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CHAPITRE II

FICULTÉS DD DÉBOT. — STEINMËTZ

1 d'opérations établi, en 1868 et 181)9 Praace, par le général de Moltke, étao eot connu, je n'y reviendrai pas. Je dh 1 exposer ici ce qui, dans les évéaemedti le la guerre, est nécessaire à rinteliigeno ^ui se rapportent à l'exercice même àt nandemenl allemand.

s premiers jours d'août 1870, les tnni llemandes, à peu près complète meal >, avaient opéré leur concentration reS' 1 I" à l'est de la Sarre moyenne, la au et Germersheim, la II' entre Kaise»

le Rhin. Le transport de cette demicn etardé, on le sait, par des motifs de pru tés par la rapidité du déploiement frat ésultait du recul que Moltke avait poser à sa ligne de débarquement (1). Li

chef d'état- major général tendait, dasi ible, à aborder sur la Sarre l'armée frair ; la I" et la II" armée et à faire manceo-

et Mailles de la guerre, p. S08.

vrer la 111% de façon à la jeter sur notre flanc droit pour amener la décision. Mais déjà la minuscule a&ire de Sarrebrûck, survenue le 2 août, avait eu pour conséquence inattendue, malgré son peu d'importance e£Fective et ses résultats dérisoires, de jeter une certaine perturbation dans le développement de ce projet.

Elle avait inquiété le général de Moltke, assez peu soucieux de nous voir prendre à travers le Palatinat une brusque oÉfensive, et provoqué certaines mesures de précaution, qui contribuèrent à accentuer encore le retard de la II" armée. Au contraire, la III* fut invitée, par manière de diversion, à presser son entrée en basse Alsace. Quant à la T*, on lui recommanda de se garder soigneusement de tout engagement prématuré. Mais le général qui la commandait interpréta ces instructions d'une façon assez particulière, et s'empressa, à Tencontre de leur esprit, d'accentuer davantage la poussée de ses troupes vers la Sarre, dans la partie comprise entre Sarrebrûck et Merzig. C'était un acte d'indépendance excessive. Il ne saurait surprendre quand OD connaft l'homme qui le commettait.

Le général de l'infanterie de Steinmetz, robuste vieillard de plus de soixante-treize ans (il était né le 27 décembre 1796), jouissait dans l'armée prussienne d'une célébrité indiscutée, mais de sympathies très rares. Ce vétéran des guerres de l'indépendance, soldat au caractère entier et au tempérament brutal, était, en e£Fet, d'une rigidité légendaire dans le service, et, s'il payait d'exemple, ne

.ES ARMÉES ALLEMANDES EN l«7n

icune faiblesse, aucune défaillance, ai nnu surtout, avant 1866, par la riguei ^ipline et le soin méticuleux qu'il apport!

ction de ses troupes, il avait trouvé, courte campagne de Bohême, trois oct icessives de se populariser. A Nacho*l ail, le 27 juin, il déboucha des montagni lu V' corps, et bouscula un corps d'araj \ qui voulait lui barrer la route. A Skaliu ndemain même, il poursuivit son ennea

par un autre corps, et où, n'avanl p)

l'attaquer malgré sa propre infériorij le (il n'avait avec le V° corps qu'une m te du VI'), il obtint un succès éclalanj 29, jour où, exécutant une marche i iz déUcate, il battit A Schweiuschadel n ichienqui inquiétait ses mouvements. { imé le » lion de Nachod « , il devint ud héros. Mais f son irritabilité perpéluelk tal de Widdern, sa sévérité que n'arréiai insidération, la conscience de sa perso»

i accusée, provoquaient de tous côtés i* des froissements, et faisaient de ce géni lef très redouté » (1). Ailleurs, le laéa us montre Steinmetz refusant à ses cou

de corps d'armée toute espèce d'inili' 2 les tenant au courant ni de la situalid

ni des desseins du généralissime (2).

Et ce n'était pas seulement pour ses subordonnés que cette nature de fer se montrait intraitable, c'était aussi vis-à-vis de ses chefs. « D'ordinaire, dit toujours Widdern, ce ne sont pas les caractères faibles, mais précisément les hommes énergiques ou sûrs d'eux-mêmes, qui se refusent à lâcher la bride et ne permettent pas que les forces dont ils disposent soient employées sans leurs ordres ou leur consentement. Mais il arrive aussi que F amour-propre exagéré^ la présomption^ une susceptibilité maladive^ comme chez Steinmetz^ prédisposent à agir ainsi (I). » Un tel homme ne devait pas tarder à résister à Moltke, pour le moins aussi autoritaire, quoique beaucoup moins cassant. Les cartes commencèrent à se brouiller au lendemain même de Sarrebrûck, c'est-à-dire dès le début des opérations.

Au moment précis où Steinmetz donnait les ordres dont il vient d'être question pour pousser ses forces sur le Sarre, arrivait de Mayence une dépêche ordonnant à la I" armée de reculer. On craignait, nous l'avons déjà vu, une irruption brusquée des Français, et, d'autre part, on savait que la • II* armée ne pourrait être rassemblée , avant le 6, au débouché de la zone boisée de Kaiserslautern. Dans ces conditions, et si, disait la dépêche, « une oÉfensive rapide de l'ennemi ne pouvait être empêchée, » la IP armée devrait accepter une bataille défensive derrière la Lauter

(l) Cardinal von Widderk, ch. v.

s ARMI^IDS ALLEMANDES EN 1870

ilautern), et éventuellement la I" aurait manœuvrer pour tomber sur le Haut s Français en marche. Steinmetz rece- )iiséquenice l'ordre de rassembler seE î Tholey, c'est-à-dire au nord-ouest de ;ement6 actuels, et beaucoup plus loin . La diversion ordonné à la III' armée.

