Arch. dép. des Alp.-Marit., Ev. de V., G
bords du Loup une vieille femme avait été tuée, d'autres dépouillées de leurs bijoux, certaines de leurs vêtements. Cette déposition d'Aubanel, à laquelle il n'était pas inutile de joindre cette sorte de longue note, permet en outre de savoir que de Guignes était secondaire de Tourettes en juillet 1707 \
Tel fut alors le malheur de ce pa3^s que M^"" de Verjus, évêque de Grasse, établit, le 18 août 1707, une neuvaine dans sa cathédrale pour demander à Dieu la paix ; qu'en mars 1707, il avait dispensé des œufs et du laitage pendant les carêmes de 1707 et 1708, « le poisson étant fort cher par le deffaut des pescheurs, et surtout dans la misère extrême où tout le monde se trouve plongé par une guerre sy cruelle qu'elle entraîne tout avec soy et quy est si opiniastre et si universelle »'; qu'il renouvela cette permission pour les carêmes de 1709 et 1710, La guerre de la succession d'Espagne ruinait la Provence que le fisc épuisait déjà. Dans une correspondance du 27 septembre 1707, M^"" de Grillon signalait la misère de son diocèse en termes qu'il est inutile de répéter ici ^
0. et P. — Nous arrivons à deux dépositions d'autant plus importantes pour le juge qu'elles sont, ainsi que la dénonciation, l'œuvre de deux prêtres. Un vieux chanoine de Saint-Paul, le septuagénaire Esmiol, était encore vivant et solide. M^' de Bourchenu, étant à Gagnes en 1715, note que ce vieillard, alors âgé de 76 ans, confessait le marquis de Grimaldi, Honoré, fils de Charles^, conformément à une permission «donnée par M*"" de Vienne»";
1 . Voir en outre sur ces événements le mémoire anonyme que la Rev. histur. de Prov. a commencé ;i publier dans son n" 6 de juin 1901.
•>. Ev. de Grasse, G. 77.
'.\. Valran, Misère et charité en Prov. au XVIII' s.. Paris, Rousseau, 1899, p. 6 et 7 d'ap. de Boislisle, Corresp. des contr. gêner, des /in. avec les intend, des prov., 1315.
4. Ancien paf^e du cardinal de Richelieu, le marquis de Gagnes logeait au château des Grimaldi et avait alors S8 ans. 11 était donc né en 1627: Richelieu étant mort en décembre 1G42, il fallait que Honoré de Grimaldi eût été page avant sa IS»' année.
5. « M.^' de Vienne » désigne en 1715 Me' de Crilloa qui avait été transféré depuis peu du siège épiscopal de Vence à l'archiépiscopal de Vienne.
Bourclieiui confirme ses pouvoirs. D'autre part cet éveque, étant à Saint-Paul en octobre 1715, note que le vieillard 6tait chargé de la chapelle rurale de Saint-Charles-Borromée ainsi que de celle de Saint-Etienne. Entin, on sait' que, parmi les chanoines de la collégiale qui sont enterrés au-dessous du maître-autel de Saint-Paul, figure, à la date de 1729, Barnabe Ksmiol qui atteignit par conséquent l'âge de 90 ans.
Quant à l'abbé Bernard, il était de la Colle. En 1699, lors de la visite de }>b' de Grillon, il est premier secondaire de Tourettes; le second est alors Michaelis, originaire de Bouyon. En 1703, lors de certaine querelle qui survint entre ce Michaelis et Guizol, alors prieur de Saint-Jean et alla devant le tribunal de l'officialité, Bernard fut interrogé : il dit qu'il avait alors 43 ans, était bachelier en théologie et « curé » (nous savons que ce mot est alors synonyme de secondaire ou, comme nous disons maintenant, vicaire) de Tourettes. Dans le registre des insinuations je relève, à la date du 23 juin 1707, la nomination de Jean Bernard, « prêtre de Saint-Paul », à la chapellenie de S'-Jean-Baptiste, faite par noble Charles de Bres sieur de Pierli, le 24 mai, la mise en possession du 28, le forma dignum donné par le vicaire général de Vence le 27. La visite de Bourchenu en août 1715 fait savoir aussi que Bernard fut depuis 1707 chapelain de Saint-Jean. 11 était en même temps chargé de la chapelle Saint-Barnabe près de Coursegoules : en 1726, il s'excuse « sur son âge » (il a alors 66 ans) de ne pas faire dans cette dernière un service bien régulier. En 1722, il est dit qu'il servait momentanément (et par conséquent pour la seconde fois) de premier secondaire à Tourettes, « depuis trois années, parce qu'il
1. Doublet, Monogr. de raiic. coll. do S' Paul {Ann. de la Soc. des Lett., Se. et Arts des Alp. Marit., tome XVII, 1901, p. 2,î, d"ap. une note de M. Layet, ancien notaire à la Colle, relative aux sépultures faites dans cette église.
manque de prêtres dans le diocèse de Vence»: le second était alors un jeune prêtre de Nice, et à titre provisoire. Si Bernard servit ainsi de 1719 à 22, il ne figurait pas comme secondaire en 1715 : étaient alors secondaires deux prêtres du comté de Nice, un certain Guibert, du Villars, âgé de 32 ans, nommé depuis sept mois et que l'évêque de Vence fit surveiller en 1719, parce qu'il fréquentait « intimement une jeune veuve assez bien faite et qui a trois enfants », et un certain Armand, âgé de 50 ans. Ce Jean Bernard fut probablement l'oncle ou le grand-oncle d'un prêtre du même nom, originaire de Saint-Paul, qui fut curé de Tourettes,' puis en 1760 prieur de Cagnes, et de qui M^' de Madaillan dit en 1771 qu'il a 40 ans et qu'il occupe le poste depuis onze années. Le vicaire général de M^"" Moreau écrit en 1760 que ce prêtre a 30 ans, qu'il a fait ses études à Marseille, qu'il avait servi de secondaire à Saint-Jeannet, puis à Cagnes, avant de devenir prieur de ce village.
La biographie de ces deux importants témoins étant esquissée, venons à leurs dépositions.
0. — Barnabe Esmiol, chanoine de la collégiale de Saint-Paul ; 70 ans. — 11 dit que de Guignes lui a montré « chez lui les Œuvres du P. Quesnel\ le Testament de Morts, les Provinciales, la Théologie de Joansin ^, l'Agneau Pascal, Stayaert, etc.. » Il a reproché au jeune prêtre de garder de tels ouvrages : de Guignes répondit qu'il avait la permission du vice-légat. Le vieux chanoine a entendu parler des figures d'étoupe.
P. — Jean Bernard, recteur de la chapelle Saint-Jean au terroir de Tourettes^; 49 ans. — 11 a vu de Guigues