Gazier, l. c
Feuillîd?''^'*"^ d'Embrun de 1668 à 1714 ; il avait succédé .i M" G. d'Aubussou de la
chant la condamnation des Cinq Propositions ». Il s'agit, semble-t-il, d'abord de la bulle d'Innocent X Pamphili qui, datée du 31 mai 1653 et affichée ù Rome le 9 juin, condamnait les Cinq Proj)ositions et VAugustinus, mais sans condamner la grâce efficace et saint Augustin. Elle fut, dit Sainte-Beuve, acceptée généralement, mais dépassée par les explications de xMarca : c'est la bulle In occasione. Le Pape avait lui-même déclaré aux députés augustiniens qu'il ne portait aucun préjudice à la première doctrine de la grâce efficace par elle-même, ni à celle de saint Augustin. Des lettres patentes du 4 juillet 1653 ordonnèrent de recevoir la Bulle; le 11, Marca composait un modèle de mandement où il la précisa; en 1655 il fit la rédaction du formulaire que décréta l'Assemblée générale de 1656. Puis il s'agit, à ce que je pense, de deux bulles d'Alexandre VII Chigi. La première, à la date du 16 octobre 56, confirmait celle de son prédécesseur et en déterminait encore mieux le sens anti-janséniste: mais le Parlement mit quelque difficulté à l'enregistrer ainsi que la déclaration que l'Assemblée du Clergé de France de 1657 pria le roi d'enjoindre aux ecclésiastiques de signer. La seconde, à la date du 15 février 65, ordonnait la signature du Formulaire avec serment et mit, selon l'expression de Sainte-Beuve, « au pied du mur les quatre évoques d'Alet, d'Angers, de Beauvais et de Pamiers, patrons de Port-Royal ». Quant à Innocent XII Pignatelli, je ne sais laquelle de ses bulles est visée ici : serait-ce celle qui avait condamné en 1699 les Maximes des saints de Fénelon? Alexandre VII, lorsqu'il n'était encore que le cardinal Fabio Chigi, avait contribué plus que personne à la condamnation des Cinq propositions prononcée par Innocent X Panfili. Si Alexandre VII s'était montré, comme l'écrit Sainte-Beuve, ombrageux sur la question du
Jansénisme, ses cinq premiers successeurs furent favorables à la « paix de l'église ». Le P. Quesnel le constatait en 169C dans sa Défense de VEglise romaine contre VHistoire du Jansénisme qu'avait publiée un calviniste, Leydecker. Clément IX Rospigliosi, enclin à la modération, avait tout concilié en 1668 : il rendit toutefois un bref contre le Nouveau Testament de Mons, et c'est à lui que fut dédiée la « Grande Perpétuité ».
Clément X Altieri ne demandait pas la guerre ; Innocent XI Odescalchi non plus, à tel point qu'il songea à donner la pourpre à Arnauld, à M^'de Néercassel, à M^' de Caulet, et qu'il condamna les casuistes relâchés : il réordonna toutefois, par une bulle datée du 2 mars 1679, la signature du Formulaire avec serment. Alexandre VIII Ottoboni ne fut pas plus désireux de querelles.
Quant à Innocent XII Pignatelli, Quesnel l'appelait « le véritable Ange de la Paix », et sous son pontificat plus d'un Janséniste crut pouvoir signer purement et simplement le Formulaire, sans ajouter d'explications et en conscience, d'après les termes d'un bref de ce pape. Il n'en fut plus de même sous Clément XI Albani, avec Ips bulles Vineam Domini et Unigenitus*. Je ne pense pas qu'il s'agisse ici de la bulle d'Innocent XII contre le népotisme, dont Clément XI proclama qu'il avait la volonté formelle de l'observer.
« Apologie pour les Saints Pères de l'Eglise, un tome in-ô" ». — Le titre exact, selon la Bibliothèque janséniste est « Apologie pour les Saints Pères, défenseurs de la grâce de J.-C. contre les erreurs qui leur sont imputées ». Publié sous le nom de M. de la Motte, docteur en théologie, à Paris, en 1651, avec l'approbation du docteur, mais sans privilège royal (sous prétexte qu'il est dirigé contre le livre d'un des censeurs et contre les écrits du docteur
Lemoine approuvés par l'autre censeur), le livre se rapporte aux « cinq plus grandes difficultés de la Grâce », en contient « l'éclaircissement » et est d'Antoine Arnauld.
« La Règle des mœurs, un tome in-12 ». — Selon les indications que M. Gazier a eu l'extrême obligeance de me donner, c'est un des ouvrages d'un bénédictin, dom Gerberon, l'éditeur bien connu de saint Anselme; après avoir lutté contre les Jésuites, il s'était en 1675 réfugié en Hollande d'où il avait été extradé en 1703. Arrêté à Bruxelles en même temps que Quesnel, qui, plus heureux, s'évada ou plutôt fut sauvé par des amis dévoués, Gerberon avait été enfermé à Anvers, puis à Vincennes, où il était encore lors du procès de l'abbé de Guigues : l'auteur de « la. Règle des mœurs » ne sortit de la prison qu'en 1710, après une abjuration qu'il rétracta sur la fin de sa vie, et mourut en 1711. On connaît son Histoire générale du Jansénisme, publiée à Amsterdam, en 1700 .* sa Règle des mœurs avait paru en 1682.