Usace, devait être, en tous cas, pour-

cuter ici quel pouvait être le mérite de ion nouvelle, on doit constater qu'elle ne lu goût du général de Steinmetz. Toul e dernier, qui s'était soumis en rechixécuta qu'imparfaitement les ordres de r les emplacements qu'il assigna à sef corps ne répondaient nullement aui Je la situation.

d'état-major général avait prescrit que, ve française redoutée tardait à se pro- 11' armée serait immédiatement portée Te. Or les cantonnements choisis par non seulement bordaient de très près li larche affectée à la colonne de droite de e, mais même se trouvaient en parties celle-ci, et restreignaient singulièrement ance du mouvement, mt Moitke approuva tout, sans réussira mauvaise humeur de son terrible lieutes'exhala dans un télégramme très vif.

■dre du roi, disait-il, je me suis porte ai dans la région de Tholey, mais je

serais bien plus volontiers demeuré sur la Sarre, où mon armée formait un flanc offensif par rapport à la II* armée. La I" armée pouvait avoir là

une action plus efficace Je ne comprends pas la

conception stratégique qui fait abandonner la Sarre, ce à quoi n'oblige nullement la situation. Je désirerais donc des éclaircissements afin de pouvoir agir à propos par la suite... (1). »

La leçon était sévère. Moltke, cependant, ne la releva pas. « Je suis parfaitement d'accord avec Votre Excellence, répondait-il, au sujet de Timportance qu'il y a pour les commandants d'armée à connaître et à posséder exactement les motifs servant de base aux ordres de Sa Majesté. J'ai l'honneur, par suite, de vous adresser par la lettre présente, et en réponse aux questions que vous avez posées à la date du 4, des explications plus complètes qu'il n'a été possible de le faire par télégramme (2). » Suivaient, en effet, des explications précises, que terminait cette phrase lénitive : « La coopération des trois armées ne peut être réglée que par Sa Majesté, mais la pleine liberté d'action de chacune d'elles, en vue de l'exécution des ordres donnés à cet effet, ne sera pas limitée. »

C'était certainement là un adoucissement de forme que le chef d'état-major voulait apporter à la rigueur impérative de décisions sans appel. Le fougueux Steinmetz n'y fut nullement sensible, et

(1) Correspondance militaire du maréchal de Moltkey t. I", p. 246. Paris, Lavauzelle. [i)Ihid.,p. 247,

U.I.ËMANDES EN J870

1 surplus, tandis qu'on le consignait i avait reçu avis que la H' armée allait se marche, il n'y tint plus, et s'adressa t au roi. u La II' armée, télégraphiai L-ii.

r en avant de la 1", et, comme je n'ai e direction sur l'offensive ultérieure, il s toute base pour pouvoir agir à pro-

.ait pas tout à fait exact, car Moltke.

ttre précitée, avait très suffisamment i projets généraux, au moins pour la uelle. Mais il fallait bien trouver prérécriminations peu justiHées. Celui que 'Oquer Sleinmetz ne lui réussit pas, caf lent le roi ne répondit point à ses ais le chef d'état-major riposta d'abord pèche laconique, où perçait son irnlaroute Saint- Wendel, Ottweiler, Neuna évacuée demain par la I" armée...; le lettre dont les termes n'étaient pas calmer son bouillant adversaire. « En L dépêche chiffrée adressée à Sa Majesté fait connaître au commandant en chej lée que, pour les raisons suivantes (conopérations de la II' armée), il sera que la I" armée conserve, d'une façon ijourd'hui et demain, ses emplacement»

qu'elle se borne à évacuer complète- Jte Saint-Wendel, Ottweiler, Heunkir-

ndanve militaire, etc., p. 249.

chen, qui est indispensable à la IP armée pour son mouvement. Le 7 août, la l'^ armée... se mettra en mouvement par les routes de Lebach, Sarrelouis et d'UIingen, Vœlkliegen. Tout en évitant d attirer inutilement t attention, elle s^approchera assez de la Sarre pour être prête à franchir cette rivière à partir du 9 août entre Sarrelouis et Vœlklingen et à prendre éventuellement Toffensive contre le flanc gauche de l'adversaire que la II* armée aborderait de front. Sa Majesté se réserve expressément de donner les ordres pour t exécution de cette opération, car la manière de Tentamer et la direction à lui donner dépendront de la tournure que les événements auront prise alors à la III' armée (I). »

Il y avait là autant de coups de poignard que de mots. Avoir rêvé d'aborder l'ennemi le premier, de le bousculer peut-être, tout au moins d'ouvrir la voie aux forces allemandes, et se voir réduit à un rôle subordonné, éventuel, et solidaire du plus ou moins d'activité d'un collègue, c'était une désillusion profonde, qui parut intolérable à Steinmetz. Il reprit sa plume et la chargea de toute sa bile.

Le début de sa lettre est ironique et cavalier. « J'ai l'honneur de vous répondre, écrit-il, quant au sujet de la dépêche que Votre Excellence m'a envoyée à la date du 5 août, que je n avais aucun doute sur Fobjet de la mission qui incombait à la 1'* armée, tant que la II* armée cherchait à effectuer son déploiement stratégique sur la Sarre. Cette

(1) Correspondance mititaire, etc., t. I", p. 250.

pouvait consister qu'à faciliter le moi ivant de la II' armée, en détournaatJ 11 attirant sur la I" armée (1) les troop ^t à attaquer vigoureusement ces d«i î II' armée ne pouvait plus s'avaaci t. C'est dans ce sens qu'était projetée nnaissance qui n'a pas été exécutée jm rdre donné par Sa Majesté de marche , c'est également à ces considération ondu jusqu'ici la position de la I"ai iarre, — de Sarrebruckà Sarreloui:

