‹ Le Havre-Maritime du 16e au 18e siècle. Avec préf. de Raphael-Georges LévyChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE VI Marchandises d'échange · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Marchandises d'échange

Les registres du tabellionage, si diserts pour tout ce qui a trait aux armements, le sont beaucoup moins en ce qui concerne les transactions auxquelles se livraient les capitaines au cours de leurs escales en Afrique ou en Amérique. C'est à peine si de loin en loin on trouve, réserve faite des ventes

(1) Par sa mère, Anne Le Roy, il était le petit-fils du vice-amiral du Ghillou. En 1541 les échevins du Havre offraient un perroquet à son père, François du Plessis, « auquel par droit de succession appartient la maison du feu seigneur du Ghillou, en laquelle l'on a acoustumé ordinairement tenir l'Hôtel commun » (Arch. comm. AA 33). En 1579, Richelieu est associé avec Strozzi dans le corsaire la Florissante, de 80 tonneaux, capitaine Adrien Letellier (actes des 13 et 15 avril 1579), et dans le Charles, armé à Honfleur (Gh.Bréard,iJ!)ic?e/n,p. 28). En 1586, il est propriétaire d'une robcrge de 140 tonneaux et 14 pièces d'artillerie, ayant appartenu au vice-amiral de Landreau et que commandait Guillaume Ghambrelan.il l'affrétait au Roi pour 640 écus, en bon état, car elle venait d'être réparée à ses frais par Jean et Raoulin Ghevalier, maîtres charpentiers de navires (Gontrat du 29 novembre 1585).

(2) Gession par Michel Béchever, pilote, de 19 écus qu'il a prêtés à l'aventure à Georges Jagoult, embarqué sur le Grand-Brissac « prêt à partir pour le Pérou » (9 mars 1584). Il est incontestable néanmoins que ce navire, ainsi que le Petil-BrissaCy ont fait tous deux cette année un voyage en mer, pour lequel Ghauvin passait, le 14 janvier, des marchés pour le biscuit et le cidre.

de cuirs, quelques renseignements précis. Aussi ce chapitre, qui aurait pu être fort intéressant, sera-t-il nécessairement peu étendu.

Le genre de clientèle que nos marins trouvaient dans ces pays ne permet pas d'envisager la vente telle que nous la connaissons. C'est toujours le système primitif du troc qui règne en maître et c'est le seul qui soit applicable quand les vendeurs et les acheteurs sont séparés par toute l'étendue de la civilisation. 11 permettait d'excellentes aubaines, car les navires transportaient des objets de première nécessité ou de coquetterie, de coquetterie de sauvage, choses qui coûtaient peu à acheter tout en étant d'un excellent placement, tant auprès des indigènes que des Espagnols des Antilles. Ceux-ci, dont nos colons du xviir siècle devaient suivre l'exemple, s'affranchissaient volontiers, à l'occasion, du monopole que leur métropole prétendait exercer.

Les manufactures rouennaises, fabriquant à peu près tout ce qui convenait à l'exportation, fournissaient une grosse part des chargements à l'aller.

Dans le Cerf -Volant^ en 1572, se trouvaient trente ballots de toiles fines et grosses, deux bahuts (caisses) pleins de marchandises propres et convenables, et un tonneau rempli de coutellerie. Déjà à cette époque les produits exportés étaient de peu d'encombrance relativement à leur valeur. Les « articles de Rouen », remplacés aujourd'hui parles « articles de Paris », étaient d'un poids médiocre ; ils ne devaient pas suffire à former un fret suffisant pour assurer la flottabilité des navires. On y obviait par un supplément de lest, galet ou sable, pris à même les amas qui se formaient perpétuellement entre les jetées du port.

Dans la cargaison du Dragon^ en 1584, le capitaine avait acheté de Guillaume Annery, marchand à Rouen, cinquante chemises, quarante-trois coiffes, cinquante-quatre mouchoirs, le tout en toile blanche, douze pourpoints en toile de plusieurs couleurs, douze paires de bas de chausses en creseau de couleurs variées, une pièce de serge de neuf aunes, teinte en cramoisi rouge, quarante-trois paires de bas de chausses en toile blanche, deux aunes de drap jaune et une de drap

vert (1). Mais il n'est pas certain que cette acquisition n'ait pas été destinée aux portages du capitaine.

