‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 107 sur 190 · Il a été parlé des Epitres et Etangiles du P. Amelotte · texte numérisé non relu

Il a été parlé des Epitres et Etangiles du P. Amelotte

3. L'Imitation de J. C. avait été paraphrasée en vers par Pierre Corneille : inutile de dire que ce n'est pas ce bel ouvrage, dédié par l'illustre poète à Alexandre VII, qui devai; circuler aux mains des dévotes de Tourettes. Etait-ce la traduction que Le Maistre de Saci avait donnée en 1666 sous le pseudonyme de Beuil, prieur de Saint- Val ? Voir le catalogue dressé le 19 juillet 1709 à To\irettes.

4. Huguette Merlesse, dans un second interrogatoire ajoutera quelques mots qui ne chargent ni l'inculpé ni Margotou .\ussel. Varages a accusé Huguette Merlesse de réunir chez elle une assemblée, pour ainsi dire, de dévotes « di primo cartello »: elle ne fait aucune allusion à ceci. Margoton Aussel a bien parlé aussi de femmes qui vont « chez la Merlesse » et déclaré qu'elle ne sait si on donne à leurs réunions le nom de cénacle: nous avons dit que peut-être s'agit-il de celles qui allèrent chez Louise Gazagnaire.

5. UAbhé Jean est le titre abrégé d'un ouvrage que le catalogue dressé en juillet intitule Entretiens de Vabhé Jean.

6. Etait-ce pour le coudre dans ses vêtements comme Pascal portait dans les siens une sorte de mémorial de la nuit du 23 novembre 1654, ce qu'on appelle parfois son amulette? Quoi qu'il en soit, notons ce trait qui rappelle les lettres du P. .Jirchange, alors directeur «le Port-Royal, à la jeune mère .Angélique : « ces tours dévots, écrit Sainte-Beuve, ces airs de grâce à la Pérugin, plus d'une comparaison aimable et mjstique qui nous prépare à Saint François-de-Sales,... les comparaisons vives de Colombe et de suave époux qui ne manquent pas, l'imagination un peu mignarde et sucrée qui fit le succès de Philothée. « J'y insiste d'autant plus f|ue Varages, ([ui écrit ainsi des papiers mystiques, est le principal accusateur de notre de Guignes. On songe à l'animosité du Quiétisme et du Jansénisme, des amis de M"' Guyon et de ceux du P. Quesnel. Je le dis sans pi'étendre que Varages ait été réllement un quiétiste et par suite, de son coté et à sa façon, un hérétique: les papiers de l'officialité n"ont rien qui prouve qu'il fût atteint de ce que Sainte-Beuve nomme l'affectueuse mysticité de Fénelon et qu'il connût « les Torrents de l'amour divin ».

7. L'expression est aussi claire que discrète, et dément ce que Varages a insinué. « Etre avec lui » signifie bien « vivre habituellement avec lui » (Littré).

/. — Etienne Curel, laboureui-, à^é de 33 ans. — Il déclare que de Guignes est un honnôte homme et un bon prêtre'.

J. — Guillaume Mallet, ménag-er, 48 ans. — Il a entendu parler des réunions « chez la. Sirène » ; les uns disent que c'est le sénat, d'autres le sabbat\ De Guigues passe parfois des nuits entières « avec des femmes autour du feu », badine avec la veuve Gazagnaire, use avec elle « de termes de raillerie », qualifie de estrasse de bontat Margoton (Jazagnaire, veuve de Thomas Aussel'. Appelle-t-on risnarde « la Port-Royale»? il n'en sait rien et n'ajoute rien sur la jeune femme.

K. — Louise Gazagnaire, maîtresse d'école à Tourettes^; 42 ans. — Elle a lu deux tomes « du Testament nouveau avec des Réflexions, savoir sur les Epîtres de sa,int Pierre et sur VEvangile de saint Jean », que de Guigues lui avait prêtés et qui, disait-il, appartenait à la dame de Tourettes^ Il lui a prêté aussi VAgncau Pascal, VAbbc' Jean, la Prière continuelle'^, le Prophète Isa'ie expliqué par elle ne sait quel auteur \ Elle a vu et lu « les offices manuscrits du Nom de Jésus, des Cinq Plaies, de saint Jean » que le prêtre lui a remis ^ La vieille fille ignore qu'on donne aux réunions le nom de cénacle.

1. Ne pas oublier que c'est le mari de la jeune Honorado qui vient de déposer.

2. Le nom de sénat et celui de sahhat lui sont encore plus inconnus, k c>' qu'il semble. Le premier est amusant. Le second a plus d'intérêt, ét;iVit donné que, même dans ce XVII»" siècle où les sentiments relipieus étaient si puissants, beaucoup de gens croyaient à la puissance des sorciers et à l'acïtion du diable ; nous y avons insisté plus haut.

3. Celle-ci est mentionnée incidemment et n'est pas intéressée.

4. Noter que la maîtresse d'école, détail piquant, ne sait pas signer: si elle ne pouvait écrire, du moins elle savait lire.

,"). Voir plus haut, d'une part pour ce qui concerne l'œuvre de Qnesnel (son nom n'est pas prononcé ici), et de l'autre pour ce qui regarde la dame de Tourettes.

