IV. COÏVSIDÉAATIONS D'eJïSÈMBLB
Lés épisodes que tiôûs venons de relater, d'après un àuteur allemand à \él fois ingénu et véridique, démontrent surabondamment que si la jourbée de Kezotiville a tourné à l'avantage définitif de nos adversaires, ce n*ésl certes point leur cooimandetiient ()ui doit en tirer vanité; car rien, danâ le coure de là bataille, tii même dans âa préparation ittiitlédiâte, né relève d'une direction supérietire ou d'UUé lmt)Ulsiôti nettement précisée.
Tandis (|Ue, sur le plateau de CraVelotte se décidaient à coups d^hommes Tissue dé toute la guerre et la destinée de déut peuples, — car te qui s W passé dans la àuite n^a été qu'une conséquence de cette rencontre fatale, — le roi Guillaume §ë transportait péniblement en voiture^ avec son chef d'état-major général, de Herhy, où il veUëit de
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demeurer trois jours, à Pont-à-Mousson (1). En arrivant dans cette dernière ville, à quatre heures et demie du soir, Moltke jugea qu'il se faisait trop tard pour pousser plus avant. Il était sans doute fatigué, comme son maître, et il montrait en plus la même confiance que toujours dans les dispositions ordonnées par lui, sans se douter le moins du monde que le prince Frédéric-Charles, par ses mesures imprudentes, en avait rompu la savante ordonnance et le dispositif majestueux. D'ailleurs, il ignorait tout de ce qui se passait à Rezonville et ne fut complètement renseigné que fort tard.
A notre arrivée à Pont-à-Mousson, a écrit Verdy du Vemois, l'un des chefs de section du grand état-major (2), nous fûmes prévenus qu'une violente bataille se livrait sur la rive gauche, à Vionville et Mars-la-Tour. Vers le soir, les nouvelles importantes se multiplièrent; elles donnaient l'impression, par leur quantité (impression augmentée par les récits de ceux qui revenaient du combat), que la bataille était sérieuse et particulièrement sanglante. De tous ces rapports, on pouvait toutefois conclure que le III* corps, soutenu par le X* et quelques autres troupes, se maintenait victoiieusement sur le champ de bataille, et que les Français avaient été arrêtés dans leur marche vers l'ouest. Très tard, le soir, Bronsart revint enfin nous donner des renseignements et des détails, avec le calme et l'assurance qui le caractérisaient (3).
(1) La distance entre Herny et Pont-à-MouMon est de 33 kilomètres.
(2) Im grottem hauptqiiartier 1870-1871^ traduction Soubise, p. 85.
(3) Le lieutenant-colonel Bronsart de Schellendorf, chef de section au grand état-major, avait été détaché le 15 au soir
A ce moment, parait-il, rimpatience et Tinquiétude étaient grandes (1). Elles ne permirent point au roi de goûter un repos très prolongé; car, dès trois heures et demie du matin, il remontait en voiture pour gagner le champ de bataille où il arriva à sept heures. Il n'y trouva point ce qu*il croyait, c'est-à-dire une reprise de la lutte, mais seulement le calme produit par la disparition des troupes françaises, lesquelles avaient commencé à se dérober dès le lever du soleil, sans être, d'ailleurs, et pour cause, le moins du monde inquiétées.
De son côté, le prince Frédéric-Charles, présent depuis quatre heures et demie du soir sur le terrain du combat, s'était borné, jusqu'à plus de huit heures, à y jouer le rôle insignifiant que nous avons déjà relaté. Cardinal de Widdern, pourtant bon courtisan, n'a pu se dispenser de le constater et de le dire : » Je ne parlerai pas, écrit-il, de la façon dont le prince dirigea la bataille. Il me suffira de mentionner qu'il est resté dans la zone de combat du IIP corps et ne s'est pas rendu personnellement compte de la situation du X*, qu'il a jugée trop favorable. »
Cependant, à la nuit, son activité sembla se
auprès du III* corps, comme Brandenstein, le 14, à la I** armée. C'est par ces missi dominici, chargés d'orienter le commandement en sous-ordre sur les intentions du généralissime^ que celui-ci suppléait à la présence réelle. Le système évidemment avait du bon, à la condition toutefois de ne pas être poussé jusqu'à l'intervention directe, telle que nous l'avons constatée dans la journée de Borny.
(1) Cardinal de Widdern, loc. cit.
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réveiller. Il voulut, comme Ta écrit la Relation officielle^ « montrer qu'il avait la ferme volonté de sortir vainqueur de cette lutte encore indécise, n et, sans se soucier du degré d'épuisement auquel étaient arrivées ses troupes, il ordonna tout à coup une offensive générale, appuyée par toutes les batteries encore en état de tirer, et dont certaines ne pouvaient plus avancer qu'au pas. Il ne réussit qu'à faire tuer un peu plus de monde et à provoquer le recul désordonné sur leurs anciennes positions des débris de la 6" division jetés à l'aveugle dans cette attaque imprudente.
