‹ Le Havre-Maritime du 16e au 18e siècle. Avec préf. de Raphael-Georges LévyChapitre 12 sur 16 · CHAPITRE V Armateurs. Marchands. Intéressés · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Armateurs. Marchands. Intéressés

La navigation transatlantique, — et l'on y pourrait comprendre la pêche à Terre-Neuve et la traite au Canada qui n'en sont que des modalités, — apparaît comme le trafic auquel la population havraise s'adonnait le plus volontiers. Au lieu d'être concentré en un petit nombre de mains, ainsi qu'on l'observe pour le commerce purement africain et dans le cabotage avec l'Espagne et le Portugal, il était réparti entre une quantité d'individus. Leur nombre paraîtrait incroyable si l'on n'avait, pour l'apprécier, les documents irréfutables du tabellionage. Beaucoup plus que dans les autres branches de l'activité maritime existe une gamme fort étendue, allant de l'habitant qui, une fois par occasion, prend une part dans un navire, au marchand qui, soit comme propriétaire, soit comme victuailleur,s'y spécialise. Toutes les classes sociales s'y rencontrent, s'y coudoient et s'y mêlent.

Ceci dit uniquement en ce qui concerne les intérêts directs que révèlent les chartes-parties. La constitution des pacotilles (1), les prêts aux aventures accentuent encore cette pénétration. Les prêteurs sont légion, trop nombreux pour qu'on puisse les mentionner autrement que d'une façon générale. Il n'est si petit artisan qui, tenté par les bénéfices qu'on en retire, n'apporte sa contribution à cet ample mouvement du commerce d'outre- atlantique.

Ces habitudes se sont maintenues pendant tout le temps de la navigation à voiles. Au xvin" siècle, le commerce amé-

(1) Sous une forme très modifiée et dans des proportions plus modestes ce vieil usage des pacotilles s'est conservé sur les paquebots faisant la navigation des Antilles. Ce sont des objets de valeur sous un petit volume : parfums, savons, soieries, colifichets, très appréciés des citoyens de couleur et de leurs épouses, qui entrent à peu près exclusivement dans leur composition. Le paiement n'en est plus effectué en marchandises mais en argent. Cette différence radicale fait perdre à ce trafic le caractère intéressant qu'il a conservé jusqu'au xix* siècle.

ricain sous pavillon national n'est pratiqué qu'avec les Antilles françaises et jusqu'au traité de Paris avec le Canada. Ce n'est qu'après la paix de 1783 que nos navires prennent la route de la Nouvelle- Angleterre. Or, à Tapogée de cette navigation, au cours des années qui précèdent la Révolution, on constate la même unanimité dans les inclinations du négoce havrais. Ce sera une des raisons, et la plus puissante, pour laquelle le Havre — de même que toutes les villes qui y étaient intéressées — s'opposera énergiquement, d'abord aux autorisations accordées aux étrangers de trafiquer avec nos colonies, ensuite à la campagne menée par les philanthropes, — les négrophiles, — en vue d'amener la suppression de la traite des noirs et de l'esclavage, qu'il considérait comme inséparables de la prospérité des Antilles.

Rien ne démontre mieux la mutabilité des opinions humaines que cette opposition des tendances économiques à deux siècles de distance. Les marchands normands du xvi" siècle réclamaient le droit à la libre concurrence parce que, dans toutes leurs entreprises maritimes, ils se heurtaient à l'ostracisme des possesseurs des colonies américaines. C'était au nom de la liberté des mers qu'ils proclamaient la liberté du négoce. Il leur semblait monstrueux, contraire à toutes les lois naturelles qui doivent régler les rapports des hommes entre eux, qu'une nation s'obstinât à exercer seule un commerce pouvant suffire à plusieurs. Déjà cependant s'accusaient les courants opposés qui naissent au contact des intérêts divergents. En même temps que les marchands se posaient en champions de l'égalité commerciale, le Parlement de Normandie (1), sous leur inspiration, érigeait en principe que nos nationaux devaient avoir le privilège du fret dans les ports français.

La création de nos colonies au xvn" siècle et le rigoureux monopole adopté par les compagnies privilégiées et généralisé par Colbert, modifièrent profondément les conceptions primitives des marchands. A l'abri d'une législation draconienne, adoptée également par les autres nations, ils s'habituèrent à trafiquer sans le stimulant de la concurrence étran-

(1) En 1517.

gère. A leur tour les bénéfices qu'ils en retirèrent leur firent paraître inadmissible que nos rivaux pussent être admis à lutter avec eux sur des marchés qu'ils considéraient comme leur domaine exclusif. Régulateurs des prix d'achat et de vente, ils se heurteront, à mesure que les colonies se développeront, aux colons dont les intérêts seront naturellement opposés. Ce sera le début de tiraillements et d'une mésintelligence que les meilleurs esprits s'efforceront en vain d'aplanir (1). Finalement, sous la pression des idées économiques des physiocrates, l'édifice de Golbert s'écroulera et l'arrêt du 30 août 1784 (2) ouvrira nos colonies au commerce étranger.