:, la retraite de la I" armée sur Thole; lement sur Baumholder a eu pour effii l'ennemi toute liberté d'action derrim ir entraver la marche de la 11° armée, le Steinmetz ne se faisait point scrupiil( les décisions du généralissime, L'eih uivait-il, ne parait pas toutefois ette liberté, sinon pour se retranchw sitions de Spicheren et s'y faire atuagit maintenant de savoir si nou« qu'il veut, et comment. »

ce préambule agressif, Steinmetz anément son intention de ne point obéi' 'il avait reçu de rester sur place eaii racuer la route Saint-Wendel-Neunkirtroupes des ï" et II' armées sont main- :alement coude à coude; elles vieotraverser en cas de maintien ultérieur

des directions de marche de la II' armée ; en tous cas, la P* armée est gênée dans sa liberté d'opéra^ lions. Par suite, et comme il était en outre nécessaire de régulariser le déploiement stratégique des VII* et VIII* corps (1), j'ai pu d'autant moins me borner à évacuer la route Saint- Wendel-Ottweiller- Neunkirchen que les troupes à pousser vers Touest eussent été reportées sur des localités déjà occupées par d'autres troupes (2). On a dû, en somme, procéder à un déplacement des cantonnements vers t ouest et aussi vers le sud^ car il fallait également gagner, auprès de Tholey, la place nécessaire pour cantonner le !•' corps d'armée et la 1" division de cavalerie mis entre temps sous mon commandement. La /'• armée, qui avait jusqu'ici à peu près deux marches à faire de Tholey jusqu'à la Sarre, s'est maintenant, d'après des dispositions dont il a été rendu compte par télégramme, portée à une marche de cette rivière. Elle a — dans le cas où la l" et la II* armée attaqueraient ensemble l'ennemi derrière la Sarre — reconquis la liberté d'action qui lui est nécessaire, et l'espace qui le lui est également pour déployer ses troupes (3). »

(1) La I" armée se composait des VII*, VIII" corps, et de la 3' dÎTÎsioii de cavalerie. On Tenait de lui adjoindre le V' corps et la i'* division de cavalerie.

(2) En marge des deux dernières lignes, Moltke a mis sur l'original deux points d'interrogation. Les mots u vers l'ouest » font soulignés deux fois par lui.

(3) Moltke a écrit en marge : « On ne peut prévoir les opérations si longtemps à l'avance^ quand on est tout près de l'enoemi. » (Extrait de la Correspondance du maréchal, déjà citée.)

signifie : u Vous voulez que je resseir s afin de donner toute aisance de mard lée rivale; j'entends, au contraire, ^ té d'agir. Vous prétendez me relègue nément au second plan; je veux, ni

premier. Je consens, néanmoins, à é oute dont vous avez besoin; mais ce

comme vous l'indiquez, en me replian ord, pour y rester immobile tandis qi igîraient; ce sera, au contraire, en obli l'ouest, vers la Sarre, c'est-à-dire ven

Prenez votre route. Moi, je garde l'indu

de mes mouvements, et j'en profiterai

lonc un commandant d'armée qui dod t s'arroge le droit de discuter des ordre.^ on ne lui demandait pas son avis, m^>

considère comme lettre morte quand il^ 1 ses propres combinaisons. Le corasupérieur veut, à tort ou à raison, h\n 'ont la II* armée, et conséquemment rers l'ennemi par toutes les routes d

II entend réserver à la I" le rôle it ttaque sur un des flancs de l'adversaire ;ela, la concentrer A distance vJs-à-visdi 3u'il y ait eu mieux ou simplement aiiW

faire, c'est possible ; mais, comti s volontairement ici de toute discussion le, je n'examinerai pas la question. Oi -a en tout cas que si. dans une opératioi le, chacun des agents d'exécution refusai!

d'obéir, sous prétexte que cette opération n'est pas conforme à ses conceptions ou satisfait insuffisamment ses anibitions personnelles, il n'y aurait plus àe guerre possible, et le généralissime en serait réduit à abdiquer ses pouvoirs.

On s'étonne vraiment de la longanimité montrée parMoltke en cette circonstance. Elle est peu conforme à son caractère, et n'a vraisemblablement d'autre cause que la grande situation de Steinmetz ou peut-être la crainte de ses boutades atrabilaires. Elle a fini d'ailleurs par se lasser, à la suite de nou- Telles frasques du trop irascible général, et par faire place à une sévérité dont la tardive explosion est seule un sujet de surprise.

Je dois cependant exposer maintenant les circonstances atténuantes qui existaient pour le cas dont nous nous occupons. Elles résultent d'un malentendu initial et du silence que le général de Moltke avait cru devoir garder, vis-à-vis des commandants d'armée, sur ses projets généraux. Steinmetz, impulsif de tempérament et soldat d'expérience, comprenait le rôle de son armée, déjà presque au contact et prête au combat (1), comme celui d'une troupe de couverture ou d'avant-garde, chargée de tâter l'ennemi, de l'attirer au besoin et de l'accrocher. Mais, outre que la constitution de cette armée, trop pauvre en cavalerie, ne se prétait qu'imparfaitement à un pareil rôle, c'était aller à 'encontre des idées du général de Moltke, lequel,

(1) Les VII« et VHP corps, stationnés en Prusse rhénane, savaient pu se mobiliser et se concentrer les premiers.

lRHÉES allemandes en 1870

)ns spéciales qu'il n'y a d'ailleurs || ' ici, n'avait basé aucune de sesfoi l'emploi ou même l'existence de»

! commandait au contraire express toute affaire avant que les forces ail ;nt toutes en état de se prêter a

s au q

: la 9

jue si Steinmetz eût été mis ), et surtout de la nature de lie que Moltke préparait avec ses wi t refréné ses velléités impatientes ardeur fougueuse. Mais, à ses A ées de renseignements, le chef d eui lait invariablement qu'il ne croti anner d'instructions g'étendant au d'' immédiate (1). Au lieu d'exposernd ieutenants le plan fondamental des omme Napoléon n'hésitait pas à i le contact pris, et d'adopter le systèa ;, auquel il fallut bien arriver p1<{ stait aux ordres journaliers d'e^nl Fut une faute qui explique en parti e Steinmetz.

iir évacuer la fameuse route Sainl eiler-Neunkirchen, celui-ci, au li' our de Tholey, comme il en an j contraire, le 5 août, appuyer so Sarre, «les projets ultérieurs du «•

franto-atUmande, p. 155-

mandement supérieur lui étaient inconnus (I). » S'il ne peut donc être absous de son indépendance, il a du moins une excuse à alléguer, qui la pallie tant soit peu.