Pareil exploit dénote évidemment une certaine vigueur de caractère qui, en d'autres circonstances, aurait pu s'exercer de façon plus profitable, mais il n'est pas de ceux qui grandissent la renommée d'un général en chef. Toujours est-il que le commandant du X* corps, Voigts-Rhetz, mieux au courant de l'état de ses régiments, répondit à la sommation réitérée qui lui fut faite de reprendre l'offensive, qu'il n'obéirait pas. On lit, en effet, sur le Journal de marche de ce corps d'armée, la note suivante, écrite de la main même du colonel de Caprivi : « Le général refusa péremptoirement d'attaquer, mais déclara non moins nettement qu'il tiendrait absolument à Tronville. L'expérience que venait de faire la brigade Wedell (1) excluait tout retour offensif (2). »
(1) La 38' brigade, aux trois quarts détruite par la division de Cissey devant Mars-Ia-Tour.
(2) Caadidtal de WlDDBRir, lûc. cit.
Donc, point de direction d'ensemble. Les commandants des deux corps engagés se débrouillent comme ils peuvent, avec intelligence et vigueur, il faut en convenir, mais sans autre idée maîtresse que de ne pas se faire bousculer. Au fur et à mesure de Farrivée des renforts, lesquels ont marché au canon dans les conditions que Ton sait, et grâce à Tinitiative pas toujours encouragée d'officiers de grades divers, ils les jettent dans la fournaise, ici pour soutenir une troupe qui faiblit, là pour boucher une trouée dangereuse, ailleurs pour consolider une aile qui menace de s'efifondrer. Quant aux autres éléments encore en arrière et dont certains auraient pu aussi, sans nul doute, apporter leur concours, le commandement néglige de les actionner, de les mouvoir ou seulement de les prévenir.
On sent que cette bataille imprévue a porté une perturbation telle dans les prévisions d'un étatmajor habitué à voir jusque-là ses désirs se changer en réalités, que les cerveaux se désemparent et que personne ne songe plus qu'à une chose, se tirer d'affaire afin d'éviter le désastre menaçant. C'est bien une crise, comme l'appelle Widdem, et si grave qu'elle désoriente le commandant en chef, lequel, écrasé par la responsabilité qui l'accahle. essaye, dans une téméraire et folle entreprise, de forcer la victoire, pour cette fois moins complaisante et hésitante à se fixer. De l'énergie, de l'ardeur, de l'entrain, chacun en a à revendre; mais chacun aussi est livré à lui-même et doit chercher dans ses propres ressources le remède à une situa-
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lion grave toujours et même désespérée par instants.
L'erreur initiale venait de haut. Cette idée, que les Français battaient en retraite sur la Meuse, hantait tous les esprits et les conseils souverains. Elle avait dicté à Frédéric-Charles des mesures maladroites dont, par son acte spontané et hardi, Alvensleben avait tout à coup fait ressortir l'impropriété . Le premier croyait ne trouver sur la route de Mars-la-Tour que des convois; le second espérait y rencontrer des arrière-gardes, s'y accrocher, et par là même entraver, retarder ou même arrêter le mouvement général de l'ennemi ; mais on peut affirmer que ni l'un ni l'autre n'ont un instant supposé qu'ils pouvaient avoir aSiaire à l'armée française tout entière, car, dans ce cas, l'attaque du III* corps serait devenue un acte de folie.
Quand Alvensleben vit dans son entier la redoutable aventure où il était engagé, le moment était passé de se dérober. Il ne lui restait d'autre ressource que de faire contre fortune bon cœur et de lutter en désespéré, sauf à escompter la camaraderie des autres... et la fortune qui sourit aux audacieux. On a vu par quelle énergie sauvage le commandant du IIP corps suppléa à sa prodigieuse infériorité numérique et comment des concours empressés lui arrivèrent, dont plusieurs étaient imprévus. En cette a£Faire, le lieutenant-colonel de Caprivi, le chef d'état-major du VIII* corps, colonel de Vintzendorf, le colonel de Schœning, le capitaine de Lignitz ont récolté une large part d'hon-
isâ Les armées allemandes en isto
netlr en travaillant vaillamment et habilement à sauver la situation compromise. Le courage incontestable des troupes et leur dressage remarquable ont fait le reste. Mais, ceci dit, je ne vois rien qui puisse être attribué au commandement, sinon un effacement qu'on s'explique, quand on connaît la base erronée de ses conceptions stratégiques et les fautes grossières qu'il avait greffées sur son aveuglement initial.