A peine fut-il connu que ce fut, dans toutes les villes intéressées au maintien de l'ancien régime, un toile général. De la capitale delà Normandie, jadis citadelle de la liberté commerciale, partit le plus vibrant plaidoyer en faveur, on ne peut pas dire du protectionnisme, mais du prohibitionnisme colonial absolu. « Les colonies, dira la Chambre de commerce de la province, appartiennent à la métropole ; elles ne doivent dépendre que de la métropole et ne commercer qu'avec les habitants de la métropole. Ce sont des principes fondamentaux dont il serait très dangereux de s'écarter (3). » C'est tout à fait la thèse espagnole du xvr siècle, soutenue cette fois par la France.

L'extrême division des participations dans les armements rendait moins redoutables les sinistres affectant les navires, qu'ils proviennent des risques ordinaires de la mer ou des pirates. 11 s'opérait entre les pertes et les profits une balance avantageuse aux derniers. Si précaires que fussent les conditions de la navigation à une époque où la police maritime

(1) Notamment par les conférences ouvertes en 1775-1776 par Sartine, ministre de la marine, entre les délégués des ports et des colonies.

(2) Un arrêt du 29 juillet 1767, autorisant l'entrepôt des denrées étrangères dans les ports de Sainte-Lucie et du môle Saint-Nicolas, pratiquait déjà une brèche dans le système prohibitif.

(3) Observations des Syndics de la Chambre de commerce de Normandie sur L'arrêt du Conseil du 30 août i7S4. Rouen, in-4, p. 13 (Arch. comm. HH 68). Dans son cahier de doléances en 1789, le commerce du Havre insiste encore pour que cet arrêt soit supprimé et pour la révision du traité de commerce avec l'Angleterre conclu en 1786, contre lequel toutes les places commerçantes s'étaient élevées.

était encore inorganisée, elles n'affectaient pas les intérêts des armateurs à un degré comparable à celui qu'on observera au xvin® siècle. Les captures des navires havraisau début des guerres avec FAngleterre atteindront alors les proportions de véritables calamités (1).

On ne peut autrement qu'en relevant dans tous les cas où ils sont indiqués les noms des intéressés connaître de manière précise le nombre et la valeur de leurs engagements. Encore cette recherche, pour donner des résultats probants, devraitelle être étendue à tous les genres de navigation existant au Havre. Ce serait là une tâche fort longue, entachée à sa base d une erreur systématique, les navires terre-neuviers, pour ne citer que ceux-là, étant armés dans des conditions qui dissimulent la plupart du temps les noms de leurs propriétaires et de leurs victuailleurs. Les inventaires des maisons de commerce y pourraient suppléer, mais je n'en ai rencontré aucun.

Rares même sont les documents énumérant les parts possédées par un marchand dans un certain nombre de navires. Le plus intéressant, à ce propos, concerne la maison le plus souvent citée dans les armements transatlantiques.

Par une convention conclue le 6 octobre 1584 entre Jacques Letellier, marchand à Rouen, et Andrieu Letellier, marchand au Havre, tous deux fils et héritiers de Jacques Letellier, de Rouen, Andrieu reconnaissait que, bien qu'achetées sous son nom, son frère était propriétaire dans les navires suivants pour les parts indiquées.

Le tiers de sept demi-quarts dans la Françoise^ de 40 tonneaux, capitaine Remont, en voyage au Pérou; un quart et demi dans la Catherine^ de 45 tonneaux, capitaine Moulin, étant au Rrésil; le tiers de sept demi-quarts dans le François, de 160 tonneaux, capitaine Decqueville, de retour du Pérou; un demi tiers dans le Charles, de 120 tonneaux, capitaine Dozebosc ; un demi-quart dans V Espérance, de 100 tonneaux, capitaine Hébert; un demi-tiers dans V Aventureuse,

(1) Pour le Havre seulement, j'ai retrouvé la mention de 29 navires pour les Antilles, enlevés au début de la guerre de Sept ans ; de 40 lors de la guerre de rindépendance américaine et de 45 longs-courriers capturés à la rupture de la paix d'Amiens en 1803.

de 100 tonneaux, capitaine Pelley; un quart dans la Salamandre^ de 80 tonneaux, capitaine Lemerger ; un demi-quart et un douzième dans la Florissante, de 140 tonneaux, capitaine Hastinguays; un demi-tiers dans la Bonne- Attente^ de 80 tonneaux, capitaine Acher; un demi-tiers dans le Soleil^ de 70 tonneaux, capitaine Quemin, tous les six de retour de Terre-Neuve ; un demi-tiers dans le Bean-Couldre^ de 70 tonneaux, maître Hébert Faîne, prêt à partir pour Bordeaux; un demi-quart dans VArbre-de-Vie^ de 70 tonneaux, maître Le Dentu, prêt à partir pour Malestien (?) ; un demi-quart dans le « heu » de 50 tonneaux la Paix^ maître Durant.