Mais on ne saurait refaire sa nature, et le moment approchait où, de nouveau, Steinmetz allait traverser les plans du haut commandement au point de s'aliéner définitivement ses bonnes grâces. On vient de voir qu'invité à resserrer ses forces sur Tholey et à y demeurer jusqu'à nouvel ordre, il avait, au contraire, pris des mesures pour s'étaler vers la Sarre. Son ordre de mouvement du ^ août ne cherchait même pas à pallier cette désobéissance formelle et semblait, au contraire, la proclamer comme un défi, a L'armée, y était-il dit, commencera demain (6 août) son mouvement en avant vers la Sarre... w Le corps de tète (VII*) de- ^it, en conséquence, s'avancer jusqu'à Guichenbach (8 kilom. N.-E de Sarrebrùck) et pousser une avant-garde dans cette dernière ville. Il n'était plus question, on le voit, des lignes de marche réservées à la II* armée.

Or, tandis que ces événements se passaient, le ^' corps français (général Frossard) , posté en avant ie nos forces de Lorraine sur les hauteurs de Spicheren et de Stiring-Wendel, dans une formation défectueuse qui rendait sa position aventurée, avait replié ses avant-postes de la Sarre et évacué Sarrebrùck.

(1) La Gtierre franco-allemande o. 155.

s ARMEES ALLEMANDES EN I870

[>mmandeinent ne possédant point it icise sur la situation réelle et ayanlai iplètement perdu la tête, n'existait plus ïnt parler, ou plutôt sa stratégie etail qu'elle équivalait au chaos. On laisi, de Teterchen à Sarreguemines, h et i* corps) qu'il eût fallu concenlrei taille immineate, et on concentrait ai 3 corps de couverture, dont le rôle eni t comporté un dispositif en éventail. Li naintenue en arrière, ne rendait aucun demeurait aussi inutile pour l'exploraour la sûreté. Enfin, chose étonnaalti s de la Sarre, évacués par ordre, res- Cts, à la disposition complète duo ur qui le franchissement de la rivièn îmière nécessité.

erie ennemie les utilisa la première l'aube, elle vint patrouiller sur la rivt constata le repli de nos avant-posles ce fait des conclusions excessives, fl nfluencée par la rumeur, répandue en nment, que les Français avaient coininibarquer en chemin de fer à Forbacb, >ur une retraite générale ce qui n'él^i il partiel, et rendit compte du dépa'' l'ennemi.

luvelle, parvenue en cours de route i le d'une des divisions de VII' corpi nna au général de Kameke, qui la comidée de profiter de l'aubaine, de poussw

te avant-garde au delà de Sarrebrûck (1) et de îndre possession des hauteurs qu'on croyait abananées par nous, afin de constituer ainsi une sorte

tête de pont. Sur Tautorisation implicite de son en mandant de corps d'armée, le général de Zas- ►w, qui, soil dit en passant, déclina toute responbilité et laissa son subordonné « libre d'agir suint sa propre inspiration » (2), il jeta donc, dès jr arrivée, à onze heures et demie, ses premiers ntîngents sur la rive gauche et leur donna Tordre attaquer. C'est ainsi que débuta la journée de )icheren.

Quant à Steinmetz, informé dès midi de ce qui

passait, il n'eut garde d'exprimer un regret ou 1 blâme. Au contraire, il donna à Zastrow carte anche, dans un ordre célèbre, où l'assurance la us présomptueuse s'alliait à une astuce insoup- >nnée. « L'ennemi doit être puni de sa négligence^ isait-il. Afin de l'empêcher de rentrer dans les ositions qu'il a évacuées sur la rive gauche de la arre, le commandant en chef déclare en approuer l'occupation dans {intérêt de la II* armée. »

Le a lion de Nachod w s'érige décidément en edresseur de torts. Après avoir morigéné ses ropres chefs, le voici qui châtie les erreurs de son dversaire. C'est de la justice distributive, et qui le saurait faire de jaloux. Mais c'est uniquement e la justice, et que ne dicte, du moins semble-t-il affirmer, aucune préoccupation personnelle. Ce

(1) C'est celle qui avait reçu l'ordre d'occuper la ville. V. p. 45.

(2) La Guerre franco-allemande ^ p. 294.

ES ARMKRS ALLEMANDhlS US IHTO

pour lui que travaille Steiometz, uni autres. S'il a, contre vents et maréa . platea-baDdeb d'un collègue, ce net ambition ou égoïsme, mais uniqueuen de confraternité : c'est bien » dans l'ii II' armée n qu'il agit, de cette II* ame y a pas vingt-quatre heures, il semblii autant qu'un poisson d'une pomme,!

isait de lui ravir sa " liberté d'acUOD' îvenu à résipiscence, et se sacrifiant ai ival. Il l'afKrme et voudrait nous ea coifaut- il être vraiment sceptique poui que cette générosité n'est qu'apparente, s ce bel altruisme se cacbe un senlimeu us pratique et plus immédiat?

it-ce pas tout simplement que le bwi chanté de tenir enfin cet ennemi insaiiiin ne voulait pas lui donner en pàtuit, ccupé cependant des conséquences it e, chercherait à l'excuser d'avance tt la [bonne intention? N'aurait-il pas éciil se : « dans l'intérêt de la II* armée, ' * le Moltke, dont il redoute quand méin ie humeur? « Voyez, lui dit-il, j'ai ouvtil et déblayé le chemin; vous n'avez pli»

her dans des routes frayées. Tout ^ t profit pour vous, quand j'ai, moi, gank Que pourrieZ'Vous souhaiter de niieiu ;! Je ne suis pas jaloux! Mais, si voi e mécontent, c'est que vous serez :ile...,.

