Père spirituel de sa paroisse
5. En 1736 il est chargé de prêcher le Carême à Gréolières {Ev. de Vence, G. 3, reg. du secrétar.)
nontre il est dit en 26 qu'il occupait le poste depuis un an, qu'il était de Vence (le nôtre en était originaire aussi), qu'il avait été prieur de Bezaudun et précédemment vicaire de Coursegoules. Or il s'agit ici de Michel de Guignes, qui était prieur de Bezaudun en 1715; à cette date M^' de Bourclienu note qu'il était de Vence et possédait le bénéfice depuis 1679; en 1683 M^^ Allart a écrit que ce prêtre habitait, comme gardien, le château que les évêques de Vence possédaient à Bezaudun; en 1705 le vicaire-général de Grillon, Olive, a nommé aussi Michel de Guignes.
C'est donc lui qui avait été avant 1679 vicaire de Coursegoules. D'autre part je note qu'en 1769 un certain de Guignes était recteur de la chapelle rurale de Saint-Jean, près de Tourettes, sur le chemin de Grasse, et en même temps chargé de la chapelle de Saint -Barnabe, voisine de Coursegoules; qu'il était originaire de Vence; en 1771 il est pro-vicaire de La Colle et a 60 ans. Donc il était né en 1711 et cela suffirait pour prouver qu'il ne s'agit pas du condamné de 1709 : en outre il s'appelle Antoine. Un certain « messire de Guignes prêtre de Vence », faisait en 1769 le service dominical à la chapelle de Valettes, à l'ouest de Tourettes, et il y a tout lieu de supposer que c'est le même personnage. Donc je ne retrouve pas traces de J. B. de Guignes et je m'empresse d'ajouter que les papiers de l'officialité n'ont rien qui indique qu'il soit retombé dans les erreurs de vie et de pensée pour lesquelles il avait été puni.
Le successeur de Grillon, M^"" de Bourchenu, a frappé divers ecclésiastiques, certain prieur de Gatticres dont la moralité laissait à désirer, un vicaire de Gourmes et un de Basses-Gréolières qui n'eurent à faire que 3 mois de séminaire, un prieur de Garros à qui l'existence la plus scandaleuse valut simplement 6 mois d'interdit. De J.-B, de
C4uigues il n'est plus question : il avait été puni par Grillon deux fois plus sévèrement que ne le fut par Bourchenu ce prieur de Garros dont les vices étaient des plus graves. S'il n'était pas mort, notre Janséniste de Tourettes a dû reprendre, sous l'autorité d'un autre supérieur que l'Evêque de Vence, le ministère sacerdotal que ses fautes l'avaient momentanément obligé d'interrompre ^ Force nous est d'ignorer ce qu'il devint, s'il quitta la soutane, s'il prit pendant quelques années, comme l'on disait, l'habit gris, s'il alla vivre en province sous un autre nom, s'il redevint sérieux et si la condamnation produisit un effet profond sur les diocésains dont l'évêque déplorait les crimes dans son mandement du 22 mai ^09^ « Quand vos péchés seraient encore plus énormes qu'ils ne le sont », leur écrivait alors M^' de Grillon, « ils seront effacés (par le repentir); quand ils auraient rendu votre âme rouge comme l'écarlate, elle deviendra aussi blanche que la neige ». Nous ne saurions dire, en nous inspirant des expressions de cette lettre pastorale, dans quelle mesure « la rougeur » de l'âme de de Guignes était « semblable à celle du vermillon ».I1 serait du moins peu charitable de douter qu'elle ait été « changée en celle de la laine la plus blanche ».
Quant à M=' de Grillon, qui avait écrasé le premier cas grave — sinon le premier — de Jansénisme dans son petit diocèse de Vence, le récent historien de la bulle Unigenitus a pu dire que, lors de l'Assemblée du Glergé qui fut appelée en octobre 1713 à recevoir la célèbre Gons-
1. Au surplus on n'ignore pas que, un siècle auparavant, c'est un capucin débauché qui, par un sermon fort édifiant et peu conforme au caractère de celui qui le prononçait, avait amené la conversion de la Mère Angélique. Elle avait 18 ans et semblait peu faite pour la vie du cloître et pour la tâche d'abbesse qui lui incombait depuis six années. Le capucin libertin parle, et elle se décide â se réformer ainsi qu'à réformer son abbaye. Si elle y réussit, nous n'avons pas à le dire. De Guignes, malgré ses mauvaises mœurs et son penchant à Thérésie, a-t-il fait des conversions aussi inattendues que ce P. Basile? Ses sermons ont-ils été une lueur divine pour quelqu'une des âmes de Tourettes ?