En dehors de ces parts de bourgeoisie, Jacques Letellier entrait de moitié aux victuailles prises au compte d'Andrieu Letellier dans le Charles^ de 70 tonneaux, capitaine Bourdon, pour un quart; dans la Pèlerine^ de 80 tonneaux, capitaine de Golleney, pour un demi-quart ; dans V Espérance, de 50 tonneaux, capitaine Malherbe, pour un quart et 66 écus deux tiers à 40 %? ces trois navires étant en voyage au Pérou; dans la Catherine, où il était bourgeois, pour un demiquart et 166 écus deux tiers à 50 7»; dans le Redouté, de 45 tonneaux, maître Dingouville, en mer pour le Brésil, pour un demi-tiers ; dans la Catherine, de 50 tonneaux, capitaine Boucher, prête à partir au Pérou, pour un quart, et dans VEronde, barque de 30 tonneaux, en voyage au Pérou, pour un quart.

Cette énumération un peu longue montre bien à quel point les intérêts dans les armements étaient divisés, puisqu'une seule maison était représentée dans dix-neuf navires. Si les textes sur ce point étaient plus abondants, on relèverait incontestablement, pour les principaux marchands, une répartition analogue.

Plus communes sont les cessions globales de contrats, — on les désignait sous le nom de brevets — constatant les prêts aux aventures. Dans un transport consenti le 25 octobre 1585 par Josias Bruyerres, diverses sommes, formant un total de 204 écus 31 sols 6 deniers, sont engagées sur les navires la Pèlerine, l'Etoile, VHeureuse, la Petite-Licorne, la Salamandre, la barque de Richard Lye, en voyage au Pérou ou

au Brésil (la Pèlerine était de retour) ; sur le Nicolas, parti pour la Floride, sur les terres-neuviers le Nicolas, la Romaine, la Salamandre, le Jean, le Nicolas- Vasse et le navire de Jean Queretier; sut V Espérance, capitaine Cardin Haistre, pour le Maroc, et enfin sur VAgnel, al^rs en voyage de la droguerie (1).

Les quelques actes de ce genre que renferment les registres du tabellionage montrent la même multiplicité de prêts, un éparpillement analogue de risques, presque toujours pour des chiffres peu élevés. La quotité de ces prêts, contractés le plus souvent par des marins, facilitait la coopération d'un très grand nombre d'habitants. Si je ne craignais d'employer une expression trop ambitieuse, je dirais volontiers que cette démocratisation témoigne à quel point toute la population était intéressée dans la prospérité de cette navigation ainsi que dans la pêche de la morue.

Participants et obligataires directs ou prêteurs, ce sont, pour adopter la terminologie moderne, des actionnaires. Ce qui les distingue, c'est que les premiers peuvent attendre des bénéfices qui sont fonction de la valeur des retours comparée aux dépenses effectuées pour l'armement et en cours de route, tandis que pour les seconds Tintérêt est déterminé au préalable.

Les déboursés primitifs ne suffisaient pas toujours. En cas de relâche par mauvais temps ou par suite de pillage, il fallait agréer et avitailler à nouveau les navires. Ce soin retombait sur les bourgeois et les victuailleurs qui fournissaient leur quote-part proportionnelle. Pour y satisfaire, leurs ressources n'y suffisant pas toujours, ils empruntaient. La mise supplémentaire était passible du taux applicable aux prêts aux aventures (2).

(1) Cette expression s'entendait de la grande pêche du hareng, pour laquelle le Havre ne paraît pas avoir eu beaucoup d'inclination. A ce point de vue il n'a jamais égalé les ports de Dieppe et de Fécamp.

(2) Le 28 mars 1572, Jean de La Fons, lieutenant de Sarlabos, et Jean de Villette, représentant le droit de Regnauld de Marsollier, donnent pouvoir à un marchand de Rouen afin de ravitailler laComtesse-Testue, en relâche à la Rochelle, « pour inconvénient aud. navire ». Le l"' janvier 160 i5, Madeleine de Goustimesnil, femme de Georges de Scudéry, reconnaît avoir reçu des

Une autre forme d'intérêt, moins apparente, parce que les actes qui la concernaient étaient rédigés à Rouen, consistait dans les assurances sm* les navires et les cargaisons. 11 n'y avait pas de compagnies organisées telles que nous les connaissons. Les marchands, soit à titre individuel, soit en association, prenaient des risques sur les navires moyennant une prime convenue (1). Ce n'est qu'après 1748 qu'apparaissent au Havre des associations formées dans ce but. Jusque-là, Rouen, grâce à son organisation traditionnelle et à sa puissance financière, en conserva le monopole (2).

Les capitaines de navires devaient, avant de prendre la mer, fournir une caution ou, à défaut, un répondant (3). C'était une précaution contre les actes de piraterie qu'ils pouvaient être tentés d'accomplir au cours de leurs traversées. Mais à quels cruels déboires les marchands étaient-ils exposés en certaines occurrences !

