ACTE II
PHILIPPE
C’était moi !
SYLVAIN
Deux jours après, mon père reçut un bon de quarante mille livres. Elle était riche effectivement, la dame ; quarante mille livres, c’était une fortune! Le père et la mère s’étaient attachés à cet enfant. Ils le firent travailler, étudier, pendant que je bêchais la terre. Philippe grandit et devint savant. Il était en Amérique, lorsque partirent le père et la mère Rozel pour le grand voyage. Jamais ces braves gens n’avaient voulu toucher aux quarante mille livres. Après eux, leur fils aîné fit de même. Philippe, grâce à Dieu, n’a jamais manqué de rien, il n’a plus besoin de personne, et même aujourd’hui il est riche, .ses quarante mille livres sont là.
PHILIPPE
Mais tous ces soins, toutes ces études, tout ce que j’ai reçu de vous là-bas I
SYLVAIN
Au temps de vos études, vous aviez un frère laboureur ; au temps de notre guerre d’Améfique, yous aviez un frère soldat.. Le laboureur vous a élevé avec sa charrue, le soldat vous a aidé avec sa paye.
' PHILIPPE, fondant en larmes.
Sylvain, ‘je te demande pardon à genoux.
SYLVAIN
Philippe, pourquoi m’as-tu fait tant de mal?
PHILIPPE
Pardonne-moi, je l’aimais.
SYLVAIN
Tu aimais Suzanne... et elle le sait?
LE HUSSARD DE BERCIIENY
PHILIPPE
Oui. .
yVLVÂlN.
Mon pauvre Philippe!
PHILIPPE. ' '
I3ali ! tu seras lieureux, toi, c’est le principal. Qui est bon? toi ; généreux? toi ; qui mérites d’étre aimé? toi seul.. . Laisse-moi toujours t’appeler frère. Quant à elle,jamais sœur n’aura été plus respectée, plus chérie.
SYLVAIN
Ne parlons plus de cela.
PHILIPPE,
Pourquoi ?
SYLVAIN
C’était le passé, cela. C’était le rdve, c’est fini.
PHILIPPE
Comment. • ^
SYLVAIN
Parlons do toi, rien que de toi, Philippe.
Philippe l’abandonné ! Âh! Sylvain, le coup est rude. Ce père, cette mère que j’ai tant aimés quand je me croyais leur fils! ' • .
SYLVAIN
T’ont-ils moins aimé, sachant que tu ne l’étais pas?
♦ PHILIPPE
Tu as raison. Mon amour pour leur chère mémoire comblera tous les vides de mon cœur. Philippe l’aban-
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