatigue ou d'une alimentation imprudente chez la mère. La colique résulte également de pieds froids ou de refroidissement. Le meilleur antidote, c'est de faire boire à l'enfant de l'eau assez chaude, soit par la bouteille, soit avec une cuiller; soulevez-lui en même temps la tête, ce qui permettra à l'estomac de se débarrasser de ses gaz. On peut aussi le soulager en lui mettant des flanelles chaudes sur l'abdomen ou en le couchant, le visage en bas, sur une poche de caoutchouc renfermant de l'eau chaude. De bons résultats sont souvent obtenus au moyen de lavements à 102°, employant pour cela une canule de gomme numéro 15 au lieu d'une canule de caouchouc dur ou en verre. Pendant que l'eau coule, faites pénétrer le tuyau de huit à dix pouces.
On emploie aussi avec succès certains thés et de l'huile de menthe. Mais il arrive aussi qu'en dépit de tout ce que l'on peut faire, le bébé sera réveillé par la colique avant le jour, quand le sommeil est le plus doux et que la maison est froide. Ne vous découragez pas, la colique ne tue pas, et si rien d'autre ne réussit, le temps lui-même se chargera de l'emporter.
Sevrage. — C'est vers le neuvième mois qu'on doit sevrer l'enfant. Cela peut se faire en quelques jours. Il suffit de remplacer le sein par un repas différent une fois par jour, puis deux, et ainsi de suite. Il est quelques fois prudent de sevrer plus lentement. C'est une erreur de nourrir un enfant de quinze à dix-huit mois. Il est fort peu de cas où il soit nécessaire de nourrir un enfant plus d'un an. En général, l'enfant ne se porte pas mieux, et après la première année la mère finit par s'épuiser. Il vaut mieux ne pas sevrer durant la saison chaude, à moins de raisons spéciales. On diluera d'abord de bon lait de vache dans une moitié d'eau; après la première semaine, on n'y ajoutera plus qu'un tiers d'eau; après la seconde, on peut donner le lait pur, ou une bouillie
Le Soin des Enfants.
claire faite de lait et de flocons de blé ou de maïs ou telle autre préparation de céréales.
Le Sommée. — Les premiers jours, l'enfant dort presque tout le temps. Jusqu'à l'âge de deux ans, un enfant devrait dormir de douze à quatorze heures par jour. L'indigestion ou la suralimentation rendent le sommeil agité. L'enfant devrait toujours s'endormir dans une chambre sombre et sans être bercé. Le plus mauvais moment de jouer avec un enfant c'est celui du coucher. Après la seconde année, l'enfant devrait prendre un bon somme une fois pas jour, et cette habitude devrait le suivre jusqu'à la cinquième ou sixième année. Les enfants seraient moins énervés s'ils se couchaient de bonne heure, et s'ils prenaient un som'me dans le jour à heure fixe.
Les Cris de l'Enfant. — Rien de plus naturel pour l'enfant que de pleurer une ou deux fois par jour. Une bonne crise de larmes est un excellent exercice pour les poumons et stimule la circulation. Les cris de l'enfant sont sains quand ils sont pleins et sonores. Les cris naturels finissent par s'étainre en un faible gémissement. Des cris dûs à la douleur sont soudains et explosifs, et s'arrêtent quand la douleur cesse. Les pleurs causés par la colère sont perçants ; le corps se raidit ; la tête se rejette en arrière; le visage est coloré. Dans la colique, les cris sont plaintifs, les jambes se retirent en avant, les pieds se frottent l'un contre l'autre. Dans le mal d'oreille, les cris sont perçants, et les petites mains s'ébattent autour des oreilles. La faim se traduit par un cri plaintif. Les caprices sont une cause fréquente de pleurs. Dans ce cas les larmes cesseront de couler aussitôt que le désir de l'enfant sera satisfait. Autres causes qui font pleurer les bébés : les pieds froids, les bandes trop serrées, la soif, le fait d'être couché trop longtemps dans une même position, d'avoir trop chaud par excès de couvertures.
Le Guide de la Sauté.
La meilleure manière de corriger un enfant qui crie par caprice ou par colère, c'est 4e le laisser pleurer jusqu'à ce qu'il en soit fatigué. Cela pourra durer une heure ou deux, mais au bout de deux ou trois jours de ce régime, la mauvaise habitude sera vaincue. Les parents doivent montrer de la fermeté dans l'éducation des enfants.
Selles, Constipation, Diarrhée. Chez un enfant normal, il se fera dans les premiers jours quatre évacuations par jour ; plus tard deux, et au bout de quelques mois, une seulement. Les selles doivent être tendres et d'une couleur
jaune pâle. Des selles vertes, ainsi que la présence de caillots indiquent un dérangement dans le petit intestin. Dans ces cas, il faut diluer le lait.