£t que Ton veuille bien admettre qu'en faisant cette constatsttion, je ne cède en aucune façon à l'intention mesquine de rabaisser la gloire du vainqueur. L'éclatant succès qui a couronné ses efforts, il Ta mérité par une ténacité, un esprit offensif, une ardeur belliqueuse, une opiniâtreté qui furent constamment admirables. Essayer de le lui chicaner par des arguties misérables serait donc absolument malséant. Mais il est bon également d'en bien connaître la genèse, et de ne point le faire remonter à une source qui s'est trop souvent tarie pour en assurer la continuité.
tt Les plus jeunes élèves de Napoléon, les généraux prussiens de 1866 et de 1870, a écrit un officier allemand, ont surpassé le maître, car leur stratégie a été plus réfléchie, plus résolue, plus nette que celle de l'empereur (1). » Je suppose qu'en cédant à cette poussée de dithyrambe, Tancien commandant de l'artillerie de la garde avait oublié ou dédaigné l'exemple de la bataille de Rezonville,
(i) Prince Kraft de Hohenlohe-Inoblfingen^ lettres sur la stratégie. Paris, L. We8thau88«r, 1887, p. 100.
à laquelle, d'ailleurs, il n'assistait pas, car il n'y eut, certes, rien là qui rappelât de près ni de loin les manœuvres de Montenotte, d'Iéna, de Landshut, ni qui mît en lumière, à un degré même très inférieur, des qualités similaires de réflexion, de résolution et de netteté. Ni Moltke ni Frédéric- Charles n'ont vu clair dans cette opération exécutée à leur insu; et l'on peut affirmer qu'ils n'ont échappé à la défaite que grâce à la vigueur entreprenante de certains de leurs subordonnés.
Que vient donc faire la stratégie en cette afifaire? Et que peuvent avoir de commun des tâtonnements aussi prolongés, compliqués d'erreurs aussi capitales, avec la sereine assurance du triomphateur immortel de 1806 et de 1809?
Je voudrais bien ne pas écrire ici le mot chance, bien qu'à la guerre ce ne soit pas un élément à dédaigner. Il me faut cependant constater que celle des Allemands fut prodigieuse (I), de trouver en face d'eux un homme qui non seulement ne profita jamais de leurs fautes, mais n'essaya même pas d'entraver un seul de leurs mouvements. Widdern nous dépeint l'étonnement joyeux de tous ces officiers envoyés en reconnaissance aux ponts de la Moselle et les trouvant tous intacts ! Qu'était-ce que cette négligence, à côté de celle, beaucoup plus
(1) Le prince de Hohenlohe le reconnaît lui-même. « Certaines mesures, qui auraient dû avoir de fâcheuses conséquences, dit-il, ont, au contraire, tourné à notre avantage par suite de circonstances imprévues. » — « Dans cette guerre, ditil encore, nous avons eu partout de la chance ! » (Mémoires.)
grave, qui laissa, jusqu'au matin du 16, toute une armée au bivouac sans un avant-poste, sans un escadron de découverte, sans une patrouille eovoyée sur les routes où devait subitement et rapidement apparaître l'ennemi?
Qu'étalt-elle auprès de Tinertie calculée dont fit preuve Bazaine, en ne profitant à aucun. moment de la journée de son énorme supériorité numérique pour rejeter dans les ravins difficiles d'où elles sortaient les forces si imprudemment ofiFertes à ses coups?
Il disposait de 137,000 hommes, 364 bouches à feu et 66 mitrailleuses. Jusqu'à une heure, les Allemands furent 35,000 hommes, et 66,000 à partir de trois heures. Au soir, ils ne comptaient en tout que 101,000 soldats, avec 222 pièces de canon! Mais eux au moins faisaient donner tout leur monde, et avec furie, tandis que, du côté français, près d'un tiers de l'armée restait immobilisé, en raison de l'hypnotique attraction des murailles de Metz. Quant au reste, s'il se battait avec héroïsme, il faut bien constater, hélas! que rien n'était fait, bien au contraire, pour galvaniser ses ardeurs.
Dans des conditions semblables, toutes les audaces se justifient, et toutes lôs erreurs s'efiFacent devant la volonté qui agit. Il ne saurait plus être question ici de combinaisons plus ou moins ingénieuses ni plus ou moins ajustées. C'est la force •qui prime tout, c'est-à-dire l'activité contre laquelle ne prévaudront jamais l'atonie des résistances passives, si courageuses soient-elles, ni les sacri-
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Sces de vies humaines, même les plus g^énéreusement consentis. A égalité de mérite stratégique, Ténergie l'emporte toujours, j'entends celle de la direction et du commandement local. Elle a même compensé souvent l'infériorité des conceptions et la faiblesse des plans de campagne.
