LES HORLOGES
De même aux chambres des maisons, Où le tic-tac dans Fombre tinte, Où dans la cendre des tisons Crépite encor la bûche éteinte,
Les pendules et les cartels Veulent en vain qu'on les écoute, Battant comme des cœurs mortels. Comptant notre sang goutte à goutte :
Point de timbre, point de bourdon, Dont le son à ce point s'élève.
Que jusque sous notre édredon Il puisse nous tirer du rêve.
Et cependant, toutes les nuits, Aux mêmes heures très exactes, Fort bien perçus, les mêmes bruits Coupent mon sommeil en trois actes;
Sans retards comme sans erreurs.
Mais sans que mon cœur s'exaspère, Chaque nuit les berceaux pleureurs Me disent : « Debout, petit père ! »
Quand je voudrais tant reposer, De la faim criant le ravage.
Mes chers bébés, pour s'apaiser.
Sonnent l'heure du doux breuvage;
Et leur appel est si pressant, Telle est la plainte de leur bouche, Que mon amour obéissant Me ravit sans peine à ma couche.
Ni clepsydre ni sablier
Ne valent un enfant qui pleure :
Avec lui comment oublier
La marche implacable de l'heure?
Aussi, si vous ne voulez pas Prendre place au Martyrologe, Dressez bien vos fils, chers papas, Réglez bien chez vous cette horloge I