LETTRES D'AUTREFOIS
J'ai retrouvé dans un tiroir, Souvenir d'anciennes années, De mon passé naïf miroir.
Trois Lettres tout enrubannées;
J'ai relu ce soir tendrement.
Pleurant presque et sans ironies, Trois Lettres en style charmant Que le temps a déjà jaunies.
J'ai longtemps vécu depuis lors, Et j'en ai reçu beaucoup d'autres, Lettres qui coûtent des remords Ou qui disent le deuil des nôtres,
Billets qu'on louche avec effrois, Pleins de promesses hypocrites, Lettres où les cœurs étaient froids, Bien que semblant de flamme écrites;
Toutes sont d'intérêt humain, Toutes n'ont qu'un charme éphémère Mais ces trois-là sont d'une main Divine, — tu le sais, ma mère ! —
Car dans ce temps dont nous parlons, Il ne me semblait pas étrange De monter au ciel sans ballons Oa de causer avec mon ange;
Et je trouvais tout naturel,
Deux jours avant devenu sage.
Que l'Enfant Jésus à Noël
Dans mon soulier mît son message!
On pouvait alors m'admirer Pour ma vertu fort singulière :
Je gagnais mon lit sans pleurer Et je faisais bien ma prière!
Et, quand le tison consumé Avait éteint ses étincelles, Certain que Jésus bien-aimé N'y pourrait pas brûler ses ailes,