La nôtre aurait dû avoir raison ici des combinaisons médiocres par lesquelles le généralissime allemand avait espéré nous « enfermer dans la souricière » , et même des efforts énormes, mais encore insuffisants, que tentèrent certains hommes d'initiative pour parer aux défaillances d'en haut. L'opprobre éternel de Bazaine est de n'avoir pas voulu comprendre que celles-ci l'avaient fait le maître de l'heure, et que, pour sauver son pays, il lui aurait suffi d'être un soldat vigoureux.
Les Allemands, il est vrai, affectent de penser d'autre sorte, et, vraisemblablement pour ne pas diminuer leurs mérites, continuent à traiter avec une considération singulière la mémoire de l'ancien commandant en chef de l'armée de Metz. Ils n'y arrivent point cependant sans accumuler les sophismes, ni même sans altérer parfois, de la façon la plus audacieuse, la vérité des faits.
Ainsi, un de leurs écrivains, celui-là même dont j'ai cité plus haut les conclusions assez inattendues sur la valeur comparative de Moltke et de Napoléon, n'hésite pas à déclarer inique la condamnation qui a frappé Bazaine, et cela en lui attribuant des motifs tout autres que ceux auxquels ont justement cédé les juges de Trianon.
a On se demande, dit-il, comment il a pu arriyer que la principale armée française, redoutée, brave, conduite par des généraux expérimentés, ait fini par être enfermée dans une forteresse qui commandait les deux rives d^un fleuve. La nation française a répondu à cette question en condamnant le maréchal Bazaine pour crime de haute trahison. Ce jugement injuste a été dicté par le besoin de trouver un bouc émissaire, et de décharger le pays de toute responsabilité dans la fatale issue de la guerre. C'est là ce dont ne saurait douter quiconque connaît les événements (1). »
Les événements, il apparaît que le prince de Hohenlohe les connaît assez mal, ou qu'il les arrange à sa manière. Car, d'abord, le maréchal Bazaine n'a point été condamné pour m crime de haute trahison » ni pour rien qui y ressemble; mais uniquement parce que, contrairement aux prescriptions formelles des articles 209 et 210 du Code de justice militaire, il « a capitulé en rase campagne et livré une place forte dont il avait le commandement supérieur, sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et f honneur » .
Cette distinction nécessaire dissiperait aisément, si chacun voulait la faire, l'équivoque que comporte le mot assez vague de a trahison » , et éviterait bien des commentaires erronés ou des discus-
(1) Prince Kraft de Hohenlohe-Ingelfingen, général de Tartillerie. — Mémoires, IV, p. 108. — Nous aurons à revenir sur cet ouvrage et à apprécier la valeur de ses diverses conclusions.
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sions oiseuses sur le verdict du 10 décembre 1873. Mais la puissance des mots, qui a confondu les effets et leurs causes en un vocable susceptible d'interprétations diverses, a établi ici une confusion d'autant plus difficile à détruire qu'elle se prête à toutes les déductions. Que Hohenlohe ait cherché à en tirer parti, cela n'a rien qui nous étonne. Il aurait pu toutefois s'y prendre avec plus d'adresse, car l'exposé des faits sur lesquels il étaye son opinion constitue assurément contre Bazaine le plus foudroyant des réquisitoires, ou, si Fon veut, le plus formel des actes d'accusation.
Rappelant les conditions difficiles dans lesquelles le maréchal a pris le commandement suprême, il l'excuse, il est vrai, de toutes les fautes commises avant le 15 août, bien que, pour la malheureuse affaire de Spicheren, sa responsabilité soit, à n'en pas douter, suffisamment lourde. Nous chicanerons cependant d'autant moins qu'il n'y a pas ici absolution complète, et que le fait d'avoir laissé intacts les ponts de la Moselle est considéré comme impar^ donnable, ce qui est exact. Mais il faut bien reconnaître qu'en ce qui concerne la bataille du 16, la condamnation est décisive et aussi sévère qu'il est permis de le souhaiter.
a Toute la journée, écrit Hohenlohe, l'armée française se défend bravement; vers le soir, les attaques prussiennes se ralentissent, et les contreattaques des Français leur promettent le succès. Les corps prussiens, qui se sont fondus et n'ont plus que la moitié de leurs effectifs, résistent encore;
mais ils sont décomposés en atomes. L'obscurité met fin au combat. Pendant la nuit, les deux armées, Farme au pied, restent face à face, anxieuses de savoir ce que le jour qui va luire leur apportera : Farmée française avec un efiFectif nomioal de 200,000 hommes dont la moitié s'était battue, Tarmée allemande avec un effectif probable de 70,000 hommes qui avaient lutté jusqu'au dernier et étaient arrivés à l'épuisement complet (1).