6. Cet ouvrage n'est pas indiqué dans le catalogue otiiciel des livres de l'inculpé.

7. Serait-ce le commentaire de Du Guet, \\n des Porl-Royalistes, sur vingt-cinq ch.ipitres d'Isaïe '? Serait-ce V Explication Je la prophrtie iVlsaïe sur VEnfantement de la Sainte Vierge et du pxaume XXI, dernier ouvrage <le Bossuet, publié en juillet IWi, un mois avant la mort de l'évéque de Meaux et sous la forme d'une lettre à Trousset de Valincour, suscesseur de Racine à l'Académie française ? Il serait curieux que la savante institutrice de Tourettes, qui ne savait pas même écrire, eût qualifié Bossuet de « je ne .sais quel auteur ». L'inculpé dira dans son interrogatoire que l'ouvrage était «d'un auteur anonyme» et que l'exemplaire prêté à la maîtresse d'école appartenait au vicaire de Tourettes, A. Issaurat. En fait il n'est pas inscrit dans le catalogue des livres de l'inculpé dressé en juillet.

8. Honorade Isiiarde avait parlé aussi de l'office manuscrit du Xom de Jésus, composé par l'inculpé. Mais ici il ne s'agit plus ni de cehii des Grandeurs de Jésus ni de celui de l'Enfant Jésus. L'inculpé en avait-il composé, non pas trois, comme le disait Hugaette Merlesse, mais cinq ?

L. — Paul Féraud, ménager, 56 ans. — Il a vu entre les mains des dévotes des livres « couverts de bleu » et entendu chanter en proven(;al parfois jusqu'à minuit chez Louis Gazagnaire; « ce qui scandalisait beaucoup dans le lien ».

M. — François Geoffroy, « censal » ' ; 50 ans, — Il rapporte quelques propos un peu libres de l'inculpé et de la veuve Gazagnaire.

N. — Antoine Aubanel, cabaretier ; 42 ans. — Il a vu de Guignes assis près de Margoton Aussel. « Il y a deux ans, quand les ennemis entrèrent en Provence », le notaire Aussel, qui a sa maison hors du village, allait coucher à Tourettes avec sa femme ; de Guignes se rendait à la campagne et passait une partie de la nuit devant la maison où était la jeune Margoton.

Il est utile d'interrompre les dépositions pour rappeler de quels « ennemis » parle ce cabaretier. En 1707 le duc de Savoie, Victor-Amédée II, qui était allié de l'Autriche depuis le traité de Turin (25 octobre 1703) et n'avait conservé ses Etats que grâce à la victoire du prince Eugène près de Turin en 1706, envahit la France avec ce dernier. Ils passèrent le Var. Secondés par une flotte anglaise, qui n'osa pas attaquer l'île Sainte-Marguerite ^ ils marchèrent sur Toulon où le maréchal de Tessé leur fît éprouver un échec célèbre. Eugène ordonna la retraite et, harcelé par les paysans de Provence, perdit la moitié de son armée avant de repasser le Var et de rentrer en Savoie. J'emprunte les détails suivants aux ouvrages de l'abbé Tisserand ^ : ils permettront de mieux saisir ce que voulait dire le cabaretier de Tourettes en 1709. Les troupes françaises

1. Homme qui paie un cens, une redevance en argent. On dit ordinairement un censitaire.

2. Mieux défendue alors qu'elle ne l'avait été au XVII' s. contre les Espagnols, mieux qu'elle ne le fut contre les Anglais en 1766.

3. Notamment son Vence et son Hist. de Nice et des Alp. Marit.

évacuent, le 8 juillet 1707, Nice que le duc de Bcrwick a prise le 4 janvier 170(3 et dont il ;ivait rasé le château selon les ordres de Louis XIV. Antibes et naturellement Grasse, ville ouverte, capitulent devant l'envahisseur. Le maire de Vence, François de Guignes, et le g-rand-vicaire de M^' de Grillon, J. B. Olive, vont « faire leur soumission à S< A. R. M"^"" le duc de Savoie » qui campait sur la Siagne, Cannes cependant n'avait pas cédé : son artillerie avait même gêné la marche des Impériaux. Parvenus le 23 juillet devant Toulon, ils battent en retraite le 27 août et franchissent le Var le 7 septembre. Au moment où le procès que nous exposons avait lieu devant l'évéque de Vence, Berwick, posté à Briançon depuis août 1709, empêchait Victor- Amédée d'envahir le Dauphiné. Les gens de Tourettes avaient toutes sortes de bonnes raisons pour ne pas aimer la guerre. Déjà en 1704 \ en janvier, le commandant des troupes françaises d' Antibes leur avait envoyé l'ordre d'expédier à Saint-Jeannet un capitaine, un lieutenant, deux sergents et trente hommes avec des fusils, des balles, de la poudre et des vivres; ces troupes improvisées avaient reculé devant les soldats du duc de Savoie qui venaient de Gattières, regagné Vence, entraîné les soldats de cette ville, épouvanté les gens de Tourettes à tel point que les uns avaient fui vers Grasse et que les autres s'étaient tapis « dans des cavernes « ; un tambour savoyard était venu, au nom d-u chevalier de Blaignac, qui commandait les troupes de Nice et qui campait à Vence, sommer le maire de Tourettes de verser 2.000 liv. ; le 22, le notaire César Gazagnaire et César Mallet étaient allés supplier l'ennemi de ne pas brûler le village, avaient couru jusqu'à Gattières pour retirer les otages, avaient été conduits à Nice pour le paiement; dans une grotte sur les

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