‹ Le hochet d'or;Chapitre 35 sur 111 · LE CHANT DE L ALOUETTE · texte numérisé non relu

LE CHANT DE L ALOUETTE

Sa lèvre imite la tempête

Ou bien le son de la trompette

Qui le frappa; Sans cesse il gazouille et répète :

« Pa-pa! Pa-pa! »

Et quand on ouvre les croisées, Lorsque les lueurs embrasées

Clignent ses yeux, Il lance, comme des fusées.

Ses cris joyeux.

Dans le feuillage ou la chaumière Tous adorent Faube première,

Oiseaux, enfants; Tous te rendent grâce, ô Lumière

Qui les défends!

Tous disent : « Salut, chère Aurore !

Salut I Nous voici tous encore

Au rendez-vous :

Un nouveau matin vient d'éclore,

Frais comme nous.

Fuyez, fuyez, monstres de l'ombre.

Dangers, terreurs, songes sans nombre

Où Ton s'endort I Loin de nous, Nuit muette et sombre

Comme la Mort!

Fait d'azur, de flamme et de neige, Voici le jour qui nous protège;

Plus de souci!

L'Ombre fuit avec son cortège :

Disons merci !

A vivre encor Dieu nous convie; Dieu rend à tous Tâme ravie,

Bébés, pinsons!

Salut, Soleil, Lumière et Vie,

Joie et Chansons! »

Puisque le soleil Pour voire réveil

Brille avec zèle, Et que vos beaux yeux S'ouvrent tout joyeux

Mademoiselle,

Puisque Ton entend Le hochet tintant

Sur votre couche, Et que vous riez.

Deux doigts mariés

A votre bouche.

Vous dont le bonnet Fait le moulinet.

Petite folle, Voici ma chanson, Qui, comme un pinson,

Vers vous s'envole,

Chant du cœur parti, Qu en vers j'ai serti

Gomme un orfèvre.

Chant fait d'un baiser Qui va se poser

Sur votre lèvre !

Dans ce tendre aveu.

Sous le rideau bleu

Que le jour dore.

Comment donc, comment Montrer dignement

Qu'on vous adore?

Dans ce chant divin Que dira sans fin

Mon cœur prospère.

Dans ce chant d'amour.

Que, gai troubadour.

Façonne un père.

Fier et triomphant.

Je voudrais, enfant,

Te mettre en gerbe Tout ce que pour nous Dieu fit de plus doux, De plus superbe!

Enfant, je voudrais Unir les attraits

De toutes choses, Devant ton berceau, En un seul faisceau.

Toutes les roses;

Coudre dans mes vers Les refrains divers

De tous les merles, Et dans le satin Semer ce matin

Toutes les perles;

D'étoiles aux cieux Faire pour tes yeux

De beaux désastres.

Et, présents royaux, T'offrir en joyaux

Tout For des astres !

Tout ce qu'aux humains Prodiguent les mains

i06 LE HOCHET D OR

Des bonnes fées, Tout ce qu'aux vainqueurs L'ivresse des cœurs

Dresse en trophées,

Tout ce qui fleurit, Tout ce qui sourit,

Tout ce qui cliarme.

Le plus pur du miel De l'âme ou du ciel,

Rosée ou larme.

Papillons et fleurs,.

Parfums et couleurs,

Comme un Roi mage.

Je voudrais chez nous Mettre à tes genoux

Tout en hommage!

Car votre bavoir Est plein de pouvoir,

0 ma duchesse !

Car, sachez-le bien.

Vous êtes mon bien

Et ma richesse !

Par vous ma maison A la floraison

Des primevères; Le bonheur m'attend, Comme un vin chantant

Au fond des verres !

Mon sang rajeunit; L'espoir gîte au nid

Longtemps encore !

Plus de ciel couvert!

C'est le printemps vert

Et c'est l'aurore I

Viens donc, tu sais où, Ta main sur mon cou;

Mon bras t'appelle !

Viens quelques moments :

En baisers charmants

L'amour s'épèle!

Mais lorsque ton front Penche, lourd ou prompt,

Près de ma tête.

Oh ! sache oublier, Enfant, de crier,

Et fais-moi fête!

Car, sur nos genoux, Quand du sein pour nous

On VOUS détache, Sur vous, nourrissons, Quand passe en frissons

Notre moustache.

Si lors vous pleurez, Enfants adorés

Dont l'âme est pleine, ■ Vous ne savez pas Comme à vos papas

Vos pleurs font peine !

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