Heureusement qu'un état de la mise-hors d'un navire en 1583 vient à point nous donner la nomenclature complète des marchandises d'échange pour le Brésil. C'est une indication qui n'a qu'une portée générale, la nature des exportations devant varier d'un navire à l'autre, en quantité comme en assortiment ; notamment quand il s'agissait d'entrer en contact avec les Européens des colonies espagnoles, les cargaisons devaient comprendre des produits manufacturés en rapport avec leurs habitudes et leurs besoins.

Cet état présente d'autant plus d'intérêt qu'il contient le détail des victuailles et des dépenses auxquelles avait donné lieu l'armement du navire. C'est le seul que j'aie rencontré concernant la marine marchande, et à ce titre, il me paraît utile de le transcrire intégralement.

Estât des victuailles qui ont été mises et chargées dans le navire nommé le Nîcollas^ du port de 70 tonneaux ou envyron, dont est maistres aprez Dieu Pierres Gruyer, du havre de Grâce, pour Dieu aydant faire le voïage du Brésil à l'amond, en Tannée 1583.

Premièrement

Onze cens de pain biscuyt à 35 livres le 100,

vallant 385 1.

Dix tonneaux de sildre, fust et cler, rendu à

bord 22 livres le tonneau, vallant. . . . 207 l.

Ung- tonneau vin clairet, à 20 écus le tonneau. 60 1.

Cinq boyseaux poix blancz 7 1. 16 s.

Mil cinquante livres de lard, à 14 livres le 100. 147 1. Ung quarteron morue verte et demy cent de

trye 11 1.

Soixante-dix livres beurre à 20 livres le cent. 14 1.

Pour sel à resaller lesd. lardz 7 1. 5 s.

Pour despence d'aller faire thyrer les sildres

et autres fraiz à Honnefleur 5 1.

Pour six ponchons à mettre l'eaue .... 91.

(1) E. Gosselin, ii)(dem,p. 159.

Pour deux barilletz à eaue Il

Pour 8 potz d'huille d'ollif 6 1.

Pour 20 potz d'eaue-de-vye 10 1.

Pour deux demys barilz vin aigre .... 71.

Pour 10 livres pruneaux » 1. 15 s.

Pour deux barilz de sel à porter hors ... 41.

Pour 140 livres chandelle à 25 livres le 100 . 35 1.

Pour boys à brusler à porter hors . . . . 101.15s.

Pour ung frison, ung flacon et tasses d'estain. 5 1.

Une chaudière 5 1.

Pour la futaille qu'il conviendra à enfoncer et mettre les victuailles, suyvant l'esticquette

du tondellier 20 1.

Pour celle du fustailler 10 1.

Pour mettre les victuailles dedans le navire . 22 1. 10 s.

Pour le racoustrage des soultes l5 1,

Pour tous les portages et rapportages des victuailles 7 1. 10 s.

Pour dépences en faisant les marchés d'icelles. 6 1.

Pour locquetz et barres d'escoutilles et autres

extencilles,suivantresticquette du serrurier. 15 1.

Une poille à frire 1 1. 5 s.

Ungréchault et ung bassin à fondre le beurre. 1 1. 15 s.

Pour 12 ballotz » 1. 8 s.

Pour faire tremper la fustaille 1 1. 10 s.

Espiceries de toutes sortes à porter hors . . 3 1.

Pour 12 livres fil de rey, à 7 sols la livre. . 7 1. 16 s.

Pour suif et vieil ouainct à porter hors. . . 5 1. 18 s.

Somme toute desd. victuailles. . . 1.050 1. 11 s. Marchandises et haulte somme pour led. navire et voïage.

Premièrement

Deux cens cinquante-huit fauchois à 40 livres

le 100,vallant 103 1. 4 s.

Deux cens huit haches à teste ronde, à 371. 10 s.

le 100 78 1.

Une grande marmitte 6 1.

Trois grandz potz de fer 17 1.

Deux douzaines et demy, de marmittes, à 14 1.

10 sols la douzaine, et pour une douzaine

de grandz potz sortis ........ 60 1.

Cinquante aulnes farlin perdz (pers). ... 40 1.

Six coffres ferrés, à 4 livres pièce 24 1.

