BINET-SANGLÉ. — Loc. cit
ducteurs innombrables, constitués chacun par une série de neurones placés bout à bout. Gcs conducteurs partent de la périphérie, gagnent les centres nerveux, puis reviennent à la périphéric, formant ainsi des circuits plus ou moins vastes. »
Le circuit nerveux le plus complet serait constitué :
«1° Par un certain nombre de neurones servant à la conduction des ondulations centripètes ;
» 2° par un neurone où ces ondulations centripètes provoquent une sorte de phosphorescence qui est la sensation (neurone de sensation) ;
» 3° par un neurone où les ondulations qui viennent de donner lieu à la sensation s’enregistrent, par suite de la transformation d’une certaine substance x en une autre substance
? 1, cette transformation se faisant suivant
f un tracé qui varie pour chaque sensation (neurone de mémoire);
1. Voir BINET-SANGLÉ. — Les lois psychologiques de l’hiérogénie. Revue de l'Hypn. el de la Psych. physiol., 1898, 1899, 1900.
» 4° par un neurone où les ondulations précédentes se transforment en ondulations centrifuges sous le contrôle de la conscience(neurone du mouvement volontaire);
» 5° Par un certain nombre de neurones servant à la conduction des ondulations centrifuges. »
Grâce aux anastomoses des conducteurs nerveux, des ondulations centrifuges, parties d'un neurone de mouvement volontaire qui tient sous sa dépendance plusieurs autres neurones de même ordre, peuvent déterminer un mouvement très complexe. De plus, grâce à la rétractilité des neurones, il peut se former ce que M. Biner-SaxcLé appelle des reurodiélectriques!, c’est-à-dire de véritables barrages s’opposant au passage du courant nerveux.
I nous était indispensable de rappeler cette théorie — encore que peu séduisante — pour rendre plus claire l'interprétation de l’intoxication hachichique étudiée par M. BINET-SAKGLÉ sur lui-même, comme nous l'avons vu.
A. BIRET-SANGLÉ. — Théorie de neuro-ditlectriques. Archives de neurologie, septembre 1900.
La sensation d’engourdissement provoquée par le hachich serait due d’après M. Biner- San6Lé à la rétractilité des neurones de conduction des ondulations centripètes et surtout à la rétraction des neurones servant de substratum à la sensibilité générale, le hachich semblant, comme nous venons de le voir, agir de préférence sur lPécorce cérébrale. En amont de ces neurones se formeraient alors des neuro-diélectriques empêchant les ondulations centripètes de leur parvenir. Cet engourdissement serait à rapprocher de celui provoqué par la cocaïne. |
L'hypoesthésie musculaire serait due semblablement à la rétractilité des neurones des sensations musculaires et à la formation, en amont, de neuro-diélectriques. Le circuit, à sommet cortical formé par la voie sensitive principale et la voie motrice principale, serait donc interrompu en partie; d’où incertitude des mouvements volontaires. Mais la voie spino-cérébello-spinale n'étant pas atteinte « je pouvais encore, écrit M. Bingr-SancLé, porter ma tasse de café à ma bouche sans en
renverser le contenu, alors que les contractions de mes muscles ne donnaient plus lieu qu’à des sensations extrëmement confuses.
J'étais absolument dans la situation de l’hystérique qui fait les mouvements nécessaires pour ne pas laisser tomber un objet qu’il ne sent pas. »
L’hypoesthésie tactile serait due à ce que les neurones des sensations tactiles communiquant avec leurs conducteurs centripètes, ne communiquaient plus qu'imparfaitement avec leurs conducteurs centrifuges, des neurodiélectriques s’étant formés en aval.
De même lhyperacousie s'explique par la formation de neuro-diélectriques en aval des neurones de sensations auditives.
Le brouillard accusé par l’auteur pendant son intoxication lui semble venir de la rétraction des neurones des sensations visuelles, avec formation de neuro-diélectriques en amont, ces neuro-diélectriques n’obstruant que partiellement la voie des ondulations centripètes. |
La macropsie s'explique par la déformation
et l’augmentation de volume des neurones centraux de la rétine corticalecorrespondant aux cônes et aux bâtonnets de la rétine oculaire.
La persistance des sensations visuelles, noiée par l’auteur, serait due à la formation, en aval, de neuro-diélectriques qui s’opposeraient partiellement à la sortie des ondulations.
Les amnésies seraient dues à l’isolement complet de certains neurones servant de substratum à l'image mnésique et les hypermnésies « à un excès de pression dans un groupe de neurones de mémoire restés en communication avec les voies centripètes, et ne communiquant qu’incomplètement avec les voies centrifuges par suite de la formation de neurodiélectriques en aval. »
De la rétraction des neurones de mémoire résulterait un rétrécissement du champ de la conscience et la plus grande rapidité des associations et des opérations intellectuelles. La plus grande suggestibilité s’expliquerait de même par la diminution du nombre des neurones de mémoire en un instant donné.
L’astasie-abasie transitoire éprouvée par l’auteur serait due à la rétraction d’un certain nombre de neurones de mouvements et à la formation de neuro-diélectriques en aval.
Le besoin de locomotion éprouvé par d’autres expérimentateurs pendant l’ivresse hachichique montre que ce ñe sont pas toujours les mêmes neurones de mouvement qui se rétractent. s
Le rire spasmodique, qu'on retrouve décrit dans la plupart des auto-observations, serait une conséquence de la rétraction des neurones de l’écorce cérébrale. On sait que, d’après NorunaceL et Becarerew, les neurones du rire se trouveraient dans le thalamus. Ces neurones seraient en rapport avec des conducteurs centripètes venus des divers points de l’organisme au thalamus, et des conducteurs centrifuges venant de l’écorce cérébrale. Ces conducteurs centrifuges seraient aussi inhibiteurs et leur interruption laisserait éclater le rire à la moindre sollicitation. Cest ce qui se passe dans certaines lésions du segment antérieur de la capsule interne (Brissaup).
En résumé le hachich est pour M. Biner- SaxGLé Q une substance qui a la propriété de faire se rétracter, se gonfler (macropsie) et se déformer les neurones de lécorce cérébrale. 11 en résulte la formation de neuro-diélectriques dans les conducteurs nerveux, et une modification notable dans la répartition de la pression nerveuse. »
Le moindre tort de la théorie de M. Binzr- Saxezé est d’être une théorie facile et, comme toutes les théories faciles, de manquer de sûreté en voulant trop expliquer. Le plus fàcheux est que l’explication des effets de lintoxication hachichique est ici fournie par une théorie rien moins que démontrée et que cette explication elle-même voudrait confirmer, à la façon d’un corollaire, cette théorie. I] y a évidemment là un cercle vicieux qui doit choquer la logique la plus élémentaire. Hélas!
s’il est vrai, qu’il y eut chez les vieux psychologues plus ou moins universitaires tout un bavardage idéologique justement critiqué, je me demande s’il n'existe pas aussi un bavardage
scientifique encore plus justement critiquablet