Gazier, l. c, p
défendit cet ouvrage contre lui, par deux tomes qu'il publia en 1680 : le premier était déjà prêt, quand Arnauld était encore en France, mais Louis XIV l'avait menacé, s'il le publiait, de l'exil ou de la Bastille, et il s'était contenté de composer en 1677 une requête au roi \ L'ouvrage d'Arnauld, achevé durant sa retraite à Mons, eut beaucoup de succès malgré ce que le style parut en avoir de suranné : « il abîma Mallet. selon le mot de Bayle », et ce docteur mourut comme foudroyé le 20 août 1680. Sainte-Beuve signale ce que la conclusion du livre d'Arnauld a d'éloquence et de sentiment, et dit que le chancelier Le Tellier, ainsi que Racine, admirait ce morceau classique dans l'histoire du théologien exilé. Comme suite de sa réfutation de Mallet, Arnauld composa une Défense des versions de l'Ecriture Sainte en langue vulgaire.
« Morale pvcLtique de l'Eglise sur les préceptes du Décalogue, deux tomes ».
« Concordance de la Bible ».
« Conférences de Luçon, dix-huit tomes ». — En 1709 était évêque de Luçon, et depuis 1699, J. Fr. L'Escure de Valderil ou, comme l'écrit M. Le Koy, Valderies de Lescure. Il ne s'agit pas des Ordonnances synodales que Richelieu avait données à ce diocèse en 1603 et dont parle le tome I de l'ouvrage de M. Hanotaux. L'évèque de 1709 avait été sacré par Noailles, mais était livré aux Jésuites et fut l'un de ceux qui dénoncèrent l'archevêque de Paris selon le désir de Fénelon. M. Gazier a bien voulu me faire savoir que ces Conférences portent, ainsi que celles « de Périgueux » dont il est parlé plus loin, sur le dogme et la morale.
« Version expliquée des Epîtres de saint Paul, par M. de Godeau ». — Cet évêque avait publié un Conwien-
1. Celui-ci dit que quiconque la lui présenterait, serait mis à la Bastille.
iaire des Epîtresde saint Paul, en 1632, 35, 37, 40, 41, 50 et 51, la Vie de saint Paul, en 1647, et son poème épique de saint Paul, en 1054 '. Sainte-Beuve rappelle en quels termes Balzac remercia Godeau, qui n'appartenait pas encore à l'Eglise, de lui avoir envoyé en 1632 son travail sur l'Apôtre : « La dévotion est chose si agréable dans votre livre que les profanes mômes y prennent du goût ». Plus tard, quand Godeau fut évoque, Balzac revint, dans l'un des douze discours dont se composa son Socrate chrétien, sur la Paraphrase des Epîtres de saint Paul et déclara qu'en pareille matière « M. de Grasse avait porté les choses où elles doivent s'arrêter ». C'était, dit le récent historien de Godeau, « une simple traduction avec quelques additions pour développer le sens du texte et le rendre plus intelligible ».
« De la dévotion à la Sainte Vierge et du culte qui lui est dû, par M. Baillet. » — Adrien Baillet, mort en 1706, d'abord régent de collège, puis vicaire de campagne, a laissé beaucoup d'ouvrages, mal écrits, parmi lesquels une Dévotion à la Vierge, in-12% publiée en 1694. On cite surtout les excentricités de cet érudit : il dormait à peine quelques heures, ne se déshabillait presque jamais au lit, ne mangeait guère, sortait encore moins. Sainte-Beuve dit que c'était un ami des Jansénistes : bibliothécaire du premier président de Lamoignon, il eut l'occasion de montrer, à la mort de Molière, l'horreur qu'il avait pour « ce comédien, un des plus dangereux ennemis que le Siècle ou le Monde ait suscités à l'Eglise ».