Moltke, en e£Fet, ne protesta point, et accepta le fait accompli. Mais un autre montra les dents, à qui Steinmetz n'avait peut-être pas songé : celui-là même au profit de qui s'était consommé le prétendu sacrifice. C'était le prince Frédéric-Charles, commandant en chef de la IP armée.

Informé également par sa cavalerie , dans la matinée du 6 août, de la retraite apparente des Français, le prince, avec un sentiment plus exact de ses obligations, avait ordonné à ses escadrons de découverte de s'emparer des passages de la Sarre, de suivre l'ennemi pas à pas et de garder le contact avec lui, mais « sans entamer une o£Fensive prématurée » (1). En même temps, il prescrivait à la 5* division d'infanterie, qui marchait en tête du dispositif général de l'armée, sur la route de Neunkirchen à Sarrebrùck, d'occuper cette dernière ville. Lui-même quittait Kaiserslautern, où il avait couché, et se transportait à Hombourg.

Il venait à peine d'arriver quand un télégramme, expédié par le général commandant une de ses divisions de cavalerie, lui annonça que déjà l'avantgarde de la 14' division (P* armée) avait atteint Sarrebrùck et se disposait à s'y établir. Une collision devenait inévitable si la 5° division exécutait son ordre. En tout cas, l'empiétement de la I" armée sur la zone de marche de la II* était manifeste, et d'autant plus insolite qu'aucun avis préalable ne l'excusait. C'était un manquement grave

(i) La Guerre franco-allemande y p. 296.

aux convenances les plus élémentaires et à la défé rence réciproque que se doivent les généraux ei chef, abstraction faite de la situation personnelle que donnait à Tun deux son rang de prince du san^ royal. Frédéric-Charles, dont on connaît le carac' tère impulsif et le tempérament sanguin, entrs dans une violente colère et adressa sur-le-champ, ab irato^ un télégramme au général commandani la 5^ division pour lui ordonner de mettre à la porte la 14% en usant de la force au besoin (1).

Fort heureusement, la distance à laquelle la 5' division se trouvait encore de la Sarre, et la tournure que prirent bientôt les événements, dispensèrent le général de Stûlpnagel de recourir à une pareille extrémité. Il suffit cependant de connaître Texistence d'un ordre de cette nature pour constater l'extraordinaire nervosité du commandement allemand, et la tension extrême qui régnait entre ses plus hauts représentants. Steinmetz venait en tous cas de se faire un ennemi de plus et qui, peu après, se para sans hésitation de ses dépouilles, quand Theure de la disgrâce définitive eut sonné. Et, cet ennemi, on peut dire qu'il le chercha de façon préméditée, car, non content de l'avoir blessé une première fois, il ne craignit pas de le provoquer encore par une de ces récriminations mala-

(1) L'historique du graDd état-major se borne à parler de « pleins pouvoirs » donnés par Frédéric-Charles. Une publication moins officielle, mais plus sincère, nous a donné les termes exacts dont le commandant en chef de la 11^ armée avait cru devoir se servir.

droites dont il était coutumier. Le 7, en effet, il adressait sur Tincident de la veille une mercuriale probablement fort vive au prince Frédéric- Charles (1); mais celui-ci, pour toute réponse, la transmit directement au roi, lequel se chargea de clore rincident.

On trouve dans la correspondance de Moltke (2) un projet de lettre de Sa Majesté au général de t infanterie de Steinnietz^ écrit au crayon de la main du général de Moltke, qui, bien que ne paraissant pas avoir été expédié, n'en a pas moins les honneurs d'une publicité dont la renommée du destinataire se serait bien passée. Il est probable que la nouvelle de la victoire de Spicheren, survenue au moment où cette semonce allait être mise à la poste, en a fait décider le retrail. Mais Moltke n'a pas voulu qu'elle fût perdue pour la postérité, et en a soigneusement gardé l'original, sachant bien qu'il serait publié un jour. C'est, comme on va le voir, un désaveu formel (3)-.

« Je vous ferai remarquer, au sujet du, télégramme adressé par vous au commandant en chef de la II* armée, le 7 courant, et qui m'a été soumis, que la ï" armée a^t, à l'origine, reçu, comme point de direction, Sarrelouis. Afin de ne pas isoler

(1) Les termes de la communication faite par Steinmetz au prince Frédéric-Charles devaient être très violents, car aucune publication allemande n'en a, que nous sachions, donné la teneur.

(3) Le hrouillon écrit par Moltke ne porte pas de date. L'éditeur de la Correspondance indique qu'il a été écrit probablement le 8 août.

s ARMÉES ALLEMANDES EN IS'O

e, et de lui faire attendre, dans une p!

c, l'arrivée de la II" armée, elle fui, pi is du 29 juillet et du 3 août, mainteuw le Wadern-Saarburg, puis sur la ligm bach. En étendant ses cantonnemeDl ; la dernière ligne précitée et j lai" armée empiéta sur la zone de mardi!

?oite de la 11% et, par ordre en date il lui fut, par suite, prescrit à nouvai son mouvement par les routes de Vœl- Sarrelouis. Malgré cet ordre, elle a pns, enbach et Fischbach, la direcfioQ Jf -Forbach, s'exposant ainsi, en casdi m de son mouvement, à être prise ^d is forces de l'ennemi encore réunies

s donc TOUS informer que je considère s fondement les représentations faites {Ut I' armée dans votre télégramme Jede- )ntraire, formellement, que la II' armée lite d'une manière conforme à mes inlen- : m'en suis exprimé au général de iacance Frédéric-Charles. »

possible de résumer en moins df ! de la question tout entière, et demieu!

choses au point. Mais il est impossible iger avec moins de ménagements uo!

1 blàme. Moltke tirait là une premif»

de l'imprudent qui avait fait mine de l( llle était, il est vrai, incomplète. Cei^ r bien longtemps.

