‹ Le hochet d'or;Chapitre 42 sur 111 · LUI ET MOI · texte numérisé non relu

LUI ET MOI

J'avais beau, par les soirs rêveurs, Remonter le cours de ma vie, Et compter même avec ferveurs Les pas de la route suivie :

Sans doute je pouvais cueillir Les débris des proches années Dont mon cœur se sent tressaillir.

Ronces ou fleurs déjà fanées;

Comme des croix qu'on préserva Dans les trésors des Basiliques, De ma jeunesse qui s'en va Je. pouvais baiser les reliques;

Mais si sans effort je pouvais Revivre encor près de ma mère Les jours finis, bons ou mauvais, De l'adolescence éphémère,

Il était des instants lointains De mon existence sur terre.

Où mes souvenirs incertains Flottaient dans l'ombre et le mystère

Je rencontrais dans mon passé Comme un désert infranchissable; Tout vestige était effacé Dans le Temps comme dans du sable;

Et je désirais, mais en vain.

Avec ma mémoire infidèle.

De mon enfance au front divia Rappeler la prompte hirondelle.

Je voyais bien dans quelque coin Ma petite chaise oubliée.

Mes vieux jouets privés de soin.

Et ma robe longtemps pliée;

Mais, malgré les touchants récils D'une douce mère qui m'aime.

Dans le fauteuil où je m'assis Je ne me voyais plus moi-même :

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Rien ne me restait en effet De tout cet âge d'innocence, Comme si le bonheur parfait De la vie égalait l'absence!

Mais voici que vers mes trente ans Renaît soudain, — mon cœjr en tremble!

L'aube blanche de mon printemps Dans un enfant qui me ressemble!

Il chante comme je chantais, Comme le mien son pied semble ivre ; Je me revois tel que j'étais, Sauf qu'à présent je me sens vivre;

Et, là, pour la première fois, — Ai-je pu si longtemps attendre! — De mes premiers jours jPtevois S'entr'ouvrir enfin la fleur tendre !

Au berceau que je puis bénir Mon regard n"a plus qu'à descendre, En mon cœur luit le souvenir, Comme une étincelle en la cendre.

Oui! c'est moi! je me reconnais!

C'est moi qui, dans l'osier flexible, De la main dont je frissonnais Ressens la caresse indicible!

C'est moi qui pleure et moi qui ris, Sans savoir si je ris ou pleure; C'est mon front qu'au milieu des cris Un baiser maternel effleure.

Comme les ailes d'un oiseau.

Mes petits bras battent l'espace; Dans l'essor rythmé du berceau Le meilleur de mon temps se passe.

Tout est nouveau, tout est vermeil; Du mal je ne saurais rien dire :

Un peu de lait, un chaud sommeil Pour mon bonheur peuvent suffire.

Ainsi ce qu'alors je sentis.

C'est maintenant que je l'éprouve; Enfant, tous mes hochets partis.

Dans ton berceau je les retrouve!

— Père, dont le cœur bat pour moi, Mon âme comprend mieux la vôtre :

Ce qui fait d'un père l'émoi, C'est qu'il se sent vivre en un autre!

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