L K J A R O N A RT I ST I Q U K
limer un anneau d'or, mais libre de modeler à sa fantaisie un sujet en métal, et de le peindre des couleurs que le métal lui donne. Il va faire en cire son modèle, c'est une souche d'arbre ru-
Jssal, tome V’,
gueuse où deux cents ans (tnt creusé des rides profondes, les racines puissantes entrent dans la terre, des galeries y pénètrent, creusées par des générations d'insectes, les mousses y ont poussé et des plantes parasites, ou vieilles ou toutes fraîches de jeunesse, s’enroulent à ce vieux bois. Notre artiste copie avec la minutieuse patience d’un ouvrier qui ne compte pas ses heures. Il s'est installé en pleine forêt devant son modèle, il l’étudie comme un botaniste, le comprend, l'aime, l'admire, il ne change
rien, n’arrange ou plutôt ne dérange rien de ce que la nature a si, bien fait; puis, quand sa cire est achevée, qu'elle est parfaite, il l’enduit d'une terre fine qu'il étend par couches minces qu'il laisse durcir, qu'il augmente, dont il fait un moule, qu'il lute et enferme dans une enveloppe solide. Il fait chauffer le tout à un feu doux, dans une case qu'il a bâtie exprès; la cire fond et s'écoule par les évents et le moule reste entier avec son noyau de terre préalablement disposé.
Alors notre artiste fondeur fait son alliage de shakudo : c'est un mélange de cuivre et d'une partie d'or qui prendra plus tard la patine noire si intense, si transparente en son poli, et le métal fondu vient remplir le creux du moule chauffé, en remplir les moindres cavités; on brise la terre et le tronc rugueux sort de là en beau métal sonore.
Notre orfèvre se remet à l'ouvrage accroupi à terre, à côté de 1 arbre qui pose pour lui, à l'abri sous un large parasol, les jambes pliées, le bloc de bronze entre les genoux; le voici qui ciselle, qui rifle, qui polit, il revient patiemment aux moindres détails de son œuvre, il la finit, la caresse et trouve à rendre toutes les beautés de ce bois, bcautésqu il a découvertes, qui l'enthousiasment et dont il faitson monde. Quand il croit avoir achevé ce travail du bronze, il commence à faire courir sur le bois les verdures et les mousses, ou
Hukusaï, Manqua, tome XII.
Hokusaï, Matif’iu, tome I".