Quoi qu'il en soit, la bouillante ardeur du général de Steinmetz venait de provoquer une bataille, mais toute différente de celle que le général de Moltke eût souhaitée. Le plan initial de Tétat-major, celui que la relation allemande qualifie de fondamental, tendait bien à une lutte décisive sur la Sarre; mais, pour être décisive, cette lutte devait être générale, c'est-à-dire entreprise, du côté allemand, avec toutes les forces mobilisées. Or, à la date du 6, le déploiement stratégique des trois armées allemandes était encore imparfait, et Téchelonnement des forces ne se prétait pas à leur action combinée. Je ne critique pas, je constate.

Mais, critique ou non, il est clair que le général Je Moltke était logique et bien inspiré en recommandant à ses subordonnés une prudence nécessaire, en les invitant à éviter toute affaire prématurée, et en fixant à deux ou trois jours plus tard la date de la grande journée. Seulement, il aurait dû veiller lui-même à l'observance de ses reconimandations et ne pas borner son action à donner îivi général Steinmetz quelques coups de caveçon inoffensifs.

A la guerre, un incident est bien vite arrivé qui peut entraîner, si rien ne se met à la traverse, les plus graves conséquences, et l'affaire de Spicheren en est une preuve. Nul ne la voulait, nul même n'y songeait. Un chef impétueux pousse ses troupes de l'avant, une autre veut profiter des facilités que lui laisse l'ennemi pour mettre la main sur des pas- ^î^ges et s'en assurer la possession définitive. Pour

l'imprudence. Engager une avant-garde sans savoir si elle sera soutenue; l'engager de telle sorte qu'elle soit prise en un instant dans Tengrenage, au point qu'abandonnée à elle-même, elle est perdue, tandis que, secourue, elle entraîne tout le monde dans une action de hasard, c'est une faute, mais qui a son excuse dans un louable sentiment d'initiative et d'énergie, et aussi dans cette idée tactique qu'il faut profiter de toutes les défaillances de l'ennemi.

Ce qui est plus grave, c'est, quand on a la direction et la responsabilité des choses, d'abdiquer son rôle de régulateur et de guide, ou du moins de se mettre dans l'impossibilité de l'exercer. C'est ce qu'a fait le général de Moltke ; et, si ses projets ont été bouleversés de par l'exubérante ardeur d'un Steinmetz et d'un Kameke, le premier responsable n'est autre que lui-même. En se refusant à orienter le commandement de la P'' armée sur ses projets d'ensemble, il l'autorisait presque à agira sa tête; il est vrai que l'autre a abusé de la permission. Mais, surtout en se tenant de parti pris à si grande distance du théâtre d'opérations, il s'interdisait toute action opportune et toute influence directe sur la marche des événements.

Il est à présumer que si le roi Guillaume avait eu vingt ans de moins, il ne serait pas resté à Mayence aussi longtemps, et n'aurait pas tant tardé à se mettre en campagne. Et, bon gré mal gréy Moltke l'aurait suivi. La rapidité du télégraphe ne corrige pas toujours les inconvénients de l'éloi-

IS ARMÉES ALLEMANDES EN IgTO

;t ce ne sont point les objurgations tarîS réprimandes après coup qui peuveot e situation compromise. C'est l'influence chef responsable qui seule en écarl!

té. Elle ne détruit pas né cessa iremenl ves, mais elle étouffe souvent les vélj lépendance ou du moins les réprime à|

'ettables conflits du 6 août, entre deusl auts personnages de l'armée, n'ont pu| le parce qu'il manquait, sur les lieu^' e autorité supérieure. L'affaire de Spi-; i dérangeait si complètement le plan foii-j et pouvait entraîner pour les Allemands!

stes conséquences, est due aux mêmes ésulte de la même erreur.

place du grand quartier général étaîl»

, à portée des opérations, et en un poiot

l'on peut alors affirmer que si Molltf:

>up d'œil militaire, avait, le 6 au matin.

Je la retraite, vraie ou supposée, Jfs l aurait en personne pris le timon des loin d'engager une bataille qu'il ne vouer, se serait borné à prescrire une explocomplète, au moyen de la cavalerie, pu'* ir solidement les ponts de la Sarre pa' . De la sorte, il restait maître des événeen arrachait le cours au basard. Mai*' il fallait qu'il fût avec ses troupes, c'esl'

vieux lui-même, il ne traînât pas aprèr Ire plus vieux encore, dont la santé pré-

cieuse ne pouvait s'accommoder des nourritures équivoques et des abris mal clos.

L'échauffourée du 6 août n'a pas eu les suites qu'elle comportait; du moins n'a-t-elle fait que proroger la catastrophe à laquelle était vouée Tarmée française. Mais, je l'ai déjà dit plus haut et je veux encore le répéter : c'est uniquement parce que, de notre côté, le haut commandement, désorienté et éperdu, n'a su profiter de rien. Il est devenu tout à coup aveugle, sourd et muet, et, dans son impuissance, n'a réussi qu'à réglementer la confusion et le désordre. Devant un pareil effondrement, la stratégie prussienne pouvait se donner bien des licences, et ne risquait pas grand'chose à être dirigée de loin. Ses fautes se payaient un peu plus cher, voilà tout; mais elle avait les moyens d'y mettre le prix, et, à ne trouver jamais devant elle qu'une bravoure impuissante, elle commençait à se sentir rassurée sur l'issue d'une lutte qu'elle n'avait certainement pas entreprise sans appréhension. Car elle existait bien réellement, en dépit de ses imperfections ou de ses défaillances. La nôtre, hélas ! ne représentait que le néant.

