LE CHANT DE L ALOUETTE
Sa lèvre imite la tempête
Ou bien le son de la trompette
Qui le frappa; Sans cesse il gazouille et répète :
« Pa-pa! Pa-pa! »
Et quand on ouvre les croisées, Lorsque les lueurs embrasées
Clignent ses yeux, Il lance, comme des fusées.
Ses cris joyeux.
Dans le feuillage ou la chaumière Tous adorent Faube première,
Oiseaux, enfants; Tous te rendent grâce, ô Lumière
Qui les défends!
Tous disent : « Salut, chère Aurore !
Salut I Nous voici tous encore
Au rendez-vous :
Un nouveau matin vient d'éclore,
Frais comme nous.
Fuyez, fuyez, monstres de l'ombre.
Dangers, terreurs, songes sans nombre
Où Ton s'endort I Loin de nous, Nuit muette et sombre
Comme la Mort!
Fait d'azur, de flamme et de neige, Voici le jour qui nous protège;
Plus de souci!
L'Ombre fuit avec son cortège :
Disons merci !
A vivre encor Dieu nous convie; Dieu rend à tous Tâme ravie,
Bébés, pinsons!
Salut, Soleil, Lumière et Vie,
Joie et Chansons! »
Puisque le soleil Pour voire réveil
Brille avec zèle, Et que vos beaux yeux S'ouvrent tout joyeux
Mademoiselle,
Puisque Ton entend Le hochet tintant
Sur votre couche, Et que vous riez.
Deux doigts mariés
A votre bouche.
Vous dont le bonnet Fait le moulinet.
Petite folle, Voici ma chanson, Qui, comme un pinson,
Vers vous s'envole,
Chant du cœur parti, Qu en vers j'ai serti
Gomme un orfèvre.
Chant fait d'un baiser Qui va se poser
Sur votre lèvre !
Dans ce tendre aveu.
Sous le rideau bleu
Que le jour dore.
Comment donc, comment Montrer dignement
Qu'on vous adore?
Dans ce chant divin Que dira sans fin
Mon cœur prospère.
Dans ce chant d'amour.
Que, gai troubadour.
Façonne un père.
Fier et triomphant.
Je voudrais, enfant,
Te mettre en gerbe Tout ce que pour nous Dieu fit de plus doux, De plus superbe!
Enfant, je voudrais Unir les attraits
De toutes choses, Devant ton berceau, En un seul faisceau.
Toutes les roses;
Coudre dans mes vers Les refrains divers
De tous les merles, Et dans le satin Semer ce matin
Toutes les perles;
D'étoiles aux cieux Faire pour tes yeux
De beaux désastres.
Et, présents royaux, T'offrir en joyaux
Tout For des astres !
Tout ce qu'aux humains Prodiguent les mains
i06 LE HOCHET D OR
Des bonnes fées, Tout ce qu'aux vainqueurs L'ivresse des cœurs
Dresse en trophées,
Tout ce qui fleurit, Tout ce qui sourit,
Tout ce qui cliarme.
Le plus pur du miel De l'âme ou du ciel,
Rosée ou larme.
Papillons et fleurs,.
Parfums et couleurs,
Comme un Roi mage.
Je voudrais chez nous Mettre à tes genoux
Tout en hommage!
Car votre bavoir Est plein de pouvoir,
0 ma duchesse !
Car, sachez-le bien.
Vous êtes mon bien
Et ma richesse !
Par vous ma maison A la floraison
Des primevères; Le bonheur m'attend, Comme un vin chantant
Au fond des verres !
Mon sang rajeunit; L'espoir gîte au nid
Longtemps encore !
Plus de ciel couvert!
C'est le printemps vert
Et c'est l'aurore I
Viens donc, tu sais où, Ta main sur mon cou;
Mon bras t'appelle !
Viens quelques moments :
En baisers charmants
L'amour s'épèle!
Mais lorsque ton front Penche, lourd ou prompt,
Près de ma tête.
Oh ! sache oublier, Enfant, de crier,
Et fais-moi fête!
Car, sur nos genoux, Quand du sein pour nous
On VOUS détache, Sur vous, nourrissons, Quand passe en frissons
Notre moustache.
Si lors vous pleurez, Enfants adorés
Dont l'âme est pleine, ■ Vous ne savez pas Comme à vos papas
Vos pleurs font peine !