En 1584, Nicolas Duchemin, maître maçon, le même qui construisit en partie l'église Notre-Dame, la principale du Havre, garantissait que Bertrand Campion, son gendre, capitaine de VHeureuse, aurait soin « de se bien conduire, compéter et gouverner durant le voyage et qu'il ne fera aucun méfait aux amis, alliés, confédérés et sujets du Roi ».

Serment de marin qu'emporta le vent du large. Sans doute Campion rencontra-t-il sur son chemin l'algue tendre qui invite à y mordre. Toujours est-il qu'à son retour ses marchandises furent confisquées, quelques peccadilles coutumières aux capitaines ayant été relevées à son passif. Le chargement, attribué à l'amiral de Joyeuse au cours du pro-

victuailleurs da Villars la somme de 900 livres, allant à l'aventure à 50 °/o, dans le but de subvenir à sa part du radoub et autres choses qu'il convient pour raccommoder le navire et parfaire son voyage, étant « relâché à la ville de la Rochelle par mauvais temps ».

(1) Je n'ai pas rencontré de polices d'assurances au compte de marchands du Havre avant le xvii" siècle. La prime est élevée et atteint jusqu'à 30 °/o. Elles se réfèrent en général aux usages suivis à Rouen en cette matière.

(2) Subrogation consentie par Alain Duchemin d'une police d'assurance de 150 écus sur le François, dressée par Laurent Massias le 20 janvier 1582. Procuration afin de poursuivre le recouvrement de 333 écus un tiers assurés sur le Charles (11 octobre 1583).

(3) L'obligation du cautionnement se trouve déjà dans Tédit de 1517. L'ordonnance sur la marine de 1584, article 31, la confirme.

ces qui lui fut intenté, fut rétrocédé par ce dernier à son frère le cardinal ; celui-ci, à son tour, le donna au lieutenant de Villars, Hugues de Goujon. Evoquée devant le Conseil d'Etat, l'affaire durait encore quinze ans plus tard, quand une transaction, passée le 26 août 1600 devant Lucas Lepage et Romain Masson, tabellions à Rouen, entre Goujon et les intéressés au navire, vint la terminer.

Les termes employés dans les actes de cautionnement subirent Finfluence des événements. Pendant la Ligue, quand le gouverneur du Havre, André de Brancas de Villars, est virtuellement roi de la Normandie, il n'est plus question de ne pas léser les confédérés d'un souverain dont l'autorité est méconnue. 11 est, par contre, essentiel de respecter les navires se réclamant de la Sainte Union des Catholiques. Villars alors exige des capitaines partant du Havre une caution garantissant qu'ils ne feront aucun tort aux navires du Havre, de Fécamp et des autres ports tenant le parti de T Union (1).

Cette question des responsabilités qu'ils encouraient dans les déprédations exercées par les capitaines et les équipages de leurs navires préoccupait fortement les armateurs. Non qu'ils fussent en principe opposés aux bénéfices qui leur en revenaient et que les officiers de l'Amirauté du Havre sanctionnaient presque toujours par un jugement de bonne prise, mais ils redoutaient les conséquences d'un appel à la Table de marbre de Rouen ou au Conseil d'Etat. Les parties lésées, quand elles avaient obtenu un arrêt favorable, n'hésitaient pas, afin d'assurer le payement des compensations pécuniaires auxquelles elles avaient droit, à faire emprisonner les marchands. On avait, à cette époque, la prison pour dettes très facile. Force était bien alors de desserrer les cordons de la bourse, opération d'autant plus pénible que depuis longtemps les navires et les marchandises en litige avaient été vendus.

On ne doit donc pas être étonné que dans une matière qui

(1) Contre-garantie d'Alain Duchemin, Richard Apris et Nicolas Lecompte, bourgeois au Petit-Jean, envers François Aubin, qui en avait « pleigé » le capitaine pour 1.000 écus (17 juin 1589).

touchait à tant d'intérêts, le corps de ville, émanation élue d'une population ne vivant que du commerce maritime, ait pris fait et cause pour elle. Le li juillet 1586, Guyon Hacquet, procureur-syndic des bourgeois, manants et habitants, donnait pouvoir, au nom de la communauté des habitants, pour soutenir devant le Parlement que les bourgeois, propriétaires et victuailleurs des navires, ne pouvaient ni ne devaient répondre des abus, fautes et malversations commises par les maîtres et équipages pendant leurs navigations, en quelque sorte et de quelque manière que ce fut, et de requérir l'entérinement dos lettres de déclaration concédées par le roi le 3 juillet précédent pour l'interprétation du soixante-etonzième article de l'ordonnance sur la marine de 1584 (1).

Entre ces marchands existaient naturellement des différences très accentuées dans l'importance de leurs entreprises. Les uns se spécialisaient dans les armements et la fourniture des chargements, et il y avait entre eux des degrés fort divers. Pour d'autres, ce commerce n'était qu'un accessoire de leur profession principale.