Pour la constipation, donnez un lavement à l'eau tiède, en vous servant d'un petit tube rectal ou d'une canule de caouchouc numéro 15, bien huilée. Mettez l'enfant à plat ventre sur vos genoux protégés par des gazettes ou un morceau de toile cirée, et ayez tout près de vous un vase de nuit ou un seau de toilette pour recevoir l'eau. Un moyen très pratique de produire une évacuation est d'introduire un suppositoire dans le rectum sous la forme d'un morceau de savon allongé, arrondi et aminci à l'extrémité. A partir du septième ou du huitième mois, il suffira, pour produire une évacuation, de donner à l'enfant quelques cuillerées à thé de jus d'orange douce.
Dans un cas de diarrhée aiguë, donnez à l'enfant une bonne dose d'huile de ricin. Supprimez un ou deux repas que vous remplacerez par de l'eau d'orge ou de l'eau de riz. Jusqu'à l'âge de six mois, la dose d'huile de ricin sera d'une cuillerée à thé; de six mois à une année, deux cuillerées; partir de deux ans, donnez une cuillerée à dessert.
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Dentition. — Les deux incisives inférieures apparaissent les premières entre le cinquième et le neuvième mois. Puis viennent les deux incisives supérieures, puis les deux incisives supérieures latérales, suivies des deux incisives inférieures latérales. Les quatres petites molaires apparaissent entre le douzième et le dix-huitième mois. Les canines percent entre le dix-huitième et le vingt-quatrième mois. Ce sont elles qui causent le plus àz douleur en perçant. Les deux supérieures s'appellent dents d'œil ; les inférieures, dents d'estomac.
Quand les gencives sont enflées et rouges, donnez à l'enfant quelques gouttes d'eau fraîche à boire et frottez doucement la gencive avec un linge trempé dans de l'eau glacée. Un frottement un peu ferme de quelques minutes éloignera la douleur. Il ne faut pas faire lancer la gencive ; cela ne donne pas de bons résultats et est rarement nécessaire. Vers le trentième mois, les vingt dents de lait auront fait leur éclosion.
Varia. — Les larmes et la transpiration font leur apparition entre la quatrième et la sixième semaine. C'est la moyenne. Des variations en plus ou en moins peuvent se produire sans qu'il faille s'en préoccuper. Ne pressez jamais un enfant de marcher. L'enfant commence à parler vers la fin de la première année. Il formera de courtes phrases dans la seconde moitié de la seconde année.
Les Habitudes. — Le caractère d'un enfant dépendra en grande partie de la manière dont il aura été élevé durant ses premières années. Les premières impressions sont les p!us durables. Vous pouvez donner à un enfant de deux jours une bonne ou une mauvaise habitude. Vous lui donnez une mauvaise habitude quand vous le prenez dans vos bras chaque fois qu'il se met à pleurer ; la même chose a lieu quand vous le mettez au sein pour l'arrêter de pleurer. L'une comme l'autre de ces habitudes produira chez l'enfant de l'impatience et une absence de maîtrise de soi-même qui deviendront plus marquées et se traduiront de diverses manières à mesure que s'écoulent les semaines, les mois et les années. C'est grâce à la faiblesse et à l'ignorance des parents dans la question de
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l'éducation première, que la plupart d'entre eux sont les esclaves de leurs enfants et se laissent dominer par eux.
Maîtriser ses désirs et ses passions, telle est la base et le principe fondamental d'un bon caractère; et si ce principe n'est pas cultivé dans le premier âge, alors que l'âme de l'enfant est molle, il souffrira une perte irréparable. Plus que jamais, il est nécessaire de rappeler aux parents la recommandation de Salomon : "Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre ; et même lorsqu'il sera vieux, il ne s'en détournera point." Heureux l'enfant qui reçoit cette discipline dans son jeune âge!
L'éducation de l'enfant doit être à la fois physique, mentale et religieuse. La première partie de la nature de l'enfant qui se développe étant sa nature physique, c'est elle qui demande d'abord à être dirigée. C'est la base de la formation d'une autre catégorie d'habitudes. Plus tard encore, viendra l'éducation religieuse, qui apportera avec elle des habitudes permanentes. La nature mentale et spirituelle de l'enfant se révèle bien plus tôt qu'on ne le suppose : il faut donc commencer cette triple éducation dès l'âge le plus tendre.
Pour être tempérant, pour être patient, pour être raisonnable, il faut être maître de soi. Sans la maîtrise de soi-même, il n'y a point de grand caractère. Salomon l'avait dit : "Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu'un héros ; et celui qui est maître de lui-même, que le guerrier qui prend des villes." Alexandre le Grand conquit le monde, mais il ne sut pas brider son appétit, et il succomba victime de son intempérance. Le self contr&l, comme disent les Anglais, est donc la première qualité qu'il s'agit de développer dans l'enfance. Placée à la base d'une vraie éducation, elle portera dans l'avenir des fruits inappréciables.
Note. — Dans la province de Québec, en 1915, la mort a enlevé 12,775 enfants en moins d'un an. A Montréal, il meurt anuellement 5,000 bébés âgés de moins de cinq ans. Au mois d'octobre 1918, le chiffre des décès de cette catégorie s'est élevé à mille.
En France, la population diminue chaque année de plus de deux cent mille âmes ; c'est une grande ville comme Toulouse qui disparaît tous les douze mois. La récente guerre vient encore de décimer cruellement la population virile.