LA MORALISATION
Peu de temps avant sa naissance, Thommc est un anthropoïde. Dans son enfance, c'est un petit sauvage, au front sans sinus, aux ' yeux écartés, au nez aplati, aux lèvres épais- .ses, puis un petit barbare, gourmand, lubrique, batailleur et cruel. Il s'agit de le transformer rapidement, par l'éducation, en homme civilisé.
On le gardera de la gourmandise, de l'ivrognerie et de l'abus de la volupté sexuelle en lui montrant les conséquences de ces vices au point de vue physique et mental ; du désordre et de la négligence en ne rangeant ou en ne remplaçant pas ses jouets ; de l'oisiveté, de l'inexactitude, de la crédulité et de l'improbîté en lui montrant les paresseux perdant leur emploi, les crédules ruinés par les escrocs, les malhonnêtes gens tenus à
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récart. Il n'est pas de meilleur enseignement moral que la lecture des faits divers.
On n'usera de Tinjonction que chez les tout petits, incapables de comprendre : le baby grimpant au balcon, maniant un rasoir ou jouant avec des allumettes. Dans les cas de ce genre, on ne frappera pas le coupable, car la brutalité engendre chez l'enfant la sauvagerie, Tliypocrisie, la duplicité. On lui montrera simplement de la froideur pendant plusieurs jours,
La moralité raisonnée est aussi stable que la raison» tandis que la moralité suggérée, c'est-à-dire obtenue par la promesse du paradis ou la menace de l'enfer, disparaît avec la croyance : l'enfant religieux devient un homme amoral.
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Dans tous ces exercices on devra éviter le surmenage^ qui provoque la faiblesse et parfois la maladie. Le {H^ogrès de l'individu doit être obtenu, comme le progrès de l'espèce, par Teffort spontané- Quelle que soit la faculté qu'on exerce, l'exercice doit être agréable.
<( Nous remarquerons, écrit Herbert Spencer, qu'un état d'esprit agréable est beaucoup plus favorable au travail qu'un état d'indifférence ou de dégoût» Tout le monde sait que les choses lues, entendues ou vues avec intérêt sont bien mieux retenues que les choses lues, entendues ou vues avec apathie. Dans le premier cas, les facultés ont été activement occupées de l'objet qu'on leur a
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présenté ; dans le second cas, elles n'en ont été occupées que d'une façon peu active et l'attention a été constamment distraite par d'autres pensées plus agréables ^ »
On emploiera, non pas la méthode mnémonique, qui consiste à enseigner par la parole ou par les lèvres, mais la méthode expérimentale, qui met l'élève en présence des phénomènes, puis en expose la théorie. L'enseignement expérimental est, comme le remarque Gustave Le Bon, « le seul qui puisse apprendre à observer, à réfléchir et à raisonner ^ » A défaut des phénomènes euxmêmes, on présentera à l'élève leur reproduction cinématographique.
Dans cet enseignement on ira du simple au composé :
l'arithmétique et la géométrie élémentaires par les méthodes graphiques,
la mécanique élémentaire par la méthode cinématographique,
la physique et la chimie élémentaires par le travail de laboratoire,
l'astronomie,
(i) Herbert Spencer. De V Éducation. Paris, Alcan, 1908, p. III.
(2) Gustave Le Bon. Psychologie de Védiication, Paris. Flîimmarion, 1904.