Effacé: du monde
Mais passons plus avant, et p(ou)r mètre cette vérité importante que je vous prêche aujourd'huy dans un plus grand jour, examinons ce que J. C. nous en dit dans son Evangile.
J. C. qui est le seul docteur et le grand maitre ouvrant Sa bouche sacrée dans le sermon admirable qu'il a fait des béatitudes a voulu porter tous les chrétiens en la personne des Apôtres a chercher dans le ciel la vie bienheureuse où les larmes seront essuiees, ou l'on trouve la paix, la joy, la consol(ation) et la véritable justice; car comme dit s(ain)t Augustin, quand J. C. a dit : Bieuh(eureux) sont ceux qui ont faim et soif de la justice, il a voulu nous marquer par là que toute la piété et toute la justice chrét(ienne) consiste à désirer la vie étern(elle) ou nous serons pleinem(ent) rassasiez.
C'est encore p(ou)r cette raison que le Sauveur a dit si souvent dans l'Evangile que son royaume n'étoit point de ce monde, parce que ce n'est pas sur la terre ou les chrétiens doivent être faits roys ; et quand J. C. a ordonné de chercher son royaume et de demander tous les jours que son règne arrive, c'est comme s'il disoit à l'oreille de n(olre) cœur que la terre n'est point une demure qui nous soit propre. Aussi Tertulien expliquant ces paroles dit que nous désirons 2 choses : la 1" de régner au plutôt avec J. C, et la 2^ de n'être plus esclave du péché. Optamus maturius regnare et non diutius servire. Nous demandons que J. C. règne sur tous ses ennemis, nous desirons rétablissem(en)t entier du royaume de Dieu, la perfection du christianisme, et l'union de tous les élus avec leur chef; jour si désirable pour ceux qui participeront à l'action divine, au règne de J. C. et qui entreront clans ce corps misterieux et éter(nel).
J. C. nous a voulu insinuer cette même vérité en ce qui se passa aux noces de Cana en Galilée où il changea l'eau
en vin ; car les 2 vins qu'on y but selon les SS. PP. nous figurent le vin du monde et le vin de la grâce. Le diable présente le p(remie)r qui est le meilleur au goût des hommes charnels qui ont le goût gâté et qui s'enyvrent de la douceur des plaisirs du monde qui leur paroissent d'abord agréables, mais qui ne leur laissent ensuite que de l'amertume et du degout. Le second vin au contraire est le vin du ciel, et le vin nouveau de l'homme nouveau qui enivre heureusement l'ame et qui assoupit en elle les sens et la raison de l'homme, afin qu'étant mort à luy-môme il ne goûte plus que les biens du ciel.
Enfin nous pouvons dire que tout rEv(angile) aboutit à ce saint désir de la béatitude, et s'il nous a engagé à pratiquer une vie dure, laborieuse et pénitente, ce n'est que pour nous détacher davantage de ce mauvais monde et p(ou)r nous faire désirer^ la vie bienheureuse.
Ajoutons à tout ce que je viens de vous dire ce que le Saint-Esprit nous dit que la vie de l'homme est une tentation et un combat continuel, ce qui nous doit faire gémir d'être plus longtemps dans cet exil : heu mihi, quia, incocolatus meus prolonga,tus est, habitavi cum habitantibus Ceclar, rnultum incola fuit anima mea, hélas! devrions nous dire sans cesse, que mon exil est long! je suis icy parmy les habita ns de Cédar, il y a longtemps que mon âme est étrangère.
En effet qui pourroit aimer une vie si désagréable à la nature, une vie de sacrifice, où l'on meurt tous les jours à soy-mesme et où il faut se haïr et se mortifier sans cesse, où il faut toujours combattre, toujours vaincre et n'être jamais vaincu; vous le sçavez, M. et vous ne l'éprouvez que trop par votre propre expérience, qu'il n'y a ni paix ni trêve à espérer eu cette vie, ni avec le monde ni avec le