« Si Bazaine avait fait marcher et attaquer le il au matin ses deux corps frais ^ il fallait s^ attendre à ce que les deux corps prussiens, à bout de forces, fussent incapables de résister. On pouvait les vaincre facilement s'ils ne se repliaient pas très promptement. Ils pouvaient être repoussés jusqu'à Gorze et Thiaucourt, et là seulement ils eussent été recueillis par les corps qui s'avançaient en arrière (2). Pendant ce temps, Bazaine se serait ravitaillé, aurait remis en ordre les corps qui s'étaient battus la veille et fait marcher ses trains sur Verdun par Briey. Sans doute, il aurait eu affaire le 18 à toute l'armée allemande, mais dans des conditions infiniment plus favorables ; car rien n'était plus facik que d'empêcher nos troupes de déboucher des défilés de Gorze. . . »
On peut juger par cet extrait que l'auteur allemand ne cherche nullement à faire illusion sur
(1) Ces chiffres sont inexacts. Les véritables effectifs sont ceui que nous avons donnés plus haut.
(2) Rien n'est moins sûr, étant données les difficultés du terrain.
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réiat critique dans lequel la stratégie fantaisiste du prince Frédéric-Charles avait mis son armée. Mais pourquoi donc Bazaine n^a-t-il pas profité de Taubaine? Pourquoi n'a-t-il pas voulu, le 17 août, a transformer en victoire » la bataille indécise de la veille? Ah ! c'est ici que Hohenlohe s'embarrasse, et fait d'incroyables efforts pour découvrir des circonstances atténuantes là où personne ne saurait en voir. Son imagination, si fertile en stratagèmes, comme on le verra plus tard, si féconde et alerte quand il s'agit de pénétrer d'un œil indiscret les secrets du voisin, semble tout à coup frappée d'anémie. Elle tâtonne, s'égare, s'éclipse, et finalement aboutit à un postulat dont la puérilité déconcerte, à moins qu'on ne veuille voir là, dans son ingénuité épanouie, une de ces conceptions étranges qui germent parfois dans son cerveau paradoxal.
a Le maréchal, écrit-il, a dit qu'il avait ramené son armée en arrière pour remplacer les munitions consommées et rétablir l'ordre dans les unités. Ces motifs ne sont pas valables^ parce que les munitions doivent être amenées aux troupes^ et non pas Us troupes aux munitions. D'autre part, il n'était pas besoin de réorganiser les unités dans nombre de corps qui n'avaient pas combattu le 16. Enfin, il fallait bien qu'on perdît la liaison avec Metz, puisqu'on devait reculer vers l'intérieur de la France (l). w
(1) On n'y était malheureusement pas forcé. C'est précisément parce que Bazaine n'a pas -voulu de cette solution, et a préféré se coller aux murailles de la forteresse, que nous avons été perdus.
Désespérant donc de trouver au recul de l'armée française une explication rationnelle et militaire, Hohenlohe se rabat sur la psychologie, et entreprend d'analyser celle de Bazaine le 16 au soir, quand il donna des ordres pour le lendemain.
ft Nous savons maintenant, poursuit-il, que le maréchal était tombé au milieu de nos cuirassiers, lorsqu'ils prirent une batterie en passant. Cette charge célèbre de la brigade Bredow a non seulement arrêté tout un corps d'armée ennemi dans son mouvement en avant, mais aussi déterminé le général en chef français à rester stationnaire (1). Après avoir personnellement fait le coup de sabre avec nos cuirassiers, il fut forcé de se sauver, peutêtre même de se rétablir physiquement. La distribution des ordres fut interrompue pendant quelque temps, et les corps français attendirent en vain de nouvelles instructions (2) .
« Or, il est dans ta nature de C homme qu'un chej croie ses troupes épuisées quand il est arrivé lui-même
(1) Hohenlohe commet ici une confusion qui prouve son peu de connaissance des batailles auxquelles il n'assistait pas. Bazaine et son état-major ont dû, en effet, faire un moment le coup de sabre pour se dégager de Tëtreinte de cavaliers ennemis. Mais ceux-ci appartenaient à la brigade Redern, dont la charge n'a rien de commun, ni comme temps ni comme lieu, avec celle de ia brigade Bredow, appelée en Allemagne Todtenritt (chevauchée de la mort). Celle-ci se fit une heure plus tard sur un autre terrain. La brigade de Redern se composait de hussards. La brigade Bredow comprenait le 7* cuirassiers et le 16* uhlans. Enfin, !a brigade Redern n'a pris aucune batterie.