Soixante dagues cousteaux à demye rofle, à

37 1. 10 s. le 100 21 1. 17 s. 6 d.

Dix dagues cousteaux à grande rofle, à 1 1. 5 s.

la dague 12 1. 10 s.

Deux poilles d'arain 8 1.

Une grosse sizeaux à barbier 9 1.

Sent cinquante millier menu grain d'estain, à

(en blanc) le mille 9 1. 15 s.

Vingt millier groz grain d'estain, à 9 sols le

millier 8 1.

Deux grosses sonnettes de Millan .... 17 1.

Deux livres fil de coulleur 7 1.

Deux douzaines fil de cotton 7 1. 8 s.

Troys livres margueriettes 6 1.

Deux douzaines d'esguillettes de fil . . . . » 1. 5 s. Troys douzaines de grandz mireurs, quatre

douzaines déplus moyens, et troys douzaines

de petitz mireurs de Flandre, en tout vault

ensemble 10 1. 14 s.

Quatre grosses de pignes moittyé blanc boys

et moittyé boys 14 1.

Pour avis de toutes sortes 3 1.

Une grosse d'allesnes 1 1. 5 s.

Ung millier d'esguilles 11.

Six chapeaux à grand bord 6 1.

Vingt-cinq livres pouldres greue 17 1. 10 s.

Pour le congé et expédition d'icelle. ... 15 1. Pour le passement de la charte-partie et droit

des nottaires et tabellions 20 1.

Trente livres plomb en platayne 3 1.

Pour cuyr, haizes et maugeres 15 1.

Pour les acquitz des marchandises .... 10 1.

Pour le fret du heux et les apporter. ... 4 1. 10 s. Pour le brouetage et port desd. marchandises,

tant à Rouen que en ce lieu 7 1.

Pour menue clousterie à porter hors ... 51.

Four la futaille qu'il a convenu à enfoncer les

marchandises ci-dessus 4 1. 10 s.

Pour balles et mesche à harquebouze ... 61.

Pour presse et huille à gresser les hauchaid . » 1. 5 s.

Pour six picques ferrées 5 1.

Pour argent à porter à la mer 12 1.

Pour la barque à mettre le navire hors. . . 6 1.

Pour pelles et mannes 3 1.

Esquilles à trect 11.

Pour lignes et plomb à sonder 4 1.

Pour la despence de ceux qui yront à Rouen achapter et faire charger les marchandises et

pour les voïages des messagers 25 1.

Pour coffre du barbier 30 1.

Pour ung baril de charbon de terre à porter

hors 11.

Somme toute : 640 1. 16 s. 6 d.

Et les victuailles montant à la somme de 1.050 1. 11 s.

Partant lesd. victuailles, marchandises et hautte montant à la somme de 1 .691 1. 7 s. 6 d., qui seroyt au tiers la somme de 563 1. 15 s. 10 d., en escuz. 187 écus 55 sols.

Fait et arresté ce jourd'huy xxii^ jour d'aoust MV quatre vingtz troys.

Signé Duchemin et la marque de Gruyer, capitaine (1).

L'équipage du Nicolas se composait de quinze hommes et de deux garçons ou mousses (souvent aussi appelés pages). Il devait se rendre directement au Brésil pour y recueillir les agrès et le bois du pays de la Bonne- Aventure.

Les marchandises de retour se composaient des productions naturelles des régions visitées, en tant qu'elles n'étaient

(1) On voit que les menus de l'équipage ne devaient pas offrir beaucoup de variété, n'était la ressource de la pêche à la mer et de la chasse pendant les escales. L'année précédente un navire rapidement armé pour le service du Roi et de la Reine mère, très probablement pour les Açores, n'est pas plus somptueusement avitaillé. Les navires équipés en guerre étaient ordinairement mieux pourvus et cela depuis longtemps. Dans un état d'approvisionnement relatif à une barque écossaise, la Juliane, affrétée par Louis XII en 1513, on y mentionne en plus du pain frais, de la farine, de la bière, un demibœuf, deux moutons, trois barils de maquereaux et un demi-baril de verjus. Mais la base de l'alimentation était toujours le biscuit, le lard et les pois (Arch. comm., EE 78).

pas périssables. La plupart étaient lourdes ou encombrantes, de sorte que les capitaines avaient intérêt, afin d'emporter le plus de charge possible, de se défaire du le^t pris au Havre et de le remplacer par des marchandises. C'est là probablement l'explication d'une expression qui se rencontre dans quelques chartes-parties : faire sa charge et au delà.

