‹ Le haut commandement des armées allemandes en 1870: (d'après des documentsChapitre 8 sur 25 · BATAILLE DE REZONVILLE UT · texte numérisé non relu

BATAILLE DE REZONVILLE UT

oénéficiait d'une connaissance, même approximative et lointaine, des conditions générales au milieu desquelles se déroulaient des opérations dont ils ignoraient le but, aussi bien que Texécution d'ensemble . Eux et leurs troupes marchaient à l'aveugle, tenus étroitement en lisière par un chef qu'occupait seule la réalisation de certaines visées ténébreuses, auxquelles il subordonnait tous ses actes et limitait toutes ses conceptions. Cette obscurité où ils se nciouvaieiit sans cesse ne leur laissait d'autre alternative que la résistance passive ou l'abstention.

Sans doute, ils pouvaient se faire tuer, — et ils n'y manquaient pas, — mais il leur était interdit d'agir. La partie était-elle égale et peut-on vraiment leur reprocher de n'avoir pas mieux exploité, au regard des manœuvres osées de leurs adversaires, le dévouement sans limite de ces soldats admirables, dont beaucoup étaient encore les vainqueurs de Montebello, de Puebla et de Solferino? C'est à celui qui les commandait, et à lui seul, qu'il appartenait de se souvenir d'un passé glorieux, dont l'exemple, encore récent, lui dictait son devoir. Il lui suffisait de faire comme en Italie et de culbuter l'ennemi dans une poussée vigoureuse. Il ne voulut pas l'ordonner et non seulement il permit ainsi à Alvensleben, qui, vers une heure de l'aprèsmidi, songeait sérieusement à une retraite dont il serait probablement sorti anéanti (I), de tenir bon sur ses positions conquises et de jouer ainsi dans

(1) Cardinal de Widdern, loc. cit.

son intégralité le rôle qu'il s'était assigné lui-même, mais il laissa le reste de Tarmëe allemande libre de se concentrer à loisir pour Técraser le surlendemaiD.

Qu'on juge du désastre qui attendait celle-ci si ses tètes de colonnes, culbutées par nous sur les corps de Tarrière, eussent porté partout le désordre et la terreur. Le passage de la Moselle n'était pas encore terminé et ne se poursuivait pas sans encombre (1). Comment se serait*il effectué en sens inverse, sous la pression d'une armée victorieuse qu'aucune barrière vivante ne pouvait plus arrêter? C'était bien alors l'effondrement des savantes combinaisons de jMoltke, el: l'on peut affirmer que de son plan tant vanté, depuis que le succès en a consacré l'apparente excellence, il ne serait plus alors resté que le souvenir d'un rêve mégalomane, dissipé par une poignée de soldats résolus.

Bazaine ne voulut pas répondre au sourire de la victoire et les rôles furent alors pour toujours renversés. Moltke le comprit parfaitement, bien qu'un peu tard, lui qui, n'ayant point assisté à la bataille et ne la connaissant encore que par d'assez vagues nouvelles, adressait à huit heures et demie du soir au prince Frédéric-Charles cette dépêche caractéristique : « Plus le IIP corps a aujourd'hui de forces devant lui, plus le succès de demain sera grand, alors que nous pourrons disposer de cinq corps contre l'ennemi. » Il se trompait d'un jour, il est vrai, mais sa conclusion n'en était pas moins juste.

(1) Voir à l'appendice la lettre du capitaine de Baumann.

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