‹ Le jansenisme dans l'ancien diocese de VenceChapitre 70 sur 190 · Le Roy, p · texte numérisé non relu

Le Roy, p

2. Témoin sa lettre de novembre 1709 où il dit au duc de Chevreuse que « ce coup d'autorité va exciter la compassion publique pour ces tilles et l'indignation contre leurs persécuteurs ».

3. Un arrêt du Conseil en défendit la vente en novembre 1711.

du 16 juillet 1705', dont un brouillon avait été envoyé à Louis XIV qui désirait la connaître avant qu'elle fut publié à Rome, dès le 31 mars, et dont l'Assemblée générale du clergé, présidée par Noailles, avait reçu une communication officielle le 3 août, condamnait « le silence respectueux ». L'Assemblée, gallicane, nullement janséniste, ne s'était pas indignée que la défaite de Port-Royal fût à jamais consommée ; elle avait accepté la bulle Vineam par voie de jugement, laissé son président sortir diminué des délibérations, exhorté les évoques à publier cette constitution par des mandements simples et uniformes autant que possible, mais irrité le Pape. Celui-ci s'attendait à des remerciements, ne vit dans les lettrespatentes pour l'enregistrement que des mots rappelant les maximes de 1682, et sentit que l'épiscopat français le considérait comme l'un des évêques plus que comme l'Evêque unique. Aussi Clément XI avait-il écrit le bref du 31 août

1706, si dur pour le roi que le Parlement l'avait déclaré inacceptable et que Louis XIV l'avait rendu au nonce avec ordre de ne lui en reparler jamais. Au printemps de

1707, des copies d'abord manuscrites, puis imprimées en latin et en français, en avaient circulé ; Clément XI accusait les Jansénistes de cette publication clandestine. Nous n'insistons pas sur le détail des récriminations soulevées par la Constitution Vineam et la façon dont Rome déclara que l'Assemblée de 1705 ne l'avait pas acceptée avec le respect nécessaire; Noailles, à qui ne manquait, disent les historiens de cette période, ni la clairvoyance de l'esprit ni la connaissance du devoir, mais la fierté du caractère, adoucira son jugement de 1705, en 1710, par des explications telles que, selon Soanen, celles-ci anéantissaient celui-là.

• 1. Voir le détail de tout cela dans Le Roy, p. 178 et suiv.

Il va sans dire que la plupart des ouvrages relatifs au Jansénisme ou bien au Quesnellisme paraissaient sans nom d'auteur. Dans ce qui suit, nous en verrons quelquesuns mentionnés \

La bulle du 13 juillet 1708' n'avait pas été reçue en France. Louis XIV ^ avait senti qu'elle atteignait moins le cardinal-archevêque de Paris que le gouvernement même. « Par une sorte de défi aux idées gallicanes », dit l'historien qui a étudié cette curieuse époque, « et pour bien attester que le Saint-Siège prenait sa revanche de la déclaration de 1682, on affecta de calquer le Bref de juillet 1708 sur la lettre que cinq évoques, dont Xoailles et Bossuet, avaient écrite sur les erreurs du cardinal Sfondrata » \ On déclarait que le Pape donnait le Bref pvoprio motu, expression inconciliable avec les traditions gallicanes, d'après lesquelles un acte de ce genre n'était recevable en France que s'il avait été sollicité par le Roi. De plus le Pape exigeait que tous les exemplaires des Réflexions morales de Quesnel fussent remis « aux évêques et aux inquisiteurs » pour être brûlés : or l'autorité de l'Inquisition n'avait jamais été admise par les tribunaux en France et, si les « inquisiteurs de la Foi » en France étaient les Jésuites, ici encore le Gallicanisme s'opposait à la sentence de Rome. Voltaire a donc raison de dire qu'on trouva « des nullités dans le décret de 1708 ». Aussi Louis XIV au prix d'une contradiction sollicita lui-même plus tard, moyennant quatre millions et beaucoup de

1. La Bibliothèque jansénif te du P. Colonia, S. J., publiée en 1730 sans nom de lieu — la 4°" édition, datée 1760 et de Bruxelles, est augmentée de plus de la moitié, — donne, selon le sous-titre, un catalogue alphabétique des principaux livres jansénistes, ou suspects de Tétre, qui avaient paru depuis la naissance du Jansénisme.