Deux articles d'importation reviennent constamment dans les actes relatifs aux retours : les cuiT»s et le bois de brésil.

Les immenses troupeaux des Antilles fournissaient le plus sérieux élément du fret. Les cuirs en provenant — les navires en apportaient aussi du cap Vert(l) — trouvaient immédiatement preneurs par les très nombreuses tanneries installées sur tous les cours d'eau de la Normandie. On ne relève pas moins de cinquante localités possédant de ces établissements venant s'approvisionner au Havre.

Les meilleurs clients étaient les tanneurs de Montivilliers, à quelques kilomètres du Havre. De 1572 à 1600, les actes de vente intéressent quarante-cinq tanneurs et plus habitant cette ville, ce qui témoigne de la prospérité de cette industrie, dont l'origine remontait au moyen âge et qui est maintenant complètement disparue. Ensuite venaient ceux de la vallée de Lillebonne, puis de Pont-Audemer, de Lisieux, de Bernay, de Bayeux, etc., et même de Beauvais et de Vendôme.

Ces ventes devaient aussi être fort actives à Bouen, où il existait beaucoup de tanneries. Gomme les autres marchandises, les cuirs y étaient transportés par la Seine sur des allèges.

Le prix des cuirs était en rapport avec leur abondance, leur état de conservation et leur grandeur. 11 s'en trouvait souvent de mouillés ou de gâtés, ce qui en diminuait la valeur. Pour les cuirs sains les prix extrêmes vont de 4 1. 15 s. à 8 1. 5 s. entre 1582 et 1584, années où les relations avec

(1) Ventes de ces cuirs en 1589 et 1590. Il en arrivait également beaucoup par les navires revenant d'Espagne et du Maroc. De même l'Irlande en fournissait des quantités assez considérables, d'une qualité beaucoup moins appréciée. Ils étaient loin d'atteindre les prix des cuirs du Pérou.

l'Amérique sont les plus suivies, de 7 1. 10 s. à 15 livres après cette date (1).

On trouve rarement des ventes au comptant. Ordinairement l'acquéreur versait un acompte et obtenait un délai allant jusqu'à six mois pour se libérer du reste. Toutefois ce n'était pas une règle intangible. Les ventes « à créance et sans payement », sont fréquentes et payables dans les mêmes conditions, presque toujours en deux fois. Au reste, les échéances à six mois étaient communes dans toutes les transactions intéressant les matières premières.Elles se justifiaient d'autant mieux pour les cuirs que le tannage était fort long.

Les bois du Brésil, rouge ou jaune, arrivaient aussi en quantité. 11 devait s'agir de bois de teinture, largement employé par les manufactures rouennaises, bois de Tamont ou de Pernambouc, que les marins ou les indigènes dont ils s'attachaient les services abattaient et chargeaient ensuite (2). On rencontre quelquefois aussi la mention du bois de gayac.

Les importations de bois ne devaient évidemment pas être limitées à ces deux catégories. 11 est certain que les essences précieuses delà zone tropicale ne devaient pas être négligées ; l'ébénisterie de Rouen et de Paris trouvait facilement à les utiliser à une époque où les besoins de luxe et de confort se généralisaient (3). C'est là une hypothèse tout à fait plausible,

(1) Les ventes se débattaient de gré à gré, les marchands et les acheteurs faisant estimer les cuirs par qui bon leur semblait. En 1559 des allotisseurs de cuirs, se targuant de la possession d^un office, émirent la prétention d'obliger les marchands à passer par leur intermédiaire. Les échevins adressèrent une supplique à François II afin d'être maintenus dans la liberté commerciale. Des lettres patentes du 25 décembre 1059 leur donnèrent satisfaction, après une enquête favorable menée par les élus des aides et tailles de Montivilliers. Les allotisseurs ne furent pas plus heureux deux ans après. Le bailli de Caux ayant refusé l'enregistrement de leurs lettres de provisions, ils firent appel au Parlement qui les débouta (28 février 1561). Il est question à cette occasion des quantités de cuirs d'Irlande, d'Ecosse, de Barbarie, du cap Vert, d'Espagne, de Portugal et du Pérou qui arrivent au Havre (Arch. comm. BB 117).