« Réponse ait libelle de Louis Benoît, un tome in-12 ».
« Vie de M. Arnauld, un tome in-12 ». — N'est-ce pas l'ouvrage publié par Quesnel ? Je le crois d'autant mieux que dans ce qui suit nous le verrons désigné par son titre exact. On pourrait aussi songer à l'œuvre de dom Gerberon, dont la Bibliothèque janséniste, dit que c'est « l'éloge du héros et du second chef du parti, fait par l'homme le plus audacieux ». Il avait été arrêté à Bruxelles en même temps que Quesnel.
« Difficultés proposées à M. Steyaert, les tomes I, III, IV et V, in-12 ». — Martin Steyaert, mort en 1701, avait occui)é de nombreux postes, notamment celui de doyen de la faculté de théologie de Louvain et du chapitre de Saint-Pierre de cette ville, ainsi que celui de vicaire apostolique de Bois-le-Duc. Adversaire du Gallicanisme, du
Jansénisme et de la morale relâchée, il a composé de nombreux ouvraj^-es. La Bibliotlù'que janséniste dit que ces Difficultés, publiées en 1694, sont en onze parties dont les trois premières ont pour objet la justification des Oratoriens de Mons. Arnauld avait composé contre Steyaert une satire qu'il nommait « les Steyardes ».
« Solution de divers problèmes, deux tomes in-12 ». — Ouvrage de Quesnel, dit la Bibliothèque janséniste qui ajoute brièvement qu'il y renouvelait » des erreurs souvent proscrites ». Le titre ajoutait « très importants pour la paix de l'Eglise ». La question de savoir à qui il fallait attribuer le Problème ecclésiastique y est posée.
« Nouveau Testament, imprimé à Mons, 1684, deux tomes in-12 ». — Le Nouveau Testament de Mons est assez connu. C'était la traduction que Le Maître de Sacy avait commencée en 1654; il y fut aidé soit par Le Maître et Arnauld, si l'on en croit une lettre de la mère Angélique de Saint-Jean que cite Sainte-Beuve, soit par Antoine Le Maître, Arnauld, Nicole et par le duc de Luynes, si l'on se reporte au temps des conférences de Vaumurier. Sacy eut beau être embastillé le 13 mai 1666, un jour que, dit-on, il portait à l'hôtel de Longue ville la préface de cet ouvrage : l'œuvre parut en avril 1667, imprimée à Amsterdam, porta le nom d'un libraire de Mons, avec privilège du roi d'Espagne et l'approbation d'un docteur de Louvaiu et de deux évoques des Pays-Bas Espagnols. Sainte-Beuve a dit combien le succès en « fat prodigieux, non seulement chez les personnes de piété, mais dans le monde et auprès des dames : avoir sur sa table et dans sa ruelle ce Nouveau Testament, élégamment traduit, élégamment imprimé, fut alors le genre spirituel suprême ». On n'a qu'à se reporter à son Port-Royal pour apprendre comment l'archevêque de Paris, Péréfixe, défendit de le lire, puis l'évoque
d'Evreux et le cardinal-archevêque de Reims, enfin l'archevêque d'Embrun. Ce dernier fait a de l'intérêt pour ce qui nous occupe, puisque les évêques de Vence étaient au nombre des suffragants d'Embrun. L'archevêque en question était le frère du duc de La Feuillade^; c'était, dit Sainte-Beuve, « un personnage assez singulier, très en vue, d'une grande ignorance; il le prit sur un ton très haut avec le Jansénisme et, dans ce monde au tact si fin, prêta à rire par sa suffisance et son manque de mesure ; en outre c'était le moins régulier et le moins résident des évêques d'alors ». Selon les Jansénistes, il n'avait jamais mis le pied dans son diocèse d'Embrun, il défendait à des gens qui n'entendaient que le provençal de lire une traduction française qui n'irait jamais jusqu'à eux, il ne se souvenait de ses ouailles que pour leur interdire la lecture de l'Evangile. Ces boutades sont résumées par Sainte-Beuve. Qu'elles fussent justes, nous en doutons : on verra dans le procès que nous exposons, des paysans de Tourrettes, assez illettrés pour ne pas savoir écrire, mais capables de lire des ouvrages en français. Attaqué par Mallet^, défendu par Arnauld qui offrait d'en faire réviser le langage par l'Académie, le Nouveau Testament de Mons fut jugé avec beaucoup plus de calme lors de la « Paix de l'Eglise ». Les mandements que des archevêques et des évêques avaient écrits contre ce livre, le bref même de Clément IX, étaient, dit Sainte-Beuve, « irréguliers, plus ou moins contestables, gallicanement parlant ». L'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, qui avait été laissé en dehors des négociations de « la Paix », consentit à nommer Bossuet comme censeur de la Version de Mons ; mais sa mort, survenue le jour de l'An, en 1671, rompit les conférences
1. « Celui-ci venait justement d'épouser en 1667 Mademoiselle de Roannez, l'élève infie de Port-Royal. » '