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CHAPITRE IV

Les Caractères {suite).

Madelon , Gnafron , etc.

Madelon, elle, porte la camisole blanche, ou pet en l'air, et un bonnet aux larges canons. Elle est la digne épouse du canut besogneux. La vie et ses misères lui ont aigri le caractère. Loin de prendre l'existence par ses bons côtés comme le fait son mari, cette petite-fille de Martine nous apparaît ménagère hérissée et grondeuse. Elle raffoule toujours et Guignol ne parvient à la faire taire qu'à coups de a racine d'Amérique ». Dans le Déménagement, dout nous avons cité un fragment, elle aborde ainsi son mari : « Te v'ia encore à flâner au lieur d'être sur ton métier, pillandre (i). » Mais Guignol, habitué à sa moderne Xanthippe, se contente dans ses bons jours, — les jours où il laisse dormir le manche à balai, — de lui répondre : « Madelon, va bassiner le lit et tu laisseras la bassinohre dedans. » Au reste, on s'arrange toujours à la fin ; après s'être agonises de sottises, les deux époux font la paix et se coquent.

Malgré qu'en dise le D^ Gros qui veut (|uc Madelon

(i) Pillandre, vieille guenille d'où est venu le verbe dipillandrer, être mal vêtu.

soit peinte sous de riantes couleurs et dotée d'un caractère aimable, la tradition a fait d'elle le type de la mégère et de la femme acariâtre. Pourtant elle vaut souvent mieux que sa réputation. Dans le fond elle demeure attachée à son mari, économe, proprette avec son tablier à carreaux bleu et blanc.

Ajoutons qu'elle n'est jamais représentée en mère de famille, comme la mère Gigogne du théâtre Polichinelle. Le petit enfant est banni de notre répertoire, ainsi que la belle-mère « nœud vital de nos théâtreux modernes ».

Si Guignol est constamment gai et Madelon inexorablement méchante, en revanche, Gnafron est toujours ivre. Celui-ci est le mauvais génie de Guignol, c'est lui qui l'entraîne au cabaret et qui le pousse à rosser Madelon. Tantôt cousin, tantôt ami de Guignol, Gnafron n'a jamais changé de métier, il est regrolleur ou gnafre (i), d'où son nom. Demandez-lui sa profession, il vous

(i) Il y a quelques années, nous entendions chanter à Paris ce couplet :

Je suis fils d'un gnaf, gnaf, Qui fait des ribouis.

En fait d'orthograph', graph', Je sais peau d'zébi, etc.

On voit qu'à I,yon on dit gnafre et non gnafe. A la place de ribouis, qui est de l'argot parisien, nous aurions mis grolles ou groUons. Exemple, « Ces groUons sont de vrais barcots, avec ça je serai jamais dans mes petits souliers. »

Pétrus Borel, le lycanthrope, le fameux lyonnais romantique a donné du mot gnaf te une étymologie sussi fantaisiste que curieuse. Voir à ce sujet le petit livre de Jules Claretie sur Pétrus Borel.

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