(2) On trouve déjà la mention du bois de brésil (de brazil, rouge) dans le Livre des acquits et coutumes de la prévôté de Leure et de Uarfleur, en 1387, à une date par conséquent bien antérieure à la découverte du Brésil. Il était apporté par les navires de Gastille, qui le recueillaient en Afrique.

(3) Au nombre des curiosités que possède le remarquable Musée départemental des Antiquités de la Seine-Inférieure se voit une enseigne de bois sculpté datant du xvi» siècle, dans un état parfait de conservation, prove-

qu'aucua document pourtant ne vient corroborer, la seule distinction faite entre les bois de cette provenance étant la couleur.

L'indication des prix de ces bois se rencontre moins souvent que pour les cuirs. Comme pour ceux-ci, ils sont fonction de l'abondance des arrivages, des besoins de la consommation et de la qualité. De 1573 à 1592 ils sont compris entre 3 1. 6 s. 6d. et 10 livres le quintal (1).

11 y a, dans divers actes, des énumérations de marchandises exotiques sans qu'il soit possible de préciser leur importance. Ce sont des sucres, du coton, du poivre, de la gomme du Brésil, de la castefisture (cassonade?), du massis(?) (2), et du petun (3).

Il devait arriver des métaux précieux de l'Afrique et des Indes occidentales, bien que les documents consultés soient d'une regrettable indigence à cet égard. On voit une seule fois, en 1572, la mention d'une vente d'argent s'élevant à un

nant de l'Hôtel du Brésil, rue Malpalu, à Rouen, abattu en 1837. Elle représente un embarquement de bois sur une chaloupe, à peu de distance d'un navire à l'ancre. Des indigènes transportent des troncs d'arbres tandis que d'autres s'occupent à en abattre. C'est une scène prise sur le vif et qui a dû se répéter des milliers de fois sur les côtes brésiliennes. (Nota. — Ainsi que me le faisait remarquer un des gardiens, il est interdit de prendre même une note sans l'autorisation de M. le Directeur).

(1) 26 tonneaux 500 en 1573 pour 1745 1. 12 s. 6 d. (en comptant le tonneau à 2.000 livres); 18 milliers pour 600 écus en 1583; 3.000 livres à 10 livres le cent et 4.333 livres pour 320 livres en 1590.

(2) En 1581, le Jacques, capitaine Guillaume Le Héricy, sieur de Pontpierre, venant du Pérou et de retour à Honfleur, apporte à François d'O, gouverneur de la Basse-Normandie, pour sa part dans ce navire, 40 caisses de sucre, 12.000 livres de gingembre, un baril d'azur, 400 cuirs et le tiers des deux tiers de la canefiste, gayac, d'une pipe de poivre et des autres marchandises qui y étaient chargées (Gh. Bréard, ibidem, p. 155). Les 2 et 3 mars 1573 le gouverneur Sarlabos donne procuration pour recevoir 2 pipes et une barrique contenant 1.500 livres de sucre, une pipe et une barrique de castefisture, un barillet de poivre du Brésil et 18 bûches de gayac mis en dépôt à Bourgneuf le 30 octobre 1572. Le tout lui revenait à cause d'un quart de victuailles dans la Comtesse-Teslue. Dams un contrat de partage des marchandises rapportées dans la Petite-Mignonne, passé le 14 novembre 1582, les victuailleurs reçoivent pour leur tiers 792 cuirs du Pérou, 1.350 livres de castefisture, huit douzaines de peaux de cahutes et 130 livres de morphil. D'après une quittance du 14 décembre 1579, un hôtelier du Havre avait acheté 183 livres de poivre rond à 20 sols la livre, et 8 livres de massis à 4 1. 10 sols la livre.

(3) Dans la Marguerite, en 1599.

prix infime (79 1.), et plus tard, en 1607, une autre relative à neuf petits lingots d'or provenant du Saint-Georges^ ayant fait son retour à Calais.

Le seul renseignement plus complet, et il ne l'est guère, est relaté dans la déposition faite le 10 décembre 1584 à propos du pillage du Jean^ en 1572. — Je la donnerai plus loin. — Indépendamment de 2.000 cuirs du Pérou, les pirates enlevèrent pour 3.000 écus d'argent, d'or, de perles et de pierres précieuses.

