‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 176 sur 190 · Rev. histor., nov. déc · texte numérisé non relu

Rev. histor., nov. déc

Quand Tartuffe reparut, le 5 août 1667 sous le nom de Panulphe, puis le 5 février 1669 sous son vocable primitif, il n'eut plus que le vêtement des laïques, petit chapeau, grands cheveux, grand collet, dentelles sur tout l'habit, épée au côté. « Le faux dévot », comme l'intitulait Molière, « l'imposteur », comme le porte un sous-titre que l'usage n'a guère conservé, ne doit par conséquent faire songer que de très loin à notre jeune prêtre de Touretles. Il passe aussi pour un saint, mais c'est « dans la fantaisie » de M""' Pernelle, comme Dorine le déclare à cette vieille folle. Il sermonne

« avec des yeux farouches, Et jetait nos rubans, notre rouge et nos mouches, Le traître ; l'autre jour il rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des Saints ».

Nous ne savons pas quelle était l'action oratoire de .1. B. de Guignes ; peut-être les élégantes dévotes de son village n'usaient-elles ni de rubans ni de fard ; et l'œuvre mystique de Ribadeneira ne figure ni dans le catalogue dressé en juillet, ni dans ce dont il a été parlé durant les interrogatoires. Si Tartuffe portait une haire et une discipline que le secondaire de Tourettes n'a pas, il cachait avec son mouchoir la gorge de Dorine,

« Ce sein que je ne saurais voir »,

comme de Guignes hésite à prendre un fruit dans le tablier d'une des jeunes dévotes. Si Tartuffe se plaisait à tâter l'étofie delà robe dElmire et à manier son fichu, sous prétexte que l'une était moelleuse et l'autre d'un point merveilleux, s'il lui serrait le bout des doigts et lui tàtait le genou, s'il finissait par lui faire, selon les paroles de Damis,

« L'injurieux aveu d'une coupable flamme »,

et par le renouveler en présence du mari caché sous la table, il n'est pas démontré que de Guignes n'ait point

commis quelques-unes des gaillardises que certains lui reprochent et qu'il nie. L'exempt qui arrêtait Tartuffe à la tin de la pièce de Molière, avait pour mission de le conduire, d'autant mieux qu'il n'avait plus rien d'un «directeur de conscience », ailleurs que devant le bureau d'une otficialité épiscopale. En somme, que do Gaigues n'eût pas été dans les ordres, et nous lui trouverions quelques traits de Tartuffe et de don Juan.

Sa physionomie n'en est pas moins originale. Le jansénisme dont il fut accusé, les mœurs douteuses qu'on lui reprochait, la scène de magie qu'il provoqua, la bibliothèque qu'il a possédée, les sermons qui restent de lui, tout contribue à faire de J.-B. de Guignes un curieux type de prêtre provençal. Dans l'histoire du clergé du diocèse de Vence, à la fin du règne de Louis XIV, et si les papiers de l'offiicialité n'ont pas été trop dispersés, je ne vois rien de plus intéressant. Aussi de son procès, dont il n'a pas été soufflé mot dans les livres de l'abbé Tisserand, j'ai cru qu'il n'était pas inutile de parler et que l'affaire est une des causes les moins banales qui aient été jugées dans l'ancien diocèse de Vence.

Nous n'en sommes plus aux temps admirables du jansénisme des Pascal et des Nicole, mais nous ne sommes pas encore arrivés aux époques dérisoires de celui du diacre Paris. Les dévotes de Tourettes ne se livrent pas aux convulsions des adeptes de la secte de ce dernier', et les réunions que les uns qualifièrent de sénat, d'autres de cénacle, d'autres de sabbat, ne font songer en rien à ce que seront les scènes du cimetière Saint-Médard. Los admiratrices de J.-B. de Guignes n'ont pas les objets étranges que signalent certains dossiers relatifs à ce qu'on

1. Voir un échantillon des déclamations que les convulxionnaires proféraient au cours de leurs crises, dans les Arch. de la Bastille publiées par M. Frantz Funck Brentano (t. IX des Ms. de la Bibl. de PArsenal, p. 26.)

vit sous la Régence, « cruciiix eusanglantés, galettes du prophète Elle, autres choses superstitieuses, reliques de M. le diacre Paris et de AI. l'éveque de Senez »'. M«' de Crillou, devenu archevêque de Vienne, n'eut point, avant de mourir en octobre 1720, l'occasion de connaître les ridicules des Jansénistes, les cris que l'on poussa sur la tombe d'un des leurs, les miracles qu'on attribua môme à ses mérites.

De Guignes vécut-il jusqu'à cette époque^ resta-t-il, après sa condamnation de 1709, enclin à quelques sympathies pour ceux que la Régence de Philippe d'Orléans cessa de persécuter ? Je viens de dire que nous ignorons le reste de sa vie, et si les prêtres jansénistes furent surveillés dans les années qui suivirent son procès, on le sait^

Si l'année passée au séminaire de Vence ne l'a pas corrigé, il avait le nécessaire pour devenir un de ces abbés déclassés du XVIIP s., sar lesquels a été dernièrement donnée une spirituelle étude^ « Le XVIP s. ne s'était guère occupé du monde ecclésiastique pour le railler, sauf dans les dix dernières années, et d'autre part dans les Provinciales, dans le Tartuffe dont le principal personnage porta d'abord le petit collet, et dans le Lutrin qui est une charmante plaisanterie. Le XVIIP s'en occupa davantage à cause de la lutte entre le christianisme et la philosophie. Les abbés de théâtre n'appartiennent, il est vrai, ni aux supérieurs de couvents, ni aux prêtres de paroisses, mais à une classe interlope qui ne tient à l'Eglise que par l'habit et ne lui sert guère qu'à la compromettre... Elle comprenait notamment les précepteurs à 1,200 francs... Ses défauts

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