(2) Ils en attendaient depuis le matin, n'en ayant encore reçu aucune.
afw bout de ses forces physiques^ et c'est dans un état [complet d'épuisement que Bazaine doit avoir donné ses ordres pour le 17 août (1). Il était naturel que ceux-ci fussent pour qu'on se fortifiât et qu'on se rétablisse, car, dans une situation semblable, on n'a point l'esprit à prendre des dispositions o£Fensîves. De cela, faut-il faire un crime à Bazaine? Assurément non, car l'homme est toujours un homme, même quand il tient en main le bâton de maréchal.
« En quoi donc alors a consisté sa faute, car il n'a point agi comme il aurait dû agir? Uniquement dans sa bravoure personnelle intempestive. Un général en chef doit maintenir en état ses forces physiques et intellectuelles pour conserver la lucidité d'esprit que commandent ses résolutions. Il a tort, par conséquent, de s'exposer en personne à toutes les vicissitudes du combat. »
Certes, la leçon ne saurait viser les chefs supérieurs de l'armée allemande, j'entends le roi, les princes et Moltke, qui, lorsqu'ils assistaient à une bataille, se tenaient prudemment à distance de la zone du feu. Quant à Bazaine, qui, à défaut des talents du général, possédait sans conteste la bravoure du soldat, il est clair que son attitude, dans la journée du 16, ne fut point celle d'un commandant en chef. Il ne dirigea rien et resta moralement
(1) La charge Redem a eu Heu vers deux heures et demie de r après-midi. Les ordres pour le 17 furent donnés à dix heures du soir. Vraiment, Bazaine avait largement le temps de se remettre !
inerte. C'est même en allant placer en personne une batterie de la garde qu'il faillit ainsi se faire enlever — et le malheur est vraiment qu'il ne Tait pas été.
Mais attribuer à la dépression physique qui peutêtre suivit cet incident, sans qu'il soit possible d'ailleurs d'affirmer qu'elle a existé, non seulement la nature passive des ordres donnés huit heures plus tard, mais encore l'abandon des projets précédemment formés sur Tinvitation pressante de l'empereur, et la détermination déplorable qui a conduit l'armée dans le guêpier de Metz, c'est vraiment se donner bien du mal pour essayer de justifier une décision injustifiable et imputable uniquement à un défaut de caractère viril, sinon à la débilité d'un tempérament ruiné.
D'ailleurs, les grands événements de l'histoire ont des causes plus profondes et surtout moins immédiates que les réflexes passifs auxquels la légende a trop souvent prétendu les rattacher Leur réalisation s'opère généralement de façon trop complexe pour pouvoir être isolée d'une série de faits antérieurs dont il est toujours possible de trouver la genèse dans l'état particulier d'une société ou d'un peuple, et il est tout aussi absurde d'expliquer la révolution d'Angleterre par le grain de sable de Gromwell que la stérilité de la bataille de la Moskowa par le rhume de cerveau de Napoléon. Seuls, les esprits frivoles se satisfont de justifications aussi sommaires, et il est à craindre qu'en dépit de ses prétentions métaphysiques, le prince
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de Hohenlohe ne soit de ceux-là. Ce n'est point, en tous cas, son hypothèse inattendue qui réhabilitera la mémoire de Bazaine, ni qui la lavera de la flétrissure dont ses pairs Font justement frappé.
L'homme qui, après avoir perdu la bataille de Rezonville quand il lui était si facile de la gagner, a cru trouver sous les murs de Metz un refuge à son insuffisance mentale, n'était pas plus un capitaine qu'un intrigant de haute envergure. C'était un simple condottiere^ poussé par les circonstances jusqu'à des sommets dont la hauteur lui donnait le vertige^ et qui, se sentant incapable de maîtriser les événements, ou seulement de les influencer, attendait du hasard seul les secours que lui refusait sa pauvreté intellectuelle.
On l'avait accusé déjà d'avoir voulu, au Mexique, saper le trône de Maximilien, afin de le relever ensuite pour lui-même. C'était absurde, a Son corps épais et sans noblesse, sa tète forte, mais rusée et vulgaire, son regard circonspect dénotaient une âme médiocre, froide, sans élan, vaillante et non héroïque, se complaisant volontiers aux finasseries mesquines, mais incapable de se hausser aux vastes scélératesses; et^ dans ce cas, la scélératesse eût été niaise plutôt que vaste. Le trait caractéristique de cette nature, telle qu'elle se révèle au Mexique, est l'inaptitude absolue aux initiatives personnelles... (1). »
Or, cette inaptitude, aggravée par un afiFaisse-
(1) Emile OllitieR) l'Empire libéral^ IX, p. 129.
