‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 131 sur 190 · Sic · texte numérisé non relu

Sic

nière utile et fructueuse, parce que c'est lui ôter son effet principal et direct, qui est de rendre ses auditeurs purs et saints comme elle est pure et sainte, de toucher les âmes, de les porter au bien et de les convertir. Lex Domini im~ maculata convertens animas. •

Car il faut juger à peu prèz de l'effet qui est propre à la parole de Dieu, comme nous jugeons de celui des Sacremens. C'est une doctrine universellement reçue dans la théologie que les Sacremens, outre l'effet qui leur est commun, je veux dire l'infusion de la Grâce dont ils sont les signes visibles, ils en ont un qui leur est particulier et propre. Autre est l'effet du Baptême, autre celui de l'Ordre; autre est l'effet de la Confirm(ation), autre celui de l'Extr(ême-Onction), de la Pénit(ence), du Mariage, de l'Euch(aristie). L'effet propre du Baptême est la rémission du péché originel, l'effet propre de la Confirmation est la force nécessaire pour confesser la foi en présence des tirans; l'effet du Mariage est la s(ainte) union des deux conjoints et l'éducation de leurs enfans; et ainsi des autres sacremens.

La parole de Dieu a de même des effets généraux et des effets qui lui sont propres. Elle luit, elle plaît, elle touche, dit s(aint) Aug(ustin), elle a ses splendeurs, ses agréemens, ses feux. Elle instruit, elle avertit, elle échauffe; voilà des effets généraux. Mais ce qu'elle a de propre, de singulier, est de contribuer à la conversion des âmes et à la justification des pécheurs. Lex Domini im.ma.cula.ta convertens anim.as.

Ce qu'elle a de propre est de servir à Dieu d'instrument et de moyen pour toucher vivement les cœurs et les porter à la pénitence. Ce qu'elle a de propre est d'être comme le thrésor et le magasin d'où II tire ses grâces d'illumination et de conduite qu'il veut donner aux hommes, dit s(aint)

Chris(ostomc) ; ce qu'elle a de propre est d'être comme un glaive à deux tranchans qui va ju.sques aux cartillages, aux os, à la moelle d'uu pécheur p(ou)r séparer son âme de ses vices, dit rap(otre) s(aint) Paul ; ce qu'elle a de propre, c'est, ajoute le Roy Prophète, d'être comme une flèche aiguë qui étant lancée par la main de Dieu, entre JQsques dans le cœur de ses ennemis pour les faire tomber à ses pieds : sagita tua. acuta, populi sub le cadent in corda inimicorum régis. Nos flèches, o mon Dieu, sont de flèches aiguës, qui entrant jusques dans le cœur des pécheurs, leur font de si profondes playes que tôt ou tard ils viennent se prosterner devant Vous et Vous demander miséricorde.

Quelques fois ils meurent et s'abbattent tout d'un coup. 0 mort, que tu es précieuse et agréable aux yeux du Seigneur ! Telle fut la vôtre, o Saul, quand vous tombâtes par terre et que vous dîtes : « Seig(neu)r, que voulés-vous que je fasse? » Telle fut la vôtre, o Magd(eleine), quand vous fûtes vous prosterner aux pieds de N(otre) Sauveur, baignée de larmes, et pleurant amèrement vos péchez.

Quelquefois ils portent longtemps ces flèches, mais tôt ou tard ils se convertissent, quand Dieu donne à Sa voix cette force dont il est parlé chez David : dabit voci suae vocem virtutis. Tel était Pierre qui n'aiant pas d'abord fait réflexion à ce que J.-C. lui avoit dit, qu'avant que le cocq chantât, il le renonceroit, se ressouvint ensuite au chant du cocq de la parole de son maître et alla plurer son reniement. Tel étoit Aug(ustin). Vous avés beau courir, Aug(ustin), vous avés beau traverser les mers, aller de Carthage à Rome, de Rome à Milan, vous portés la flèche de la parole de Dieu et de Monique v(otre) mère dans v(otre) cœur, il faut tôt au tard que vous vous rendiez. C'est là, dit Cassiodore, c'est là une flèche qui ne blesse

une âme que pour la guérir, qui ne la renverse que pour la relever et la convertir : ita vulnerat ut sanet, ita prosternit ut erigat\

Mais dans quelles âmes cette parole divine produit-elle cet effet qui luy est propre '^ il se peut faire quelquefois que cette parole, vive, efficace, pénétrante, accompagnée d'une grâce intérieure, et victorieuse emporte tout d'un coup un pécheur et l'oblige de renoncer à ses désordres. Mais ne vous attendez pas à ces miracles, M(essieurs), et comme ces exemples sont très rares, sachez que si vous voulez qu'elle produise en vous de si salutaires effets, vous devez vous y préparer par quelque projet de conversion, par un désir de vous instruire et de vous corriger. Car pour quelle autre fin viendriez-vous entendre la parole de Dieu, et à quel autre dessein sommes-nous envoyez pour vous la prêcher ?

Nous sommes envoyez pour graver dans vos âmes les maximes de l'Evangile, la loy et l'image de J. C. S' Paul nous regarde même comme un épitre écrite et où l'on void toutes les véritez de notre religion. Epistola scripta vos estis. Mais comme on ne peut rien écrire sur du papier ni rien marquer sur de la cire, à moins qu'elle ne soit bien préparée, et qu'on en efface les caractères qui y sont déjà, nous ne pourrions jamais aussi, dit S' Basile, écrire et imprimer dans vos âmes les véritez chrét(iennes) ni la morale de Jésus-C, à moins que vous n'en chassiez les vices et les infâmes caractères du péché.

Nous sommes envoyez pour jetter dans vos esprits et dans vos cœurs les semences des vertus et les saintes maximes de n(otre) religion; mais n'y prendront^ jamais racine, si elles tombent sur des épines ou sur des pierres.

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