Ceci n'était pour les marchands du Havre et de Rouen qu'un accessoire toujours très bien venu, certes, mais qui ne leur faisait pas perdre de vue le but principal de leurs armements. Ce qu'ils demandaient aux terres lointaines, ce n'étaient pas les métaux corrupteurs qui ne purent sauver l'Espagne de la ruine. C'étaient les produits qui s'y trouvaient à bon compte, les matières premières que notre sol ne produisait pas. En allant les chercher directement, ils s'affranchissaient de l'intermédiaire des nations du midi et du lourd tribut qu'elles prélevaient. Par surcroît, ils entretenaient l'activité de la marine marchande et le recrutement des marins. Leur industrie se chargeait ensuite de les transformer et d'en faire jaillir plus de richesse que les mines américaines n'en procurèrent jamais à leurs indolents possesseurs.

La dernière branche d'importation qui reste à examiner était l'introduction des oiseaux et des animaux exotiques. Afin de l'encourager, les intéressés aux navires avaient soin de spécifier qu'à l'encontre des autres retours, toujours partageables par tiers, il n'en serait fait que deux lots, un pour eux, l'autre pour les tiercements. C'était une prime très efficace, d'autant que le transport en était aisé. Ils devaient même composer une partie notable des portages.

C'était une distraction pour les équipages que le dressage de ces animaux durant les longues heures de quart, quand, les voiles bien orientées, le navire était régulièrement poussé par les brises du contre alizé, un amusement que d'apprendre à parler aux perroquets du Brésil, dans un langage qui dut réserver plus d'une surprise aux nobles damoi selles qui en faisaient l'acquisition. Heureusement que les filles des « hon-

nestes dames » de Brantôme étaient moins faciles à effaroucher que les religieuses de Vert- Vert !

Là encore les documents du tabellionage sont muets. On y peut suppléer en partie parles quittances des archives communales. On se rend compte, par ce moyen, que c'était là un excellent placement, car les prix, étant donné le pouvoir d'achat de l'argent, étaient fort rémunérateurs (1).

Une partie des marchandises volumineuses étaient, dès leur arrivée, chargées sur les allèges qui les transportaient à Rouen et de là à Paris, le cas échéant (2). Le reste était déposé en magasin, dans des « ceulles », où les marchands pouvaient en disposer à leur volonté. Beaucoup d'hôteliers en possédaient dans les dépendances de leurs établissements et les mettaient à la disposition des marchands, qui en payaient le loyer. Ce fut au Havre, et sans doute ailleurs, — le même usage paraît avoir existé à Rouen, — Forigine des entrepôts fictifs. Les marchandises étaient ainsi toutes prêtes à être expédiées à l'intérieur au fur et à mesure des demandes ou à être réexportées, particulièrement pour les Flandres, les Pays-Bas et l'Allemagne.

(1) En 1541 un perroquet ne vaut encore que 13 1. 10 sols ; on en paye 14 1. 12 sols et 24 livres trois ans après, 26 livres en 1576 et 36 livres en 1582. Deux sagouins valent 25 livres en 1561, une guenon 45 1. 14 s. 6 d. en 1582. Enfin, Tannée suivante, les échevins déboursent 250 livres pour plusieurs bêtes, guenons, perroquets, esteliers et moissons du Brésil, offerts au duc de Joyeuse et aux gentilshommes de sa suite. (Arch. comm. AA 33 et GC 235). Ces prix apparaissent extrêmement élevés si on les rapproche de ceux pratiqués pour le bétail en 1583, année pour laquelle je possède des renseignements précis. Les bœufs gras se vendaient alors de 50 à 53 livres, les moutons gras de 5 à 6 livres, les coqs d'Inde 40 sols pièce, les chapons 12 sols, et les poules grasses 8 sols. Pour le prix d'une guenon, on aurait eu presque un bœuf ou neuf moutons. En 1573 deux vaches à lait sont vendues 32 1. 10 sols.

(2) Dans une requête de Tannée 1560 les échevins font remarquer que les cuirs « et les autres marchandises se décliargent pour le présent en grandes quantités en lad. ville de Grâce, parce que les navires ne peuvent plus monter la rivière de Seyne pour le danger qui y est » (Arch. comm. BB 117).

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