AVANT-PROPOS
Dans : les Normands au Maroc au xvi' siècle, Ph. Barrer a rappelé que le port du Havre était de fondation récente. Il convient que nous insistions sur ce point pour mettre en plus vif relief le mérite des premiers navigateurs du Havrede- Grâce.
A la fin du XV" siècle, des trois ports qui avaient occupé le sommet de la péninsule cauchoise, celui du Chef-de-Caux avait été emporté par la mer ; ceux de Leure et de Harfleur, envahis par les galets et les sables^ ne pouvaient plus servir d'abri régulier. A l'heure où la découverte du Nouveau Monde imprimait à la navigation un essor sans précédent, la France se trouvait dépourvue d'un port à Vembouchure de la Seine.
Depuis quarante ans cette situation avait retenu l attention du pouvoir royal sans qu'il y ait été apporté de remède. Sur les conseils du vice-amiral du Chillou, François I", le 7 février 1511 ^ ordonna la construction, dans les marais de Grâce, dun havre où les navires pourraient aisément arriver et sûrement séjourner.
Entrepris immédiatement, les travaux furent rapidement conduits. Dès la fin de 1518 les aménagements permettaient déjà l'entrée des nefs rojales l'Hermine et la Loyse (1). Peu à peu des perfectionnements y furent introduits et dès le milieu du siècle le Uavre-de- Grâce se trouvait en mesure de suppléer pleinement les ports dont il était Vhéritier.
(1) Commémoration du IV* Centenaire de la fondation du Havre. Ph. Barrey. Origines et fondation du port et de la ville du Havre. Le Havre, 1917, in-8, p. 28-67.
Tels furent les modestes débuts d'un port à fonctions -^ cariées, à la fois régional ^ industriel et commercial (1) d'une grande place de commerce maritime où sont emmagasinés et où se vendent des millions de balles de coton et de sacs de café « ces rois du Havre > ; des milliers de tonnes de cacao et de cuivre, de minerais divers, de céréales, de graines oléagineuses, et, dans ces dernières années, de caoutchouc. Qui pourrait aujourd'hui reconnaître les anciens marécages de Leure ? Quelle prodigieuse prospérité et si rapidement acquise (2) / Qu'il me soit permis à ce sujet, quoique le mol soit haïssable, de rappeler un fait personnel à propos d'un projet qui, en touchant à la taxe du café, aurait pu compromettre ou entraver le développement toujours croissant du Havre et nos relations si anciennes et si amicales avec la République Brésilienne. En 1903, il était question de relever et de porter au taux de 156 francs le droit de 136 francs qui pèse sur le café. Il ne s'agissait pas seulement d'une menace, mais presque d'un fait accompli ; le budget était présenté, à la veille d'être voté et le ministre des Finances, dans un budget dont il avait été malaisé d'établir l'équilibre, faisait état des dixsept millions que devait produire l'élévation du droit sur les cafés. Malgré l'heure tardive je n'hésitai pas, assisté de quelques personnes de bonne volonté et dont les intérêts devaient être lésés par la mesure proposée, de faire une vive et brusque campagne contre le droit de 156 francs, déjà si élevé et contre lequel nous avons longtemps et vainement protesté. Nous eûmes la bonne fortune de réussir dans notre entreprise contre le projet gouvernemental et, grâce au maintien du droit ancien, de voir se développer nos échanges sur les Etats-Unis du Brésil, s'affirmer chaque jour davantage l'importance des introductions de café et s'étendre plus loin le merveilleux rayonnement du Havre.
(1) Les Grands Ports de France, par Paul de Rousier, page 49.
(2) Voir sur les travaux et les statistiques concernant le port du Havre les comptes rendus si intéressants de la Chambre de commerce du Havre, Chambre si active, si laborieuse, que préside avec tant de compétence, M. Joannès Couvert.