En considérant seulement le Havre pendant la période où la navigation transatlantique atteignit son maximum d'activité, entre 1571 et 1588, cette distinction apparaît nettement.

Tant comme bourgeois ou comme victuailleur, Andrieu Letellier est nommé dans cinquante navires, Pierre Gavelet, sieur de Lymare (2) et Nicolas Toustain, sieur de Gastillon, chacun dans quarante-cinq, le capitaine Jean de Villette et Pierre Duchesne dans vingt-neuf, François Richer, sieur de Pifolet, dans vingt-huit, Nicolas Le Lectyer, Robert Laisné et François Baudouin chacun dans vingt-et-un, François Lemonnier et Jean Gosté dans dix-neuf, Guillaume et Jean Berry frères, Alain Duchemin dans dix-huit, Robert

(1) Les bourgeois et les victuailleurs étaient exemptés de responsabilité s'ils ne s'étaient immiscés ou n'avaient pas été participants dans les déprédations. S'ils en avaient bénéficié et que la prise fut trouvée mauvaise ils étaient contraints de rendre ce qu'ils avaient eu ou, à défaut, la vraie valeur-

(2) Etait, en 1572, receveur de la Romaine (la Douane). En 1608, il possédait l'office de receveur ancien et alternatif des traites foraines du Havre, de Harfleur et de Fécamp. Probablement originaire de Gaudebec-en-Gaux, il était apparenté par sa femme à une grosse famille de marchands de Rouen. Il prend pour la première fois un intérêt en 1577, dans le Tigre.

Gréger dans seize, Jacques Langloys et Etienne Geffrey dans douze, Etienne Débris, sieur de Limpiville, et le capitaine en la marine royale Romain de La Champaigne dans onze.

Cette répartition se modifia profondément au cours de la période suivante, qui se prolonge jusqu'en 1610. L'état de fortune de beaucoup de marchands subit une grave crise, leurs facultés financières en sortirent affaiblies ; l'émiettement des participations en est plus apparent. Andrieu Letellier est toujours en tête, entrant comme intéressé dans vingtcinq navires, Cavelet n'y figure plus que dans dix-sept et Toustain dans treize. Un seul armateur, capitaine entretenu de la marine militaire, vient avec dix navires ; c'est Guillaume Berry, sieur de Hayneville, appartenant à une famille exerçant le négoce depuis au moins deux générations.

Au-dessous de ces grosses maisons s'échelonne la foule des autres participants. De 1571 à 1588, deux cent quarante-six habitants entrent dans ces armements, et sur ce nombre, cent cinquante-trois n'y apparaissent qu'une fois. Au cours des années suivantes, sur cent soixante-sept intéressés, il s'en rencontre cent douze pour un seul navire (1).

11 faut avoir présente à l'esprit la manière dont se traitaient ces opérations pour en apprécier Tinfluence considérable et saisira quel point elles façonnaient les habitudes de la population. Les parts d'intérêt étaient payables en nature, suivant la composition des retours, non en espèces. Pour les réaliser, il était indispensable que les détenteurs, quelque minime que fût leur part, fissent œuvre de commerçants ; il leur fallait trouver des acheteurs. Donc, marchands, marins ou simplement prêteurs, étaient amenés à connaître les usages de la place, à discuter les tarifs des marchands en gros, qu'ils fussent ou non du Havre, à faire en petit ce que d'autres pratiquaient sur un mode plus étendu. Instinctivement ils faisaient leur apprentissage du négoce. Si leurs spéculations étaient heureuses, — et elles le furent souvent, la mobilité du personnel commercial en témoigne, — ils étaient conduits à s'y

(1) Il est bien entendu que ces chiffres sont indépendants des prêts aux aventures ainsi que des autres branches de l'activité maritime havraise .

adonner avec plus d'assiduité, à y consacrer toutes les ressources dont ils pouvaient disposer. L'artisan, le boutiquier, l'employé, le marin laissaient graduellement place au marchand. Pour certaines vieilles familles havraises, c'est une leçon suggestive que d'assister à cette lente ascension, que terminait à peu près invariablement l'acquisition d'une « savonnette à vilain » ou l'alliance avec la noblesse de vieille souche.

La contribution de Rouen dans cette navigation, pour être moins grande que celle du Havre, ne laissait pas d'être notable, particulièrement jusqu'en 1588. Charles Panyot (ou Pavyot) se rencontre vingt-sept fois, Jean Davy vingt-quatre, Lucas et Lucas Boullays père et fils vingt-trois, Pierre Féron seize, Jean Baudouyn quatorze, Charles Doulcet onze et Robert Hay dix. Les Legendre, si puissants au siècle suivant, sont rarement mentionnés. En outre, on relève les noms de cent trente-sept autres habitants de Rouen, dont quatre-vingt-cinq une seule fois.