ment physique dû à Tâge et à un mariage disproportionné, paralysait le maréchal plus encore en 1870 qu'en 1866, et c'est bien elle, et elle seule, qui nous a perdus. Très brave sur le champ de bataille. fiazaine ne voyait rien de ce qui s'y passait, sinon juste devant lui, comme un sous-lieutenant menant son peloton à la charge. Il ne donnait point d'ordres, parce qu'il ne savait jamais ce qu'il y avait à faire, et qu'il ignorait l'art de se servir des auxiliaires dont le concours aurait pu l'orienter. Quand il était attaqué, il se défendait sur place, sans manœuvrer, sans répartir logiquement ses forces, sans même les utiliser toutes; et, comme il n'avait aucun but précis, il ne leur en indiquait jamais. Il ne connaissait ni stratégie ni tactique; il laissait faire, et son armée, ainsi livrée à elle-même, se battait au petit bonheur.
Conscient de son insuffisance profonde, et d'ailleurs incapable d'y remédier, il comprit tout de suite qu'à tenir le campagne, il risquait de se faire anéantir en détail. La place de Metz était là, encore incomplète et imparfaitement armée, mais tout de même difficile à réduire par une attaque de vire force, et imposante par sa masse sinon par la puissance de ses moyens. Il eut l'idée de s'y jeter, et d'y attendre, à l'abri de l'incertitude de batailles, que le solution fût dénouée sur un autre terrain. U ne croyait pas avoir à y demeurer longtemps, ni qu'après d'aussi graves désastres, la France fût en état de continuer une guerre qui avait débuté si mal. Et, chaque soir, ^il disait à son entourage :
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« J'attends la nouvelle d'un armistice, qui va nous tirer du pétrin (1) . »
Le malheureux se trompait grandement, d'abord sur la mesure des énergies françaises, ensuite et surtout sur les conditions mêmes du stationnement ignominieux auquel il condamnait sa magnifique armée. Quand, le 16 au matin^ il contremandait le départ pour Verdun ordonné sur les instances réitérées de l'empereur; quand, au soir de ce même jour, il prescrivait une retraite inexplicable; quand enfin, le 17, il faisait reconnaître, sous les forts de Metz, les emplacements qu'il réservait à ses divers corps d'armée, après la bataille suprême qu'il prévoyait mais ne voulait pas gagner plus que la précédente, ce n'était chez lui ni système de guerre, ni effet d'une dépression physique soudaine, mais simple lâcheté morale et effroi des responsabilités. La forteresse lui semblait un port de salut, où, fuyant l'orage, il irait attendre le retour du calme, en n'ayant plus rien à risquer. Et, sans songer à tout ce qu'une pareille reculade avait d'humiliant pour un homme investi de la plus haute dignité militaire, qui était comptable du salut du pays ; sans même refléchir aux difficultés matérielles qui allaient bientôt l'assaillir quand les approvisionnements nécessaires à la vie de ses cent cinquante mille hommes viendraient à s'épuiser, il n'eut plus qu'une pensée et une hâte : mettre entre son
(1) Je tiens le fait de personnages qui faisaient, en 1870, partie de Tentourage intime du maréchal.
redoutable adversaire et lui l'épaisseur d'une muraille solide, pour se dérober aux risques de la lutte, et déposer le fardeau d'un commandement trop lourd.
Puis, quand il vit que la guerre se prolongeait très au delà de ses conjectures optimistes; quand^ sous ses yeux, les héroïques soldats qu'avaient épargnés les balles allemandes commencèrent à traîner dans la boue des bivouacs leur corps amaigri et chancelant ; quand les chevaux, n'ayant plus même à ronger l'écorce des arbres, se mirent à tomber par milliers, à côté des voitures et des canons réduits à n'être plus qu'un matériel encombrant et inutile, alors, mais trop tard, il comprit toute l'étendue de son erreur, et l'inanité de ses calculs.
Pour essayer de sauver ce qui restait de cette armée superbe, qu'il avait volontairement vouée à la mort lente, obscure et douloureuse des assiégés que tout espoir abandonne, il entama des négociations suspectes avec l'ennemi, et compromit dans de louches manœuvres ce qui lui restait encore de dignité et de prestige. C'était un crime, que les lois militaires condamnent avec une juste sévérité. C'en fut un, plus abominable encore, de persévérer jusqu'à la fin dans son apathie égoïste; de ne point tenter, en un effort désespéré, la chance suprême des combats, pour au moins sauver l'honneur des armes, et de capituler enfin, quand la famine eut réduit tant de braves gens à n'être plus ' que des loques humaines, en livrant délibérément i
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à rennemi un matériel immense, avec cinquantetrois drapeaux que, dans sa honteuse indolence, il ne prit même pas la peine d^anéantir.
