ACTION PERSONNELLE DU ROI
Paris, ne laisse subsister à cet égard aucun doute. Il semble ici qu'il ait entendu commander, en personne, et qu'il sût, à Toccasion, se faire obéir.
Certes, on n'est point accoutumé à envisager sous ce jour despotique les rapports habituels du roi de Prusse et de ses généraux. Il semblait jusqu'ici plutôt une personnalité de second plan, habile, assurément, à mettre les hommes en leur vraie place, mais laissant ensuite à ceux qui jouissaient de sa confiance le soin de diriger les afhires ressortissant à leur spécialité. J'inclinerais volontiers à croire, malgré certaine boutade de Moltke (1), que les choses en allaient bien réellement ainsi, au moins pour les décisions strate-* giques. Seulement, Guillaume ne voulait pas qu'il 7 parût, et ne se jugeant point, ainsi qu'il l'avouait lui-même, compétent dans les grandes questions, il entendait, par une immixtion directe dans les petites, montrer qu'il restait le roi. Le système en vaut un autre et semble d'ailleurs lui avoir été profitable à souhait.
Mais, où son action personnelle s'affirmait nettement, donnant ainsi à cette figure un peu e£Facée le reflet d'une grandeur véritable, c'est dans la culture obstinée des sentiments générateurs de la force morale, et dans leur entretien jaloux parmi les officiers et les soldats. Son armée, instrument nécessaire d'une politique de conquêtes, il l'a voulue grande, il l'a voulue forte, il l'a voulue
(i) Voir appendice â, p. 318.
redoutable; et, pour la façonner ainsi à la mesure de ses ambitions, il a brisé toutes les résistances* toutes les oppositions. Mais, en plus, il lui a fixé un idéal, à la fois patriotique et religieux, presque mystique même, et a constamment veillé arec le soin le plus attentif à ce que jamais, dans ce domaine réservé, les théories déprimantes des « éteigneurs d'étoiles » n'exerçassent leur influence dévastatrice. Un épisode, conté par Hohenlohe avec une émotion communicative, nous apprend comment, chez les soldats allemands, la foi grandissait les courages et réchauffait les cœurs, quand, rheure du sacrifice ayant sonné, chacun pouvait déjà sentir passer sur son front le souffle de la mort.
C'était à Saint-Privat, quelques moments avant rengagement terrible où la garde prussienne devait laisser le tiers de son effectif. Ses régiments, massés sur le bord d'une route par où s'écoulaient de longues files de blessés, attendaient Tordre de marcher au feu. Tout à coup, apparaît, à cheval, un prêtre revêtu de l'étole sur sa longue robe noire. Il passe devant les bataillons, et les exhorte, en un langage vibrant, à donner sans regret leur vie. « Avec Dieu! leur dit-il, pour le roi et la patrie! v Puis, d'un geste suprême, il les bénit et les absout au nom de Celui qui pardonne. Et aussitôt, tous, les catholiques, les protestants, les juifs, tombent à genoux.. Ils font un acte de foi, qui est aussi un acte d'abnégation et d'espérance, puis ils se relèvent, plus tranquilles et plus forts, pour regar-