‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 68 sur 190 · Voir Le Roy, p. 322 et suiv · texte numérisé non relu

Voir Le Roy, p. 322 et suiv

affichés à Paris \ provoquèrent un conflit avec le cardinal de Noailles qui, ayant jadis approuvé les Réflexions morales, hésitait à se déjuger. A sa considération, le pape fit examiner à nouveau le livre incriminé ; mais, après une longue et mûre délibération, en 1713 ^ il condamna expressément 101 des propositions de Quesnel par la bulle Unigenitus. Celle-ci déclare que « le venin » du livre de Quesnel ^ était « très caché et semblable à un abcès dont la pourriture ne peut sortir qu'après qu'on y a fait des incisions... son style est plus doux et plus coulant que l'huile, mais ses expressions ressemblent à des traits prêts à partir d'un arc... Le texte sacré du Nouveau Testament y est altéré d'une manière qui ne peut être trop condamnée, et conforme en beaucoup d'endroits à une traduction dite de Mons qui a été censurée depuis longtemps ». Bossuet avait tenu l'ouvrage de Quesnel en grande estime. S'il n'en a pas expressément pris la défense, il avait du moins écrit un Avertissement destiné, dit-on, a obtenir de lui quelques rectifications nécessaires ^ Cet avis, qui devait paraître en 1679, fut publié par Quesnel à Lille et en 1710 ^, à savoir postérieurement à la mort de l'évêque de Meaux. « Bossuet y avait pris en main contre les Jésuites la défense des Réflexions morales de Quesnel », dit M. Gazier^' « c'est

1. En février 1711: le nombre d'affiches fut tel que la provocation parut venir du P. Tellier et ressusciter le Problème. Noailles chassa de Saint-Sulpice les neveux des deux évéques, dit que le factum venait d'un faussaire ou d'un mystificateur et défendit à ses diocésains de lire la chose.

2. Après 17 ans de sollicitations, de clameurs et d'intrigues.

3. « Le Nouveau Testament en français avec des Réflexions morales sur chaque verset et... imprimé à Paris en 1699, et autrement abrégé de la morale de l'Evangile, des Epîtres de Saint Paul, des Epiires canoniques et de l'Apocalypse, ou Pensées chrétiennes sur le texte de ces livres sacrés paru à Paris en 1693 et 1694» (Texte de la Bulle Unigenitux).

4. Je corrige ici le texte de M. Gazier par ce que dit M. Rebelliau. M. Gazier parle de défense (p. 622) ; M. Rebelliau s'exprime autrement (»u'»ie ouvrage, tom. V, 1898, p. 283).

5. Sous le titre (qui n'est point de Bossuet) de « Justification des Réflexions sur le youveau Testament, imprimées de l'autorité de M^' l'Evéque et comte de Châlons et approuvées par M^' le cardinal de Noailles archevêque de Paris, composée en 1699 contre le Problème ecclésiastique par feu Messire J.-B. Bossuet etc. ». Voir la Bibliogr. critiq. de liossuet de Ch. Urbain : j'ai dit plus haut que cet auteur blâme Ingold d'avoir en 1897 nié l'authenticité de la Justi/ication. Elle était admise dans l'ouvrage de M. Albert Le Roy.

6. Sainte-Beuve dénie à Quesnel « les imposantes qualités » du grand Arnauld, trouve qu'il poussa plus loin que lui ses défauts, semble lui en vouloir de ce que ses écrits ont servi de matière à la bulle Unigenitus et à ce qui s'en suivit. La saisie des papiers de Quesnel en 1703 fut bien le signal d'une recrudescence de ce que l'auteur de Port-Royal appelle « le fanatisme dans tous les sens ». A ce propos il écrit que la vie de Quesnel est l'ouverture de ce Jansénisme du XVllI» s. « où, pour tout l'or du monde et toutes les promesses du Ciel, on ne nous ferait point faire un seul pas ».

jouer sur les mots que d'appeler Avertissement la Justification en règle qu'il a voulu en faire... il défend les propositions qui furent le plus nettement condamnées par la bulle Unigenitus... sa doctrine est opposée à celle de Molina et des Jésuites »... Ceux-ci avaient, selon le mot de Voltaire', « déterré » Quesnel dans les Pays-Bas Espagnols : il vécut à Amsterdam jusqu'en 1719. La cour avait retiré, le 11 nov. 1711, le privilège de ces Réflexions morales que Bossuet avait approuvées et que le P. Tellier condamnait ; une congrégation les examina à Rome, mais « la composition même en était un audacieux déni de justice et le signe d'une condamnation anticipée «^ Quesnel demanda vainement à être entendu et défendit son œuvré « par fidélité d'école » ; 103 propositions en furent extraites et dénoncées brusquement; dans les derniers jours de 1712 Fénelon dit que le livre est « entre les mains de tout le monde » \ Le 14 juin 1713 le P. Timothée est à Paris et voit le P. Tellier; Noailles révoqua l'approbation qu'il avait donnée aux Réflexions viorales; l'Assemblée du Clergé de France fut convoquée pour le 16 octobre chez lui afin de recevoir la bulle Unigenitus ; il retira dès la première séance l'approbation qu'il avait déjà promis de révoquer. Soanen fut à peu près le seul à plaider l'orthodoxie des Réflexions, alors que Quesnel appréciait son caractère fort injustement ; il fut aussi l'un des neuf prélats qui se groupèrent autour de Noailles, représentèrent « la faction la plus éclairée et la plus pure du haut clergé français « \ et formèrent l'opposition. La majorité fut de quarante, dont M^' de Crillon, évéque de Vence, et son frère Louis, évéque de Saint-Pons. Noailles ne signa pas

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