Un aventurier de haut vol, expert en « vastes scélératesses » , ne commet point d^actes aussi inutilement déshonorants; et un vrai soldat encore bien moins. Le premier a recours à des combinaisons plus subtiles, et à de plus expertes roueries. Le second va droit devant lui, sans détourner la tète, et cherche le secret du triomphe dans son intelligence, ou, à défaut, dans sa volonté. Bazaine n'a été ni Tun ni l'autre, car, si médiocre qu'il fût au point de vue militaire, des circonstances auxquelles il était étranger lui avaient fourni, le 16 août, une occasion inespérée de ramener la victoire dans nos rangs. Et quelle victoire! Celle qui était décisive, et terminait probablement la guerre d'un coup! Il ne voulut pas la saisir, ni faire ce qu^aurait fait à sa place n'importe lequel de ces hommes qu'il faisait tuer sans profit : foncer sur l'ennemi et le brover. Dès lors, nous fûmes perdus.
Cette simple opposition entre le prodigieux anéantissement du commandement français et l'activité, pas toujours heureuse, il est vrai, mais toujours agissante, du commandement allemand, suffit à expliquer nos défaites et en précise la cause exacte.
Une seule chose, en effet, peut, à la guerre, avoir raison du génie : c'est l'entêtement. Qui
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s^obstîne à vouloir vaincre finit tôt ou tard par y réussir, et c'est la farouche opiniâtreté d^un Blùcher qui seule a pu venir à bout des combinaisons si longtemps victorieuses de Napoléon.
Ici, sans doute, il ne saurait être question de génie, car rien dans le méthodisme calculé de Moltke n'y ressemblait de près ou de loin. Mais il existait, chez tous les généraux prussiens, comme chez la plupart des chefs en sous-ordre de leur armée, un sentiment offensif très net et très puissant, une ardeur générale, surchauffée par ce mot d'ordre en qui se résumait un plan d'opérations par lui-même assez imprécis : a Attaquer l'ennemi partout où on le rencontrera; » enfin, une communauté de vues et de doctrines qui coordonnait les efforts, favorisait les audaces et permettait même de corriger les bévues.
On ne savait pas toujours exactement où l'on allait, et nous avons vu qu'à Spicheren, à Borny, à Rezonville, personne ne possédait la notion, même approximative, de la situation militaire exacte. N'importe, on allait quand même. « Attaquer l'ennemi partout où on le rencontrera, » disait l'ordre général, et l'on attaquait, pas toujours avec prudence, encore moins avec adresse, mais toujours avec énergie. Et, une fois l'affaire engagée, chacun y apportait son concours, son activité, son dévouement, et se dépensait sans compter, pour venir en aide à ceux qui se battaient, même quaod on savait qu'ils avaient tort de se battre. A défaut d'un objectif concret, que de graves erreurs strate-
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gîques avaient déplacé ou obscurci, il en restait un autre, d'ordre absolu et universel : battre l'ennemi. Et, celui-là, tout le monde le visait, depuis le commandant en chef, jusqu'au dernier soldat.
Ce fut là Tunique supériorité des Allemands, mais elle devait leur suffire. Ils avaient aussi le nombre, a-t-on dit bien souvent, et une meilleure artillerie. C'est exact; mais nous avions un meilleur fusil et de meilleurs soldats, ce qui faisait compensation. Et quant au nombre, on le défie par la manœuvre quand on veut. Bonaparte, en 1796, n'a-t-il pas bousculé l'une après l'autre les armées impériales avec sa. poignée d'hommes? Bazaine ignorait sans doute ce précédent historique, lui qui, disposant le 16 août de 137,000 hommes, a trouvé le moyen de n'en faire combattre que la moitié, sans doute afin d'égaliser les chances contre un adversaire qui ne pouvait en engager que 70,000 tout au plus à la fois !
Pour les autres généraux français, c'étaient, je l'aï déjà dit, de fort braves militaires et d'excellents entraîneurs de troupe, mais qui avaient perdu de vue les conditions essentielles de la grande guerre, et à qui il eût fallu un guide et un chef. Celui-ci leur a toujours manqué. Ils n'ont jamais su ce qu'on attendait du courage de leurs soldats, ni pourquoi on y faisait appel. Constamment attaqués, le plus souvent surpris, ils se sont défendus à la diable, et, comme leur ignorance absolue de la situation générale leur interdisait toute initiative personnelle, ils n'ont jamais pu faire acte de chef.
Or, la défensive passive n^est point une sauvegarde, ni même un expédient. Elle n'est que le facteur de la défaite, et le véhicule de la mort.
Et c'est pour y avoir été réduits, uniquement, que nous avons été vaincus.