‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 49 sur 190 · Imprimé à Avignon, cliez Jos. Ch. Chastanier, HOS · texte numérisé non relu

Imprimé à Avignon, cliez Jos. Ch. Chastanier, HOS

en 1697 » \ L'ouvrage de Féneloii était, on le sait, intitulé « Explication des Ma.ximes des Saints » et avait paru en janvier 1697, cinq mois avant la nomination de Grillon. La première Instruction sur les Etats d'oraison, où Bossuet jugeait sévèrement M'"' Guyon et demandait à Fénelon de ne pas approuver les progrès du quiétisme, parut après les Maximes et annonçait cinq traités : le second, resté manuscrit, a été retrouvé à la Bibliothèque de Saint- Sulpice par M. l'abbé Levesque et publié en 1897. En avril Fénelon demanda au Pape de juger son livre. En août, Bossuet, l'archevêque de Paris ^ et l'évêque de Chartres^ censurèrent les Maximes. Grillon fut sacré en décembre 1697. En mars 1699, Innocent XII condamna la tendance générale du livre de l'archevêque de Cambrai, et particulièrement vingt-trois propositions « dangereuses et erronées»; le représentant de la France à Rome, le cardinal de Bouillon, ami des Jésuites et en secret de Fénelon, avait été soupçonné de ne pas servir les vues de Louis XIV et de ne pas poursuivre la condamnation du livre, révoqué de l'ambassade et avisé de ne pas rentrer en France; les premiers commissaires pontificaux, chargés de l'examen des Maximes, n'avaient rendu qu'un arrêt de partage en septembre 1698 ; le Saint-Office ne prononçait qu'une condamnation mitigée. Les Maximes ne furent pas brûlées, ni les autres livres de Fénelon frappés, et lui-même ne fut pas qualifié d'hérétique. Revenons au mandement du 12 juillet 1699, où Grillon se montre si ardent pour l'orthodoxie.

« Les nouveaux mystiques^ avaient excité des alterca-

1. Arch. dép. des A.-Mar., Ev. de V., G. 1 et 2. La lettre pastorale est imprimée à Avignon, « chez Michel Chastel, imprimeur de Sa Sainteté ».

2. Noailles, nommé en août 1695 à la mort de Harlay de Champvallon.

3. En août 1697, Godet des Marais, le confesseur de M"' de Maintenon.

4. Les quiétistes, les disciples de Michel Molinos (dont le Guide spirituel avait paru en 1675 et dont Innocent XI avait condamné en 1687 soixante-huit propositions), et ceux de M"' Guyon.

tions dont s'autorisoit le libertinage... Notre grand Roy, après avoir purgé son royaume des erreurs que le dernier siècle y avoit répandues', vient de proscrire celles que la fin de ce siècle chcrchoit à y répandre et qui sont étouffées et par le bref de N. S. P. le Pape et par la condamnation unanime des évoques de ce royaume et par la soumission de celui qui en étoit l'auteur... Celui que les fanatiques vouloient prendre pour leur deffenseur, vient de devenir leur ennemi par sa parfaite obéissance à la constitution d'Innocent XII, du 12 mars 1699... Son livre pourroit porter insensiblement les fidèles dans des erreurs déjà condamnées par l'Eglise et contient encore des propositions téméraires, scandaleuses, pernicieuses dans la pratique et même erronées respectivement ». On a pu écrire de Bossuet que le jansénisme lui semblait une manière d'aimer Dieu et une opinion douteuse, mais que le quiétisme lui paraissait une façon de dénaturer la religion et une erreur certaine*.

Sur ces entrefaites Innocent XII est mort^; le cardinal de Bouillon se venge de Louis XIV « en mettant sur le trône de saint Pierre le cardinal Albani, cardinal depuis 1690, mais prêtre seulement aux Quatre-Temps de septembre, une semaine avant la mort du Pape. Il avait dit sa première messe le 6 octobre et reçut l'épiscopat quelques instants après le scrutin : Bouillon assurait le triomphe des Jésuites sur les ruines du Gallicanisme »*.

Revenons à Grillon. Le 12 mai 1703, nouveau mandements Cette fois, il veut empêcher la lecture du livre intitulé Cas de conscience, interdire qu'on en fasse usage et que les exemplaires en soient conservés, s'opposer à ce

Page 1