Après 1588, la régression est beaucoup plus accusée à Rouen qu'au Havre, peut-être parce que les vues se sont portées ailleurs. 11 n'y a plus que vingt-sept Rouennais,et dans ce nombre, le plus fort intéressé, Antoine de Forssin,ne l'est que dans dix navires.

Les marchands et les intéressés à la navigation se recrutant à tous les étages sociaux, ne formaient pas une corporation rigide telle que l'ancien régime les connaissait. Les conditions spéciales du commerce havrais, — et il paraît en avoir été de même à Rouen, — permettaient à tout venant d'y avoir accès. Aussi beaucoup d'habitants exerçant des professions tout à fait étrangères à la navigation y prenaient-ils part. On y trouve des chirurgiens-barbiers, des apothicaires, des avocats, des procureurs, des maîtres maçons, des fonctionnaires, etc*, sans oublier de nombreux capitaines et marins et les officiers ou soldats de la garnison.

Une place spéciale revient aux hôteliers qui, à peu près seuls en dehors des marchands en gros, disposaient de locaux suffisants pour emmagasiner les marchandises. A se frotter sans cesse aux gens s^occupant de négoce, aux marins, aux

voyageurs venant au Havre pour s'y embarquer, ils acquerraient, avec des connaissances assez étendues dans cette matière, le désir de participer à des entreprises dont ils étaient journellement à même d'apprécier les bénéfices. Quelquesuns furent les créateurs d'importantes maisons de commerce (1).

L'obligation où se trouvaient les marins d'être presque constamment en mer et pour les marchands de se déplacer pour leurs affaires, leur faisaient une nécessité de laisser en ville un fondé de pouvoir dans lequel ils puissent avoir une confiance absolue. La plupart n'avaient pas à le chercher bien loin. Les procurations aux femmes sont nombreuses et soulignent l'importance de leur rôle dans la gestion des intérêts familiaux. C'était sur elles, en l'absence du mari, que reposait la plupart du temps le soin de gérer l'avoir de la communauté, de prêter ou de recevoir, d'acheter et de vendre, et on ne voit nulle part que les engagements qu'elles contractaient ou les affaires qu'elles traitaient aient été désavoués par leurs maris.

Ceux-ci venaient-ils à décéder avant que leurs enfants fussent en âge de leur succéder, les femmes prenaient résolument la direction de la maison et la continuaient sans qu'il parut y avoir rien de changé. Cette transmission leur était d'autant plus aisée que précédemment elles avaient été associées intimement au genre d'affaires qu'elle comportait.

Cet usage se maintint longtemps. Au xviii' siècle, parmi les plus importantes maisons havraises, on rencontre fréquemment la mention de veuve (2).

Les coutumes normandes favorisaient cette indépendance

(1) Roger de Flamare, Etienne Rastellin, Pierre Dufresne, Thomas Dallenson, etc. Le fils de Tun d'eux, David Duchesne, fit partie sous Louis XIII de la Compagnie des Cent associés, et fut au Havre le directeur de la Compagnie de la pêche à la baleine. Il en a peut-être été de même à Rouen. En 1572 on voit un Jean de Bauquemare, hôtelier, qui doit appartenir à la riche famille du même nom.

(2) Dans les années qui suivirent le traité de Paris, en 1763, une partie du commerce des Antilles était exercé par des maisons ayant des veuves à leur tête : veuve Foache et fils, veuve Lemonnier et fils, veuve Christinat et Turpin, veuve Homberg, veuve Jean Feray et Massieu, veuve Grégoire et fils, veuve Guérard et Eyriés, veuve Delahaye, Le Bouisfils et G'», etc.

féminine, même dans les ménages peu aisés : la distinction entre les apports des conjoints était favorisée par la passation de contrats de mariage, la plupart sous seings privés (1). A plus forte raison dans ceux jouissant d'une situation plus relevée. De plus, très souvent, apparaît la mention de femme civilement séparée quant aux biens, — on disait quelquefois divorcée. Ayant ainsi la gestion de leur patrimoine, les femmes étaient naturellement préparées à suppléer leurs époux.

Une circonstance, qui paraît particulière à cette époque, contribuait à accroître leur autorité. Ces temps ont été de grands consommateurs d'hommes, surtout dans une ville où une notable partie de la population vivait de la mer et lui payait un large tribut. Pourtant le nombre de veuves ne paraît pas avoir été élevé; il est certainement au-dessous de la la proportion relevée depuis un siècle, laquelle se maintient au même taux proportionnel (2).

C'est qu'elles se remariaient souvent, jusqu'en cinquièmes noces ; les unions avec des veuves apparaissent très nombreuses dans toutes les classes sociales. Investies de la tutelle de leurs enfants, apportant en dot les acquêts de leurs mariages antérieurs, il n'est pas surprenant qu'elles aient possédé les qualités nécessaires pour collaborer efficacement au maintien et à l'accroissement de la fortune commune.