« Théologie morale, de M. de Grenoble, deux tomes ». — En 1709 était évoque de Grenoble, Edmond Alleman de Montmartin, mais depuis un an. En outre la Bibliothè-
1. Tisserand, Godeau, p. 349 d'ap. VHist. de VAcad. franc, de Pellisson et d'Olivet, complétée par Livet. Abbé Cognet, Godeau, 1900, p. 22, 144, 232, 502, 503, 505,
que janséniste nous permet d'affirmer que ce n'est pas de lui qu'il s'agit. L'ouvrage, dont le sous-titre était « Résolution des cas de conscience selon l'Ecriture Sainte, les Canons et les Saints Pères, composée par l'ordre de M. l'Evêque et Prince de Grenoble », avait paru avant 1677'. L'auteur en est François Genêt, qui fut évêque de Vaisou (Comtat Venaissin) de juillet 1685 à octobre 1703. Ce livre, dit la Bibliothèque janséniste, ne fut jamais coudamné, quoique dénoncé ; il parut suspect à M«' Charles Legoux de la Berchère, archevêque d'Aix ^, qui en défendit la lecture dans son séminaire où il était expliqué sous son prédécesseur, le cardinal Jérôme de Grimaldi ^, et le remplaça par la Medulla d'Abelli^; il parut également suspect à l'évêque de Grenoble sous qui (ne redisons pas sur Vorclre de qui) il avait été pubhé, et il y substitua les Instructions de Tolet ; il parut alors suspect à la Faculté de Louvain qui le déclara tel en mars 1703. La mention d'Etienne Le Camus est importante : on sait que c'est, selon le mot de Sainte-Beuve, un des grands convertis du XVIP s., qu'il resta pénitent lorsqu'il fut évêque, qu'il préférait le Coran aux mauvais casuistes, qu'il fut neutre vis-à-vis du Jansénisme et plutôt désagréable aux Jésuites, qu'il occupe une place importante dans les appendices du Port-Royal de l'auteur que nous avons cité. Retenons le
1. La 2' édition est de 1677, donc elle appartient à Tépiscopat d'Etienne Le Camos. Xorainé évêque de Grenoble en janvier 1671, fait par Innocent XI cardinal du titre de S" Marie des Angles, le 2 septembre 1686. il mourut en 1707.
2. D'abord évêque de Lavaur, il fut archevêque d'.^is de novembre 1685 à janvier 1687, passa alors à AIbi, enfin en 1703 à Narbonne.
3. Jérôme de Grimaldi était Génois ; archevêque de Séleucie, puis évêque de Brugnato, il fut fait par Urbain VIII en juillet 1643 cardinal-prêtre du titre de S' Eusêbe, puis de la Trinité in Monte Pincio, nommé archevêque d'Aix en sept 1645 (mais le frère de Mazarin, Michel Mazarin, de l'ordre des Frères Prêcheurs qui l'eut pour général, fut nommé archevêque d'Aix en octobre 1645, cardinal-prêtre du titre de S" Cécile par Innocent X, en mars 1647, vice-roi de Catalogne, et mourut à Rome en sept. 1648), Grimaldi fut confirmé au siège d".\ix en 1655, après une vacance qui avait duré sept années ; il y mourut en novembre 1685 et eut aussi le titre d'évêque suburbicaire d'Albano.
4. On connaît les vers où Boileau a raillé cet évoque de Rodez (1662-66). « Il possède Abéli », dit-il d'un chanoine de la S" Chapelle qu'il tourne en ridicule sous le nom d'Alain {Lutrin, I \')- Il se moque de lui dans l'Ép. XV sur P Amour de Dieu en 1695, et de sa Moelle thcologiqite pour laquelle, dans le Lutrin (1. c ), il le qualifie de « moelleux Abeli ». Cette Medulla avait paru en 1650. Démissionnaire en 1666, Abelli s'était retiré chez les prêtres de la congrégation des Missions et y était mort en 91.
fait que le titre de l'ouvrage, attribué par la liibllotiièque janséniste à M^' Genêt (de qui Sainte-Beuve ne dit rien), serait abrégé d'une manière excessive dans le Catalogue que nous étudions.
« Métaphysique du P. Alalcbraiiche, un tome ». — Le célèbre philosophe, qui appartenait, il n'est pas besoin de le dire, à l'Oratoire et ne mourut qu'en 1715, a écrit entre autres ouvrages, — je cherche celui dont il peut être question ici, — des Méditations chrétiennes et métaphysiques publiées en 1683 et des Entretiens sur ta métaphysique et la religion publiés en 1688. Duquel s'agit-il sous ce titre, si abrégé dans le catalogue f On sait que Bossuet et Arnauld s'étaient émus de la façon dont le P. Malebranche voulait unir sa philosophie et le catholicisme, puis Fénelon, jeune encore et alors docile à l'influence de Bossuet. Néanmoins, comme le dit Sainte-Beuve, « le succès littéraire et mondain que n'avait pas eu Descartes, c'est Malebranche qui l'a eu ». Ailleurs l'auteur de Port-Royal écrit que « le christianisme du sens commun chrétien fut, depuis Malebranche, en voie d'être bouleversé » et que Ton conçoit le soulèvement d' Arnauld et de Bossuet. Il ajoute que l'ouvrage publié en 1688 recomposa « tout un ensemble majestueux, harmonieux, facile et éclairé, qui ne se ressentait aucunement en apparence de toutes les précédentes atteintes » et que, à lire seulement cette œuvre de Malebranche, on ne saurait comprendre les objections qui lui avaient été faites précédemment. Est-ce le livre que possédait de Guignes ?
« Essais de Morale, les o' et 8" tomes ». — Le nom de l'auteur manque. D'une part on est tenté de reconnaître dans ces deux livres une partie des petits traités de morale que Nicole réunit depuis 1671 et qui sont « aujourd'hui le plus beau titre de gloire de leur auteur » ^, après avoir été