PREMIERE SÉPARATION
Aux menaces du doigt levé Vainement la prière est jointe :
Du capuchon peu réservé S'agite avec rage la pointe.
Du hoquet des sanglots pressés Halète sa faible poitrine, Et ses bras au ciel sont dressés, Montrant leurs manches de lustrine.
Pauvre mignon! On le bannit De la demeure paternelle, Comme l'oiseau chasse du nid Le petit blotti sous son aile.
On le gronde, il ne sait pourquoi :
Que fait-il de mal, lorsqu'il aime?
Pourquoi le détacher de toi, 0 Jupon, -son recours suprême?
Puis, lorsque le martyr ainsi, En sanglotant, atteint la porte, Où flotte un vieux drapeau noirci Que le vent par lambeaux emporte,
Quand il voit, le carton au flanc, Accourir la gent écolière.
Gazouillant, chantant et sifflant, Comme aux abords d'une volière.
Alors, dans les derniers efforts, Malgré les regards et les rires, — Souvent les plus faibles sont forts, Colère, quand tu les inspires, —
Le désespéré de son poing Se suspend aux plis de la robe.
Que certe il ne lâcherait point Sans quelque bras qui l'y dérobe.
Et qui l'entraîne se pâmant Dans la prison aux teintes grises, Où l'attend déjà le tourment Des alphabets pleins de surprises...
Mais courage, petit ami!
Car, ce soir, chez les tiens, en somme,
Parti bébé plus qu'à demi.
Tu reviendras le quart d'un homme!
Ce changement t'aura coûté,
Mais pas de bien sans larme amère!
Celui-ci, tu l'as acheté
xVu prix des baisers de ta mère !
SIC vos NON VOBIS.
Quand ils sont tout petits, profitez-en, ù mères;
Bercez-les bien sur vos genoux !
Car des premiers baisers les temps sont éphémères,
Vos enfants ne sont pas à vous!
Tant que l'âge les force aux débiles paresses.
Suspendez-les à votre sein ; Car les ingrats — de fuir vos plus tendres caresses
Concevront vite le dessein.
Pressez-les tout petits sur votre cœur, par crainte,
Eux vite partis, de souffrir; D'ailleurs pour les laisser libres de votre étreinte.
Vos bras sitôt devront s'ouvrir!
Vos enfants ne sont pas longtemps à vous, 6 mères, Sur eux est court votre pouvoir :
Bientôt vous connaissez les tristesses amères Du sacrifice et du^devoir.
C'estrÊcole, d'abord, qui vienttousvouslesprendre,
L'École aux livres triomphants!
Et quand elle consent, mères, à vous les rendre,
Vous ne trouvez plus vos enfants!
Quand elle vous les rend, vos filles sont des femmes
Que le bal attendra leur tour, Et que les fiancés, auxquels songent leurs âmes,
Doivent ravir à votre amour!
Vos fils, dont vous étiez si fîères, sont des hommes,
De la patrie appui naissant; De leur sang ils n'ont plus le droit d'être économes,
Et cependant c'est votre sang!
Ils ne sont pas à vous, ni vos fils ni vos filles;
Vous devez tous les renvoyer ; Ils s'éloignent de vous, formant d'autres familles.
Vous restez seules au foyer!
Aussi, bien plus à vous quand ils viennent de naître.
Mères, ne les repoussez pas :
Leur absence, sitôt vous devez la connaître !
Elle commence au premier pas!
SIC vos NON VOBIS... 273
Quand ils sont tout petits, profitez-en, ô mères;
Bercez-les bien sur vos genoux !
Car des premiers baisers les temps sont éphémères,
Vos enfants ne sont pas à vous!