En dehors de Rouen, les environs du Havre, la Basse-Normandie, apportaient également un contingent appréciable aux armements transatlantiques. Les marchands havrais étaient souvent intéressés aussi dans les entreprises de Honfleur. Pour une raison que j'ignore, certains marchands d'Orléans l'étaient dans beaucoup de navires havrais. Jacques Blanchard, sa veuve et leur fils sont mentionnés dans dix-sept bâtiments, Nicolas Thoinard (3) et sa veuve dans dix-neuf,

(1) Si Tancien droit français exigeait la rédaction des contrats de mariage en la forme authentique, devant notaires, la coutume de Normandie reconnaissait ces contrats sous seings privés comme valables, s'ils avaient été rédigés en présence et du consentement des parents des époux.

(2) En 1793 comme en 1896 la proportion des veuves relativement à l'ensemble de la population est de 65 pour mille à la première de ces dates et de 66 à la seconde.

(3) Il est indiqué quelquefois comme habitant Ghâteaudun.

Jean Bourgoing dans huit, François et Antoine Garrault dans cinq. De plus on les trouve cités dans un certain nombre de prêts aux aventures (1).

Cette extension n'a rien qui puisse surprendre ; il est même extraordinaire qu'elle ne se soit pas étendue aux centres manufacturiers qui étaient en relation avec le Havre et Rouen. Peut-être cependant a-t-elle existé d'une manière détournée, parle prêt d'argent auxmaisons d'armement. Certaines d'entre elles, dans les chartes-parties, déclarent en effet que leur participation est faite pour elles et leurs consorts. Elle revêt, par contre, un caractère imprévu quand on envisage la qualité des personnages que leur rang n'empêchait pas de se livrer à des opérations mercantiles.

On savait déjà que de tout temps les gentilshommes avaient prêté leur appui aux armements en course. C'était là une manière courante de faire la guerre, qui ne portait en rien atteinte à leurs prérogatives nobiliaires. Le pouvoir avait de bonne heure reconnu l'utilité non seulement d'encourager ces entreprises mais aussi de les étendre à tout ce qui concernait la navigation. Une ordonnance' de 1566 déclarant que le commerce maritime n'emportait pas dérogation à la noblesse ne faisait que consacrer des habitudes entrées depuis longtemps dans les mœurs. Maintenue par l'article 452 de l'ordonnance de 1629 (2) elle reçut une confirmation éclatante du monarque le plus imbu du prestige de la naissance. Par l'édit de 1669 Louis XIV déclarait que le commerce de mer ne dérogeait pas à la noblesse, que les gentilshommes pouvaient directement ou par personnes interposées entrer en société et prendre part dans les vaisseaux marchands, denrées et marchandises, pourvu toutefois qu'ils ne vendent point en détail (3).

La petite noblesse normande avait toujours été hantée par

(1) Ces prêts étaient parfois consentis en leur nom par les tabellions du Havre, ce qui fait croire que ceux-ci étaient dépositaires de sommes qu'ils étaient libres de répartir au mieux des intérêts de leurs clients.

(2) Pardessus. Collection des lois maritimes antérieures au XVIII" siècle. Paris, 1837, in-4, p. 249.

(3) L'ordonnance sur la marine de 1681, livre II, titre VIII, art. 1", confirme ces dispositions.

— isoles bénéfices qu'elle tirait de la mer. Coups d'épée, parts de butin et de commerce, c'était pour beaucoup le maintien d une tradition qui remontait aux grands aïeux, à ceux qui avaient suivi Harold et Rollon dans leurs courses aventureuses. Nombreux étaient ceux qui s'étaient distingués sur mer. C'était une inépuisable pépinière où la marine royale devait puiser bon nombre de ses illustrations. Leur coopération aux entreprises maritimes était une conséquence inévitable de leur nombre, de la précarité relative de leur situation et de l'attrait d'une carrière souvent lucrative, la seule à laquelle ils puissent s'adonner sans compromettre leur dignité.

Leur participation dans les navires armés pour l'Amérique, soit comme marins soit comme intéressés, est donc une conséquence très naturelle de la proximité des grands ports normands. Mais en dehors d'eux, il est fréquent de constater l'intervention comme bourgeois ou comme victuailleurs de seigneurs d'une autre envergure.

Mettons à part ceux que rattachaient au Havre des liens de résidence ou de voisinage. Comment n'être pas frappé cependant quand on voit Corberan de Cardaillac, sieur de Sarlabos, gouverneur du Havre de 1563 à 1584 (1), suivant l'exemple du vice-amiral du Ghillou et de l'amiral d'Annebault, être parmi les armateurs dont le nom se retrouve le plus souvent, et l'un de ses successeurs, Georges de Brancas (2), marquis de Villars, l'imiter.