Il ne serait pas équitable, cependant, d'envisager la question à ce point de vue unique. Le commandement à la guerre n'est pas une simple abstraction, inspiratrice des opérations ou des manœuvres. Il est aussi, et plus immédiatement, la source des énergies et le ressort des volontés fécondes. Son influence permanente et souveraine domine encore plus les réalités de l'action que les événe-

et de prendre sur lui rascendant que, seul, donne le succès. « Une bataille perdue est une bataille que Ton croit perdue, » disait le prince de Ligne; et un général français, résumant d'un mot la morale du combat de Spicheren, a pu écrire, avec un sens profondément philosophique : « Le général Frossard, non battu, a cru Tétre et il Ta été; le général de Zastrow, à moitié battu, mais ne voulant pas Tétre, ne Ta pas été. Voilà le secret de la victoire prussienne. »

Quant au résultat, je disais tout à Theure qu'il ne valait pas les 5,000 hommes qu'il avait coûtés. Peut-être ai-je eu tort, car, à tout prendre, le retentissement de cette victoire, stratégiquement nulle, a été énorme. Elle a exalté les Allemands, déprimé encore davantage le commandement français, et contribué à l'affolement déplorable de l'opinion et de la presse. Elle n'était donc point stérile, tandis que le moindre échec fût devenu désastreux. Mais à qui les Prussiens la doivent-ils, puisque leur généralissime ne l'a ni préparée, ni dirigée, ni voulue? Est-ce à leurs troupes? Non, certes, car les nôtres valaient mieux, sinon par la quantité, dû moins par la qualité, et la supériorité numérique de l'assaillant ne compensait pas cette différence. La bravoure déployée par le 2* corps a dépassé tout éloge, et ne pouvait être plus haute. Est-ce donc à l'excellence de leur tactique? Pas davantage, car, à proprement parler, celle-ci n'a existé que dans le détail, et nulle part un effort combiné n'a été même esquissé.

HÉES ALLEMANDES EN 18-0

amandemeat seul qui est respo;)- !8, parce qu'il en a été le facteur commandement, il faut entendre it lie et morale exercée hiérarchisâtice par les détenteurs de l'autorité.

les chefs directs de la troupe.

,-étre, on n'a vu dans une artnwl iplet de vues, concours plus absoli concordance d'efforts plus entière

division aux prises avec l'ennf^ii iniènera des renforts, à qui la fi^ sa tâche. Qu'elle ait eu raison - ;er, personne n'en a cure. FUc - Hermine qui lui a paru s'impo- ■ iffaire délicafe; cela suffit, on Isenait au commandement supériem 'il jugeait son initiative périlleust a rien fait, et pour cause, le devmr eut tracé et il se résume en ceci battre l'ennemi. Cette conceplionJi

fois très haute. Elle honore unt incore qu'elle ne lui profite, car eII( pense les erreurs d'une straléjif ; ses imperfections ou ses faibless" rable rayonnement du succès, is haut la 14' division s'engageao!

est de Sarrebrùck afin de s'eropaf le l'on croyait évacuées par nouSi'' i une tête de pont pour le reste J' >ment où elle recevait les preiniei' n, un général de brigade, le géof

rai de Dœring, appartenant à la 11" armée, arrivait de sa personne à Sarrebrûck, où, devançant ses troupes, il était venu en reconnaissance (1). Il ne tarda point à comprendre ce que la situation avait de périlleux, et instantanément envoya Tordre à sa brigade, qui était partie le matin de Neunkirchen pour se rendre à Dudweiler , de continuer sa marche sur Sarrebrûck. Non seulement cette brigade accourut, mais le lieutenant général de Stiilpnagel, commandant de la division, vint, aussitôt informé de ce qui se passait, se mettre à la tête.

Un instant après, le commandant du corps d'armée, général Constantin d'Alvensleben, à qui on avait rendu compte de ce qui se passait, faisait embarquer en chemin de fer, à Neunkirchen et Saint-Wendel, deux régiments d'infanterie qui traversaient ces villes, et les dirigeait vers Sarrebrûck, en même temps qu'il activait la marche des autres éléments de son corps d'armée trop en avant déjà pour profiter des gares. On ne saurait assez admirer cette marque de confiance donnée au jugement d'un subordonné ; on ne saurait assez louer et ceux dont elle émane et celui qui Ta reçue.

Ce n'est pas tout; le général de Gœben, commandant le YIII' corps, étant venu lui aussi faire sa reconnaissance personnelle, s'occupait à attirer sur le champ de bataille sa division de tète, la 16% quand il rencontra Tavaiit-garde de cette division qui^ déjà, de sa propre initiative, s*y rendait. Mais

(i) Le général de Dœring devait, dix jours plus tard, périr glorieusement sur le champ de bataille de Rezonville.

18 remarqiiiiMft est ro!oi-ci. Une bit rivait en chemio de fer de Kœnigsbet<^ débarquement à Neunkirchen, quaoi engagementdeSpicheren. Sansdéseï»

apitaine la remit en vagon, lit pousseï iarre, et, à six heures et demie, ajiréi inq heures de route, elle tirait sod p de canon !

Lcle n'était pas moins suggestiF sur It bataille, où quatre généraux, appela entparle privilège de l'anciennelé on exercer le commandement, donnaifo' lutre l'exemple de l'accord le plus parplus étroite communion de vues. Ifi it ruiné toute velléité d'indépendance f' it sentiment autre que celui de la »lirivalisait, du haut en bas de l'échellf.

r à un acte discutable d'initialive la 1 du succès. Le concours de toutes io* >ntés, de tous les instincts milltair*' iment mesuré et si formellement acquit.

nbinaison procurait aux troupes j«lEf* jnts disparates et s'infiltrant sur le IS'' e on l'a dit, " goutte à goutte, « u"' e cohésion presque égale à celle J' it constituées.

concert impeccable, à peine a-l-il éti?

relever deux dissonances; car ni l'ai'*' général de Zastrow, qui n'a ps* °^^ ordre ferme, ni la mollesse du génfi^ iu, qui n'a pas su amener sa divisiw-

n'ont eu d'imitateurs. Ces défaillances sont bien peu de chose au regard de l'indécision, de la lenteur et de l'incohérence qu'ont montrées les diverses unités du 3* corps français, dont pas une, dans le désordre d'une direction vacillante et timorée, n'a pu, malgré le peu de distance, secourir le général Frossard!

