LA FORMATION DES HOMONCULE
J'ai dit que chaque plastide consomme les plastidules qu'elle reçoit des autres plastides. Il en est toutefois qui font exception à cette règle : ce sont les plastides génératrices. Situées toujours, quelle que soit l'espèce, en un point mort de l'organisme, à l'abri des chocs et des secousses musculaires, inactives parce qu'inimpressionnées, elle mènent une vie analogue à celle du grain de blé endormi, depuis des siècles, dans le tombeau des pharaons. Aussi conservent-elles la plupart des plastidules qu'elles reçoivent ; elles sont en quelque sorte les musées de l'évolution. Depuis l'origine de la vie, les plastidules s'y sont stratifiées, organisées, disposées respec-
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tivement comme les plastides qui les engendrèrent, de façon à constituer des ancêtricules, c'est-à-dire des représentations microscopiques de tous les ancêtres de l'individu auquel appartient la plastide génératrice.
Grâce à la stratification des. plastidules, les ancêtricules sont emboîtés les uns dans les autres comme les terrains du globe terrestre, chacun d'eux contenant Timage microscopique de son père, lequel est lui-même contenu dans l'image microscopique de son fils. L'emboîtement des germes, conçu par Leibniz et Haller, a été confirmé par certaines observations zoologiques. Sans lui il est d'ailleurs impossible de rien comprendre à Tembryologie et à la tératologie humaines. , Si donc on pouvait peler une des plastides génératrices de l'homme contemporain comme on pèle un fruit, on trouverait, en allant de la périphérie vers le centre : son père, son aïeul, son bisaïeul, son trisaïeul, l'homme barbare, l'homme sauvage, le pithécanthrope, le marsupiau, le monotrème, le reptile, Furodèle, le poisson-amphibie, le poisson, le ver-.poisson, le ver composé, le ver simple, la méduse, le polype, le radiolaire, l'infusoire, l'amibe ou du moins des
êtres très voisins des espèces actuellement existantes.
L'ensemble de ces couches constitue Thomoncule, imaginé par le génial Nicolas Malebranche et nié depuis par les gens trop pauvres en neurones idéophores pour suppléer provisoirement à Tinsuffisance de nos instruments d'optique par un raisonnement à longue portée, mais solide comme une arche de viaduc.
Chacun des cinq cents millions de spermato^oaires que l'homme éjacule à chaque coït, chacun des -trente mille ovules qu'une femme pond par mois contient des milliards d'homoncules. Un seul se développe après la fécondation, mais, au cours de son développement, il englobe les autres dans cette portion de sa substance qui deviendra la glande génitale, testicule ou ovaire, et c'est sur ces homoncules mis en réserve que viendront se déposer ses propres plastidules pour constituer l'ébauche de ses descendants.
Pendant la fécondation, les homoncules de l'homme se combinent avec ceux de la femme. En effet l'ovule, une fois descendu dans l'utérus, secrète des substances chimiques qui attirent le spermatozoaire éjaculé,
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comme l'oxygène attire les bactéries. Celui-ci se dirige vers Tovule et le perfore avec sa tête en forme d'obus. De son côté l'ovule pousse vers cette tête un cône protoplasmique.
Tête et cône entrent en contact. Finalement le spermatozoaire pénètre dans l'ovule et se combine avec son noyau. Cette combinaison se fait homonoule par homoncule et, dans chaque homoncule, plastidule par plastidule. Ainsi s^explique que Tenfant tienne morphologiquement et chimiquement de ses deux parents.