‹ Le hochet d'or;Chapitre 36 sur 111 · LA SIESTE · texte numérisé non relu

LA SIESTE

Au clocher du village, une heure :

Le soleil darde; c'est l'été.

Tout repose dans la demeure Du vieux commandant retraité.

La route luit sous la fenêtre; Du volet entr'ouvert encor Dans la salle un rayon pénètre, Secouant sa poussière d'or.

La table vient d'être quittée Par les convives alourdis; Chaque chaise s'est écartée De la nappe des samedis.

Sur les débris danse le groupe Des serviettes sous leurs ronds; Dans Fisolement d'une coupe Rêvent de tristes macarons.

Le rhum semble demander grâce Au fond du flacon décoiffé, Et les mouches de tasse en tasse.

Pompent les restes du cafél

Près des moutons perdant leur laine Malgré les loups très bienveillants, Un grand pantin de porcelaine Étire ses bras défaillants.

Par terre accroupi sur les nattes, Auprès du chat qui se croit seul, Le museau posé sur ses pattes, S'allonge en ronflant l'épagneul.

Quel calme I on entend les cœurs vivre ! Dans l'office même, à côté.

Les bruits de vaisselle et de cuivre S'apaisent dans le far-niente.

Et dans un angle de la pièce.

Non loin du fauteuil tout petit.

Qui garde encor la gentillesse Du beau mignon qui s'y blottit.

Page 1