LA SIESTE H
Dans l'ombre, sur un ancien coffre.
Gît une corbeille d'osier, Fleurant la fougère, et qui s'offre Comme un nid sous un blanc rosier.
C'est là que dort l'enfant rustique, A l'abri du tulle léger, Qui de l'aiguillon du moustique Doit servir à le protéger.
La torpeur prit le petit homme Sans doute au milieu de ses jeux; Car il conserve dans son somme Sa blouse à fleurs, ses souliers bleus.
Le doigt dont sa bouche était pleine, Libre, au corsage est arrivé; Et le rythme de son haleine Se note au voile so.ulevé.
Sa tête parait plus énorme.
Et ses mentons démesurés :
Doux Jésus! Comme il faut qu'il dorme 1
Ses poings roses sont-ils serrés!
Pourtant par instants il s'agite.
Soupire même par instants :
Tant il est vrai qu'au meilleur gîte Nul ne peut séjourner longtemps!
Alors à droite, à gauche, il penche Et tourne, prêt à s'éveiller.
Sa nuque sans cheveux et blanche Du frottement de l'oreiller.
Puis il se rendort. — Le Grand-Père, Dans un hochement machinal Et que la politique opère.
Oublie à son tour son journal,
Et la barbiche à la rosette.
Le binocle allant de travers,
— Heureux effets de la gazette ! —
Roupille sur les Faits-Divers.
Passants, je vous le recommande.
Ce seuil paisible d'officier.
Où, seule, une horloge normande Fait bourdonner son balancier,
Où ces deux braves s'assoupissent, Héros d'hier et de demain.
Quand les feux du soleil blanchissent La poudre errante du chemin.