Voici Honorât de Savoie, amiral de France, et Philippe Strozzi (3), colonel-général de Tinfanterie française, cousin

(1) Descendant d'une vieille famille de Bigorre, Sarlabos, né vers 1515, mort en 1586, après avoir joué un rôle brillant en Ecosse au service de Marie Stuart, se distingua au siège du Havre, dont le gouvernement lui fut accordé. 11 avait été promis d'abord au mestre de camp du Plessis de Richelieu, tué dans un des combats qui précédèrent la capitulation de la ville. En 1584 il vendit sa charge à l'amiral de Joyeuse pour 12.000 écus (Procuration passée à Raymond de Cardaillac, son frère, le 9 juin 1584).

(2) La famille de Brancas (Brancaccio) était originaire de Naples. Un de ses membres était venu se fixer en France sous le règne de Charles VII. Georges de Brancas avait succédé à André de Brancas, amiral de France. Nés tous deux à risle-sur-Sorgue, dans le Comtat-Venaissin, ils étaient apparentés par leur mère, Catherine de Joyeuse, au favori d'Henri III.

(3) Est intéressé dans l'armement en course de la Foudre et de la Mesquine, en 1574, et dans une barque ayant fait une prise en 15"8, de concert avec un autre corsaire, la Françoise.

de Catherine de Médicis, Jacques de Matignon, lieutenant du Roi en Basse-Normandie, Pierre de Brochin, secrétaire de la Reine, intéressés en 1576 dans le Prince, le Jacques et la Salamandre, le commandeur de Grillon en 1591, Achille de l'Hôpital, baron de Gordon, en 1610, et d'autres dont on trouvera les noms à l'appendice.

Ge recrutement s'élève plus haut encore. Dans le Saint- Georges, en 1604, Georges de Brancas est bourgeois pour trois quarts ; le quart restant appartient à la princesse Gatherine de Gonzague et de Glèves, duchesse de Longueville et d'Esfcoutteville (1). Enfin, dans ce même navire,, dans la Marie et dans la Salamandre en 1604 et en 1603, on voit figurer au nombre des victuailleurs Bon de Serres, agent des affaires de la Reine. Gette qualité donne à entendre qu'il agissait au nom de Marie de Médicis elle-même (2).

Il est un autre personnage qu'on ne peut passer sous silence, bien que sa participation aux armements commerciaux havrais ne puisse être établie positivement. Le 5 mars 1584, Pierre Ghauvin et Michel Roussel, capitaines entretenus par le Roi en la marine, reconnaissaient avoir reçu de Jean Dumont, procureur et fondé de pouvoir de Gharles de Gossé, comte de Brissac (3), les vaisseaux le Grand-Brissac,le Petit- Brissac (4), le Pontpierre et la barque la Barque Câpre, tous

(1) Fille aînée du prince de Mantoue, duc de Nevers, et d'Henriette de Clèves. Mariée en 1588 à Henry d'Orléans, duc de Longueville, comte de Dunois et de Tancarville. Elle fut la mère du duc de Longueville de la Fronde. Dans cette charte-partie elle était représentée par Paul Anquetil, son procureur au comté de Tancarville.

(2) Bon de Serres prête également 300 1. à 50 °/o dans le Saint-Marc . En comptant ce dernier navire, on arrive au chiffre de quatre signalé par M. de La Roncière {Ibidem, IV, p. 269), sur lesquels la Reine risqua une certaine somme, « dont en bonne comptable elle prenait soin de faire vérifier l'inventaire au retour ». La charte-partie du Saint-Marc est à ce point altérée que les noms des bourgeois et des victuailleurs ont disparu. Je rattacherais volontiers l'origine de ces prises d'intérêt à la visite faite au Havre par Henri IV et la Reine en septembre 1603. Le gouverneur ne dut pas manquer de lui vanter les avantages de ces voyages et de l'engager à y participer.

(3) Par procuration passée devant François Portyer et Enguerrand Cousin, tabellions en la vicomte d'Avranches, le 24 janvier 1584 (Copie du 13 mars suivant).

(4) De 300 tonneaux, d'après la jauge faite en 1586 à l'occasion de la levée d'une armée navale envoyée au secours de Brouage. Commandé par Michel Roussel, il appartenait alors à Théodoricq, sire de Schomberg, suivant procuration donnée à « Bechevillyer » le 10 mai de cette année.

quatre ayant fait partie, en 1582, de la malheureuse expédidition des Açores. Cette remise était faite en vertu d'un contrat passé le 18 décembre précédent devant Louis Bruneau, « nottaire et tabellion du Roy en sa Cour », par lequel Brissac vendait ces navires à « messire Françoys du Plessis, chevallyer, sieur de Richelieu, conseiller du Roy en son Conseil d'Etat, prévost de son Hostel et grand prévost de France (1) ». C'était le père du cardinal.

D après divers documents, le Grand- Brissac, sous le commandement du capitaine Chauvin, aurait entrepris peu après un voyage au Pérou. Le fait est douteux, n'étant signalé que dans une cession d'un brevet de prêt aux aventures (2). 11 s'agit peut-être d'une expédition pour le compte du Roi, ainsi qu'il y est fait allusion en 1585.

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