Arch. dép. des A.-Marit., Ev. de Vence, G
que personne écrive sur ce qu'il appelle « les matières coutcntieuses du Jansénisme » , obtenir que les mots de « Jansénistes, Novateurs, Semi-Pélagiens ^ et Hérétiques soient bannis de toute conversation comme injurieux ». Après le quiétisme, Grillon sévissait contre le jansénisme. Il convient d'insister sur cette mesure. Le Cas de conscience avait circulé depuis l'été de 1701 : Sainte-Beuve considère même cette affaire comme la cause de la chute dernière de Port-Royal, mais nous ne devons en parler qu'à la condition de rectifier, d'après le livre de M. A. Le Roy, ce qu'il en a dit. Pendant que l'archevêque de Paris , L. A. de Noailles, recommandé par le roi au pape en décembre 1697, pour un cardinalat et honoré du chapeau par Innocent XII en juin 1700^, était à Rome et prenait part à l'élection du cardinal Albanî comme pape, le Cas de conscience se produisit ^ Œuvre, non des Jésuites, mais des Jansénistes, et cas véritable, non supposé, réel, nullement fait à plaisir, il n'était point, comme l'a dit Sainte-Beuve par erreur, imaginé « naïvement par un certain Eustace, très peu théologien et qui écrivit quelque chose qui fut digne d'un agent provocateur plus que du confesseur des religieuses de Port-Royal ». Il n'était pas non plus rédigé par le curé de Magny, et né à propos d'une ville de Normandie. Le pénitent était l'abbé Louis Périer, neveu de Pascal, et connu en Auvergne « pour un franc janséniste » ; il s'adressait à l'abbé Fréhel, curé de N.D. du Port à Clermont, que son confesseur refusa d'entendre au
1. Pelage, moine anglais, niait la nécessité de la grâce et le péché originel ; S" Augustin avait inspiré les conciles d'Afrique qui le condamnèrent en 416 et 417 ; au XVII' s., il avait été attaqué par Jansénius. Les Jésuites et Malebranche étaient accusés par les Jansénistes d'être Pclagiens, ou même Semi-Pélagiens. Le Semi-Pélagianisme formait « le fond et l'inspiration du christianisme enseigné et plaçait dass la volonté et la liberté le principe du salut ».
2. Noailles ne le reçut que de son successeur, Clément XI Albani, le 18 décembre {A. Le Roy, p. 91). Le pape le considérait comme un disciple de Bossuet, comme un gallican hostile à l'omnipotence papale, et comme le protecteur secret du jansénisme : le fut son ennemi personnel.
3. Pour l'analyse de l'ouvrage, voir A. Le Roy, p. 94 à 116 : je suis de très près ici ce qu'il dit du Cas.
confessionnal et qui proposa à des théologiens, qu'il savait favorable à ses idées, le Cas ; l'abbé Et. de Cliampflour, vicaire général du diocèse et grand ennemi des Jansénistes, en avertit Bossuet et le P. de La Chaise.
La singulière consultation revenait sur ce qu'on est convenu d'appeler « la question de fait » et prétendait de nouveau que la doctrine condamnée par le Saint-Siège n'était point dans l,es écrits de Jansénius. D'abord manuscrit et signé par quarante docteurs de Sorbonne, en janvier et février 1701, le Cas, qui avait d'abord la rédaction «touchante et agressive » d'une apologie du jansénisme et qui glorifiait d'abord le silence respectueux, prit ensuite une forme circonspecte et réclama simplement, dit M. Le Roj^ « tolérance et droit de cité pour une doctrine que la Paix de l'Eglise en 1668 avait régulièrement autorisée. » La consultation paraît en juillet 1702, puis en septembre : « révolution dans le diocèse de Paris, clameur dans toute l'église de France », inquiétude de Noailles, qui avait laissé « colporter la pièce dans les antichambres de son palais, débandade honteuse » des théologiens et « innombrables mandements qui jaillissent de tous les points de la France » : l'évêque de Coutances publie sa censure le le 26 mars 1703, celui de Clermont le 15 avril, celui de Poitiers le 18, l'archevêque d'Auch le P' mai, l'évêque de Sarlat le 16, celui de Vence le 12.
Nous ne revenons pas sur l'attitude de Bossuet et celle deFénelon en pareille matière. L'archevêque de Paris data du 22 février son mandement; le 13, Clément XI, usant d'une rapidité rare, avait condamné la consultation par un décret qui arriva à Paris le 3 mars et fut amorti par l'instruction pastorale de Noailles, répandue le 5 mars. « Le pape était joué par l'accord du roi et du cardinal », dit M. Le Roy ; et il montre comment ce dernier, inspiré par
Bossuet, infligea aux jésuites « uue nouvelle et rude volée de bois vert, sous prétexte de censurer le Cas », à la condamnation duquel le Conseil d'Etat associe sans tarder le pouvoir royal. Qu'on lise son livre : on y voit comment se rétractèrent la plupart de ceux qui avaient signé le Cas, comment quelques-uns furent exilés , notamment l'abbé Petitpied, « qui occupait une situation éminente parmi les théologiens amis de Port-Royal », docteur de Sorbonne, et qui rejoignit Quesnel aux Pays-Bas. Le mandement que Crillon rendit le 12 mai 1703, à l'usage de ses diocésains de la région de Vence, a donc une véritable importance, d'autant que celui que son collègue d'Apt, Foresta de Colougue, consacra au Cas, fut, aussitôt publié, supprimé par le Parlement de Provence le 25 mai 1703 et que ce petit évêque, par son ordonnance du 15 octobre qui censurait les Réflexions -morales et qui sembla « uue dénonciation injurieuse », amena la riposte de Quesnel qui venait de s'évader de la prison de Bruxelles dans la nuit du 12 au 13 septembre \
M. l'abbé Bertrand en a parlé aussi dans son Histoire littéraire de Saint-Suljnce ^ et a insisté sur ce que le Cas était bien historique et réel, non pas supposé et imaginaire ; que c'est un membre de la Compagnie de Saint-Sulpice ^ qui donna lieu à le poser, et un autre * qui se souleva le premier du clergé de France contre la décision des quarante docteurs; que ce dernier, ennemi déclaré du Jansénisme, prépara, quand il fut devenu évêque de La Rochelle, et de concert avec sou collègue de Luçon ^ les voies à la bulle Unigenitus et condamna, dans un mandement que celui-ci fit avec lui, les Réflexions morales de Quesnel.