‹ Le hussard de Bercheny drame en cinq actes Auguste MaquetChapitre 31 sur 118 · PHILIPPE, SUZANNE · texte numérisé non relu

PHILIPPE, SUZANNE

PHILIPPE

Vous... Ah I vous travaillez?

SUZANNE

Je travaille, oui.

Pour mon frère?

PHILIPPE

SUZANNE

Pour M. Sylvain, oui... Je ferme cette déchirure ; vous savez que son dolman était tout déchiré.

PHILIPPE

Quelle ardeur vous meUez à l’ouvrage !

De l’ardeur? Je lue dépêche, voilà tout. ^

PHILIPPE, s’asseyant.

Il est bien heureux, Sylvain, qu’on s’occupe de lui

SUZANNE

Heureux! Pourquoi?

PHILIPPE

Sans doute; il arrivé... on l’accueille, on l’appelle, on le retient. Présent, on le comble de soins ou de prévenances. Absent, on ne l’oublie pas... Et l’on accourt sans perdre une minute pour lui rendre service.

LE HUSSARD DE BERCHP:NY

SUZANNE

C’est incroyablement dur, ces draps d’uniforme.

PHILIPPE

Vos doigts sont délicats... Vous ne saviez pas, hein? me trouver ici; vous me croyiez dehors avec eux?

SUZANNE

Pas du tout... Je savais parfaitement...

Vous ne le saviez pas. Vous vous êtes écriée, en me voyant : «Philippe!.,. » Et tenez, vous tremblez encore !

SUZANNE

Trembler, moi... de quoi trembler? Dn dirait que je fais une chose sans exemple... Vous me trouvez ici : j’y viens assez souvent depuis que nous avons lié des relations de voisinage. Je rends un service de ménage à votre frère : mais nous ne sommes pas gens à étiquette, nous autres, et M. Sylvain, et vous-même, vous êtes assez bons, assez obligeants, pour qu’on vous oblige.

PHILIPPE , à part.

Elle se défend trop, (Haut.) Vous aimez beaucoup mon frère, n’est-ce pas? ''

' SUZANNE

Beaucoup. C’est en effet un bien brave garçon.

PHILIPPE

Un beau soldat.

, SUZANNE

C'est un bon cœur. . •

PHILIPPE

C’est un esprit toujours riant, toujours libre... Moi, je suis triste, je rêve, je travaille... Il amuse, j’ennuie.

SUZANNE.’

Ohî monsieur Philippe.

, PHILIPPE

Combien voilà-t-il de vojages qu’il fait à Paris depuis que vous êtes venue loger dans la maison ?

SUZANNE

Je ne les ai pas comptés.

PHILIPPE

^ Trois voyages en un moisi La première fois, vous étiez emménagée depuis une semaine. J’entrai chez vous et vous vis à la fenêtre qui donne sur la rue ; vous aembliez guetter. . . attendre quelque chose.

SUZANNE

Moi, je n’attendais rien... je regardais en yraie provinciale.

PHILIPPE

Tout à coup nous vîmes un hussard tourner l’angle du carrefour et ex^iner la maison. Vous avez tressailli... C’était Sylvain.

SUZANNE. ■ '

Je n’avais jamais vu l’uniforme de Bercheny, je ne le connaissais pas.

PHILIPPE

Vous fîtes connaissance. Sylvain resta quatre jours et retourna au camp. La seconde fois, — oh ! je m’en souviens! — il pleuvait, vous aviez voulu sortir. Vos

LE HUSSARD DE BERCIIENY '

sorties sont rares, la promenade tourna du côté delà poste à l’heure des arrivées. Justement Sylvain arriva... J’ai bonne mémoire, vous voyez. Enfin, aujourd’hui, troisième voyage de mon frère. Votre porte est entr’ouverte : vous l’apercevez par hasard, il entre, c’est vous qu’il salue la prerriière. Vous êtes artiis tous les deux. Sylvain a du bonheur. Laissez un peu cette couture, je vous prie.

• ■ SÜZANNB.

C’est fini.

PHILIPPE

Causons.

(Il s’assied.)

SUZANNE

Il me semble que nou^ causons et que j’écoute ce que vous dites; seulement j’ai beau m’eflforcer, je ne comprends pas toujours.

PHILIPPE

Suzanne, j’avais, ces jours passés, dit quelques mots à votre père. Ne vous en a-t-il pas fait part?

SUZANNE

Mon père?... Non... non.

(Silence.) ' .

PHILIPPE

Ah! A'ous ne me demandez pas de quoi il s’agissait, Suzanne ?

SUZANNE

Voyons! De quoi?

PHILIPPE

Je lui disais que vous êtes une jeune fille sérieuse, appliquée, modeste... Que lui est un homme doux,

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