Et cependant, les généraux français étaient, à un bien plus haut degré que les Allemands, des hommes de guerre, des vétérans dont on ne comptait plus les campagnes ni les actions d'éclat. Depuis leur naissance à la vie militaire, ils n'avaient presque jamais cessé de batailler, et certains d'entre eux même jouissaient d'un prestige que leurs adversaires leur enviaient. A ceux qui citaient orgueilleusement leurs courtes prouesses de la guerre de Bohême, ils pouvaient répondre par une longue théorie de dates glorieuses, Afrique, Isly, Sébastopol, Grande Kabylie, Magenta, Solferino, Puebla! Ils étaient braves autant que les plus braves, et se croyaient invincibles parce qu'ils étaient invaincus. Hélas! si leur illusion était profonde, le réveil en a été bien douloureux! Ils ont connu très vite, à leurs dépens et aux nôtres, que le courage, chez le chef, devient presque une vertu négative s'il ne s'allie à d'autres qualités concrètes et principales, le jugement, la décision, la méthode, la doctrine, dont l'ensemble constitue l'essence même du commandement. Ces qualités, que n'avaient pas développées chez eux les campagnes de nature spéciale auxquelles ils avaient pris part, ils les dédaignaient.

ou mieuic ils les ignoraient, tandis que leurs amsj gonistes avaient mis à les acquérir et à les exjiliii ter toutes les forces de leur intelligence et de Ira volonté.

Ils étaient déconcertés par la moindre aventuis, et restaient désarmés devant la logique iinpérieu!t d'événements naturels, qu'ils u'avaieat appris an prévoir ni à maîtriser. La centralisation outrancière où, comme en une ornière béante, l'arn» française s'eniizait depuis de longues années d ui mouvement continu et progressif, avait fînalemcol eu raison de toutes les volontés, tué toutes li" audaces. Dominés par l'inHuence rétrograde d'uof scolastique étroite et bornée, qui n'avait rien reteni) des souvenirs napoléoniens, ni des sévères l^am de l'histoire, nos chefs se faisaient de la gunt une conception étriquée, qui réduisait l'art it vaincre à la connaissance de quelque botte secrète. ou au monopole d'un engin plus ou moins ieitructeur.

Ils méconnaissaient les principes essentiels d'activité, de coordination, de concentration, de sécurité et de liberté, qui sont la base des moindre! combinaisons militaires, et confondaient voloatiers l'offensive avec le laisser-aller, ou la résistance avec la passivité. Leur action sur les troupes, toul' d'extérieur, ne dépassait pas un rôle d'adjudanimajor de rang élevé, qui sait veiller à la disciplina et au maintien du rang. Elle s'efFaçait complèl^ ment au combat, où seule étonnait leur bravoure. éclatante et stérile. Et ils donnaient devant l'ei-

nemi le lamentable spectacle d'hommes écrasés par une responsabilité trop lourde, en ayant conscience, en souffrant même, et s'en allant, désolés et impuissants, au sacrifice comme à une expiation résignée !

En face d'eux, des généraux moins éprouvés sans doute, mais plus fermes dans leurs convictions acquises, mettaient à dominer les circonstances toute l'énergie dont ils étaient capables, avec l'obstination méthodique de leur race. Une activité inlassable remuait leurs corps et leurs âmes, imprégnées d'une doctrine ferme en laquelle ils avaient foi. Elle leur inspirait des décisions qui guidaient les efforts de leurs troupes, les condensaient, les réglaient, avec plus ou moins de mesure sans doute, plus ou moins de tact, plus ou moins d'ingéniosité, mais toujours avec une conviction profonde et une égale opiniâtreté.

lï'étant point impeccables, ils se trompaient parfois; certains s'entêtaient alors dans leur erreur, tandis que d'autres, mieux éclairés, s'ingéniaient à la réparer. Mais rarement ils abdiquaient ou invoquaient une équivoque. C'était, à tous les degrés, une passion d'agir tellement accusée qu'elle dominait les âmes faibles et galvanisait les esprits hésitants. On peut blâmer certains chefs de l'armée allemande d'avoir poussé l'audace jusqu'à l'imprudence; ou même en condamner d'autres, dont il sera question plus loin, et qui ont montré une indépendance frisant de trop près l'indiscipline. On ne constate presque chez aucun cette pusillani-

lent riasufflsance technique etl'igD»ments. Us exerçaient bien réellemeati tent, c'est-à-dire qu'ils constituaiml i morale intiispensable, dont l'aclioD !ul être suppléée par rien, pas même la plus rare. Ils étaient le lien lui u des forces, le bras qui les soulèTC

:el levier existe, il est presque (ou- >le; mais quand il manque, et que les ïamp de bataille ne sont plus noyées nement de la pensée bumaine, alon iduit à un sanglant cataclysme, do"' s que la faideur et la brutalité, asse bien maintenant la différeoce nandement et la direction. Cetle-cii 1 i'a TU, assez précaire cbez les Alle- )it y relever des erreurs doctrinales, ttement, de la mollesse et l'antag'^

fâcheux. Quant au commandemeoi, ci du moins, inattaquable, et cocuration de quiconque place le senOle au-dessus de mesquines rancunes

un sentiment aussi bas qu'aurail irconslance, le général de Moltke* il que, tandis qu'il expédiait, le '

vainqueur de Wœrth, une longue lençant par ces mots : ■ Félicitationî

pour votre brillant succès, (1) » i'

eDvoyait à Steinmetz un froid télégramme qui non seulement ne faisait aucune allusion à la victoire de la veille, mais semblait au contraire uniquement dicté par le désir de refréner par avance de nou- Telles ardeurs. « Sa Majesté, y était-il dit, prescrit à la I" armée de maintenir demain les VIP et VIII* corps dans la position qu'ils occupent entre Sarrebrùck et Vœlklingen. Les hauteurs de Spicheren seront occupées et défendues en cas d'attaque. Les directives pour le mouvement en avant ultérieur ne pourront être données que lorsque la cavalerie aura procuré des indications certaines sur t attitude de t ennemi (1). »

Rancune ou non, on voit que la leçon avait servi.

(1) Correspondance du maréchal de Moltke, p. 259. — Télégramme daté de Hombourg, 7 août^ 10 h. 15 soir.

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