ACTE II
donné! Jamais on n’a rien su de. plus que ce que tu m’as conté ? “ ^
-SYLVAIN
Jamais !
PHILIPPE
Pas une démarche de personne?
SYLVA.IN
De personne. ' ' ' • ■
PHILIPPE
Cette femme ne s’est plus représentée ; elle n’a pas écrit, elle ne s’est pas informée?
SYLVAIN
Non.
PHILIPPE
Cela est singulier... Ne trouves-tu pas que c’est singulier? car, après tant de compassion, de libéralité... on eût pu^^supposer qu’elle s’intéresserait?... Jamais tu n’as cherché à savoir?... Jamais tu n’as rencontré?...
‘ SYLVAIN
Une femme qui pouvait -avoir vingt-cinq ans alors, en aurait cinquante aujourd’hui.^ Je me rappelle certainement aujourd’hui, comme si je la voyais, la femme de vingt-cinq ans, je ne reconnaîtrais pas celle de cinquante.
, ^ PHILIPPE. "
C’est vrai. . , ' ^ »
' SYLVAIN
Et puis où est-elle? Vit-ell©? Ah! ne creuse pas de ce côté,, tu ne trouverais rien, mon frère.
72 LE HUSSARD DE HERCHENY
•rHILIPPE.
Je te parais faible, à toi, mon héroïque soldat. Ah ! c'est que tout à l’heure, en un moment, j’ai tout vu m’échapper dans la vie, La terre a manqué sous mes pieds. Pas d’amour, plus de frère, pins même la vieille mère.,. J’ai été terrassé...
SYLVAIN
Moi j’ai été méchant, je t’ai dit dans la colère ce que tu n’eusses dû apprendre qu’en te mariant, par les papiers de famille ou à ma mort. Nous avons eu tort tous les deux. Voilà une bonne leçon ! Rien entre nous, voistu! Rien entre ton cœur et le mien.
PHILIPPE
Comment! Et Suzanne qui t’aime?
SYLVAIN
Elle m’aime... Oui... Eh bien! elle a tort, ^ •
PHILIPPE
Sylvain!...
SYLVAIN. ' ‘
Tais-toi, il y a quelqu’un dans l’antichambre. ‘
PHILIPPE
Attends, je vais voir.
SYLVAIN. '
Non, reste là... tu as les yeux rouges, (il va regarder au vestibule.) C’est une femme grande déjà âgée., quelque cliente. Je te laisse,
I PHILIPPE
Eh bien, et mon affaire avec cet énergumène de marquis... as-tu lu sa lettre?
ACTK H
SYLVAIN
Une absurdité. la lui rend.)
PHILIPPE
Un torrent de provocations, d’injures. .
SYLVAIN
Bah ! tu es philosophe.
PHILIPPE
Sylvain, la philosophie enseigne l’art de souffrir sans crier, mais ne supprime pas la douleur. Je me ,><ens mordu, j’ai envie de mordre. Et puis, en ce temps-ci, mieux vaut avoir en face de soi les yeux de l’ennemi, mieux vaut...
' SYLVAIN
Un coup de sabre. ' •
Voilà mon avis.
SYLVAIN
Et le mien. Où demeure ce citoyen Manslein?
PHILIPPE
Place des Petits-Pères.
SYLVAIN, prenant son dolman.
Mon colonel ne m’attend qu’à deux heures... je vais demander au marquis un rendez-vous pour toi.
PHILIPPE
Va!
LE HUSSARD DE RERCHEXY