2. Xe pas la confondre avec la bulle Vineam Domini Sabaoth qui est antérieure et du 15 juillet 1705, et qui ordonnait que l'on reconnût les bulles antérieures autrement que par un silence respectueux.

3. Voltaire attribue l'assoupissement de la querelle surtout à l'inâuence qu'avait encore le confesseur du roi, « le P. de la Chaise, homme doux et conciliant », qui ne tarda pas à mourir.

4. Le Roy. L'ou^Tage posthume, et tout moliniste, du cardinal Sfondrata (mort en 1696), ami du cardinal Albani (depuis Clément XI), fut publié par les soins des molinistes et de celui-ci, et censuré, sur l'initiative de Bossuet, le 21 janvier 1697, par le clergé de France.

promesses, ce que Voltaire appelle « une déclaration de guerre : ce fut la fameuse constitution Unigenitus qui remplit d'amertume le reste de la vie du roi ».

Entre le bref de juillet 1708 et la bulle de septembre 1713 le Jansénisme, — le Quesnellisme, si l'on aime mieux — fut l'objet de mesures sévères dont la plus connue est la suppression du Port-Royal-des-Cliamps en octobre 1709. Quelques-unes avaient précédé. Que Ton consulte le catalogue des anciennes archives de la Bastille, aujourd'hui conservées à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris : on y remarquera l'affaire de l'avocat Claude Lenoir, dit Sainte-Claude, économe des religieuses du Port-Royaldes-Champs, et celle d'un maître de pension d'Orléans. Tous deux furent embastillés dès novembre 1707, « comme des premiers de la cabale janséniste et grands partisans de Port-Royal » \ Lenoir de Sainte-Claude, comme il est dit en 1715, ou bien, ainsi qu'il est écrit en 1743, Lenoir, surnommé Sainte-Claude, ancien avocat, est recherché à Port-Royal dès octobre 1707, sur l'ordre de d'Argenson; à ce propos, on examinera les papiers de l'abbaye. En 1715, il est encore embastillé ; on le donne alors comme « entêté de ses sentiments et fort indocile aux décisions de l'Eglise ». En décembre 1742 il mourut, passa pour un saint dont les dévots se disputèrent les vêtements, et fit un miracle, selon eux.

Je voudrais montrer, à l'une des extrémités de la France, à Tourrettes-de-Vence, près des frontières du duché de Savoie, une affaire qui n'a rien sans doute de la tristesse des circonstances où disparut le monastère si justement célèbre au XVIP siècle, rien du drame au milieu duquel furent dispersées les dernières religieuses de cette maison.

1. N* 10582 des Ms. classés détinitivenient par M. Frantz Funck-Brentano ; voir aussi Fr. Ravaisson, Arch. de la Bast., t. XI, 1880.

Le procès de Tourrettcs prouve que jusque dans les coins les plus reculés du royaume l'hérésie était, surveillée et que le plus modeste admirateur du P. Quesnel, lorsqu'il appartenait lui-môme à TEglise et surtout lorsque ses supérieurs avaient à critiquer ses mœurs, pouvait compter sur la sévérité de son évêque. Le prêtre que M^"" de Grillon jugea et châtia en 1709, en est une preuve'; et, s'il est exact qu'il y eut, depuis 1703, un redoublement d'attaques contre les Réflexions morales de Quesnel, le procès dont nous allons parler fait voir quelle place on donnait à ce livre dans les affaires de discipline ecclésiastique.

1. Je ne dis pas que, s'il fût mort à Tourrettes, il eût fait — comme Sainte-Claude — des « miracles ».

Page 1