‹ Le Japon artistiqueChapitre 17 sur 43 · MODÈLES POUR CISELEURS · texte numérisé non relu

MODÈLES POUR CISELEURS

MOTIFS * O U R (( KANAMONOS » (FERMOIRS DE POCHES A TABAC) ET POUR GARNITURES DE SABRES ♦ PAR KATSUKA VA ISSAÏ

bien il déchire d'une entaille profonde la naissance d'une racine; pour cela il incruste par plans délimités ou par fines parties des morceaux deshinshiu ou cuivre jaune, de shido ou cuivre violet, de shibuitshi ou alliage de six parties de cuivre et quatre parties d'argent, puis il creuse le contour < feuilles et découpe des plaquettes d'or vert qu'il inerte qu il mai tèle, qu il ciselle, etc est comme un tableau < naît sous le pinceau; car cette sculpture est peinte, ell des délicatesses de miniature, des finesses de peau étonner l'œil d'un myope. Voilà qu'un peuple de fourt sort des trous de l’arbre, elles ont la vie, elles s'agitent. HokusaTi M*ngua tome i-

elles 1 cm tient, leur coips est d 01 ou de fer, leurs pattes sont fines, billes semblent courir allai îées a leur labeur accoutumé. Un papillon d'or émaillé, dont les ailes minces ont les reflets nacrés et nuancés, profonds et changeants d une aile vivante, vient se poser sur une fleur d'argent blanc nuancée de fils d’or et d'émail bleu. Une tache rouge, étrange, est au pied de l’arbre. C'est un champignon tout strié, tout piqueté, joli dans sa structure; le patient artiste l’a limé, poli, puis il l’a enduit de plusieurs couches de laque rouge qu'il a fallu sécher, repolir, couvrir encore, piqueter de points d'or, user à la pierre; et c'est après avoir repris cent fois cçt ouvrage qu'il ne juge jamais égal à son modèle, après l'avoir doublé d’une feuille d'argent adhérente qui est elle-même niellée d'admirables dessins, c'est après l'avoir cuite avec du soufre, polie avec des poudres impalpables, trempée dans du vinaigre de prunes, chauffée avec d'infinies précautions, garantissant ceci, épargnant cela, c'est après mille caresses, mille retouches que l'artiste la signe enfin, sastisfait de son ouvrage; il l'enferme dans un étui de soie brodée qui s'y ajuste comme un vêtement, il lui donne une seconde enveloppe de bois correctement assemblée, et c'est le produit de plusieurs mois d'un travail assidu, passionné, heureux, mené en communion avec cet étroit coin de nature, avec ses rêves d'imagination, ses enchantements de vie, ses ravissements de sculpteur, de peintre et d ouvrier.

Est-ce là de l orfèvrerie? quel est 1 homme qui s identifiera de

même chez nous avec son modèle et son œuvrer

J’ai fait voir ce patient, ce convaincu, cet habile, ce poète de

DD

r->ku8al, Manqua, tome 111.

Hokkeï, Manqua.

l’outil dans son atclici en plein an . c est le \ieil ouvrier du métal, tel qu'il vivait et travaillait jadis; il n'y en a plus comme lui : le Japon se civilise, il ne produit plus que l'article d exportation pour les bazars d'Occident. Mais ce grand artiste a laissé des traditions, des tours de main, des procédés d atelier, des formules d alliage, des moyens de patine et de décor qui sont répandus dans les ateliers de Kioto, d'Osaka, de Tokio et de Nagoya.

Si pas un ne sait aujourd'hui composer une garde de sabre comme un de ces lins artistes, les modèles nous restent de ces ouvrages robustes et charmants ou le fer ajouré, découpé, s'enlace sous forme de monstres ou d'oiseaux, de fleurs ou de paysages et qui lait un tableau moins large qu une main d entant, plus grand qu un poème.

Les corps se modèlent, la damasquine d'or court fine et spirituelle, dessinant la plume ou l'écaille et rayant de sa couleur chaude modulée d’or vert ou d'argent la peau rugueuse du fer. Une feuille s'y incruste émaillée de vert ou de rouge comme une tache d’émeraude ou de rubis.

Au-dessus de la garde autrefois, dans les entrelacs de la poignée s'attachait le ménouki , fait du même métal que le reste de la garniture : c’était un animal bizarre, un monstre ou quelque dieu si finement ciselé qu'on l'aurait détaillé à la loupe, ou bien une chanteuse s’accompagnant d'un instrument, — sa robe était incrustée d’argent et ses cheveux étaient noirs.

Décrirai-je les pommeaux du sabre, les kodzukas et les kogaïs? A quoi bon? Ceux qui liront ces lignes connaissent ou possèdent les collections les plus admirables de ces pièces détachées de l arme. Ils ont les tuyaux de pipes ciselés, les kanamonos qui fermaient les bourses, les boutons et les netsukés de métal qui rivalisent avec ceux d’ivoire. Et puis ce livre en dira plus par ses dessins bien rendus qu’une description à la plume.

C est parce qu’il y a vingt ans je m'étais pris d'admiration pour les premiers échantillons d'un art qui m'appa- • •

raissait comme une tentante nouveauté, comme un pro-

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